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CHAPITRE II

DU GENRE GASTERONEMUS.

Ce qui caractérise surtout ce genre , c'est la grande proéminence de l'abdomen , et la singulière conformation des ventrales, de l'appareil humerai , de l'appareil hyoïdien et de l'osselet styloïde qui va s'attacher aux interapophysaires de l'anale. Par ces dispositions, ce genre est aux Voméroïdes ce que le Piùstigaster est aux Clupéoïdes.

Le corps est très-aplati et très-élevé; le ventre présentait probablement un tranchant très-aigu. La tête est courte, petite et arrondie; elle ne présente pas ces dimensions allongées et monstrueuses que l'on remarque dans les Vomers et les Gais ; en revanche, ce sont les os du bassin , l'osselet styloïde et les premiers interapophysaires de l'anale qui atteignent un développement prodigieux. La bouche est tournée en haut; la mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, est armée de très-petites dents en velours, que Ton ne peut distinguer qu'à la loupe.

Les ventrales, portées par d'immenses os pelviques, ont de chaque côté un long rayon au-devant duquel se trouve un' petit crochet et en arrière quelques rayons extrêmement fins et très-courts. Il n'y a qu'une seule dorsale à rayons articulés, dont le bord antérieur est un peu plus élevé que la partie moyenne et postérieure de la nageoire. Quelques rayons simples forment en outre une petite dorsale épineuse en avant du dos. L'anale est courte dans toute sa longueur; elle s'étend parallèlement à la dorsale articulée. La caudale est très-grande et peu fourchue.

C'est certainement avec le genre Vomer, proprement dit , de Cuvier, que les fossiles dont il va être fait mention ont les plus grands rapports. Ils en diffèrent même peu; cependant leurs caractères particuliers sont assez saillans pour que j'aie cru devoir les distinguer sous le nom générique de Gasteronemus, qui rappelle le prolongement excessif du rayon externe de leurs ventrales. Une comparaison détaillée du squelette de ces deux genres nous fera voir qu'ils ont des ressemblances frappantes de conformation jusque dans les plus petits détails, quoique les proportions des parties soient, en beaucoup de points, très-différentes.

Le squelette du Vomer (vol. 5. lab. A.) présente les caractères suivans : il a dix vertèbres abdominales et quatorze caudales, dont les corps sont assez gros, surtout ceux des vertèbres abdominales postérieures , tandis qu'ils sont beaucoup plus petits vers le ci âne et la fin de la queue. Les apophyses épineuses sont de forme bien dif-

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férente suivant la place qu'occupe leur vertèbre , mais toutes sont comprimées latéralement et plus ou moins dilatées à leur extrémité. Celles de la queue sont très-grosses, les antérieures surtout, qui sont les plus longues de toute la colonne vertébrale; elles sont droites et raides; mais dès la neuvième caudale elles sont beaucoup plus courtes, fortement relevées sur les côtés et très-inclinécs vers l'insertion de la caudale. Les trois premières abdominales sont également droites et très-grosses à leur base; mais les sept suivantes sont grêles, comprimées d'avant en arrière; les quatrième, cinquième, sixième, septième et huitièmc^ont, en outre, légèrement arquées en arrière. Les deux premières vertèbres ne portent pas de côtes; en revancbe elles ont de grosses arêtes musculaires. Dans les vertèbres suivantes, les arêtes musculaires s'attaclient sur les côtes et sont très-grêles. Les côtes elles-mêmes , dont il y a buit paires , sont conformées et insérées d'une manière tout-à-fait particulière; elles sont toutes très-grêles et comprimées d'avant en arrière. Les quatre premières paires, extrêmement longues, atteignent jusqu'à la pointe du premier interapopbysaire de l'anale ; elles sont insérées immédiatement au corps de la vertèbre, en arrière d'une apopbyse transverse qui s'allonge touj ours davantage, plus la vertèbre est postérieure . A la septième ver tèbre, les apopby ses transverses sont dirigées en bas, etlacôtequ'ellesportentestdéjàmoinslongue, quoique elle descendent très-bas le long du premier interapopbysaire de l'anale. Dès cette vertèbre les côtes sont toujours attacbées à l'extrémité même des apopbyses; celles de la huitième côte, qui est plus courte encore, sont réunies intérieurement en arceau; les apophyses transversales des neuvième et dixième vertèbres, qui sont ici de véritables apophyses épineuses inférieures, portent encore de petites côtes à leur extrémité.

