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CHAPITRE X

DES GENRES DAPEDIGS ET TETRAGONOLEPIS.

Lorsque j’ai introduit le genre Dapediits (i) dans mon tableau synoptique des Ca~ noïdes, je n’en avais point encore examine moi-méme d’exemplaire ; aussi les caractères que je lui ai assignes ne sont-ils pas très-exacts ; en cfFct , il a plusieurs rangées de dents, et sa dorsale ne s’étend pas jusqu’à la nuque. En indiquant que la dorsale commence si près de la tête, et que l'anale est plus courte, je m’en étais simplement rap[H>rté à la figure publiée par M. de la Bêche dans les Trans. de la Soc. Géol. de Londres, en tenant compte des rayons ponctués que je croyais avoir été observés dans d’autres exemplaires. La figure restaurée que j’ai donnée de ce genre, vol. I , Tab. B, fig. 3, est donc défectueuse en ce point; car en étudiant les fossiles des collections d’Angleterre, je n’ai vu aucun Dapediits où ce caractère existât. Mais je me suis bientât convaincu qu’il y avait plusieurs espèces de ce genre, et que ses caractères devaient être fixés autrement qu’on ne l’avait fait jusqu’ici. Ceux mêmes du genre Tetragonolepis j dont je connaissais déjà plusieurs espèces, ne sont pas encore bien déterminés dans le tableau synoptique; car ses dents sont disposées sur plusieurs rangées, et non pas sur une seule, comme je le croyais. Toutes les espèces de ces deux genres ont long-temps été confondues et prises pour le Dapedium politum de M. de la Bêche. Ce qu’il y a de plus dilTicile, et ce qui me paraissait d’abord le plus facile, c’est maintenant de reconnaître les caractères génériques qui peuvent servir à distinguer les Tetragonolepis et leh Dapediits.

En établissant le genre Tetragonolepis , M. Bronn l’a cru si différent dn genre Dapediits de M. de la Bêche , qu’il lui a paru à peine nécessaire de discuter la valeur de leurs différences; et pourtant je suis encore à me demander si ces différences sont réellement su fli santés pour maintenir ces deux coupes génériques. Le seul caractère constant qui les distingue, consiste dans la forme des dents, qui sont échancrées dans le genre Dapediits, et pointues dans le genre Tetragonolepis. En m’arrêtant à ce caractère distinctif des Dapediits et des Tetragonolepis , j’ai tenu compte de toutes les possiiuiités, pour pouvoir apprécier exactement la véritable nature de leurs dents. Les dif-

(*)M. de la Bûcbe voudra bien inc pardonner le l^er clianijement que j'ai fait au nom de ce ('enre, en l'appelant Dapeditu au lieu de Ditptdtum, après avoir adopté une leruiinaison masculine pour tous mes autres genres.

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férences que l'on y remarque ne proviennent pas de l’usure, puisque alors les pointes de la bifurcation des dents du Dapedius ne seraient pas aussi acérées : elles ne proviennent pas non plus de la compression ; car alors les dents , au lieu d’étre comprimées dans le sens du contour des mâchoires , de manière à avoir leur tranchant toujours parallèle au diamètre longitudinal des os maxillaires, le seraient toutes dans le même sens, et les dents antérieures seraient aplaties latéralement, au lieu de l'être d’avant en arrière. Toutes les dents de toutes les rangées participent simultanément à CCS diflférenccs; ce qui ne serait guère possible, si leur forme était accidentelle. Ayant détaché complètement quelques dents, et les ayqnt isolées, j’ai pu confirmer ces caractères dans plusieurs espèces. Elles sont, dans les deux genres, disposées sur plusieurs rangées; mais celles de la rangée extérieure sont les plus grandes. Une autre différence indiquée par M. Broun entre les Tetragonolepix et les Dapedius , et qui consisterait dans la structure des écailles , n’est pas réelle : d’après M . Bronn , les Dapedius seuls auraient des onglets articulaires au bord supérieur et des fossettes correspondantes au bord inférieur de chaque écaille, comme l’indique M. de la Bêche, tandis que les Telragoriolepisn'en auraient pas. Cette différence est illusoire; car, vusparlcur surface extérieure, non-seulement les Tel ragonol épis , mais aussi tous les poissons à écailles émaillées et rliomhoïdales ne paraissent point avoir d’onglet articulaire à leurs écailles, parce que cet onglet est caché par le bord des écailles voisines supérieures, lorsque les écailles ont conscrx'é leur position naturelle ; et c’était le cas de l’exemplaire d’après lequel M. Bronn a établi le genre T'Wragonofepis.Vuesparleursurfaceinteme, lesécailles des Tetragonolepis , comme celles de la plupart des genres des familles des Lépidoides, des Sauroïdes et des Pyenodontes, ont ce mode d'articulation. Les espèces qui n’ont pas cet onglet, ont du moins toutes un bord oblique par lequel les écailles s’attachent les unes aux autres plus intimément que dans les poissons ordinaires. Le caractère tiré de la différence entre la dorsale et l’anale et leur position respective , n’est pas constant; car il V a des esjmces de Dapedius et de Tetragonolepis chez lesquelles l’anale est plus courte que la dorsale. Cependant, je n’en connais point où la dorsale s’étende jusqu’à la nuque, comme la fig. i , pl. 6 , des Trans. de la Soc. Géol. pourrait le faire supposer pour le Dapedium polilum.

