‹ Recherches sur les poissons fossiles (volume 4)Chapitre 35 sur 58 · CN · texte numérisé non relu

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mucus durci. Pour se faire une juste idée de ce développement, il faut examiner d’abord dans les genres de poissons où les écailles paraissent présenter ces dispositions à l'état le plus simple, par exemple dans les Anguilles, les Brochets, les Cobitis et les Leuciseus. L'écaille est renfermée, chez ces poissons, dans un enfoncement du corion; son bord antérieur (celui qui est ordinairement recouvert par l’imbrication,) repose librement dans la partie antérieure de la cellule de lécaille; son bord postérieur, au contraire, est maintenu dans un pli de l’épiderme qui recouvre la partie extérieure visible de chaque écaille, et qui, passant du bord postérieur à la surface interne, en recouvre aussi une partie, se continue de là à la surface externe de l’écaille suivante, et ferme ainsi l’enfoncement du corion dans lequel gisent les écailles, comme on peut le voir à la fig. 14 de la Tab. B. du Vol. 2. De cette manière, c’est le bord postérieur de chaque écaille qui est fixé dans un pli de la peau, celui qui par suite de la superposition ou de l’imbrication des écailles parait être libre, et que lon envisage ordinairment comme tel; tandis que c’est le bord antérieur, celui qui est recouvert par les écailles précédentes, qui s’avance librement dans la cellule.

Les écailles de la plupart des poissons sont imbriquées les unes sur les autres comme des tuiles, c’est-à-dire que celles d’une série antérieure recouvrent, par leur bord postérieur, le bord antérieur de celles dé la série suivante; et cette imbrication peut laisser à dé-” couvert une partie plus ou moins considérables des écailles, non-seulement de leur bord postérieur, mais encore des bords supérieur et inférieur. Cette superposition donne aux écailles leur forme apparente, qui est très-souvent fort différente de leur forme véritable; ear une écaille oblongue peut être recouverte d'avant en arrière de manière à paraitre plus haute que longue. tout comme une écaille large et courte peut paraitre plus longue que haute lorsque ses bords supérieur et inférieur sont recouverts et que l’imbrication d’avant en arrière ne cache qu'une partie du bord antérieur. Ainsi, il faut distinguer différens modes d'imbrication : le plus simple est celui où les écailles de chaque série transversale sont simplement accolées par leurs bords supérieur et inférieur, tandis que leur partie antérieure est seule recouverte par le bord postérieur des écailles de la série qui précède. Cette disposition est celle de presque tous les Ganoïdes; tantôt les écailles des séries consécutives alternent les unes avec les autres, de telle sorte que les bords supérieur et inférieur d’une série antérieure correspondent au milieu de l’écaille de la série suivante, par exemple, dans la partie antérieure du tronc du Lépidostée, (Vol. 2. Tab. B. et Tab. B. fig. 2.); tantôt ces bords sont placés à la file les uns des autres, par exemple, dans la partie postérieure du tronc du Lépidostée, (Vol. 2. Tab. A. et Tab. A. fig. 10.), où bien ils dévient tant soit peu vers la partie supérieure ou inférieure de l’écaille suivante, par exemple dans le Polypterus (Vol. 2. Tab. C.); ‘tantôt les bords supérieur et inférieur de deux écailles voisines sont simplement juxta-posés et s'appliquent l’un contre l’autre par des côtés coupes carrément, (Tab. B. fig. 40 et 41.); ou bien ils sont taillés en biseau, en sens inverse,

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au bord supérieur et au bord inférieur, de manière à pouvoir s'unir plus intimement dans leur superposition partielle, par exemple Tab. B. fig. 2. 5 et 4; ou enfin le bord supérieur d’une écaille est muni d’un onglet ou crochet très-saillant qui correspond à une échancrure du bord inférieur de l’écaille supérieure dans lequel il est engaîné; telles sont les écailles des fig. 16, 17, 18, 19 et 20 de la Tab. B.

