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Les six ares qui succèdent à l’arc mandibulaire sont de véritables ares branchiaux, qui pendant une certaine époque de la vie embryonique, portent des franges respiratoires avec des vaisseaux qui correspondent directement avec le cœur. Mais il n’y en a que quatre qui conservent cette fonction pendant toute la vie, le premier devient larc hyoidien, le dernier l'are pharyngien, et l'un et l’autre perdent leur fonction respiratoire dans le poisson adulte,
Il importe que nous nous arrêtions un instant à l'arc hyoidien (IV), Cet arc donne lieu à un système d'os toute particulier, qui est éminemment propre aux poissons et surtout aux poissons osseux, les pièces operculaires (V). L’are hyoïdien est d’abord, comme l'arc maxillaire inférieur, très-simple. Formé d’une série de pièces qui sont attachées à un cylindre cartilagineux moyen, transformé plus tard en os hyoïde (42) et lingual(41), il se continue en haut par ses branches latérales (57—40), auxquelles font suite l'os styloide (29), le préopercule (50) et le mastoidien du temporal (25) qui bordent en arrière la fente entre lui et l’arc maxillaire inférieure. Il est dabord garni de franges respiratoires qui disparaissent plus tard et dont il ne reste qu’un vestige dans la pseudobranchie, dont beaucoup de poissons sont munis. Dès le commencement de la vie embryonique, on voit un pli de la peau s’élever sur cet are, et en grandissant, s'étendre en arrière, pour couvrir de plus en plus les ares branchiaux situés derrière. Dans ce pli cutané se développent plus tard des pièces osseuses, en général sous la forme de plaques minces et plates, qui sont plus alongées et plus nombreuses sous la gorge, où on les appelle rayons branchiostègues (45), tandis qu’en haut elles forment un battant plus large, composé ordinairement de plusieurs pièces, qui constituent ensemble l’opercule. |
Les quatre ares branchiaux (VI) de l'embryon n’offrent rien de particulier. Ils sont tous composés, dans l’origine, d’un seul cylindre cartilagineux recourbé de chaque côté, qui s'articule en bas avec le corps de l’hyoide, et en haut avec la base du crâne. Leur division en plusieurs pièces ne survient que plus tard et principalement par l'effet de lossification. Le dernier arc ou arc pharyngien (VIT) ne se distingue d’abord en rien des autres; ce n’est que. plus tard qu'il perd ses franges respiratoires.
Si nous poursuivons maintenant, dans la série des poissons, les divers degrés de développement que l'embryon parcourt, nous ne devrons pas nous étonner de voir les os de la face subir des modifications beaucoup plus nombreuses que ceux du crâne. En effet, c’est la face qui exécute tous les mouvemens qui servent à l'entretien de la vie végétative de la tête. Tandis que le crâne n'existe que pour protéger les organes de la vie de relation, les centres nerveux.et les organes des sens, la face doit servir à la préhension des alimens, à la déglutition, enfin à toutes les fonctions de la nutrition et de la respiration que la nature a cumulées dans la tête des poissons, Le genre de vie, la manière de se nourrir des poissons, l’élément dans lequel ils sont appelés à vivre, exercent sans doute la plus grande influence sur le plan primitif de la face, et il est fort à regretter qu'à l'égard des formes souvent si bizarres et si compliquées, dont la nature s’est plü à:varier la face des poissons cartilagineux, nous ne possédions pas de
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renseignemens posilifs, tirés de l’embryologie, qui puissent nous éclairer sur les vrais rapports de ces formes avec le plan primitif.
L'appareil facial des Myxinoides (Tab. J. fig. 7—9.) se rapproche beaucoup de celui de l’embryon des poissons osseux, au moins dans ses traits principaux. Les anses latérales du crâne fournissent des processus assez considérables, qui s'étendent en arrière. et forment un système très-compliqué de cartilages qui soutiennent les muscles des joues et les nombreux tentacules de la bouche. Ces processus qui correspondent évidemment à l'arc palatin décrivent un cercle au-dessus de la cavité buccale et fournissent un appui à l'œil, dans tous les genres où ils existent. De ce cercle part un cylindre cartilagineux, qui fait le tour de la cavité buccale, en se réunissant au-dessous, dans la ligne médiane et qu’on pourrait comparer à l’are hyoidal. Les ares maxillaires manquent complètement; ils sont remplacés par un système particulier de cartilages , qui ne se trouve que chez les poissons cartilagineux, et que M. Müller, qui le premier en a découvert et démontré les particularités, nomme cartilages labiaux (IX). Les arcs branchiaux sont en beaucoup plus grand nombre que chez les autres poissons; ils sont entièrement séparés de la tête chez tous les Cyclostomes et situés beaucoup plus en arrière, sur le pourtour du cou et de la cavité abdominale.
