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CHAPITRE VIII

DU GENRE FLATYSOMUS

Aotant il est facile de saisir les traits saillans du caractère de ce genre, autant il est dilTicile de rendre un compte exact et clair de toutes les particularités de son organisation, tant à raison de l’état de conservation des exemplaires, qu’à cause des combinaisons singulières du squelette et des écailles. Les espèces de ce genre sont certainement plus remarquables, sous le point de vue zoologiquc et anatomique, que toutes celles que j’ai déjà décrites. Le corps très-élevé, de forme plus ou moins trapézoïde, est presque aussi haut que long; c’est ce qui a fait envisager ces poissons par MM. de Blainville et Germar comme des Stromatées, avec lesquels ils n’ont du reste aucun rapport. Je ne crois pas que les flancs aient été très-bombés ; il me parait plutôt, d’après la position des écailles au bord du dos et du ventre, que c’étaient des poissons plats. Ce genre parait appartenir exclusivement à la formation du Zcchstein et à ses équivalens.

La tète des Platjrsomus est proportionnellement grande , quoiqu’elle ne soit pas aussi large que le tronc. Le bout du museau ferme une saillie arrondie peu apparente ; la gueule est petite et peu fendue; les mâchoires sont armées de petites dents en brosse très-pointues; l’inférieure, un peu plus courte que la supérieure, est très-large à proportion ; l’opercule est étroit et très-clevé. Sur l’occiput s’élève une crête qui , formant le bord supérieur de la tète, se continue insensiblement avec la nuque.

Tonte la surface du corps est couverte de grosses écailles rhomboïdales , beaucoup plus hautes que longues, et qui forment ainsi en travers du tronc des séries dorsoventralcs très-visibles ; mais à peine peut-on distinguer les bords supérieur et inférieur de chaque écaille. Ce qui rend cet examen plus diflicile dans ce genre que dans d’autres , ce sont les longs prolongemens de leur bord antérieur dans la partie qui est recouverte par l’imbrication des séries successives, et les grands onglets articulaires du bord supérieur. La ceinture thoracique est très-vigoureuse et porte des pectorales qui paraissent être de moyenne grandeur. D’après l’état de conservation de la région moyenne de l’abdomen , où je suppose qu’étaient les venü'ales, je ne doute pas de leur existence, quoiquejen’enaie jamais vu de traces. Laforme de la dorsale et de l'anale distingue surtout ce genre : ces deux nageoires , opposées l’une à l'autre , s'étendent depuis le milieu du dos et du bord inférieur du corps jusqu’à la partie la plus rétrécie de la

queue; leurs rayons anterieurs sont beaucoup plus longs que les suivons, qui vont en SC raccourcissant insensiblement jusqu’aux derniers. La caudale a la même structure que celle des Palaoniscus ; son lobe inférieur est formé des plus longs rayons de la nageoire, et cependant il est plus court que le lobe supérieur, dont les rayons, de plus en plus petits vers son extrémité, sont insérés le long d’un prolongement de la colonne vertébrale, qui s’étend au delà de l’extrémité du lobe inférieur. Il est certainement tres-surpreuant de voir dans ce genre une caudale asymétrique, comme dans tous les Canoïdes antérieurs au Jura, quand on sait que les poissons vivons à corps plat, court et très-élevé , comme les Stroma tées, les Yomers, etc., ont tous une caudale très-fourebue et à grands lobes égaux.

Le squelette des Plalysomus présente aussi, quant à la disposition des osselets interapopliysaires, des particularités que je n’ai encore observées que diez quelques Canoïdes. La colonne vertébrale et les apophyses épineuses qui s'élèvent sur les corps de vertèbres, ne sont pas très-grandes; c’est plutôt par le dévelop|>ement des osselets intcrapophysaircs, que le corps prend ses formes larges. Les apophyses épineuses ne jiaraissent pas non plus aussi complètement détachées des corps de vertèbres que dans les Palaoniscus et les Caturus; elles se rapprochent davantage de la structure des Pjenodus et des Gyrodus, car l’on voit distinctement sur quelques vertèbres la saillie oblique, qui, du bord de l’apophyse épineuse supérieure, s’étend, jusqu’à la hase de l’apophyse éj>ineuse inférieure. La première étant vers le bord postérieur de la vertèbre, et celle-ci au bord antérieur, la saillie qui les joint se dirige naturellement d’arrière en avant et de haut en bas, ou bien, suivant qu’on l'envisage, de bas en haut et d’avant eu arrière. On ne saurait confondre ces saillies avec les bords antérieurs et postérieurs des séries dorso-ventrales des écailles, puisque leurs directions se croisent ; il importe seulement de faire remarquer que dans la pa^e antérieure de la colonne vertébrale elles sont presque perpendiculaires, et se rapprochent alors davantage de la direction des écailles. Je compte dans le Plalysomits gibbosus i8 vertèbres abdominales, caudales jusqu’au plus grand rétrécissement de la queue , là où finissent les nageoires dorsale et anale ; puis il y a trois ou quatre vertèbres sans rayons, et enfin viennent celles qui portent la caudale, mais dont le nombre n’est pas apptéciable dans les exemplaires que j’ai vus. Les apophyses épineuses sujiéricures sent en général courtes; les plus grandes n’oiit pas en longueur le double de la hauteur du corps des vertèbres. Celtes de la nuque sont les plus inclinées ; puis elles se redressent insensiblement jusque vers le milieu du dos et dans la partie antérieure de la queue ; celles de la partie postérieure du tronc , vers le rétrécissement de la queue surtout, s’inclinent de nouveau en arrière vers le corps de la vertèbre , auquel elles sont accolées tout le long du prolongcmcut du lobe supérieur de la cau-

