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de ces modifications : destinée à protéger le corps de l’animal contre les influences du monde extérieur qui l'entoure, la peau est le reflet de l’action et de la réaction qui s'établit entre l'être qui se développe et le milieu dans lequel il vit. Et si l’on a droit de dire que le squelette est, dans un animal, l'empreinte matérielle de l'esprit qui a agi durant sa vie, l’on peut affirmer aussi que la peau est le reflet des rapports qui existent entre cet être et le milieu ambiant. Dans cette position , elle participe d’un côté de l’organisation de l’animal qu’elle protège, de l’autre, des conditions d'existence dans lesquelles celui-ci est destiné à vivre. Elle est donc le champ d’action de toutes les influences extérieures et le moyen par lequel toutes les actions intérieures se transmettent au dehors. Elle est un organe essentiel de l’animal, empreint de toutes les particularités de son existence et de son organisation, qui se trouvent ainsi traduites au dehors et soumises directement au regard de l'observateur. Aussi son simple aspect suffit-il, dans beaucoup de cas, pour nous faire entrevoir la Structure d’un animal que nous n’avons encore jamais vu, tant sont intimes les relations qui existent entre tous les organes. Son étude, sous ce point de vue, sera donc, on le conçoit à l'avance, d’une trèsgrande importance pour la zoologie comparée, et surtout pour l’examen des fossiles dont on ne trouve que l'empreinte extérieure.
Comme les tégumens généraux sont la limite matérielle de tous les êtres organisés, et dessinent à l'extérieur les particularités de leurs formes, je devrais avant de traiter plus spécialement de l’organisation de la peau, entrer ici dans quelques détails sur la configuration générale du corps ; mais ce serait m’écarter trop de mon sujet. Je dirai seulement que la forme d’un être quelconque est déterminée par les proportions des trois dimensions de l'étendue, telles qu’elles se combinent dans les différentes espèces, sous des aspects très-divers. Ces dimensions déterminent done aussi les différentes régions que nous avons l’habitude de distinguer chez les animeaux. La direction longitudinale établit les proportions entre les parties antérieures et postérieures, la tête, la poitrine, l’abdomen et la queue. La largeur nous fait distinguer la droite et la gauche, quelles que soient du reste les proportions quantitatives de l’un ou de l’autre côté de l'animal, et c’est de ces rapports que résulte la symétrie. La hauteur, qui ici devient épaisseur, rappelle les différences qui existent entre les régions dorsale et ventrale, ou, suivant la position de l’animal, entre sa partie supérieure et inférieure, différences essentielles qui remontent jusqu'à la séparation du blastoderme en un feuillet séreux et un feuillet muqueux, desquels naissent deux ordres d'organes si différens par le rôle qu'ils jouent dans la vie.
Il n’est aucune classe du règne animal qui présente des formes aussi variées que la classe des poissons. Il y en a qui sont parfaitement sphériques, comme les Diodons. D’autres sont discoïdes ou circulaires et aplatis; cette forme se présente dans deux cas très-différens; elle résulte ou du rétrécissement excessif ou du développement démesuré des deux dimensions du corps; dans le premier cas, le corps est comprimé et très-élevé, mais aussi très-étroit, comme
dans les Vomers, les Orthagorisques, tandis que dans le second cas, il est très-déprimé, aplati ét très-large, comme dans certaines Raies. D’autres espèces sont ovales, plus ou moins allongées et légèrement comprimées sur les flancs; c’est la forme la plus ordinaire des poissons , et on leur donne alors le nom de poissons réguliers, tels sont les Carpes, les Truites, ete. A mesure que la direction longitudinale prévaut considérablement, lon arrive par tous les intermédiaires possibles (les Brochets, par exemple) aux poissons allongés, qui sont tantôt eylindriques (les Anguilles), tantôt comprimés ou aplatis comme un ruban (les Cépoles); il y en a même qui sont d’une longueur excessive comparativement à leur largeur et à leur hauteur (les Gymnêtres, les Ophisures). Cependant les formes les plus bizarres sont celles qui sont limitées par des surfaces plus où moins planes et qui circonscrivent des figures anguleuses , triangulaires, carrées, pentagonales ou hexagonales (les Coffres et les Syngnathes). Il y a même dans cette classe des genres dont les deux côtés ne sont pas symétriques, qui, aplatis sur un flanc, sont voûtés sur l’autre, et dont les os du crâne sont tellement disproportionnés, que les deux yeux sont tournés d’un seul côté de l’animal (les Soles, etc).