L'appareil facial des Pétromyzontes (Tab. J. fig. 4—6.) est tout aussi simple que celui des Myxinoides. Ici aussi l’arc palatin est encore appliqué contre les anses latérales du crâne, où il forme deux anses très-saillantes et beaucoup plus arquées que celles des Myxinoides. A cet arc palatinest attaché un are hyoïdal plus petit et en quelque sorte rudimentaire. Il n'existe pas non plus d’arcs maxillaires; la bouche qui, comme l’on sait, est bordée par un cartilage en entonnoir, est supportée de toutes parts par les cartilages labiaux qui, au lieu de furmer des processus, des pointes, etc., comme chez les Myxinoides, affectent la forme de larges plaques courbées, plus ou moins dilatées, qui entourent la bouche et lorifice nasal. |
Nous entrons avec les Plagiostomes (Tab. K. fig. 1.) dans une autre série de formations. Tous les arcs de l'embryon des poissons osseux se retrouvent chez ces poissons; mais les ares maxillaires et palatin sont à l’état rudimentaire, comme on doit s’y attendre, dès que l’on sait, que les premiers manquent chez les Cyclostomes. L’arc maxillaire supérieur n’est formé que d’une seule pièce de chaque côté, qui représente à la fois l’intermaxillaire et le maxillaire supérieur et qui, au lieu d’être attachée à la base du crâne, comme c’est le cas chez les poissons osseux, s'articule avec la pièce de la mâchoire inférieure qui, elle aussi, est simple de chaque côté. Cet arrangement résulte évidemment de la position reculée de la bouche qui, au lieu de se trouver à l'extrémité de la tête, est située en dessous, et souvent débordée par un prolongement exagéré du museau. C’est aussi le cas des embryons des poissons osseux. Nous reviendrons encore une fois sur ce sujet, en examinant les poissons osseux. Il suffit de faire remarquer ici, que cette position des arcs maxillaires au-dessous du crâne est une formation émbryonique qui, chez beaucoup de poissons et notamment dans les Plagiostomes, se soutient
pendant toute la vie. Il n'existe donc chez les Plagiostomes que les parties médianes où inférieures des ares maxillaires, réunies par une articulation et suspendues à los hyoiïde, qui les rattache au crâne, L’arc hyoidal est aussi fort simple; sa partie antérieure, formée du cartilage lingual, du corps de l’os hyoide et des branches latérales, existe en entier, mais sa partie postérieure qui est composée de deux ou trois pièces dans les poissons osseux ; nest représentée que par une seule pièce de chaque côté, qui, en haut, est articulée sous le crâne, au-dessous des oreilles, et qui, en bas, porte des faces articulaires pour les branches de l’hyoide et les maxillaires. Il est même probable que cette pièce cartilagineuse réunit en elle les parties supérieures des arcs mandibulaire et hyoidal, de manière à correspondre aussi à l’os carré et à tous les autres os qui, dans les poissons osseux, fixent la mâchoire inférieure au crâne. Ce qui rend cette supposition très-probable, c’est qu'il existe aussi chez les poissons osseux une liaison plus ou moins intime entre les parties supérieures de ces deux arcs. L’arc hyoïdal est, comme chez les Cyclostomes, dépourvu de toute formation cutanée solide, et l’on ne trouve que par ci par là, dans la peau qui recouvre les branchies, des vestiges de petites pièces cartilagineuses qui correspondent aux pièces opereulaires. Le nombre des arcs branchiaux est en général de cinq, à l’exception des Notidans, et il est curieux de voir dans ce genre l’arc pharyngien porter des franges respiratoires, comme chez l'embryon. L’are palatin est séparé du crâne et représenté par un seul cartilage, le ptérygoidien, qui se trouve en arrière du maxillaire, en allant de l'articulation maxillaire vers le haut de la base du crâne. Il aurait été difficile d’assigner à cette pièce sa véritable signification, si M. Henle n’avait découvert, dans le Narcine, la Raie électrique du Brésil, le palatin sous forme de deux pièces plates, réunies au milieu et formant un toit au-dessus de la cavité buccale, en avant et en dedans des ptérygoidiens.
