‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 54 sur 156 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

DU GENUE IIEMIRHYNCHUS Agass.

Je désigne aujourd'hui sous ce nom un type particulier de poisson que j'ai pris dans iorigine pour un Voilier (Histiopliorus) fossile, en me fondant sur la forme de la tête, qui est absolument la même. A celte époque, il n'existait à ma connaissance aucun squelette de Voilier, et ce n'est qu'en lisant plus tard la description qu'en a donnée M. Valenciennes dans V Histoire naturelle des Poissons, d'après un squelette du Musée de Berlin fait par M. Ehrenberg, que je me suis assuré que , sous le rapport du squelette , les Voiliers se rapprochent tout-à-fait du type des Tetrapterus (voy. plus bas), puisque leurs vertèbres sont « toutes allongées et rétrécics dans leur milieu , comme si elles se composaient de deux cônes réunis par le sommet. Elles donnent en avant deux apophyses aplaties horizontales , qui reçoivent entre elles l'apophyse épineuse de la vertèbre précédente, qui est carrée, mince, élevée, et s'étend presque jusque sur le milieu de la vertèbre qui l'embrasse » (*).

Dans notre Hemirhynchus le squelette est tout différent. La colonne vertébrale est grêle ; les vertèbres sont à-peu-près aussi hautes que longues et peu resserrées au milieu ; leurs apophyses articulaires sont très-peu accusées, et ce qui est surtout important, leurs apophyses épineuses, loin d'être carrées et élevées, ne forment qu'une arête assez grêle. Sous ce rapport, notre nouveau genre a bien plus d'analogie avec les Palœorhynchum; et ce qui milite en outre en faveur de cette affinité, c'est que les osselets interapophysaires sont par paires , comme chez ces derniers. D'après cela, notre Hemirhynchus serait intermédiaire entre les Voiliers et les Palseorhynchum, ayant la tête et le bec des premiers et le squelette des derniers. L'inégalité des mâchoires est un caractère assez important aux yeux de tous les ichthyologistes pour que je n'aie pas à craindre qu'on me reproche de n'avoir pas réuni le Hemirhynchus aux Palaeorhynchum.

. Ce nouveau type n'est encore connu que par une seule espèce. Il n'en existe même à ma connaissance qu'un seul exemplaire.

Cette plaque remarquable fait partie de la collection du Muséum de Paris, où elle a été déposée par M. DesHayes ; elle provient du calcaire grossier de Paris.

(°) Histoire naturelle des Poissons , par Cuvier et Valenciennes , tom. VIll , pag. 300.

Hemirhynchus DesHayes Agass, Vol. S, Tab. 30. (Sous le nom de Histiophoriis DesHayes).

Il est à regretter que cette espèce si importante, en ce qu'elle établit un passage entre deux types assez différens, ne soit pas connue dans tous ses détails. Nous n'en connaissons jusqu'ici que la tète et une partie de la colonne vertébrale. Mais à en juger par sa physionomie générale, il paraît que c'était un poisson très-allongé. La tête, y compris le bec, a deux pouces de long. La mâchoire supérieure qui déborde l'inférieure d'un tiers au moins de sa longueur, est très-grèle, et se termine en une pointe cylindrique. La mâchoire inférieure est beaucoup plus épaisse à sa base , mais également pointue. L'orbite est fort grande, rapprochée du bord supérieur. L'opercule est garni de stries rayonnantes très-distinctes. Les rayons branchiostègues sont nombreux, robustes et fortement arqués à leur origine. La colonne vertébrale est plutôt grêle que robuste, composée de vertèbres aussi longues que hautes et peu étranglées dans le milieu, ce qui les fait paraître presque carrées. Les côtes, en revanche, sont longues et robustes. Les apophyses épineuses sont des arêtes droites, assez vigoureuses, mais petites, surtout à l'origine de la colonne vertébrale, où elles sont notamment plus courtes que les osselets interapophysaires. Ces derniers sont grêles et l'on voit distinctement qu'ils sont disposés par paires, dont les branches divergent vers la colonne vertébrale. Une paire de ces osselets alterne d'ordinaire avec une apophyse ; et il paraît qu'ils s'étendent fort en avant sous l'opercule, ensorte que la cavité cérébrale se trouverait réduite à un fort petit espace. Il existe des traces assez distinctes des écailles , qui sont fort grandes ; car elles ont au moins une ligne et demi de hauteur ; elles sont vues dans notre exemplaire par la face interne. Quant aux nageoires , on ne distingue que les premiers rayons de la dorsale ; ils sont excessivement grêles, sans trace d'articulation , mais correspondant exactement aux paires d'osselets qui les portent. En avant de ces rayons grêles , on découvre deux petites épines courtes et crochues.

La plaque figurée contient encore une quantité d'autres fragmens de squelette , dont quelques-uns sont un peu difFérens de l'empreinte principale. La portion de colonne vertébrale qui se voit au bord inférieur, sous le bec , a les vertèbres plus allongées et plus étranglées. Il est probable que c'est un fragment de la région postérieure du squelette d'un grand individu. Il en est de même de plusieurs autres débris dont l'empreinte est plus oblitérée. En revanche , le fragment qu'on voit au bord postérieur de la plaque , ne saurait être douteux. C'est la même forme des vertèbres et le même arrangement des osselets par paires ; seulement ces derniers sont plus nombreux que dans la région nuchale de l'exemplaire principal ; il y en a ordinairement deux paires dans l'espace compris entre deux apophyses. Mais cette différence résulte sans doute de la position des osselets. Or le fragment dont il est ici question appartient à la partie postérieure du tronc où les osselets sont en général plus nombreux.

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