CHAPITRE XI
DU GENRE DlICTOR Agass.
J'ai établi ce genre pour un type entièrement éteint de la famille des Scombéroïdes. Il ne faut par conséquent pas le confondre avec le Pilote ( Scomber ou Naucrates Ductor ) des mers actuelles , qui, quoique appartenant à la même famille, est cependant différent. Ce dernier est un poisson trapu, tandis que notre Ductor est très-allongé et cylindracé. Comme je n'en connais encore qu'une seule espèce , il suffira d'en donner une description détaillée pour indiquer en même temps les différences qui le distinguent des autres genres de la môme famille.
Ductor leptosomus Asrass.
Vol. D,Tab. J2.
Syn. Callionymus Fcstenw lll. ver. Tab. 32, lig. 2. — Gobins smyrnensis Itt. ver. Tab. ii , ^fig. 2. — DeBlainv. Ici). 55-55.
C'est un poisson fréquent à Monte-Bolca, où l'on en trouve des exemplaires assez bien conservés , qui permettent d'en étudier avec assez de précision les principaux caractères. Cela élant , il y a lieu de s'étonner que l'auteur de l'Ichthyolitologie véronaise , qui disposait des plus beaux exemplaires , ait pu méconnaître le caractère de ce poisson au point de le placer dans deux genres différens. Sa forme est très-élancée , sa hauteur n'égale guère que le septième de sa longueur. La tête est fort longue , car elle égale à-peu-près le quart de la longueur totale; le corps se rétrécit très-peu en arrière, et le pédicule de la queue, qui est toujours étroit dans les Liches , les Naucrates et dans la plupart des autres Scombres , n'est que peu rétréci dans notre espèce. D'après cela, nous avons tout lieu de penser que ce n'était pas un poisson plat, mais qu'il était plutôt cylindracé. La colonne vertébrale compte vingt-quatre vertèbres, dont douze caudales et douze abdominales; elles sont beaucoup plus longues que larges et àpeu-près toutes de même forme , ou du moins il n'y a que les dernières caudales qui soient un peu plus grêles que les autres. Les apophyses sont longues et très-égales entre elles. Les osselets interapophysaires sont beaucoup plus grêles ; il y en a deux et môme trois pour une apophyse , excepté à la première dorsale , où ils alternent un à un avec les apophyses. Ces
— nu —
mêmes osselets qui sont si larges et garnis de fortes carènes chez les Liches et les Carangopsis , sont ici excessivement frustes; il semble même que ceux de la première dorsale soient plus petits que ceux de la seconde.
Quoique la dorsale épineuse ne soit pas conservée, on peut cependant conclure de la présence des osselets interapophysaires qu'elle existait ; mais il serait difficile de dire si les rayons formaient une nageoire continue réunie par une membrane , ou s'ils étaient isolés. La dorsale molle est longue ; elle s'étend à-peu-près sur le tiers du bord dorsal ; ses rayons sont grêles et peu serrés , quoique divisés à plusieurs reprises. Ceux de l'anale ont à-peu-près la même forme et les mêmes dimensions, mais ils sont moins nombreux. J'en compte quatorze , dont le premier seul est indivis , il n'atteint que la moitié de la longueur des suivans. L'insertion de l'anale est en arrière de celle de la seconde dorsale. La caudale se fait remarquer par ses lobes arrondis ; ses rayons sont gros et divisés nombre de fois ; formule 9 ou 10 , I , 8 ; 7, 1,8. Les articles des rayons sont aussi longs que larges. Les ventrales n'ont qu'un petit nombre de rayons , mais ils sont très-gros et très-divisés.
La tête est assez bien conservée dans l'exemplaire figuré ; on y reconnaît surtout bien les pièces operculaires ; le subopercule et l'interopercule sont remarquables par leur grandeur considérable. Le crâne est aplati. La gueule est peu fendue ; les mâchoires sont robustes ; mais elles n'ont conservé aucune trace de dents , qui probablement étaient en brosse ou en velours ras.
L'original de ma planche se trouve au Muséum de Paris.