‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 58 sur 156 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DES SPIIÏRIKOIDES EN GÉNÉRAL ET DO GENRE SPflïRINA EN PARTICULIER.

Dans la classification des poissons, les Sphyrènes ont jusqu'ici fort embarrassé les naturalistes, parce que , s'attachant à des caractères isolés et peu importans , que nous voyons même souvent varier dans les divers genres de la même famille , ils ont négligé l'ensemble de leur organisation. C'est ainsi que Linné les avait réunis au genre Esox , à cause des dents aiguës qui arment leurs mâchoires ; mais ces dents n'ont de commun avec celles des Brochets que leurs bords tranchans et leur forme effilée. Artédi en avait fait un genre, sans déterminer leur position naturelle. C'est à Cuvier qu'il appartenait de faire ressortir leurs rapports intimes avec les Acanthoptérygiens ; seulement je crois qu'il les rapproche trop des Perches, avec lesquelles elles n'ont rien de commun , sinon d'être acanthoptérygiens. C'est là aussi la seule raison pour laquelle Cuvier les place dans la grande famille des Percoïdes dans un groupe à part , où elles se trouvent entièrement isolées. En effet, elles n'ont ni les dentelures, ni les épines propres aux pièces operculaires des Percoïdes ; leur vomer manque de dents , et les dents des mâchoires sont disposées et conformées tout autrement que dans les Percoïdes. Enfin le bord postérieur des écailles est lisse, ce qui n'a lieu dans aucun Percoïde. Il n'y a pas jusqu'aux nageoires qui présentent des particularités remarquables , entre autres les rayons postérieurs prolongés de l'anale et de la seconde dorsale, et la forme générale de la caudale.

En revanche , si l'on fait abstraction de la position des ventrales , les Sphyrènes ont tous les traits essentiels de l'organisation des Scombéroïdes. Leur dentition est la même que celle des Thyrsites ; et autant la conformation de leurs viscères les éloigne des Perches, autant elle les rapproche des Scombéroïdes , et surtout de ceux dont le canal intestinal est simple et presque droit, sans circonvolutions ni replis. Les nombreux cœcum , la nature du foie et de la rate, même la forme de la vessie natatoire, sont des traits de Scombres. Enfin tous les caractères extérieurs les plus marquans les en rapprochent : la tête allongée , le crâne aplati , les écailles lisses, la grande caudale , et jusqu'aux longues vertèbres et aux petites côtes.

Mais à côté de ces affinités , les Sphyrènes se distinguent par une particularité qui leur est propre entre tous les Cycloïdes acanthoptérygiens , c'est d'avoir des ventrales abdominales. Sans partager l'opinion des naturalistes , qui accordent une valeur capitale à la position des nageoires , je crois cependant qu'elle est une bonne fortune pour la méthode dans le cas particulier, puisqu'elle nous dispense d'augmenter encore le nombre déjà si considérable de genres et d'espèces de la famille des Scombéroïdes , auxquels il faudrait les associer, d'après ce que nous venons de dire plus haut. Je préfère en conséquence faire du genre Sphyrène le type d'une famille à part que je caractérise ainsi : ce sont des Scombéroïdes à ventrales abdominales et à mâchoires armées de grandes dents comprimées.

Je pense qu'il faudra encore rapporter à cette famille le genre Paralepis de Risso. J'ai en outre distingué plusieurs genres fossiles qui me paraissent devoir leur être associés , bien que leurs affinités ne soient pas encore connues d'une manière bien précise ; tels sont les genres Rhamphognathus , Ulesogaster , Sphyrœnodus , Hypsodon , Saurodon et Saurocephalus . L'existence des Sphyrénoïdes remonterait ainsi à la formation crétacée.

Squelette du Sphyraena barracuda.

Vol. 5, Tab. F. fig. 1.

Dans cette espèce , le nombre des vertèbres est de vingt-quatre , dont douze abdominales, portant autant de paires de côtes; les premières côtes s'attachent au haut des corps de vertèbres, les suivantes à la partie antérieure et latérale de la vertèbre, et les dernières à une petite apophyse qui descend du bord latéral inférieur de la vertèbre. Il y a H 4- 1 vertèbres caudales ; la première a ses apophyses inférieures réunies en un canal complet pour le passage des grands vaisseaux. Les apophyses épineuses de toutes les autres vertèbres sont petites et grêles ; les nuchales sont les plus grosses. Les osselets interapophysaires de la dorsale épineuse sont courts ; ceux de la seconde dorsale, au moins les antérieurs, sont plus allongés et dirigés en avant. Les apophyses articulaires sont plus accusées au bord supérieur qu'au bord inférieur ; elles ont la forme de petites arêtes horizontales qui s'étendent sur la vertèbre précédente jusqu'à l'apophyse épineuse. Toutes les vertèbres , à l'exception des deux dernières , sont plus longues que hautes.