Les osselets interapophysaires de la dorsale sont remarquables parla courbure des antérieurs de la seconde dorsale , arqués en avant ; du reste ils sont tous très-minces , reliaussés latéralement d'une forte arête longitudinale qui semble former à elle seule tout l'interapophysaire ; ils portent à leur extrémité une branche horizontale, terminée en avant et en arrière par une épine. Ces épines se recouvrent successivement de manière à ce que la postérieure d'un interapopbysaire soit imbriquée sur l'antérieure de l'interapophysaire suivant; sur les côtés, elles sont en outre armées d'un petit piquant. Les trois premiers osselets interapophysaires ne portent point de rayons simples à leur extrémité, les six suivans portent la première dorsale, et les vingt-quatre derniers la seconde dorsale ; ceux-ci se soudent intimement deux ^ deux en avant et en arrière de chaque apophyse épineuse. Il en est de même des osselets interapophysaires de l'anale , qui sont en général plus grands et plus longs que ceux de la dorsale ; leurs lames antérieures et postérieures sont aussi plus fortes et soudées entr' elles par des sutures osseuses; leur branche horizontale est terminée, surtout en arrière, par une forte épine. Le premier interapopbysaire est immensément grand, fortement dilaté

dans sa partie inférieure , et terminé en avant par une grosse pointe qui s'avance dans la cavité abdominale.

La ceinture thoracique et ses liaisons avec le reste du squelette ne sont pas moins remarquables. Le suprascapulaireestun gros os très-fourclm , dont les deux apophyses s'insèrent à l'extrémité des crêtes latérales et externes du crâne, aux os occipitaux latéraux et aux mastoïdiens. Le scapulaire est un petit stylet allongé auquel s'attache rinimérus. La partie supérieure de l'humérus, dilatée en triangle au-dessus de l'insertion des pectorales, n'a rien de particulier, mais son extrémité antérieure et inférieure est immensément grande et très-longue ; elle forme, conjointement avec le cubitus qui atteint des dimensions semblables , une forte saillie sur la gorge , en arrière de la large queue de l'os hyoïde, auquel elle s'attache. Ce qu'il y a de particulier encore, dans la conformation de cet appareil , c'est que l'osselet styloïde , composé d'une petite plaque et d'un os très-allongé et qui se renfle dans sa partie inférieure , vient s'attacher à l'extrémité de la pointe du premier interapophysaire de l'anale. Les petits os du bassin sont fixés entre la pointe du styloïde et les parois du cubitus.

La tête tout entière présente également une organisation singulière; le crâne est très-petit et relevé de crêtes immenses, très-hautes et très-larges , qui s'avancent jusque sur le milieu de l'ethmoïde , tandis que les os de la face et l'ethmoïde lui-même sont très-allongés et s'étendent aussi fort avant. Le crâne lui-même est très-petit; la plus grande de ses crêtes , qui se dilate en large voile sur le milieu de la tête , est formée par le développement de l'occipital supérieur et du milieu des frontaux, auxquels on reconnaît ici encore parfaitement bien la nature apophysaire. La crête latérale, couchée obliquement en dehors, est très-mince; l'externe est plus courte, mais plus forte. A l'angle postérieur et supérieur de l'orbite, le frontal postérieur forme une faillie assez forte. Le temporal est très-étroit; il en est de même du préopercule qui est très-allongé et qui forme un arc de cercle très-ouvert, depuis le crâne jusqu à l'insertion de la mâchoire inférieure. Les autres pièces operculaires sont très-minces, trèsétroites et papyracées. Le tympanal et le jugal sont très-grands; ce dernier siu'tout est très-allongé ; le transverse a cela de particulier que , surmonté d'une longue apophyse , il va s'atiacher au frontal antérieur. Le maxillaire supérieur et l'intermaxillaire sont très-grands , et les apophyses montantes de ce dernier très-allongées. La mâchoire inféiieure est très-haute, mais courte. Le premier sous-orbitaire est une pièce étroite, mais très-haute , qui s'étend sur la partie antérieure de la face ; le reste de l'arc zygomatique est très-étroit. En avant de l'orbite il y a un petit osselet très-étroit aussi, qui s'attache à l'ethmoïde; c'est, je pense, le nasal. Les os surtemporaux sont trèsallongés.

La description et la figure de ce squelette pourra servir de point de comparaison

avec les parties analogues des deux espèces de Gasteronemus : le G. rhomheuSj dont le corps est aussi large que long, et le G. oblonguSj, qui est plus étroit.

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