‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 3)Chapitre 72 sur 156 · I. Acanthopsis angustus Agass · texte numérisé non relu

I. Acanthopsis angustus Agass

Vol. 5, Tab. 5o fig. 2 et 3.

Cohitis Tœnia de Sauss. Catalog.

Il existe dans la collection de M. Lavater , à Zurich , un poisson que de Saussure cite dans son catalogue sous le nom de Cobitis Tœnia. Il ressemble en effet beaucoup à notre espèce vivante de Loche, connue sous ce nom. Cependant j'ai cru devoir le distinguer spéciflquement et le reporter, ainsi que celle-ci, du genre des

Loches, dans mon genre Acanlliopsis, parce qu'il montre des traces incontestables d'un piquant fort acéré et mobile sur le premier sous-orbilaire: or c'est la présence d'un semblable piquant qui, comme nous venons de le voir, constitue le principal caractère de ce genre.

L'espèce est surtout caractérisée par Textrcme ténuité de son corps, ce qui lui a valu le nom (.Vajigustus. Mais il ne faut pas prendre le change sur la longueur de l'exemplaire de fig. 3, auquel on a très-adroitement allongé la queue, en ajoutant à l'extrémité delà colonne vertébrale, l'extrémité d'un Goujon fossile ÇGobio analis)\ dont j'ai représenté les contours, afin de reproduire l'effet complet de l'original et pour que les personnes qui auront l'occasion de le comparer ne s'y méprennent pas. A part cette bizarrerie , le squelette est assez bien conservé 5 on reconnaît même vers les parois abdominales , entre les pectorales et les ventrales et entre celles-ci et l'anale, quelques légères traces d'écaillés; mais elles sont si petites, qu'il est impossible d'en déterminer la structure, ni même la disposition. La tête est allongée, et sauf le piquant sous-orbitaire , elle est assez mutilée , comme l'est en général la tête de la plupart des poissons fossiles. Un autre caractère très-saillant de cette espèce, c'es^ l'extrême petitesse des ventrales et des pectorales, qui sont séparées par un espace assez considérable. La colonne vertébrale se compose de treize vertèbres caudales et de vingt-six vertèbres abdominales. Les côtes, au nombre de quatorze, sont assez fortes et de longueur moyenne. La dorsale, portée un peu en avant des ventrales , paraît composée de neuf rayons : 2. L 6. L'anale en compte un nombre égal; elle est aussi éloignée de la dorsale que celle-ci l'est de la tête. La caudale est détruite; l'on n'y reconnaît que les petits osselets du lobe supérieur.

Il existe au Musée de Carlsruhe un joli petit poisson que je crois être un jeune de cette espèce (fig. 1). De toute manière la forme élancée du tronc et de la tête, les courtes apophyses des vertèbres et la forme arrondie de la caudale ne permettent pas de douter que ce ne soit un Acanthopsis, malgré que le rayon épineux du premier SHborbitaire ait complètement disparu. En examinant l'original à la loupe, on reconnaît assez distinctement 9 rayons dans la dorsale, 17 dans la caudale, 7 ou 9 dans l'anale et 8 dans les ventrales. Ce qui donne surtout du piix à ce petit exemplaire , c'est que toutes les nageoires y sont étalées et dans leur position naturelle, comme si le poisson avait été surpris en nageant.

L'on voit en outre dans la même collection du Musée de Carlsrulie. un autre exemplaire de cette espèce , probablement la plaque correspondante de celle de la collection Lavater, que je viens de décrire : la caudale y est également complétée par une pièce étrangère. Tous ces exemplaires proviennent des schistes d'Oeningen.

ToM. V. i' PARTIE. 2

A cette occasion je ferai remarquer qu'il faut être continuellement sur ses gardes, pour notre pas dupe de l'adresse de ceux qui ont cherché à compléter les exemplaires des poissons fossiles qu'ils avaient à leur disposition. Jamais je n'ai mieux senti la nécessité d'une réserve et d'une défiance absolue à cet égard, que lorsque j'ai examiné pour la première fois la belle collection de poissons fossiles du Musée de Carlsruhe. Là en effet j'ai trouvé, à côté de poissons intacts, des pièces factices, représentant en apparence des fossiles particuliers, d'autant plus difficiles à apprécier, qu'ils étaient composés de fragmens plus ou moins grands et plus ou moins reconnaissables de vrais fossiles, très-adroitement ajustés et soudés de manière à imiter les formes générales de différons animaux. Ainsi j'ai vu le corps d'une espèce inédite d'Orvet (^ng^ît/^) terminé parla tête d'un poisson (Gobio analis) et présentant aux yeux d'un curieux moins attentif, l'aspect d'une Anguille. De même un grand nombre d'exemplaires sont complétés par des pièces provenant d'autres individus ou plus grands ou plus petits de la même espèce ou d'espèces voisines, dont l'ajustation a été opérée moyennant quelques coups de ciseaux, ce qui était d'autant plus facile que la roche qui les recèle se laisse aisément tailler. Mais ce qui m'a Te plus frappé ce sont de prétendues grandes Truites que l'on trouve citées dans la plupart des ouvrages anciens où les fossiles d'Oeningen sont mentionnés, et qui ont toujours passé pour les premières raretés de ce gisement. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'on les examinant de près je vis dans les contours d'une Truite creusée sur une grande plaque de schiste d'Oeningen, des fragmens de plusieurs espèces fossiles de cette localité, mais surtout des portions d'Esojc- lepidotus et de Leuciscus œningensis assemblés pêle-mêle dans toutes les directions, de manière à produire l'image approximative de quelque grande Truite! Digne chef-d'œuvre de l'oisiveté des moines do Mersebourg, auquel on doit cette collection ! — (Comp. ma notice sur les Poissons d'Oeningen dans Leonhard et Bronn, Jahrbuch i83o.)

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