‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 55 sur 156 · DE LA FAMILLE DES ESPADONS OU XIPHIOIDES · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE DES ESPADONS OU XIPHIOIDES

J'ai dit plus haut , au ciiapitre [ , les motifs qui m'engagent à réunir dans une famille à part, en les séparant des Scombéroïdes , les Espadons, les Tetrapterus et les Voiliers. Ces trois genres, très-voisins l'un de l'autre, ont une physionomie des plus caractéristiques; ce sont des poissons très-élancés , mais robustes , et qui ont cela particulier que leurs mâchoires s'allongent en un bec d'une longueur démesurée. Outre cela ils se distinguent par une structure particulière de leur squelette, qui se reconnaît jusque dans les moindres fragmens de leur charpente osseuse. C'est à peine si on trouve dans les Scombéroïdes vivans quelque caractère secondaire qui ait du rapport avec l'ostéologie des Espadons. C'est plutôt dans les types fossiles qu'il existe une porte de passage entre les deux familles. Nous avons en effet rencontré un bec semblable à celui des Espadons dans le genre Palœorhynchum des schistes de Claris, et surtout dans le genre Hemirhynchus ; mais comme l'un et l'autre n'ont qu'un squelette trèsgrèle , j'ai cru plus convenable de les laisser réunis aux Scombéroïdes. Il n'y a jusqu'ici parmi les types de notre époque appartenant à la famille des Xiphioïdes , que le genre Tetrapterus dont on ait signalé des restes fossiles. Le genre Cœlorhynchtis est entièrement éteint. Le poisson que j'ai désigné antérieurement sous le nom d' Histiophoi^us DesHayes est aujourd'hui le type de mon genre Hemirhynchus , et doit rester dans la famille des vrais Scombéroïdes du groupe de ceux qui ont le bec allongé.

Du GENRE Tetrapterus.

Le genre Tetrapterus a, comme les Espadons, le museau allongé en forme de bec très-pointu; mais il en diffère en ce qu'il est pourvu de ventrales , tandis que l'Espadon n'en a pas. La mâchoire supérieure déborde aussi, à ce qu'il paraît, davantage la mâchoire inférieure, et le corps est plus comprimé.

Quoique les Tetrapterus ne soient représentés ' que d'une manière très-incomplète dans lichlhyologie fossile, il ne sera pas sans intérêt de donner ici la description du squelette d'une espèce vivante, du Tetrapterus Belone (Tab. E. )

La colonne vertébrale de ce poisson se compose de vingt-quatre vertèbres , nombre excessivement petit pour un poisson qui atteint une longueur aussi considérable (jusqu'à six pieds), et dont le corps est si élancé. Le corps de chaque vertèbre forme un cylindre renflé Vol. V. 12

aux deux bouts , dont la longueur est au moins cinq fois plus grande que la hauteur. Chaque vertèbre est surmontée d'une apophyse épineuse , aussi large que la vertèbre est longue , représentant une lame mince et plate , de forme à-peu-près carrée. Ces crêtes lamelleuses atteignent leur maximum de hauteur au milieu du dos , d'où elles s'abaissent des deux côtés vers la tête et vers la queue. Les côtes sont au nombre de douze ; elles sont cylindriques, courtes . et diminuent rapidement de longueur, à partir de la sixième paire. Les apophyses inférieures sont encore plus extraordinaires. Elles sont attachées aux corps des vertèbres par une anse courte et peu large , qui protège l'aorte et se dilate en arrière sous la forme d'une lame large , haute et mince , de forme à-peu-près carrée et fort semblable aux apophyses épineuses supérieures. Cette lame se prolonge jusqu'à l'anse de l'apophyse suivante et au delà , où elle s'insinue entre deux apophyses horizontales , étroites , plates et pointues comme une lame do couteau. De cette manière, l'apophyse inférieure de chaque vertèbre se compose de deux prolongemens horizontaux en avant et d'une lame verticale en arrière et comme chacun de ces appendices ( les prolongemens antérieurs et la lame postérieure ) s'étendent fort au delà des articulations , il en résulte une grande solidité pour la colonne vertébrale, qui est presque immobile. Cette immobilité est encore renforcée par les apophyses articulaires supérieures qui partent du milieu du corps de la vertèbre et embrassent également les apophyses épineuses qui les précèdent , absolument comme au bord inférieur.

Une structure analogue s'observe dans les osselets interapophysaires qui portent les dorsales et les anales. Ceux de l'anale sont intimement soudés ensemble , de manière à ne former qu'une seule lame osseuse longitudinale , et les séparations primitives ne sont indiquées que par des crêtes minces ; il en est de même des osselets qui portent la partie antérieure et élevée de la dorsale. Les osselets suivans sont , par contre, distinctement séparés, et de chacun d'eux part une apophyse horizontale et postérieure qui s'avance jusqu'à la face articulaire de l'osselet suivant, en s'appuyant sur son bord supérieur.

La dernière vertèbre est munie de chaque côté d'une forte carène horizontale , sur laquelle se fixent les grands muscles latéraux. Ses apophyses sont presque entièrement cachées sous les fourches des rayons de la caudale. Il n'y a que les trois rayons moyens qui s'articulent avec les apophyses de la dernière vertèbre par une tète glénoïdale. Une série de nœuds marquent sur les bases des rayons les insertions des muscles moteurs de la nageoire.

La tête est, comme nous venons de dire, semblable à celle de l'Espadon. Le bec est formé par les intermaxillaires qui se soudent ensemble pour former un cylindre pointu ; les os du crâne sont petits et très-réduits. L'appareil operculaire est fort grand ; l'opercule est remarquable par sa forme carrée. L'occiput étant fort court , l'omoplate est placée presque horizontalement au-dessus de l'opercule, tandis que l'humérus descend à angle droit, pour se joindre à une clavicule fort large. Cette clavicule ferme lé dessous de la gorge et porte la grande nageoire pectorale en forme de faux. Les osselets , qui portent le stylet de la ventrale , sont trèspetits et cachés entre d'énormes clavicules.

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