C’est chez les Chimères, les Spatulaires et les Esturgeons que l’on trouve les passages intermédiaires entre les Plagiostomes et les poissons osseux. Dans les Chimères (Tab. 3. fig.12.), are palatin manque entièrement et les deux arcs maxillaires sont fort réduits, au point que lon ne découvre aucune trace de leur partie supérieure; aussi, la mâchoire inférieure est-elle immédiatement suspendue au crâne au moyen d’un prolongement latéral de la boîte cérébrale: ! En revanche, l'arc hyoïdal prend un développement remarquable. C’est lui qui donne lieu aux pièces operculaires qui sont au nombre de trois, suspendues derrière une seule pièce cartilagineuse , qui correspond à toute la partie supérieure et latérale de Parc.
Le type des Spatulaires (Tab. K. fig. 2.) est déjà plus parfait. Tous les arcs existent; l'arc maxillaire supérieur sous forme d’une seule pièce, occupant le pourtour supérieur de la bouche et s’articulant avec la mâchoire inférieure; l’arc palatin, formé de chaque côté de deux pièces parallèles, qui ne sont pas placées l’une à la suite de l’autre, mais dont l’intérieure répond au ptérygoidien et l’extérieure au palatin. L’arc mandibulaire n’existe que dans sa partie mé-
diane. L’arc hyoidal comprend plusieurs pièces, dont les inférieures sont à n’en pas douter les Tow. I. 18
branches latérales, tandis que la pièce cylindrique, par laquelle il est suspendu au crâne et sur laquelle l’opereule se meut, répond à ces pièces détachées du temporal, que nous avons reconnues pour le mastoidien et le préopercule chez les poissons osseux.
Les Esturgeons (Tab. K. fig. 5.) enfin forment le passage direct aux poissons osseux. L’arc maxillaire supérieur parait complet; il est composé de deux branches osseuses, une extérieure formant le pourtour de la bouche, une intérieure séparée seulement en arrière, et représentant le maxillaire, tandis que l’antérieure représente sans doute l’intermaxillaire. L’are palatin est aussi au complet ; les palatins en avant et les ptérygoïidiens en arrière forment une plaque voûtée, qui compose un palais dur et mobile; les ptérygoidiens sont même soudés en une seule pièce ; une troisième pièce réunit le palais à l’articulation maxillaire, e’est sans doute l'os transverse. Il n’y a que l’arc mandibulaire, dont il n'existe que la moitié inférieure, à moins que l’on ne veuille voir dans les trois pièces par lesquelles les mâchoires et l’hyoide sont suspendus au crâne, les arcs hyoïidal et mandibulaire réunis. Les ares branchiaux sont construits, chez les trois types intermédiaires que nous venons de mentionner, d’après le même plan que chez les poissons osseux; c’est-à-dire qu'il y a quatre arcs respiratoires portant des franges, et un cinquième pharyngien dépourvu de toute fonction respiratoire. L'appareil ‘operculaire n’est développé sur le bord postérieur de l’arc hyoidal que dans sa partie supérieure; les rayons branchiostègues manquent.
Ce qui frappe surtout dans l’arrangement des différens arcs chez les types que nous venons d'analyser, c’est le développement successif des arcs maxillaires. Ils manquent d’abord entièrement, ou bien ils restent presque inaperçus sous un système très-compliqué de cartilages labiaux; puis ils se développent successivement et d’abord dans la partie médiane; c’est alors l'arc maxillaire supérieur, qui atteint tout le développement dont il est susceptible, tandis que la partie supérieure de l'arc mandibulaire n'apparait qu'avec les poissons osseux. L’arc palatin parcourt aussi des phases de développement fort remarquables. D'abord lié à la base du crâne, comme chez l'embryon, il s’en détache petit à petit et acquiert enfin le nombre de pièces et l’étendue qu'il possède dans les poissons osseux. L’are hyoïdal ne subit que peu de changemens, si ce n’est dans ses raports avec la mâchoire inférieure, dont il est pendant quelque temps le seul soutien. Enfin, il est très-curieux de suivre le dépérissement successif des arcs branchiaux, les modifications de l’arc pharyngien et surtout la manière dont ces arcs se rapprochent petit à petit de la tête, dont ils sont d’abord très-éloignés, pour enfin se placer définitivement au-dessous de la base du crâne, place qu'ils occupent chez tous les poissons osseux.