Le caractère essentiel de la peau est d’envelopper complètement l'animal et de former ainsi une sorte de squelette extérieur qui le protége sur toute sa surface , comme le squelette osseux protége et entoure les organes intérieurs. Dans les animaux sans vertèbres, il n°ÿ a pas d’autres parties solides que celles qui sont produites par les tégumens ou qui en dépendent: cependant on aurait tort, pour cela, de les paralléliser avec le squelette osseux des animaux vertébrés, qui est exclusivement propre à ces derniers et qui n’a point d’analogie avec les pièces solides des classes inférieures. Ce sont bien plutôt les productions de la peau, qui, dans les vertébrés, représentent le squelette extérieur des animaux sans vertèbres ; et même on peut les paralléliser complètement dès que l'on tient compte des progrès de l’organisation dans les différens dégrés du règne animal, qui doivent nécessairement établir des différences considérables dans la manifestation des parties analogues chez les animaux supérieurs et chez les inférieurs. Car, tout comme nous remarquons des différences très-frappantes entre les productions de la peau des animaux sans vertèbres, de même nous en observons de très-grandes dans les différentes classes d'animaux vertébrés. Au reste, chez tous, ces métamorphoses de la peau ont une disposition particulière à la surface du corps et présentent des relations constantes avec les autres systèmes organiques.
Cependant la peau ne s’étend pas seulemeut à la surface extérieure du corps, elle pénètre aussi dans les cavités intérieures qu’elle tapisse, et à la surface desquelles elle produit également des parties solides de différente structure, auxquelles sont attribuées différentes fonctions, par exemple les dents et toutes les plaques cornées qui, dans plusieurs classes, recouvrent la curface intérieure de l'intestin. Il faut donc distinguer deux modifications essentielles . de la peau et par conséquent aussi deux modifications du squelette dermique, l’une qui recouvre la surface extérieure des animaux, et l’autre qui se développe à leur surface inté-
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rieure. Ces deux genres de squelette existent simultanément dans les animaux sans vertèbres et présentent entre eux des relations très-intimes et des connexions nombreuses, comme nous le verrons plus tard. On les voit aussi en plusieurs endroits passer insensiblement de l’un à l’autre par les ouvertures superficielles des cavités intérieures du corps. Ils existent aussi constamment tous les deux dans les animaux vertébrés, qui sont en outre doués d’un appareil intérieur osseux dans les cavités et autour duquel sont placés tous les organes. Dans cette grande division du règne animal, non-seulement les deux modifications du squelette dermique présentent des connexions nombreuses, mais encore elles sont les deux intimement liées au squelette osseux, et l’on remarque sur plusieurs points du corps des transitions sensibles de l’un à l’autre, par exemple dans les poissons, entre les pièces operculaires et les écailles, entre les os de l’occiput, l’humérus et les écailles, entre les dents et les os pharyngiens, etc., etc. Il existe de plus un antagonisme constant dans le développement des trois genres de squelette que nous venons de distinguer; les parties de l’un prennent un accroissement d'autant plus considérable que celles de l’autre sont moins complètes dans différentes régions du COFpS.
Personne n’a encore mieux saisi ces rapports des différentes modifications du squelette que Carus; personne ne les a examinées plus en détail, mais aussi personne ne les a exposées d’une manière plus diffuse que lui, dans son ouvrage sur les parties essentielles de la charpente osseuse et coquillère.