La tête ne présente rien de particulier, si ce n'est que toutes les parties qui la composent sont allongées. Les intermaxillaires n'ont qu'une seule rangée de petites dents à leur bord latéral ; mais en avant et un peu en dedans il y en a deux fort grandes , comprimées et trèstranchantes , légèrement arquées et très-pointues , accompagnées quelquefois d'une dent ou de deux dents plus petites. Plus en arrière et sur la même hgne, les palatins en portent une série de cinq ou six, également grandes, tranchantes et pointues, mais non arquées, et plutôt en fer de lance , auxquelles succèdent toujours, le long du palatin, douze ou quinze den'''

plus peliles et serrées, comme celles de linlermaxillaire. La mâchoire inférieure n'a que deux fortes dents tranchantes , pointues et arquées , à la symphyse antérieure des branches du maiidibulaire , qui correspondent à celles de la mâchoire supérieure. Le long de chaque branche de la mâchoire inférieure , il y a ensuite une série de dents tranchantes, droites, d'apparence pyramidale , plus ou moins grandes et plus ou moins éloignées ; elles correspondent aux grandes palatines et s'engrènent entre elles et les intermaxillaires lorsque l'animal ferme sa formidable gueule.

l. Sphyraena bolcensis Agass.

Vol. S,Tab. iO,fig. 2.

Syn. £sox Sphyraena Itt. ver. Tab. 24 , fig. 1. — Perça punctata Itt. ver. Tab. 51 , fig. \. — Esoœ Sphyrœna De lîlainv. Ich. p. 37. — Ophicephalus De Blainv. Fcli. p. 43. — Bronn. II. N" 30.

"dette espèce a été décrite et figurée sous deux noms difFérens par l'auteur de l'Ichthyologie véronaise, une fois comme un Brochet, une autre fois comme une Perche. L'exemplaire dont je donne ici la figure provient de la même localité que ceux de Gazzola , c'est-à-dire de Monte- Bolca , et la parfaite ressemblance de forme et de contour ne me laissent aucun doute sur l'identité de l'espèce. C'est un poisson très-allongé et qui paraît avoir été plutôt cylindrique que comprimé ; sa plus grande hauteur en avant de la première dorsale est à la longueur comme i est à 7 et demi. La longueur de la tête est comprise trois fois et quart dans la longueur totale. La colonne vertébrale est massive, composée de vingt-quatre vertèbres, dont il n'est resté que les apophyses ; les corps de vertèbres ont complètement disparu. Il paraît , d'après leur empreinte, qu'ils étaient assez gros. Les apophyses du moins sont sensiblement plus épaisses que dans le S. gracilis. La caudale, supportée par les trois dernières vertèbres caudales, est assez courte, peu échancrée, mais, en revanche, abondamment fournie de rayons. La seconde dorsale et l'anale commencent entre la dixième et la onzième vertèbre (en allant de la queue à la tête) ; la dorsale s'étend jusque entre la seizième et la dix-septième ; elle est composée de dix rayons, dont le premier, qui est le plus long, est simple ; les suivans diminuent insensiblement de longueur. L'anale n'a que neuf rayons , dont les deux premiers sont également simples ; elle s'étend jiisqu'à la quatorzième vertèbre. La première dorsale s'étend entre les vingtième et vingt-troisième vertèbres , ou sixième et neuvième abdominales ; il n'en est resté que trois rayons dans notre exemplaire ; les autres ont disparu. Il ne reste qu'un vestige des ventrales qui sont insérées en avant de la première dorsale. Les pectorales sont perdues.

La tête est allongée en cône déprimé ; mais comme elle a beaucoup souflfert , on ne distingue nettement aucun de ses os, excepté les mâchoires, dont l'inférieure est la plus forte et la plus épaisse. On observe à l'intermaxillaire une série de dents fines et rapprochées les

unes des autres , et sur la plaque opposée trois grosses dents coniques , dont celle du milieu appartient à la mâchoire supérieure et les deux latérales à l'inférieure. L'orbite est assez grande et située au dessus de la commissure des mâchoires.

Les écailles qui couvraient ce poisson sont très-bien conservées ; elles sont plus grosses et plus épaisses que dans le S. gracilis, et en même temps plus ou moins arrondies. Leur partie antérieure est marquée de rayons et de cercles concentriques très-rapprochés qui cependant le sont un peu moins que dans l'autre espèce ; le centre est granulé.

L'original se trouve en double plaque au musée de Munich. Il provient de la collection de M. Cobres. Les originaux de Volta se trouvent au muséum de Paris. Il en existe également des exemplaires dans les collections de lord Enniskillen et de sir Philipp Egerton.

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