Avant de passer à ces derniers, j’ajouterai encore quelques mots sur un système particulier de cartilages qui ne se rencontre que dans la face des poissons cartilagineux, et que M. Müller a nommé cartilages labiaux (IX). Ces cartilages se trouvent chez tous les Cyclostomes, chez les Squales et les Chimères, et il nous faudrait entrer ici dans une foule de détails pour
prouver qu'il est impossible de ramener à un type commun toutes les formes si variées que l’on trouve chez les poissons cités. C’est de l'existence de ces cartilages labiaux chez certains Requins que Cuvier a tiré la conséquence que les Plagiostomes ne possèdent pas d’os maxillaires supérieurs, mais que l'os qui porte les dents supérieures chez les Requins est l'os palatin. Méconnaissant la signification des cartilages labiaux, ce célèbre anatomiste a pris les petits rudimens de ces pièces chez les Requins pour les analogues des os maxillaires et intermaxillaires. Mais comme ces cartilages existent aussi dans les Chimères au devant des véritables mâchoires, cachés dans la peau, qu'ils se trouvent en nombre très-variable chez tous les Plagiostomes, et que leur développement chez les Cylostomes est excessivement variable, on est en droit d’en conclure qu'ils n’entrent pas dans le plan général de l’organisation de la face, que ce sont des formations propres appartenant au système dermique et déterminées par la structure particulière de la bouche chez ces genres. |
Nous trouvons chez les poissons osseux neuf ares plus ou moins développés qui constituent ensemble la face. Les deux premiers, placés l’un derrière l’autre, embrassent le bout du museau et forment le contour et le plafond de la bouche, sans se fermer en cercle autour de la cavité buccale. Ce sont : l'arc maxillaire (1) composé des os intermaxillaires (17) et maxillaires supérieurs (18) et complété en arrière par les jugaux (19), et l’arc palatin (H), composé des os palatins en avant (22), des os ptérygoidiens (25) et transverses (23) en arrière. À la suite de ces deux arcs incomplets se trouvent six ares complets fermés en bas et suspendus au erâne , de manière à former un cercle parfait autour de la cavité buccale. Le premier de ces six arcs est formé par les maxillaires inférieurs ou mandibules(34—56), les os carrés (26), les tympano-malléaux (31) et les caisses (27), c’est l'arc mandibulaire (NI); le second, l'arc hyoidal (IV) se réunit en bas à une pièce impaire, l'os lingual (41) et se continue en haut par les branches latérales de l’os hyoïde, qui sont composées de plusieurs pièces (37 —40), par le styloide (29), les préopercules (30) et le mastoïdien (25), par lequel il se rattache au crâne. Cet arc est garni dans toute sa longueur d’un prolongement du système dermique qui, sous la gorge, est soutenu par les rayons branchiostègues (43), et plus en haut par les pièces operculaires(33, 32, 28). Les quatre ares suivans sont les ares branchiaux (VIE), composés chacun de deux ou trois pièces, et réunis sous la gorge et sur la ligne médiane par une suite de pièces tantôt ossifiées, tautôt cartilagineuses, qui forment le corps de l'hyoide. Le dernier are enfin, qui, dans l'embryon, est un véritable arc branchial, aussi bien que l’arc hyoïde , c’est l'arc pharyngien (VIT) composé d’une ou de plusieurs pièces; il est le plus souvent incomplet en haut; et bien que s’attachant au corps de l’hyoide, il ne fait pas tout-à-fait le tour du canal intestinal , et ne se ferme pas en haut, comme les autres.
