I. Dapedius politcs de la Bêche
Vol. 2, Tab. 25 , fig. I.
l)e la Bêche, Tr.ins. de la Soc. Géol. a”' série, vol. i, pl. G, Gg. i — 4-
Comme la ligure de M. de la Bêche donne une idée c.xacte de la plupart des caractères de ce poisson, et surtout de sa forme, j'ai cru pouvoir m’abstenir de le reproduire en entier, et je me suis contenté d’en faire figui-er un fragment de la collection de M"' Philpot, sur lequel on voit distinctement ses caractères spécifiques. C’est une tête visible |var le côté droit, avec une portion des écailles de la partie antér'eure dn tronc.
Les caractères distinctifs du D. polilus, et ceux par lesquels il diffère particulièrement des espèces nonvelles de ce genre que j’ai observées dans les collections anglaises, consistent surtout dans la gros.se granulation confluente qui recouvre la surface extérieure de tous les os de la tête, mais qui, sur le tronc, ne s’étend que sur les écailles antérieures de la nuque , tandis que toutes les autres écailles paraissent être parfaitement lisses; quoique, en les examinant à la loupe, on découvre à leur surface extérieure, surtout sur celles des bords du corps, des stries ondulées extrêmement fines, divergeant de l’angle supérieur et antérieur vers les bords postérieur et inférieur. La surface des écailles de la nuque est ornée d’aspérités saillantes, réunies en lignes ondulées au bord supérieur des écailles, et en forme de grains iirégulicrs au bord inférieur. Par leur structure et par leur aspect, les os du crâne sc rapprochent beaucoup de ceux du Polyplenu Bichir; avec cette dififérence seulement, que la tête étant moins allongée, ces os sont aussi plus courts. Les os occipitaux ne sont pas non plus visibles à l’extérieur; ils sont remplacés par cinq pièces osseuses allongées.
qui sont articulées au bord postérieur des pariétaux. Celles du milieu de l’occiput sont les plus petites; elles vont eu s’élargissant jusqu’au bord supérieur de l’opercule, où se trouve la plus grande. En arrière de ces pièces l’on voit un os triangulaire allongé , qui me paraît être Te surscapulaire , et à son bord inférieur une autre pièce un peu plus grande, qui est le scapulaire. La surface extérieure de ces os porte une granulation moins grosse que celle des autres os de la tête. L’os pariétal droit et le mastoïdien forment ensemble la zône postérieure .du crâne; ils ne sont séparés l’un de l’autre que par uue ligne sinueuse n peine distincte. Sur la partie postérieure de CCS os ou voit une saillie transversale, qui s’étend du pariétal au bord inférieur du mastoïdien. Leur suture avec les frontaux est presque entièrement cachée par la granuladon de leur surface extérieure, qui est irrégulière, formée de saillies longitudinales sur le pariétal et plus arrondies sur le mastoïdien. Le frontal principal est très-court et aussi large que long; sa granulation est plus grosse que celle du pariétal; son bord antérieur est coupe carrément. Il ne faut pas confondre les sutures qui unissent ces os, avec deux cassures longitudinales, qui, dans cet exemplaire, s’étendent du bord postérieur du pariétal jusqu’au milieu du frontal. En avant du frontal principal se trouve le frontal antérieur, brisé en quatre dans cet exemplaire, et dont la granulation est aussi plus grosse que celle des os postérieurs. La dépression qui se voit au bord inférieur de ces pièces, paraît avoir été la cavité des fosses nasales; je prends pour le nasal même l’os triangulaire qui se trouve immédiatement au-dessous de cette dépression, et j’envisage l’os triangulaire qui se trouve plus bas, au bord supérieur de l’os maxillaire su|>érieur, comme un os lacrymal, on comme le premier sous-orbitaire. L’os qui forme la partie anterieure de la mâchoire supérieure, est l’intermaxillaire ; son bord est armé de quatre grosses dents bifurquées , entre lesquelles on en aperçoit quelques-unes des séries intérieures. Les dents que Fon distingue plus en arrière, en dessous du maxillaire supérieur, sont implantées sur le palatin. Le maxillaire supérieur lui-mème ne porte pas de dents; son extrémité postérieure se dilate en forme de spatule arrondie, et repose dans une dépression du maxillaire inférieur. Au bord inférieur de l’orbite on aperçoit encore quelques traces des os de l’arcade palatine. Le maxillaire inférieur est un peu plus long qu’il n’est large à son bord postérieur; mais sa granulation ne s’étend que sur la partie de sa surface extérieure qui n’est pas recouverte par l'extrémité du maxillaire supérieur lorsque l’animal a la gueule fermée. A son bord supérieur on remarque 8 grosses dents échancrées, derrière lesqiiellesapparaissent les rangées intérieures. Dans cet exemplaire, la branche gauche du maxillaire inférieur a}'ant glissé en avant on aperçoit la snrihcc de sa symphyse, et l’on voit en profil quelques dents disposées, sur quatre rangées an moins. 11 est évident par là , que toutes les dents des Dapedats sont implantées, comme