Un autre mode d’imbrication est celui où les écailles ne se recouvrent pas seulement par séries d'avant en arrière, mais où, dans chaque série, chaque écaille supérieure recouvre par son bord inférieur une partie plus ou moins considérable du bord supérieur de l'écaille inférieure. Plus Pimbrication est développée dans ce sens, et plus les écailles paraissent étroites ; il arrive même quelquefois que de cette manière une série longitudinale d’écailles, à laquelle on donne le nom de ligne latérale, se trouve presque entièrement cachée, par exemple dans le Brochet, les Corégones . ete. Il résulte aussi de cette imbrication de nombreuses modifications dans l'aspect extérieur des écailles, suivant le mode d’alternauce des écailles dans. les séries dorso-ventrales successives ; car, suivant l’inclinaison de ces séries, une écaille supérieure d’une série quelconque peut recouvrir simultanément, avec une écaille inférieure de la série précédente, une grande partie des deux côtés de l’écaille qu’elles bordent, suivant qu'elles sont elles-mêmes plus ou moins rapprochées, par exemple, chez les Leuciscus et les Perches. Les écailles qui ne sont pas imbriquées sont ou fort petites et plongées dans la peau de manière à y devenir imperceptibles à l’œil nu, ou bien en forme d’écussons ou de dards, tantôt hérissant également toute la surface du corps (les Diodons), tantôt la recouvrant comme les plaques d’un parquet (les Coffres), ou enfin formant, dans certaines régions du corps, des séries particulières, tandis que le reste de la surface est garni d’autres écailles (les Esturgeons , les Raies, ete.).

Il résulte de là que la position des écailles est très-variée ; cependant on distingue ordinairement des séries assez régulières, pour qu’on puisse en déterminer la position avec précision, surtout pour les écailles imbriquées. Ces séries sont disposées obliquement d’avant en arrière depuis le milieu du dos au milieu du ventre; ce sont les séries dorso-ventrales. Ordinairement, dans chacune d'elles, les écailles dorsales sont plus petites, celles du milieu des flancs sont les plus grandes, puis elles diminuent de nouveau de grandeur et c’est sous le ventre que lon observe les plus petites de toutes; mais il y a des exceptions à cette disposition générale, et quelquefois ce sont les écailles inférieures qui sont les plus grandes. Presque toujours lon remarque, vers le milieu de ces séries, une écaille d’une conformation partienlière , percée d’un trou, et qui forme avec celles des séries suivantes, une rangée d’écailles disparates . placées sur le milieu des flancs, et à laquelle on a donné le nom très-impropre de ligne latérale. Cette rangée longitudinale sépare toutes les écailles d’un côté du corps en deux champs qui présentent le plus souvent des différences assez frappantes! dans leur aspect. Le champ supérieur est ordinairement occupé par des écailles plus petites, surtout chez les Perches.et

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les Chétodons, et leur imbrication est telle, que l’on distingue plus facilement les séries obliques qui, de la ligne latérale, se dirigent en haut et en arrière vers le dos, que celles qui sont dirigées en avant vers le dos; tandis que dans le champ inférieur e’est l'inverse ; les séries obliques dirigées en arrière et en bas sont plus visibles que celles qui sont tournées en avant.

Ces différentes directions des séries sont plus ou moins visibles dans les diverses familles. Cependant on reconnait toujours deux espèces de séries qui se croisent sur la ligne latérale : les unes (ce sont ordinairement les plus marquées dans les Ganoïdes et les Cycloïdes), courent du milieu du dos au milieu du ventre, d’avant en arrière et de haut en bas, dans la même direction sur toute leur ‘étendue; les autres sont dirigées d’arrière en avant et de haut en bas, de manière à se croiser avec les précédentes. Il résulte de cette observation qu’il est nécessaire de distinguer encore ces demi-séries supérieures et inférieures par des noms particuliers; j’appellerai séries médio-dorsales celles qui s'étendent de la ligne latérale au dos, et je distinguerai des séries médio-doysales antérieures et postérieures, suivant que l’on voudra indiquer celles qui sont dirigées d'avant en arrière ou celles qui sont inclinées d’arrière en avant; et comme c’est la ligne latérale qui semble établir ces différences, c’est d’elle que je partirai dans cette appréciation. Ainsi, dans le Polypterus (Vol. 2. Tab. C.), je donnerai à la série qui, de la quatrième écaille de la ligne latérale, s’étend jusqu'au. premier rayon dorsal, et à toutes celles qui suivent la même direction, le nom de série médio-dorsale postérieure, et j'appellerai série médio-dorsale antérieure celle qui de la neuvième écaille de la ligne latérale va au même rayon. Il en sera de même des séries inférieures à la ligne latérale, que j'appelle médio-ventrales; celles qui de la ligne latérale s'étendent en arrière et en bas seront les médio-ventrales postérieures, celles qui se dirigent en avant les médio-ventrales antérieures. La nécessité de distinguer ces séries et leurs différentes directions se fait surtout sentir lorsqu’on entreprend de décrire les écailles des poissons de la famille des Percoïdes, des Spares, des Chétodontes, etc., parce que ces demi-séries, n'étant par toujours également visibles, donnent aux poissons différens aspects. suivant la disposition de celles qui sont le plus saillantes. Cet examen m’a présenté encore un autre avantage. Il m'a fait reconnaitre ‘les rapports intimes qui existent, dans un grand nombre de poissons, entre la position des écailles et la disposition du squelette. On remarque en général que presque tous les poissons à grosses écailles ont autant de séries d’écailles que de vertèbres; celles. des séries qui sont les plus marquantes suivent alors la même direction que les apophyses épineuses et les côtes du squelette. Ceci est surtout frappant dans les Leuciscus et dans quelques Percoïdes, où les séries médio-dorsales postérieures correspondent exactement aux apophyses épineuses supérieures, les séries médio-ventrales postérieures, qui forment un angle très-ouvert avec les précédentes, aux côtes et aux apophyses épineuses inférieures. Quoique cette analogie dans la disposition des parties du squelette et des