L’arrangement des os ainsi considéré n'offre aucune difficulté à l'égard des arcs branchiaux et pharyngien. Il n’en est pas de même des autres ares, car quoique la partie inférieure des arc hyoïidal et mandibulaire soit bien accusée, les parties supérieures, qui lient
ces arcs au cràne sont souvent si bien soudées, déplacées ou renversées, qu'il est difficile au premier abord de se rendre compte de la loi générale qui a présidé à leur formation.
L’arc maxillaire qui, chez presque tous les autres vertébrés, est fixé au crâne de manière à ètre immobile, n’est fixe, dans la classe des poissons, que chez quelques Sauroides qui par cela même se rapprochent des reptiles. L’intermaxillaire (47) forme le bout du museau, et trèssouvent les os des deux côtés sont soudés ensemble de manière à ne former qu’une seule pièce. Chez beaucoup d'espèces, cet os ne jouit que d’une mobilité bien imparfaite, fixé qu’il est par de forts ligamens au vomer et au nasal; mais dans d’autres, il est articulé sur ces os au moyen de branches allongées qui sont renfermées dans une gaine, de manière à pouvoir glisser sur le nasal, et se porter en avant, au moment ou la bouche s’ouvre, ce qui permet au bec de s’alonger quelquefois d’une manière surprenante. C’est surtout chez les espèces qui font leur pature d'insectes et d’autres petits animaux marins très-agiles, et qui ont l’ouverture de la bouche petite, qu'on rencontre cet arrangement des intermaxillaires. Chez la majorité des poissons, l'intermaillaire occupe à lui seul, au moyen d’une branche descendante, tout le pourtour supérieur de la bouche, le maxillaire étant caché derrière, dans un pli de la peau. Mais dans la famille des Salmones, des Clupes et des Sauroïdes, le maxillaire entre dans ses véritables rapports avec l’intermaxillaire, en formant la partie postérieure du pourtour de la bouche, tandis que l’intermaxillaire n’occupe que la partie antérieure. A un petit nombre d’exceptions près, l’intermaxillaire est garni de dents, dont la position, la grandeur et la forme varient à l'infini; en général ce sont des dents pointues et crochues, faites pour retenir la proie dans la gueule.
Le maxillaire supérieur (18) est bien loin d’être aussi important que chez les animaux supérieurs. C’est en général une lame osseuse plate, située derrière l’intermaxillaire entre celui-ci et le palatin et cachée dans un pli de la peau, de manière à suivre la courbé dn museau. Lorsque la bouche est fermée, le maxillaire supérieur entre à peine dans la formation de son pourtour; il est relégué derrière l’intermaxillaire, où il protége la peau qui couvre l’intervalle entre celui-ci et le palatin. On a longtemps méconnu sa véritable nature, en l’apellant os des mystaces; c’est par l’examen des Salmones et des Clupes, que Cuvier fut conduit à reconnaître sa signification. Son extrémité antérieure est articulée sur la face postérieure de l’intermaxillaire, d’où il s'étend en bas jusque sur l'articulation de la mâchoire inférieure, qu'il recouvre très-souvent. Il n’y a que les familles que nous venons de citer, chez lesquelles il soit armé de dents crochues; chez la plupart des autres familles, il ne porte pas de dents, attendu que par sa position, il n’entre pas dans la composition du bord externe de la bouche.
Le jugal (19) est représenté par une série plus ou moins complète de petits os squameux cachés dans la peau et formant un arc qui s'étend depuis le coin de la bouche autour de lorbite, pour se joindre en haut au temporal. Cet arc de petits os, que nous appellons aussi avec Cuvier sous-orbitaires, est tout-à-fait superficiel, et dans la plupart des cas, perforé tout de
son long par un des canaux muciques de la tête, qui s'ouvre par plusieurs trous à la surface externe de la joue. Il y a des familles où cet arc est très-considérable et où les os qui le forment s'étendent en arrière et se réunissent au préopercule, de manière à former avec lui une seule paroi solide qui recouvre toute la fosse temporale. Il y en a d’autres où ces mêmes os sont réduits à quelques vestiges suspendus au temporal ou au coin de la bouche, et où l'orbite n’est nullement fermée ni séparée de la fosse téemporale. Nous traiterons de ces variations en parlant des cavités et des fosses de la tête.