dale. Toutes ces apophyses sont arquées en avant à leur base, rétrécies au milieu, et légèrement dilatées et comprimées à leur extrémité. Les apophyses épineuses inférieures sont beaucoup moins distinctes que les supérieures ; l’ou ne distingue bien nettement que leur articulation avec le corps des vertèbres. Depuis l’extrémité de la cavité abdominale jusqu’au rétrécissement de la queue, elles suivent exactement la même direction que les supérienres; elles ont aussi la meme inclinaison et les mêmes dimensions. Quant aux cétes, elles ont dù être bien grêles, puisque, à leur insertion près, elles n’ont laissé que de très-légères empreintes qui ne s’étendent pas même jusqu'à la moitié de la hauteur de la cavité abdominale. Les osselets interapophysaircs supérieurs commeucentà la nuque ^ immédiatement derrière l’os occipital supérieur; mais les premiers ont une direction si différente de celle des apophyses épineuses supérieures, qu’au lieu d’être placés à l’extrémité de celles-ci et d’en pai'aitre en quelque sorte la continuation, comme dans la plupart des poissons, ils forment avec elles un angle presque droit. Du Imrd antérieur de la partie montante du dos , a a fig. 3, Tab. D. du vol. 3, ils se dirigent en arrière et sont à-peu-près perpendiculaires sur le contour de la nuque; mais plus ils s’élèvent, plus aussi ils s’inclinent vers les vertèbres; ils ne correspondent cependant aux extrémités des apophyses épineuses que vis-à-vis le milieu de la cavité abdominale, oii ils sont perpendiculaires à la colonne vertébrale. Les 10 [werniers de ces osselets sont dilatés en fonne de massue et comprimés à leurs deux extrémités, mais plus étroits au milieu de leur longueur; les 3 qui avoisinent l'occiput sont droits, les 5 sulvans sont légèrement arqués en arrière , les 9' et 10* se redressent de nouveau; ils sont aussi plus longs, mais moins larges qne les précédens. Les n* et 1 3' se terminent déjà en pointe à leur extrémité inférieure. Plus en arrière , b b bj les osselets interapophysaircs n’atteignent plus le bord du dos, et ne sont plus soutenus qu’entre les chairs et à l’ extrémité des apophyses épineuses. Depuis là, il s’établit un ordre de choses dont je ne connais aucun exemple parmi les poissons vivons : ces os continuent à correspondre tout le long du dos à la nageoire, quoique ce ne soit pas eux qui portent les rayons de la dorsale; car il y a encore au-dessus d’eux un étage de pièces impaires, qui sont les pièces à l’extrémité supérieure desquelles les rayons de la dorsale sont articulés, et que j’appellerai osselets surapophysaires ^ ccc. On pourrait penser que les pièces bbbnc sont point des osselets interapophysaires, mais plutôt des arêtes musculaires, et que ce sont les pièces ccc qui sont les véritables interapophysaircs ; mais il ne peut point en être ainsi , car les pièces b sont impaires et placées à l'extrémité des apophyses épineuses. La forme de ces osselets intcrapophvsaircs varie suivant la position cpi’ils occupent: les premiers sont presque droits, tandis que les suivans ont la forme d’un 3 ' peu courbé, mais d’autant {>lus incliné qu’il se rapproche davantage de l’extrémité de la

queue; leur inclinaison est de gauche à droite. Tous ces osselets se terminent en pointe à leurs deux bouts; les aa premiers correspondent à autant d’apophyses épineuses des vertèbres abdominales et caudales; plus en arrière, il y en a davantage que de vertèbres. Quant aux osselets aurapophysaires, les premiers sont les plus longs et portent les rayons antérieurs de la dorsale; les suivans deviennent de plus en plus petits, jusqu’à l’extrémité de la nageoire. Us sont tous droits, les premiers dirigés obliquement en avant , les moyens perpendiculaires , et les derniers inclinés en arrière. A l’extrémité des apophyses épineuses inférieures, on remarque un appareil semblable à celui qui porte la dorsale; mais ici les osselets interapophysaires 6, sont plutâten crochets, dont la pointe inférieure est tournée en arrière. Les aurapophysaires, c, sont beaucoup plus petits que ceux de la dorsale. Le premier de tous ces osselets, qui borde en arrière la cavité abdominale, p, était le plus grand ; à son extrémité inférieure il se dilate en une large plaque qui avance vers les ventrales.

Tous CCS détails sur l'ostéologic des Platysomes n’étant |>as également distincts dans les exemplaires que j’ai choisis pour représenter les caractères spécifiques des différentes espèces, je les ai réunis dans une même figure, vol. a, Tab. D, fig. i, on j’ai fait représenter an trait tous les os que j’ai pu voir distinctement; tandis que les contours de ceux qui ne sont conservés qu’en partie y sont simplement ponctués. Ce squelette rendra plus sensibles les différences que j’ai signalées entre l’ostéologie des poissons vivans et la structure particulière des os de ce .genre.

D’après de mauvais exemplaires, j’avais d’abord assigné au genre Plalysomus une caudale fourchue à lobes égaux; et j’en avais distingué, sous le nom à'Umpleryx, les espèces dans lesquelles j’avais reconnu une caudale à lobe supérieur prolongé. Mais ces deux genres se trouvent maintenant coïncider exactement; des exemplaires parfaits des espèces que je croyais homocerques, déposés an Muséum de Paris par M. de Ilumboldt, m’ont convaincu que même celles-ci sont bétérocerques.

Je connais déjà cinq espèces de Plalysomus j dont deux proviennent du Zeclistein d’Allemagne, et trois du Calcaire magnésien d’Angleterre.

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