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écailles ne soit pas toujours aussi sensible, on en retrouve presque partout des traces, et on peut s’en assurer par les planches À et C du second volume (*). On trouve encore dans beaucoup de poissons des rangées particulières d’écailles sur le milieu du dos ou du ventre, à l’insertion des nageoires paires ou le long des rayons des nageoires verticales.

De toutes les modifications possibles dans ces différentes combinaisons, il résulte des aspects très-divers dans l'apparence extérieure des écailles; cependant elles présentent toujours la même organisation et peuvent toutes être ramenées à un type fondamental, quelle que soit leur forme apparente, quelles soient imbriquées ou non, qu’elles soient minces et formées seulement de quelques petites lames cornées ou fort épaisses et même osseuses. Il est même facile de reconnaître cette analogie dans toutes les modifications que l’on rencontre dans les différentes familles de la classe, quelque nombreuses et quelque variées qu'elles soient. Ce n’est cependant pas à décrire toutes les formes qui existent que je veux nrarrêter ici; on trouvera ces détails dans les volumes suivans de l’ouvrage : il suffira de faire connaître les principales modifications du type général et d'indiquer comment se forment les variations secondaires , en citant quelques exemples. :

DÉLIMITATION DES FAMILLES D'APRÈS LES CARACTÈRES EXTÉRIEURS DES ÉCAILLES.

Je ne traiterai ici que des caractères de familles chez les Cycloides et les Cténoides. Quant aux Ganoïdes, le petit nombre de réprésentans vivans est déjà caractérisé par les détails que nous avons donnés sur la structure des écailles en général, et quant aux fossiles, les matériaux que j'ai réunis jusqu'ici ne sont pas encore assez nombreux, pour pouvoir en déduire des lois générales bien fondées. Les coupes transparentes, sur lesquelles ces écailles doivent être étudiées, ne pouvant êtres faites qu’au détriment de l’objet, l’on comprend, que cette étude ne soit pas toujours faisable. Les caractères extérieurs de ces écailles sont d’ailleurs trèssaisissables à l’œil nu ou à la loupe, et se trouvent toujours décrits en tête des genres et des familles du second volume. Les Placoides ont aussi été trop peu étudiés à cet égard pour qu’il me soit possible d'offrir de plus amples détails que ceux que j’ai déjà donnés en traitant de la structure des écailles en général.

Une remarque essentielle à faire, et qui se présentera à quiconque parcourra les courtes notices qui vont suivre, c’est que les caractères tirés des écailles sont d’une constance admirable, dans toutes les familles qui, par leurs autres caractères zoologiques, paraissent les plus naturelles et les mieux limitées, tandis que dans les familles anormales, auxquelles on ne trouve

() En examinant attentivement les planches de cet ouvrage et en les comparant avec la nature, mes lecteurs pourront se convaincre que dans tous les poissons que j'ai représentés, les écailles sont figurées dans leur position naturelle et avec leurs formes caractéristiques. J'en fais la remarque expresse, parce que la plupart des planches qui existent, pèchent à cet égard grossièrement contre les lois les plus constantes et les plus précises.

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