Quant au développement de la peau, l’on pourrait d’abord être tenté d’envisager tout le feuillet séreux du blastoderme comme le premier rudiment de l'enveloppe commune du corps. Cependant les observations qui ont été faites dans ces derniers temps sur le développement de l'œuf, nous portent plutôt à considérer le feuillet séreux comme la base commune de laquelle naissent également les os, les muscles et la peau. Celle-ci se sépare ensuite en plusieurs couches parmi lesquelles on distingue d’abord l’épiderme; plus tard on voit se former le réseau malpighien , le corion et la couche musculaire sous-jacente.
Dans les poissons, la peau est toujours beaucoup plus tendue à la surface du corps que dans lès autres animaux; réunie aux muscles par du tissu cellulaire serré, elle n’est jamais douée d’autant de mobilité que dans les autres vertébrés. Dans la elasse qui nous occupe, c’est le corion et les parties solides produites à la surface de la peau et que l’on nomme écailles , qui acquièrent le développement le plus considérable. Cependant, pour se faire une juste idée de la structure des écailles, dont il doit surtout être question dans ce chapitre, il est indispensable de connaitre les rapports des différentes couches qui se forment dans les tégumens des animaux supérieurs et notamment chez l’homme.
D'abord l’épiderme, la partie la plus extérieure de la peau, peut être envisagé, sous le point de vue le plus général, comme une couche membraneuse de substance cornée, qui recouvre toute la surface de l’animal, qui l’isole du monde extérieur, qui abrite les parties
d'une organisation plus délicate, et qui, comme mauvais conducteur de la chaleur, conserve à l’animal celle qui lui est propre. L’épiderme est insensible et se reproduit facilement; il est composé d’un grand nombre de couches ou de feuillets superposés et fortement adhérens les uns aux autres. Ces feuillets sont composés d’un assemblage de cellules épithéliennes qui se raccornissent à mesure qu'elles approchent de la surface, et qui tombent ensuite, pour être remplacées par celles des couches inférieures. La couche molle, que lon a appelée réseau malpighien, n’est composée que de cellules épithéliennes en voie de formation, et c’est ici que se fait le travail continuel, par lequel les couches de cellules de l’épiderme sont sans cesse renouvelées.
Le corion, enfin, est la partie vivante de la peau; il est formé d’un tissu fibreux très-serré, pourvu de vaisseaux, de nerfs et de différentes glandes, dont les canaux sécrétoires, qui se trouvent à la surface de la peau, servent à sécréter les différentes transpirations graisseuses , aqueuses ou gazeuses de la peau; il adhère aux muscles par un tissu cellulaire plus ou moins ferme. C’est cette partie de la peau qui est le siége de la sensation, à cause des nombreux filets nerveux qu’elle reçoit; c’est elle qui, au moyen du réseau de petits vaisseaux sanguins dont elle est recouverte, sécrète les pimens colorés de sa surface, produit et entretient les autres couches de la peau; c’est elle, en un mot, qui préside à toutes les fonctions si variées de la surface du corps.