L’arc palatin (Il) est situé en arrière de l’arc maxillaire supérieur, sous le crâne, où il forme à la fois un toit plus ou moins complet pour la cavité buccale, et le plancher de l'orbite. Le palatin (22), qui forme la pièce antérieure de cet arc, est plus ou moins parallèle au maxillaire ; il est articulé par son extrémité antérieure à l’intermaxillaire et au maxillaire supérieur ; et sa pointe se cache très-souvent dans un creux du cartilage mitoyen de la face, entre celui-ci et le vomer. Souvent aussi, il est appliqué contre la face externe de vomer, surtout quand ce dernier fait une saillie considérable sur le plafond de la bouche. Il est très-souvent armé de dents, qui forment une seconde rangée au haut de la bouche, et c’est alors entre cette rangée du palatin et celle de l'arc maxillaire supérieur, que s’engrènent les dents de la mâchoire inférieure. La forme du palatin est excessivement variable, alongée dans les espèces à gueule largement ouverte, raccourcie et élargie dans celles à tête large et à bouche petite.
En dedans et en arrière du palatin se trouve un os plus ou moins plat, adapté à la face interne de la caisse : c’est le ptérygoïdien interne (25). C’est essentiellement cet os qui forme le plancher de l'orbite; sa largeur dépend beaucoup de la profondeur de cette dernière. Le ptérygoïdien n'est presque jamais armé de dents, et l’on dirait qu'il est là uniquement pour réunir Farc palatin à l'arc mandibulaire, sur la face interne duquel il s'applique par son extrémité inférieure.
Le bord extérieur de l'arc palatin est complété en arrière par un petit os de forme plus ou moins cylindracée, qui, d’un côté, est enchassé légèrement dans l'extrémité postérieure du palatin et de l’autre dans le bord antérieur de los carré, qui porte l'articulation de la màchoire inférieure : c’est l'os transverse (24); sa forme est assez constante; cependant il varie beaucoup en longueur, d’après la largeur de la cavité buccale, et sert ainsi à lier l’are palatin à l'aré mandibulaire du côté externe, de la même manière que le ptérygoide Fy attache du côlé interne.
L'arc palatin forme ainsi un ensemble de pièces très-peu mobiles, puisque, d’une part, tous les os dont ils se compose sont engrenés les uns dans les autres, et que, d’autre part, sou extrémité postérieure est intimément liée à l'arc mandibulaire. Le plafond que ses deux branches forment au-dessus de la cavité buccale varie beaucoup en étendue; tantôt le ptérygoide touche au vomer et au sphénoiïde par tout son bord intérieur, de manière à séparer entié-
rement l'orbite de la bouche; dans d’autres cas, il y a entre la base du crâne.et le bord interne 18°
du ptérygoïde de larges ouvertures, qui ne sont fermées que par la muqueuse. La position de l’arc varie aussi beaucoup, bien que sa direction soit en général horizontale, comme celle de l'arc maxillaire supérieur. Dans les têtes larges et plates, les deux moitiés du plafond buceal sont presque dans le même plan, tandis que dans les têtes hautes et étroites, le plafond forme un toit à côtés fortement inclinés en dehors, dont le vomer et le sphénoïde principal représentent le sommet, et les branches de l'arc palatin les faces externes.
L'arc mandibulaire (HI) est beaucoup plus complet quelles précédens , car il ne comprend pas seulement la partie horizontale et inférieure de la gueule, située au-dessous de la cavité buccale; il a aussi en arrière une branche montante, par laquelle il se rattache au crâne.
La mâchoire inférieure(54—56) est en général composée de trois pièces chez les poissons osseux, dont une seulement est armée de dents, tandis que les deux autres forment, l’une l'articulation, l’autre l’angle postérieur de la mâchoire. Il n’y a que quelques Sauroides, ceux qui, par leur ostéologie, se rapprochent des reptiles, chez lesquels la mâchoire inférieure soit composée des mêmes pièces que chez les crocodiles; les autres poissons osseux n’ont qu’un dentaire, un articulaire et un angulaire dans chaque branche de la mâchoire inférieure. Le dentaire (5h) est la pièce qui forme le bord supérieur de la mâchoire; il porte seul les dents et se réunit sur la ligne médiane à son homonyme par une symphyse plus ou moins fixe. Sa face externe est en général arrondie, sa face interne creuse, et on y découvre, dans beaucoup de genres, un cylindre carüilagineux , reste de l’ancien arc embryonal, autour duquel les pièces osseuses se sont développées. Le bord postérieur a une échancrure plus ou moins longue et triangulaire, dans laquelle est engrené l'articulaire, qui est taillé en biseau.
