DE LA FACE
De toutes les parties de la tète, la face est celle qui contribue le plus à donner aux poissons, comme à tous les vertébrés en général, leur expression, leur physionomie particulière; mais c’est en même temps la région du corps qui est soumise aux plus grandes variations et dont la structure est le plus compliquée. 1l n’est dès-lors pas étonnent que son étude présente de grandes difficultés.
Jusqu'ici l'étude anatomique du développement de la face n’a rétiré qu’un faible secours des recherches embryologiques ; non que la formation du système facial en grand ne soit pas connue; il n’y a, au contraire , presque aucun point de l'embryologie, sur lequel on possède des observations plus nombreuses et mieux établies ; mais ce qui manque, ce sont des détails sur les rapports des os avec les parties primitives qui les précèdent. Ce serait par conséquent un travail méritoire, que d’étudier le développement de chaque os'en particulier et la manière dont il se combine avec les autres os.
Chez l’embryon, la face, quel que soit son développement ultérieur, est composée, dès l’origine, d’un nombre plus ou moins considérable d’arcs, dont les’ uns embrassent la cavité et l’intestin buccal dans tout son pourtour, tandis que les autres se courbent en dessus pour en former le plafond. Le nombre de ces arcs est le même dans les embryons que chez les adultes, au moins dans les poissons osseux, et il est à présumer qu'il en est de même chez les poissons cartilagineux. Mais comme l’embryologie de ces derniers est encore à faire, et que l’on ne possède que fort peu de renseignemes sur leur développement en général, il est impossible d'établir rien de précis à cet égard. Chez les embryons des poissons osseux, le nombre de ces arcs est de neuf, dont trois ne servent qu’à Ja nutrition, tandis que les six autres sont des arcs branchiaux, qui tous portent des franges branchiales destinées à la respi-
ration. De ces six, quatre seulement restent pourvus de branchies pendant toute la vie, 17°
tandis que les deux autres, le premier et le dernier, les perdent à mesure que le poisson grandit.
L'arc maæillaire supérieur (1) est formé, dans l'embryon, d'un blastème propre, situé en avant de la pointe antérieure du crâne, et formé, chez les Salmones du moins, d’abord d’une seule pièce (Tab. K. fig. 4.), qui se divise par lossification en deux pièces distinctes , l'intermaxillaire (47) et le maxillaire (18). La branche postérieure de l'arc, le jugal (19). parait plutôt formé par le sytéme dermique.
Le second arc, ou l’are palatin (Il), qui se trouve derrière et en dedans du premier, parait être plus intimément lié à la base du crane. D’après les observations de M. Vogt sur la Palée, qui sont corroborées par l'étude que M. J. Müller a faite des Myxinoides dont nous parlerons plus tard, cet arc serait représenté, dans lembryon, par un processus latéral de la plaque faciale, qui s’étend en arrière en formant un plancher pour les orbites qu’il sépare ainsi de la cavité buccale (Tab. K. fig. 4.). Nous manquons cependant encore d’observations directes qui prouvent que ce processus se transforme réellement plus tard en os palatins (22) et ptérygoidiens(25), bien qu'il leur corresponde par sa position. Nous ignorons également comment se forme la troisième pièce, l'os transverse (24), qui rattache Farc palatin à l’arc maxillaire inférieur. Quoiqu'il en soit, l’arc formé par ces trois os est situé en dedans du premier arc, dont il répète à peu près le contour; il s'étend cependant plus en arrière et ne parait jamais sur le pourtour extérieur de la bouche.
Les sept autres arcs diffèrent des deux précédens, en ce qu’au lieu d’être couchés parallèlement à la base du crâne , ils embrassent la cavité buccale, se réunissent en bas sur la ligne médiane, tandis qu’en haut il sont tantôt fixés latéralement sur le crâne par leurs extrémités, tantôt réunis au-dessous du crâne sur la ligne médiané , tantôt même ouverts de manière à n’aboutir à aucune pièce qui complète le cercle. Le premier de ces ares est formé, chez l'embryon, de deux ou de trois bâtons cylindriques de chaque côté qui sont fixés en haut, au-dessus des vessies auditives, et dont la pièce inférieure forme le pourtour de la lèvre inférieure de la bouche : c’est l’are mandibulaire (HI). On n’a pas encore suivi le développement ultérieur de cet arc; mais il est fort probable, que les diverses pièces qui constituent la mâchoire inférieure proprement dité des poissons osseux, et qui sont, comme on sait, au moins au nombre de trois, ainsi que les pièces supérieures de l’are, l’os carré (26) et la caisse du temporal(27), se développent autour de cylindres cartilagineux simples, comme des plaques prolectrices, c’est-à-dire à leur face externe, et que le cylindre cartilagineux que l’on trouve à la face interne de la mâchoire inférieure de beaucoup de poissons; ‘ainsi que l’os tympano-malléal (31), ne sont que les restes des cylindres primitifs qui composaient l’arc maxillaire inférieur. Ces pièces osseuses joueraient ainsi vis-à-vis du cylindre primitif, le même rôle que les plaques protectrices du crâne vis-à-vis de la boite cartilagineusé primitive. L’arc maxillaire inférieur n’est jamais un are branchial ; il ne porte, à aucune époque de la vie embryonique, des franges respiratoires,