‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 14 sur 156 · DES SCOMBEROIDES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES SCOMBEROIDES EN GÉNÉRAL

H est peu de familles naturelles, à l'égard desquelles la diagnose se trouve en défaut d'une nianière aussi compléle qu'à l'égard des Scombéroïdes , et l'on pourrait dire jusqu'à un certain point que leur caractère réside dans l'absence de traits caractéristiques. Aucun organe , ni aucune partie du squelette intérieur ou extérieur ne se modifie suffisamment pour influer d'une manière sensible sur la physionomie de l'animal , ou si quelque caractère paraît prédominant dans certains groupes, on le voit ordinairement s'altérer par des passages insensibles. Avec cela , le nombre des poissons qui rentrent dans cette catégorie est si nombreux , qu'il est par là même hasardeux de leur appliquer la même mesure qu'aux autres familles. C'est ce que Cuviera fort bien senti ; aussi les caractères qu'il assigne à la famille des Scombéroïdes sont-ils plutôt négatifs que positifs. « Des écailles, dit-il , ordinairement très-petites, qui font paraître la plus grande partie de la peau comme si elle était lisse. Des nageoires verticales non écailleuses; des pièces operculaires sans épines ni dentelures; des cécums généralement nombreux , voilà tout ce que l'on peut en dire de général ; et cependant ils ont tous un air de famille qui ne les abandonne dans aucune de leurs modifications , ensorte qu'ils forment ce que les botanistes nomment une famille par série ou par transition. »

Je crois toutefois que l'on peut fixer les limites de la famille des Scombéroïdes d'une manière plus précise que ne l'a fait Cuvier ; autrement autant vaudrait faire de tous les Acanthoptérygiens une seule famille , comme ce grand naturaliste semble réellement en avoir eu la tentation ; car dan^'la première édition du Règne animal , il réunit en effet les Percoïdes, les Joues-cuirassées , les Sciénoïdes , les Sparoïdes et les Ménides. Pour arriver à une circonscription plus rigoureuse, il faut procéder par exclusion. Or nous posons en fait :

i). Que tous les Scombéroïdes doivent être cycloïdes ; dès-lors nous en éloignerons les Capros qui sont des Cténoïdes voisins du genre Dalnia.

2). Le genre des Sphyrènes est sans doute très-voisin des Scombéroïdes, mais il a les ventrales abdominales, et comme ce caractère se retrouve aussi dans quelques autres poissons, j'ai pensé qu'il n'y aurait pas d'inconvénient à faire des Sphyrènes le type d'un famille à part, la famille des Sphyrénoïdes ; ce qui permet d'ajouter à la diagnose des Scombéroïdes que ce sont des poissons thoraciques ou jugulaires.

3). Les Espadons et leurs analogues contribuent pour une bonne part au vague de la diagnose des Scombéroïdes, par la forme bizarre de leur museau , par leur dorsale très-variable , et par l'absence des ventrales chez quelques-uns. M'étant assuré que ces poissons se distinguent en même temps par une charpente osseuse lout-à-fait différente de celle des autres Scombéroïdes, j'en ai fait une seconde famille, la famille des Espadons ou Xiphioïdes, dans laquelle je range les genres Aiphias , Tetrapterus et Histiophoriis , ce qui permet de mieux préciser les Scombéroïdes sous le rapport de la forme extérieure et du squelette.

k). Les Coryphènes sont aussi un type différent des Scombéroïdes. De tout temps , je les ai réunis, dans mes notes , en un groupe à part comprenant les genres Coryphœna , Lampugus , et Centrolophus , auxquels il faudra peut-être joindre les .^stérodennes et les Ptéraclis.

.5) Les Stromatées, bien que voisins à plusieurs égards des Trachinotes, devront aussi probablement être éloignés des vrais Scombéroïdes, ainsi que les genres Rhombus Lacép. , Znvariis Rafîn. , Seserimis Cuv. et Kurtus Bloch ; mais comme ce type n'a pas de représentant fossile , je renvoie à une autre occasion pour en discuter les affinités.