dans les genres Poljrpterus et Lepidosteus, sur les intermaxillaires, les palatins et les ptérygoïdes, et la mâchoire inférieure . Le bord supérieur de l’orbite est entouré de quelques pièces osseuses, articulées avec les frontaux , que l’on peut appeler os surobiiaires, et qui sont très-développés dans le genre Lepidosteus. Son bord inférieur est formé parlessous< orbitaires, qui s’attachent en arrière au bord antérieur du mastoïdien. Cinq pièces plus grandes forment un second cercle autour des sous-orbitairee; la première , qui est la plus considérable, est attachée en arrière au mastoïdien ; son bord supérieur est plus étroit que son bord inférieur, sur le milieu duquel se trouve une saillie arrondie. Dans le genre Polypterus , cette pièce recouvre la plus grande partie de la joue ; tandis que dans le genre Lepidosteus, il y a un plutf grand nombre de petites pièces sur toute la surface des joues. La seconde de ces pièces est plus longue qlic haute ; la troisième est presque aussi grande que la première, mais son côté étroit est tourné en avant; la quatrième est la plus petite ; la cinquième est plus haute que longue , son bord antérieur correspond h l’extrémité du maxillaire supériettr et recouvre en même temps l’articulation du maxillaire Inférieur. La granulation de la surface extérieure de ces pièces est écailleuse et confluente. Les pièces operculaires ont une granulation semblable , mais un peu plus grosse, à leur surface extérieure. Le préopercule est presque entièrement caché par les pièces buccales , comme dans les genres Lepidosteus et Polypterus ; on ne voit que son bord inférieur, en dessous des deux pièces antérieures. Le subopercule est beaucoup plus étroit que les autres pièces opemilaires, et s’étend au bord inférieur de la tête, en arrière du maxillaire inférieur. L’interopercule a une forme triangulaire; son angle montant est dirigé en avant et en haut, et son bord postérieur est arrondi. Ij’operculc est plus haut que long, et son bord postérieur s’arrondit vers l’angle supérieur. Dans cet exemplaire on voit aussi très-distinctement les rayons brancbiostègucs ; leur surface extérieure est granulée, comme celle des autres os de la tête. Le premier, qui est le plus gros dq tous, forme une large plaque au dessous de l’angle postérieur du maxillaire inférieur; les suivans, beaucoup plus étroits, sont un peu plus allongés et plus dilatés à leur extrémité que vers leur insertion. Il parait y en avoir eu lo en tout.
Cette espèce est caractéristique pour le Lias de Lyme-Regis. Cependant on trouve dans cette localité un beaucoup plus grand nombre de poissons fossiles qu’on ne l’a cru jusqu'ici ; car, outre le Pholidophorus et les dents et rayons de Cestraciontes et
Hybodonles représentés par M. de la Bêche dans les Trans. de la Soc. Géol. de Londres, j’ai observé une trentaine d’espèces nouvelles de cette seule localité dans la collection de M"' Fbilpot à Lyme-Regis, parmi lesquelles se sont trouvés les tj'pcs de plusieurs genres nouveaux. Ainsi le Lias est maintenant la formation lapins riche en poissons fossiles ; et comme ordinairement les exemplaires s’y trouvent dans l’état de
conservation le plus parfait, leur examen contribuera beaucoup à faii’c connaiti-c plus exactement l’organisation des genres et des familles auxquelles ils se rapportent. Les collections de Lord Colc, de Sir l’h. Egerton, de M. le l’rof. Buckland, de M. Murebisan, de M. Stockes, de 31"* Baker, de 31. W’eaver, de 31. Cumberland, de M. Johnson, et celles des SIusées de Bristol, d'York, de Wilby et de Scarborough, contiennent en outre plusieurs espèces inédites du Lias de dilVérentes localités. L’exemplaire du Dapedius poUlus représenté dans ma planche ao, lig. i , se trouve dans la collection de 31"' Philpot. Cette espèce n’a point encore été trouvée en Allemagne ni en France.