L’osléologic du genre Dapedius est des plus intéressantes. Dans l'exemplaire qui a été figuré par Lord Cole sur une feuille volante, et dont j’ai reproduit un dessin, Tab. 30 b, fig. I , on voit une grande jiartie du squelette, dont l’examen que j’en ai fait a contribué considérablement à m’éclairer sur l’anatomie de toute la famille. Les corps des vertèbres manquent , comme dans tous les Lépidoides dont j’ai vu quelque partie du squelette ; mais les côtes et tout l’appareil des apophyses épineuses supérieures sont très-bien conservés. Les côtes sont dilatées en spatule à leur insertion , fig. a, d; elles

sont (lu reste grêles et arrondies , et ne paraissent pas atteindre plus bas qu’à la moitié de la hauteur de la cavité abdominale. Les apophyses épineuses supérieures sont composées de plusieurs pièces, iig. 2 et 3, comme dans les Caiunis ; à leur base elles étaient réunies aux corps de vertèbres par deux petites pièces (xnirtes, a, a, a, qui étaient surmontées d’autres pièces beaucoup plus allongées et plus grêles ,h,hjh,e\ dont les extrémités se réunissaient en une apophyse épineuse qui elle-même se terminait par un os supérieur impair, c, dont la longueur excédait de beaucoup ( même jusqu’à 3 ou 4 fois ) celle des pièces inférieures, suivant la partie du squelette où on les compare. Ceux de la nuque sont les plus gi;os, mais ils sont moins allongés que ceux qui précèdent immédiatement la nageoire dorsale, et^qui sont les plus longs ; lenr extrémité supérieure est aplatie ; plus en arrière ils sont de nouveau moins allongés , et en même temps plus vigoureux. Ces osselets rappellent les interapopbysaires du genre Platysomusj avec cette différence, qu’ici ils sont accolés anx apophyses éjiineuscs. Les osselets qui portent les rayons de la dorsale sont très-allongés, proportionnellement à leur ténuité.

De la tête on distingue l'opercule, le subopercule et le préopercule, qui ont glissé sur les flancs de l’abdomen ; la ceinture thoracique , le temporal , le jugal et la mâchoire inférieure avec ses nombreuses rangées de dents échancrées; le ptérygoïde avec des dents en brosse sur toute sa 'surface, et le palatin avec quelques dents bifurquées ; le frontal se voit par sa surface intérieure. Les os de l’occiput sont brisés. Les os de la tête des Dapedius ont des formes si particulières, cpi’il est toujours facile de les reconnaître , même lorsqu’ils sont épars. Les mâchoires sont très-courtes ^ la mâchoire inférieure, en particulier, est fort large et presque aussi haute que longue ; sa partie antérieure est renflée, mais vers le milieu elle est déprimée pour recevoir la plaque dilatée de l’extrémité postérieure de la mâchoire su|>érieure. Le bord de celle-ci se compose en avant des intermaxillaires, qui sont très-conrts, mais épais ; le maxillaire supérieur, qui ne forme qu’un arc avec eux, est mince en avant, et se dilate en arrière en une plaque spatuliforme. Le premier de ces os, et en arrière le palatin, portent à leur bord extérieur une rangée de dents plus fortes, il est vrai, que celles qui sont plus à l’intérieur sur la surface interne des mâchoires; cependant je suis sûr, maintenant, qu’il y a sur les mâchoires juscpi’à cinq ou six rangées de dents, de plus en plus petites de dehors en dedans. Les palatins sont en outre garnis de dents en brosse, dans la partie postérieure de leur surface interne. Tous les os du crâne, Tab. 20 , fig. i , et Tab. 20 a, sont intimémeut réunis par des sutures ; aussi les distingue-t-on à peine les uns des autres, aux rainures plus ou moins profondes qu’il y a quelquefois entr’eux. Les pièces occipitales sont plus nombreuses que dans les poissons ordinaires, comme chez les Lepidosteus et les Poljpterus. L’orbite est assez petite et entourée d’un