Les différentes teintes de la peau résultent de la disposition de divers pimens colorés deposés entre l’épiderme et le corion, et qui sont surtout abondans chez les poissons. On observe d’abord une couche de piment d’un aspect métallique argenté ou doré à laquelle sont dus les divers reflets souvent si brillans des poissons, (c’est avec celte matière que l’on colore les fausses perles); outre cela, il y a vers le dos et en général dans la partie supérieure du corps, de nombreux points épars, et plus ou moins serrés d’un piment noir ou diversement coloré, qui, suivant son abondance, donne à la peau une teinte plus ou moins foncée. Ces différens pimens sont composés pour la plupart de substances graisseuses, de différentes huiles deposées en gouttelettes dans des cellules propres. Les teintes bleues, vertes, jaunes, rouges et noires sont produites par de pareilles cellules à contenu huileux, qui se trouvent dispersées dans les différentes couches de la peau. Le reflet argenté a seul une autre cause. Il est occasionné par d'innombrables paillettes d’une petitesse extrême, qui paraissent avoir des formes régulières et cristalloides, et qui sont accumulées en nombre prodigieux dans la substance de la peau. Ces paillettes se retrouvent à la surface extérieure du périloine, sur le cerveau et la moelle allongée, dans les yeux. Ehrenberg les a observées dans le Brochet, mais elles existent chez tous les poissons et présentent de nombreuses variétés de forme et de composition, suivant les espèces. Un phénomène bien remarquable chez les poissons, et qui dépend de l’abondance des pimens, de leur variété et de la rapidité avec laquelle ils sont sé-
crétés et résorbés, c’est le changement de couleur qu'éprouvent plusieurs espèces à diffé- 9*
rentes époques de l’année, dans le temps du frai, par exemple, ou bien pendant leur accroissement, ou lorsqu'irrités ils font des mouvemens violens, ou enfin après leur mort, lorsqu'ils sont exposés à différentes influences atmosphériques. A l’époque du frai, les teintes de tous les poissons que j'ai observés jusqu’à présent sont plus vives, plus marquées: les points du piment coloré, que l’on ne remarque ordinairement que vers le dos, s'étendent sur les flancs et sur le ventre qu’ils embellissent; des régions incolores du corps se revêtent aussi de teintes variées; l’abdomen, par exemple, devient marbré, l'insertion des nageoires se colore en rouge ou en orangé, et même tout le ventre prend ces différentes nuances. Pendant le développement des poissons, on voit aussi leur peau et leurs nageoires se colorer de teintes plus foncées et plus brillantes ; à l’époque de leur naissance, ils sont presque tous blancs et transparens. En faisant dessiner des poissons vivans, j'ai fait encore une autre observation curieuse sur leur coloration; c’est que lorsqu'ils se fâchent, qu'ils font des mouvemens violens pour échapper à la main-qui les retient, ils prennent subitement un teint plus animé, plus foncé, puis pâlissent jusqu'à perdre complètement leurs couleurs, qu’ils recouvrent ensuite lentement. Il me semble que ce fait, que je n’ai cependant observé que quelques fois, sur le Lingel (Aspro Zingel), sur la Truite des ruisseaux (Salmo Fario), sur la Lotte {Lota fluviatilis) et sur le Silure (Silurus Glanis), pourrait s'expliquer par la supposition d’une sécrétion abondante et d’une résorption subite des pimens colorés. Après la mort, tous les poissons verdatres, exposés à l'air, deviennent bientôt bleus; aussi presque toutes les figures qui représentent des poissons bleus sont-elles empreintes des couleurs de la mort; les autres teintes changent de différentes manières : le rouge devient fréquemment jaune, le jaune souvent noir, etc. Lorsqu'ils restent dans l’eau après leur mort, les poissons se décolorent entièrement; cependant, si on les en retire après quelque temps, ils reprennent à l'air leur couleur naturelle en se séchant. (*) Ces phénomènes de coloration sont d'autant plus remarquables que, dans certains cas, les pimens colorés paraissent très-fixes, puisqu'on a trouvé des poissons fossiles sur lesquels le piment noir a conservé des traces très-distinetes du dessin de leurs couleurs . comme, par exemple, dans le Platax vespertilio Agass., l'Enchelyopus tigrinus Agass., trouvés à Monte-Bolea. C’est même ce fait qui m'a engagé à parler iei de la coloration des poissons. J'exposerai plus tard, très-en détail, toutes les observations que j'ai faites sur ce intéressant sujet.
La surface du corps des poissons vivans est, en outre, continuellement récouverte d’une grande quantité de mucus. Chez les uns, il est peu tenace et forme une couche assez mince; chez les autres, et surtout chez ceux dont les écailles sont moins développées, ik est plus ferme et forme une couche plus épaisse, par exemple, sur la Tanche. Ce fluide est sécrété par un conduit muqueux qui s'étend tout le long du corps et qui se ramifie dans tous les os
(‘) Dans l'esprit de vin, les poissons conservent beaucoup mieux leurs couleurs lorsqu'on a eu soin, en les retirant de l'eau, de les sécher promptement à l'air, après les avoir essuyés.