…L'articulaire (55) est en général triangulaire; il porte une apophyse montante, à la face interne de laquelle s’attachent les grands muscles masticatoires, et en arrière une face articulaire qui, le plus souvent, est creusée en ginglyme, quelquefois même protégée par une petite : apophyse styloide, qui s'engage alors entre l'os carré et le préopereule. L’articulation est ioujours arrangée de manière à ne permettre qu’un mouvement vertical, qui consiste à ouvrir et à fermer la bouche; une déviation latérale, comme elle est nécessaire pour mâcher et triturer les alimens, n'existe pas dans toute la classe, quoique plusieurs genres de diverses familles soient munis de dents propres à broyer des substances plus ou moins dures.
L'angulaire (56) enfin n’est qu'un très-petit os, qui complète l’angle postérieur de la màchoire. et qui souvent est si intimément soudé à l’articulaire qu'il est impossible de l’en séparer.
La forme et la grandeur de la mâchoire inférieure varient à l'infini, depuis les branches courbes et presque en demi-cerele qui bordent une gueule large et courte, comme chez les Silures ou les Baudroies, jusqu'aux branches longues, se réunissant à angle aigu pour former un bec très-allongé, comme chez les Bélones et les Lépidostées. La dentition des mâchoires nest pas moins variable. Nous en traiterons par la suite à la fin de ce chapitre.
La mâchoire inférieure est articulée à une pièce en général triangulaire, dont la pointe porte la face articulaire, tandis que sa base est tournée en haut et touche au bord inférieur de la caisse; cet os est l’os carré (26), le même qui supporte aussi, dans les reptiles et les oiseaux, l'articulation maxillaire. C’est presque toujours une pièce plate, placée verticalement et enchassée par son bord antérieur entre l'os transverse et le ptérygoïdien interne. Elle est marquée en haut, vers son bord postérieur, d’une entaille profonde et étroite, dans laquelle est enchassée la seconde pièce de la partie supérieure de l’are, le tympano-malléal (31). Get os a presque toujours la forme d’un coin, dont la pointe est engagée dans l’angle rentrant de l'os carré; sa forme, aussi bien que sa position ne permettent pas de douter que ce ne soit la partie supérieure du cylindre cartilagineux embryonique, qui persiste à l’état de cartilage dans le bas, tandis qu’il s’ossifie de bonne heure vers la moitié supérieure de l’are. Dans les têtes comprimées, où les diffèrentes pièces qui forment les parties supérieures des ares maxillaire et hyoïdal, ne sont pas placées exactement à la suite les unes des autres, mais plutôt isolées sur un plan plus large, cet os prend une direction tout-à-fait postérieure, et sa tête touche plutôt au mastoidien qu’à la caisse, qui lui fait naturellement suite; mais dans les têtes hautes et comprimées, les arcs se dessinent plus nettement par la position respective de leurs pièces, et. c'est alors que cet os s'attache au bord inférieur de la caisse.
La dernière pièce que nous trouvons dans l’are mandibulaire, est assez large, toujours plate et d’une forme en général quadrangulaire; c’est la caisse du temporal (27). Son bord inférieur rencontre le bord supérieur de los carré; le ptérygoiïdien est collé sur la face interne de sa moitié inférieure, et sa partie supérieure, ainsi que son bord postérieur sont soudés sur le mastoidien. Il y a, entre ce dernier et la caisse, une dépression plus où moins forte, dans laquelle est fixé le muscle masticateur, et un trou pour le passage de l'artère de la fausse branchie (branchie de l’are hyoïdal); ce trou affecte même très-souvent la formé d’une fente plus ou moins large. Il est très-rare que la caisse du temporal atteigne la face latérale du cràne pour s’articuler sur le temporal; elle est en général fixée sur le mastoidien ; au moyen duquel les arcs palatin, mandibulaire et hyoïidal s’attachent au crâne.