double cercle de pièces dctachces ; le cercle extérieur, qui est le plus grand et qui est com|)Osc d’un plus grand nombre de pièces , recouvre entièrement le prcopercule , en sorte qu’on n’en voit que le bord inférieur au dessus de l’intcropcrculc et du subopcrcule; quelquefois même il est entièrement caché. Ce cercle paraît au premier aspect représenter les sous-orbitaires des autres poissons, ou le zygomatique des autres animaux vertébrés, mais non pas le jugal de Cuvier ; car l’os que Cuvier appelle jugal est certainement l’os carré. Le cercle intérieur qui entoure l’orbite paraît plutôt représenter le lacrymal. Cependant il est plus plausible d’envisager le cerele extérieur de . ces pièces comme de grandes écailles buccales, et le cercle intérieur comme le jugal; quoique cette supposition semble contredite par la nature vraiment osseuse des deux cercles de plaques buccales. Les pièces operculaires forment un cercle continu en arrière des autres os de la face. L’opercule, quoique le plus grand de ces os, est cependant le plus petit, proportionnellement à la grandeur de l’animal et à ce que l’on observe dans les autres poissons; le sul>opercule n’est pas beaucoup plus petit, mais il est aussi haut que long ; l’interopcrcule est plus allongé et plus étroit. Les rayons branchiostègues sont très-grands, très-larges et très-forts, l’antérieur surtout, qui forme une grosse plaque sons le bord de l'angle postérieur du maxillaire inférieur. La ceinture thoracique n’est pas' aussi vigoureuse; l'humérus, du moins, est étroit et grêle, proportionnellement à la force des os de la tète.

D’après ce que j’en ai vu jusqu'ici , l’ostéologic des Teiragonolepis ne paraît pas différer essentiellement de celle des Dapedius. La tète surtout présente la plus grande analogie dans les deux genres. J’en ai examiné une de Tetraf^onolepis qui est dans l’état de conservation le plus parfait, dans la collection de M™' Murchison. Tons scs os présentent les mêmes connexions que ceux des Dapcdiiis ; les mâchoires ont aussi la même forme, seulement les dents sont pointuesau lieu d’être échancrées à leur extrémité.

Ce qui vient d'être dit de ces deux genres semblerait les rapprocher beaucoup des Platysomes , dont ils ont aussi la forme ; cependant il est un caractère très-important qui les en éloigne considérablement ; les Platysomes sont hétérocerques, tandis que les Dapedius et les Tetra^onolepis , sans avoir la caudale bifurquée, sont cependant homocerques; c’est-à-dire, que tous les rayons de cette nageoire sont insérés symétriquement sur l’arc plus ou moins ouvert que forment les extrémités des apophyses épineuses des dernières vertèbres caudales, qui ne se prolongent pas le long du bord de son lobe supérieur.

11 reste maintenant à examiner les espèces de ces deux genres. Dans les caractères qui leur sont assignés, on reconnaîtra peut-être avec le tem]>s des traits qui résultent plutôt de changemens survenus dans les individus avec l'âge; mais jiisipi’ici il m’a été impossible de préciser pour toutes les espèces les différences d'âge et celles qui

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Mint vraiment spéciGqiies. Je suis ]>ersuadé qu’en général l'on a eu trop peu t^rd aux métamorphoses des animaux de toutes les classes, lorsqu’on a établi un grand nombre d’espèces dans le même genre. Cependant, quoique j’aie toujours cherché à recueillir des séries d’individus de dill'érentes grandeurs, et que par là j’aie souvent évité d’établir des espi'ces purement nominales, je crains encore d’en avoir adopté quelquesunes. S’il en était ainsi , j’espère être le premier à les découvrir et à rectifier moi-même les erreurs involontaires que je |M>urrais avoir commises.

Toutes les esp<’-ccs du genre Dapedius ont à-j)eu-près la même forme : elles sont très-larges, se nitrécissent rapidement jusqu’au pédicule de la queue qui est gros; la tête est arrondie, les nageoires sont de moyenne grandeur; la caudale est la plus grande.

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