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CHAPITRE V

DU GENRE PALÆONISCUS.

Quoique les espèces de ce genre soient généralement connues sous le nom de Palæothrissum, proposé (>ar de Blainville, pour indiquer les rapports qui existent, suivant lui, entre nos Clupes et ces poissons fossiles, je ne saurais cependant leur conserver ce nom , parce que je ne partage nullement l’opinion de de Blainville sur cette prétendue aflinité des Palæotlirissum. Mais il y a une raison plus puissante encore qui m'oblige a changer le nom reçu pour cette coupe générique , c’est que le genre Pala-oniscum de de Blainville ne dillèrc en rien de son Palæotlirissum. Cette observation a, du reste, déjà été faite par M. Cuvier. Devant donc nécessairement supprimer un des noms génériques, j’ai préféré conserver celui qui n’exprime pas de fausse idée. Cette réunion est d'autant plus nécessaire que l’existence du genre Palieoniscum de de Blainville (son P. Freicslcbense) ne repose que sur de mauvais exemplaires de l’espèce qu’il appelle aussi Palæotlirissum macrocephaliim , et dont il a placé d'autres exemplaires dans le genre des Clupes, sous le nom de Glupea Lametherii. Comme je l’ai fait voir dans le chapitre précédent, il n’est pas meme possible de réunir les Paheoniscus à la famille des Clupes , ou à quelle autre que ce soit de l’ordre des Malacoptérygiens abdominaux. Dire qu’ils appartiennent à la famille des Lépidoides, c’est rappeler que leur corps est recouvert d’ écailles rhomboïdales et émaillées , et que les dents de leurs mâchoires sont en fine hrosse. Us ont, de plus, une queue prolongée en longue pointe asymétrique.

Après avoir ainsi tracé les limites naturelles du genre Palæoniscus, je dois lui assigner ses caractères particuliers. La forme du corps des espèces diffère suivant la grandeur des écailles dont elles sont recouvertes : les unes, qui ont de petites écailles, ont le corps svelte , élancé , étroit ; les autres , plus larges et plus cou rtes , (Tnt le dos voûté et sont recouvertes d’écailles considérahlement plus grosses. On obsene encore une autre différence dans la nature des écailles, c’est que les espèces qui appartiennent au terrain hoiiiller les ont parfaitement lisses; tandis que celles du Zechstein les ont striées. Ces stries résultent des plis ou des enfoncemens qui se forment dans l’émail. Sur la tab. À. du vol. 1., les fig. 4 et 5 représentent les formes extrêmes de deux espèces de ce genre, d’après tous les fragmens que j’ai observés.

Le genre Palæoniscus est, à bien des égards, tout-à-fait semblable à celui des Amblypterus ; cependant il en diffère par la forme et la composition des nageoires qui

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sont toutes de moyenne grandeur, petites müme, et formées d'un nombre de rayons beaucoup moins considérable ; sur le bord externe de toutes, l’on voit distinctement des raj'ons en V beaucoup plus gros que sur les nageoires des Ambly pterus. La dorsale est toujours opposée à l’espace qu’il y a entre les ventrales et l’anale, elle ne s'étend jamais beaucoup au-delà du bord antérieur de celle-ci. Les pectorales et les ventrales sont généralement petites, celles-ci surtout ; la ceinture thoracique, cependant, est formée d’os forts et vigoureux. L’anale est rarement aussi grande que la dorsale, quoique proportionnellement ces deux nageoires soient petites aussi ; il y a toujours de grosses écailles impaires en avant de leur bord antérieur. La caudale enliu est formée comme dans les Ambl^-pterus , de deux lobes, dont l’inférieur, plus large et plus court, est composé de rayons plus longs que ceux qui s’étendent en dessous du prolongement de la queue et qui forment le lobe supérieur de la nageoire.