Afin de donner une idée exacte de la liaison des os qui forment la paroi solide de la joue, nous commencerons la description de l'arc hyoidal par sa partie supérieure. Le mastoidien(23) se présente ici en premier lieu. C’est en général un os de forme carrée, très-plat et articulé par son bord supérieur, dans une rainure longitudinale plus ou moins profonde, qui longe le temporal. Cette face articulaire étant très-longue et très-peu large, en raison de la forme plate de l'os mastoidien, le seul mouvement qu’elle permette est celui d’un battant, qui s'éloigne et se rapproche du cràne; et qui élargit et rétrécit ainsi la cavité buccale. Nous avons déjà dit que le mastoïdien est le seul os qui rattache en arrière l’ensemble des ares palatin, maxillaire et hyoide au crâne. C’est donc du mastoïdien, conjointement avec le palatin, qui s’unit en avant au vomer, que dépendent tous les mouvemens dont ces arcs sont susceptibles
dans leurs rapports avec le crâne. Le bord postérieur du mastoïdien est occupé par le préopercule; une apophyse, qui se glisse derrière cet os, fournit une face articulaire à l’opercule lui-même; souvent aussi l’opercule n'atteint pas cette articulation ; il s’applique alors plus bas contre le mastoïdien. Nous avons déjà fait remarquer comment la caisse est fixée sur la face extérieure et inférieure du mastoïdien, formant avec lui une impression plus ou moins profonde qui quelquefois devient une fente.
Le préopercule (30) complète la partie supérieure de l’are hyoidal; il est, par sa position comme par sa liaison avec le mastoïdien d’un côté, et les branches de l'hyoide de l’autre, l’analogue de l’apophyse styloide du temporal chez les animaux supérieurs. La forme générale de cet os est celle d’une équerre dont l'angle rentrant est tourné en avant; son bord antérieur est toujours fixé d’une manière immobile sur le bord postérieur du mastoïdien en haut et de l'os carré en bas; quelquefois aussi, quand ces deux os ne se touchent pas, le tympanomalléal s'applique sur le bord antérieur du préopercule. Il y a au reste peu d’os dont la forme soit aussi variable, et ces variations, toujours visibles à l'extérieur, fournissent de bons caractères pour la distinction des genres et des espèces. La face externe du préopercule n'est recouverte que par la peau; son bord postérieur fait saillie sur lappareil operculaire, qui se cache dessous, étant attaché à la face articulaire du mastoïdien. Ce bord postérieur est tantôt lisse el uni, tantôt hérissé de pointes et de piquans, affectant les formes les plus bizarres. Souvent aussi le bord antérieur du préopercule ne se borne pas à faire le tour de la paroi osseuse de la tempe formée par le mastoïdien, la caisse, l'os carré et le tympano-malléal; il est des cas où il se transforme en une plaque cutanée, qui avance sur la fosse temporale et recouvre les museles masticateurs qui s’y trouvent; il s’avance même parfois assez pour s'unir aux pièces du jugal et former une cuirasse osseuse qui recouvre toute la joue. Cette disposition est constante dans la famille des Joues-cuirassées. Il y à d’autres cas où le préopercule se dilate en haut jusqu’à toucher au temporal, d’autres où il est seulement attaché au bord inférieur du mastoïdien; chez quelques genres, il descend derrière l’articulation maxillaire, de facon que l’apophyse postérieure montante de la mâchoire inférieure se trouve intercallée entre lui et l'os carré; chez d’autres, il n’atteint pas même celte articulation. Il est en général peu visible à la face interne de la joue, contre | laquelle l'appareil operculaire est appliqué dans toute sa longueur. En revanche, c'est toujours à cette face interne, quelquefois aussi au préopercule et au mastoïdien réunis que s’attache la partie inférieure de l’arc hyoidal, los styloide avec les branches latérales de l’os hyoide.
Cette partie inférieure de l'arc hyoidal est toujours composée d'au moins quatre pièces latérales, sans compter les pièces médianes, savoir, l'os styloide (29), qui la rattache aux pièces supérieures, deux pièces plus ou moins longues et plates, qui forment essentiellement la branche latérale(37 et 38), et enfin une ou deux pièces presque rondes, qui composent la