6) J'en dirai autant des genres RhynchobdeUa. Mastacembelus et Notacanthus , qui ne sont encore connus que d'une manière imparfaite , mais qui en tous cas ne sont pas des Scombéroïdes, quoique le dernier, le Notacanthe, s'en rapproche pourtant plus que les deux autres.

Malgré ces nombreuses restrictions la famille des Scombéroïdes est encore une des plus im- * portantes de toute la classe des poissons , car elle ne compte pas moins de cinquante et un genres et plus de trois cents espèces. Sur ces cinquante et un genres , vingt-deux ont des représentans fossiles et vingt-neuf sont exclusivement propres à l'époque actuelle (*). On remarque des variations considérables dans la forme , la physionomie et la structure de ces différens genres. Il y a loin, en effet, de la forme trapue et ramassée des Vomers au corps élancé et grêle des Lepidopus et des Anenchelum. Aussi , malgré les passages incontestables qui existent entre ces deux extrêmes , je pense qu'on finira par séparer d'une part les Vomers et leurs analogues , et d'autre part les types élancés et plus ou moins anguilliformes , pour ne conserver dans la famille des Scombéroïdes que les poissons plus réguliers, cylindracés, qui se groupent autour des vrais Scomber. A cette occasion je ferai remarquer que la protrac-

C) Les genres qui n'ont pas de représentans fossiles sont les suivans : Scomber Cuv., .4uxi& Cuv., Pelamys Cuv.. Thyrsites Cuv., Gempylus Cuv., Lepidopus Gouan., Trichiurus Lin., Naucrates Raf., Elacate Cuv., Chorinetnus Cuv., Apolectiis Cuv., Caranx Cuv., Trachurus Cuv., Olistus Cuv., Scyris Cuv., Blepharis Cuv., Gallichthys Cuv., . irgyreiosiis Lucéo. Hinnis Cuv., SeriolaÇ.m., Teniîiodon Cu\ . , Lactarius \a\. , Nomeits CiW., Natiderns Val., Porthmeus Val., PsenesÇ.ny., Lampris Retz., Equula Ciw . , Mené Lacép.

lililé du museau ne me parait pas èli-e un caraclère aussi important qu'on le pense généralement. Je ne crois surtout pas qu'elle soit une raison suffisante pour éloigner les Vomers dos E(|uula et des Mené , con)nie l'a fait Cuvier. Il est un autre genre qui olïre plus de difficultés , c'est celui des Zens. au(|uel les appendices de ses bords osseux donnent une physionomie particulière. Peut-être deviendra-t-il aussi par la suite le type d'un nouveau groupe. En attendant, je l'ai placé à la suite des Vomers , dont il se rapproche le plus par sa forme trapue.

Le caractère le plus précis de la famille des Scombéroïdes se tire de la forme , de la structure et de la position des nageoires. Car, après en avoir éliminé les Xiphioïdes, les Sphyrénoïdes et les Stromatées , on peut dire que tous les Scombéroïdes ont des nageoires thoraciques ou jugulaires et une double dorsale composée de rayons épineux et de rayons mous. Mais même dans ces limites nous remarquons encore des variations considérables ; il y a des genres dans lesquels les deux dorsales sont séparées par un espace plus ou moins considérable ( les vrais Scomber, les Auxides); il y en a d'autres , et c'est le plus grand nombre , où les dejix nageoires sont contiguës , (les Thons, les Pelamys , les Cybium , etc.), et d'autres encore où une seule longue nageoire non interrompue garnit tout le bord dorsal (les Lepidopus , les Anenchelum , les Palseorhynchum). Chez certains genres , la première dorsale est composée de petits rayons épineux noni'éunis par une membrane (les Liches , les Trachinotes , les Naucrates). D'autres encore ont sur la partie postérieure du bord dorsal et du bord ventral des rayons articulés isolés , connus sous le nom de fausses pinnules ( les vrais Scomber, les Cybium , les Pélamys). Enfin la longueur des rayons est soumise à des variations nombreuses , car il est des genres où ils égalent la longueur du corps (les Blepharis, les Âcanthonemus ), et d'autres où ils sont très-courts (les Thons, etc.) Mais ces variations n'ont qu'une valeur secondaire.