Les Palæoniscus ont la tête assez singulièrement conformée ^ surtout dans la partie antérieure de la face , qui forme une saillie arrondie au-dessus et en avant de la mâchoire supérieure, occasionnée par le renflement et le prolongement de l’ethmo'ulc et du frontal antérieur. Le profd du nez ressemble assez à celui de certains Sciaeuo'ides à museau saillant. Lne série de petits osselets étroits entoure le bord inférieur de l'orbite. La gueule est tres-fendue dans la plupart des espèces , mais les dents sont si excessivement petites qu’il est très-rare de pouvoir les distinguer; elles sont en brosse. Les mâchoires sont assez fortes, l'inférieure surtout, qui est plus large que la supérieure. Les rayons de la membrane branchiostèguc, placés entre les deux os mandibulaires , présentent une série de larges plaques imbriquées les unes sur les autres. I..es pièces operculaires sont plus ou moins larges suivant les csiKîces, mais toujours formées de quatre os, le préopcrcule , l’opercule , le subopercule et l’interoperculc ; l’opercule est constamment le plus grand et le plus large, taudis que le préoperculc, fortement arqué , ferme en arrière la fosse tenqmrale. Tous les os du crâne et de la face sont lisses, dans quelques espèces; dans d’autresils sont sculptésd’uncgranelurcou de stricsplusoumoius serrées.

Quelquefois l’on a indiqué, comme caractère de ce genre, des nageoires complètement recouvertes d'écaillcs jusqu’à l’extrémité des rayons. 11 semble que rien ne devrait être plus facile à décider que la nature , ou seulement la présence ou l’absence de parties qui ne sont pas même très-petites, et cependant on éprouve de grandes dillicultés en examinant cette question , et l’on est insensiblement conduit à des considérations d’une portée toute différente. Pour les Amblypterus, l’affaire me paraît décidée; les divisions transvcrscs que l’on voit sur les rayons sont bien les articulations de ceux-ci , placées bout à bout les unes à la suite des autres ; c’est surtout visible dans les espèces à rayons moins fins, par exemple, dans l’ Amblypterus latus. Mais pour les Palæoniscus, il paraît que 1a structure des nageoires n’est pas la même dans toutes les espèces ; dans

les ralæoniscus Slainvillci et Yoltzii , du moins, il est évident que les divisions transverses que l’on voit sur les nageoires proviennent des séries d’écailles qui en rccou>Tent les rayons , et qui même sont placées de manière à reposer sur les bords avoisinans de deuï rayons , et à se recouvrir snr le milicn de chacun d’eux ; car en enlevant soigneusement ces petites plaques, on voit en dessous celles du côté opposé alterner avec l’empreinte des rayons, comme l’écaille des tortues alterne avec les sutures des cAtes. Dans d'autres espèces de ce genre, en revanche, ces divisions paraissent formées comme dans les Amhlypterus, et placées sans imbrication , bout-à-hont à la suite les unes des autres; c’est le cas du Palæoniscus Frcicsicbcni, Cependant les grosses écailles impaires , placées au bord antérieur des nageoires verticales passent si insensiblement aux rayons articidés , que l’on est à se demander si , sur ces points et dans ce cas , il n’y a pas une transition insensible entre les tégumens extérieurs et le squelette interne. Cette ti'ansition est déjà incontestable pour quelques parties de la tête, comme je l’ai fait voir au chapitre sur l'ostéologie-, par exemple, pour les os surtemporaux qui sont tantôt de véritables os, tantôt de véritables écailles, faisant suite à celles de la ligne latérale. Il en estdemémedes osselets sous-orbitaires, suprascapulaires et de l’oi>ercule, quoiqu'ils soient quelquefois eux-mêmes recouverts d’écaillcs.

Je connais déjà dix espèces de ce genre , qui paraît être circonscrit dans les limites du terrain koniller et du Zechstein. 11 ne serait cependant pas impossible qu’on en découvrit des traces dans le grès bigarré , le Muschclkalk et le Kcuper ; mais ce que je crois pouvoir aflirmer, c’est qu’il ne remonte pas aux terrains jurassiques, dont les nombreux représentans de l’ordre des Gaoo'ides ont tous la queue régulière, et jamais prolongée en une longue pointe formant le lobe supérieur de la caudale, comme eela a lieu constamment pour les genres des terrains antérieurs. J’ignore quelles étaient les dispositions de la nature qui ont produit ces singulières différences , mais il est certain qu’elles existent, et que ce serait méconnaître notre tâche que de les ignorer, ou d’attribuer peu d'importance à un fait aussi général et aussi constant. Ce sont les Pholidophorus qui remplacent dans les terrains jurassiques le genre dont il s’agit dans ce chapitre.

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