‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 24 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DU GENRE TRACHINOTUS LAcép.

Ce groupe , établi d'abord par Lacépéde , sur des caractères mal déterminés , a été définitivement limité et caractérisé par Cuvier, dans son Règne animal. Ce sont des poissons voisins des Liches, et, au dire de Cuvier lui-même, qui en a fait une élude détaillée, ils n'en diffèrent « que par un corps plus élevé , par un profil qui tombe plus verticalement en avant de l'œil, et par de plus longues pointes à leur seconde dorsale et à leur anale. Au lieu de première dorsale et de première anale, ils ont des épines libres, comme les Liches ; mais ils n'ont point de rayons libres en arrière, comme les Chorinèmes. Leurs dents sont en fin velours et ne ressemblent nullement à celles des Chétodontes , avec lesquels on les a long-temps associés à tort» (*). D'après cela, on comprend qu'il doit être plus difficile encore de déterminer les espèces fossiles ; surtout si toute les parties du squelette ne sont pas parfaitement conservées. Aussi en rapportant à ce genre l'empreinte fossile que je vais décrire, je me suis laissé guider uniquement par la forme générale du poisson. S'il eût été plus allongé, je n'aurais pas hésité à le rapporter au genre des Liches.

Cuvier décrit plus de vingt espèces vivantes de ce genre , dont je ne connais qu'une seule espèce fossile.

Trachinotus TENUiCEPs Agass.

Vol. 2,Tab. 7.

Syh. Chœtodon rhomhoidalù Itt. ver. Tab. 39, fig. 3. — De Blainv. Ich. pag. 52.

Il existe au muséum de Paris deux plaques correspondantes de cette jolie espèce. Quoique l'on ne voie pas la dentition de l'intérieur de la gueule , la forme générale du poisson , les proportions du corps, et cet air de famille si inappréciable en histoire naturelle, compensent ce qu'il y a de défectueux dans les détails ; et comme on ne peut balancer qu'entre les genres Platax et Trachinotus , parce que l'existence des ventrales exclut les Psettus , il ne peut rester

{*) Cuvier et Valenciennes ;, Histoire naturelle des Poissons, toin. VIII , pag. 398.

aucun doute sur sa position générique dans la famille des Scombéroïdes ; il n'y a d'ailleurs pas l'apparence d'écaillés aux nageoires , et l'on voit sur tout le corps ce lustre muqueux qui est commun chez les Scombéroïdes.

Notre T. tenukeps se fait remarquer par les particularités suivantes : les corps des vertèbres sont beaucoup plus petits, et leurs apophyses épineuses beaucoup plus grêles que dans les espèces vivantes ; d'où il résulte que le corps entier du poisson est proportionnellement plus court et plus large ; il a la forme d'un rhombe à-peu-près équilatéral. Il y a du reste, de même que dans le squelette de l'espèce vivante appelée T. argenteus , dix vertèbres abdominales et quatorze caudales; entre toutes les apophyses épineuses, ce sont les moyennes qui sont les plus longues. Les côtes sont également plus longues que dans les espèces vivantes : les dernières sont portées par d'assez longues apophyses transverses, dirigées perpendiculairement en bas. Les osselets interapophysaires , surtout ceux de la dorsale, sont très-grèles et unis les uns aux autres par des lames osseuses, afïectant la forme de crête en avant et en arrière; ceux qui correspondent au bord antérieur de la dorsale molle sont les plus grands. En avant des épineux, il y en a trois inermes, suivis de sept , qui portent des rayons (ce nombre est le même dans le T. argenteus) . Il demeure incertain si le premier avait une épine dirigée en avant ; mais comme la plaque montre une entaille en cet endroit , je présume qu'il y avait là une épine plus grosse. Le dernier osselet est fixé à la sixième apophyse épineuse , à partir de la queue. Le premier rayon de la dorsale molle est un épineux allongé , dont l'osselet inlerapophysaire est attaché à la septième apophyse épineuse à partir de la nuque ; puis vient le grand rayon simple articulé ; les suivans qui, dès le troisième et le quatrième, vont en diminuant sensiblement de longueur, et dont les postérieurs sont très-bas, sont plus ou moins fourchus. Il est à remarquer que l'espèce fossile est une de celles du genre dont la portion élevée de la dorsale molle n'est pas démesurément prolongée , comme dans le T. glaucus. Le nombre des rayons mous de la dorsale est de vingt-huit , y compris le grand articulé , portés sur vingt-sept interapophysaires de plus en plus petits.

L'anale correspond exactement à la dorsale molle ; les osselets interapophysaires qui la portent sont aussi conformés de la même manière , à l'exception du premier interapophysaire , qui s'attache très-haut en avant de la première apophyse épineuse inférieure ; il est très-grand et fort gros , dilaté en plaque triangulaire à son extrémité inférieure , et donne attache à deux épineux libres situés en avant de la nageoire. Les osselets interapophysaires qui suivent immédiatement sont assez grands, mais ils vont en décroissant jusqu'à la neuvième apophyse, à laquelle s'attache le dernier. Leur nombre est de vingt-six (sans le grand) portant en tout vingt-six rayons , qui vont en décroissant jusqu'au milieu de la nageoire ; au delà , leur lono-ueur est à-peu-près uniforme jusqu'au bout des nageoires. La caudale est très-fourchue et de moyenne grandeur. Sa formule est : 8 à 9. 1. 8. 7. I. 8. à 9.

Il n'est resté de la ceinture thoracique que l'extrémité inférieure de l'humérus et le cubitus ; qui ont à-peu-près les mêmes dimensions que dans le T. argenteus ; peut-être sont-ils cepen-

dant un peu plus courts et plus larges. Le bassin est petit, ainsi que les ventrales qui s'y attachent ; leur extrémité ne dépasse pas l'insertion de l'anale.

Quant à la tète, elle est remarquablement petite, comparée à celle des espèces vivantes et à la masse du corps. La crête occipitale est élevée et se dilate en arrière. L'opercule est petit et assez étroit ; le préopercule se développe surtout vers le bas. Je compte sept osselets branchiostègues dans la plaque droite. La gueule est de moyenne grandeur, l'orbite est grande.

Dans le T. argenteus , le préopercule est muni à son bord antérieur d'une forte et large crête ou arête ; l'ethmoïde et les frontaux antérieurs dilatent la partie antérieure du crâne , qui est relevée de trois crêtes considérables, dont la moyenne, qui s'étend sur le frontal et jusque sur l'ethmoïde, est la plus considérable. De part et d'autre, une crête latérale s'étend encore sur les frontaux principaux et sur l'occipital externe, et à son extrémité se fixe une des cornes du suprascapulaire. La crête externe, qui est la plus basse et la plus courte , ne s'étend que sur le frontal postérieur et sur le mastoïdien, à l'extrémité duquel se fixe la branche inférieure du suprascapulaire.

L'exemplaire figuré , jusqu'ici le seul connu de cette espèce, provient de Monte-Bolca, et se trouve dans la collection du muséum de Paris.

Page 1