La dentition ne saurait fournir des caractères de famille ; elle ne sert qu'à distinguer les genres et les espèces. Nous rencontrons en effet des genres de forme et de physionomie trèssemblables , qui ne diffèrent que par leurs dents; tels sont les vrais Scomber et les Cybium. Les genres trapus n'ont jamais de fortes dents. La position et la forme des pectorales , des ventrales , de l'anale et de la caudale n'ont aussi qu'une valeiir générique.

Le squelette est en harmonie avec la forme du poisson ; les vertèbres sont en général hautes et courtes dans les genres trapus, longues et grêles dans les genres allongés. Mais en thèse générale , la charpente osseuse des Scombéroïdes n'est pas très-robuste , et souvent elle est même très-délicate. La tète n'acquiert dans aucun genre une prépondérance bien marquée ; et il n'y a que quelques genres fossiles , les Palaeorynchum et les Hemirhynchus, dans lesquels les mâchoires s'allongent en forme de bec effilé.

S'il s'agit maintenant de formuler les caractères des Scombéroïdes, qui ne laissent pas que d'être encore assez vagues , nous dirons que ce sont des poissons en général réguliers, munis de petites écailles, à ventrales thoraciques ou jugulaires , à nageoires verticales non écailleuses, à deux sortes de rayons à la dorsale , à pièces operculaires lisses et à squelette en général simple

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et plus ou moins grêle. Il est inutile de dire que la détermination des fragmens fossiles offre de grandes difficultés dans une famille aussi nombreuse en genres et en espèces Mais ces difficultés ne sont pas insurmontables en procédant d'une manière rationnelle. Un premier point auquel il faut avoir égard lorsqu'on veut savoir si tel ichthyolite que l'on a sous les yeux est réellement un Scombéroïde, c'est de s'assurer s'il y a deux sortes de rayons à la dorsale. Ce caractère une fois reconnu , il faut chercher à voir si les écailles sont pectinées ou à bords entiers. Dans ce dernier cas, ce sera positivement un Scombéroïde, si outre leur bord entier, ces écailles se distinguent par leur petitesse. Si au contraire le bord est pectine, ce sera, suivant la forme de l'écaillé, à l'une ou l'autre des familles de l'ordre des Cténoïdes qu'il faudra le rapporter. Lorsque ni les écailles ni la dorsale ne sont conservées, on peut encore, dans certains cas, déterminer la famille d'après les détails du squelette, par exemple les Anenchelum et les P^laeorynchum. La forme des mâchoires est en outre un caractère infaillible, lorsque celles-ci se transforment en un long bec comme celui des Palœorhynchum et des Hemirhynchus. Enfin il est un dernier caractère qui promet de devenir de plus en plus fécond , c'est la forme et la structure microscopique des dents. Il résulte des recherches de M. Owen , que tous les Scombéroïdes se distinguent à cet égard par une structure particulière qu'il est facile de reconnaître , et déjà il a pu confirmer, par ce moyen , que plusieurs genres que l'on avait pris pour des Sauriens et que je range dans la famille des Sphyrénoides font réellement partie de cette famille.

Circonscrits de cette manière, les Scombéroïdes, malgré le grand nombre de genres et d'espèces qu'ils comptent , sont des poissons relativement récens. Leurs premiers représentans apparaissent à l'époque de la craie, dans les schistes de Glaris et dans la craie blanche. On en trouve un grand nombre à Monte-Bolca , dans l'argile de Londres et dans plusieurs autres terrains tertiaires. Mais c'est surtout dans l'époque actuelle qu'ils paraissent arriver à l'apogée de leur développement.

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