En réfléchissant à l’état de conservation de ces ichthyolithes, je ne puis m’empécher de faire en passant une observation : c’est qu'il me paraît impossible que des poissons qui ont conservé leur forme et leur attitude naturelle, dont toutes les écailles sont souvent encore en place, et dont les rayons frêles des nageoires sont restés intacts, n’aient pas péri .subitement , et n’aient pas été enveloppés immédiatement par le liiiion qui a formé les couches dans lesquelles on les trouve maintenant. Tous les géologues paraissent d’accord sur ce {>oint, que les fossiles de Lyme-Kegis doivent avoir péri d'une mort subite ; mais tous n’adniettcnt pas également que l’ensemble de ces couches se soit dé(>osé tout à la fois, dans toute son épais.seur, à la suite d'une seule et même catastrophe. Au contraire, plusieurs de ceux qui ont étudié cette localité avec le plus de soin, croient y avoir observé des marques évidentes d’une série successive de dépêts qui auraient eu lieu en partie durant un état de tranquillité comparative, et en partie par suite de petites catastrophes qui faisaient périr tout-à-coup les animaux qui existaient alors sur des points particidiers, et à la suite desquelles il s'opérait des changemens dans la nature des êtres organi.sés qui vivaient à la même place, et qui sont maintenant renfermés dams dilTérentes couches. Dans cette hypoüièse , on insiste sur la différence qui se voit entre les fossiles de la partie supérieure de ce terrain et ceux que l’on trouve dans sa partie inférieure, et sur l'abondance de /certains débris organiques dans quelques couches, tandis que les autres fossiles y sont extrêmement rares ; on cite également les masses de Coprolithes que l’on trouve dans ces couches, comme une preuve que les grands Sauriens dont ils proviennent ont vécu successivement à leur surface. Ces faits me paraissent s’espliqiier plus naturellement, en admettant la déposition instantanée de toute la masse du Lias. Je ne puis m’empêcher de croire que la catastrophe qui a occasionné la déposition du Lias a produit dans l’atmosphere une tension extraordinaire, et dans les mers qui bordaient alors la terre ferme une agitation d’une violence inconcevable de nos jours, qui ont dû anéantir tous les êtres organisés ; que les ondes de l'Océan, refoulées par les Bancs de quelque montagne snrgissante, ont entraîné dans la même direction tous les amas de limon , de plantes et d’animaux , qui se sont successivement déposés à différente hauteur dans les couches du Lias, mais
aussi que pendant cette tourmente tous les l)ancs de cette formation ont été déj>osés simultanément, ou du moins aussi promptement que de nos jours une tempête accumule sur la plage le limon et les sables. £n admettant cette explication , il est facile de concevoir le parallélisme parfait d’un grand nombre de couebes superposées les unes aux antres, et qui auraient dit être disloquées si leur déposition était le résultat de catastrophes successives. L’accumulation sur un même point d’un nombre immense d'individus des espèces qui x'ivaient en troupes, s’explique aussi par là, puisqu'ils ont dit être charriés ensemble ; et la répétition de ces accumulations à dilTérentes hauteurs est une conséquence naturelle de celte supposition, ainsi que la dispersion dans tous les bancs des espèces dont les individus vivaient plus isolés. Il en est de même de la jjrésence dans certaines coucfies d’espèces que l’on ne trouve pas dans d’autres , et qui ont pu y être amenées de différentes distances des localités particulières qu’elles habitaient ; elle se conçoit très-bien de cette manière , ainsi que la position constante du corps des grands Sauriens dans la même direction, et raccumulation autour d’eux de leurs excrémens rendus dans les angoisses de la mort. Si ces animaux avaient vécu seulement quelque temps en place, ils devraient être entourés de débris de substances minérales roulées ; et la conservation même de ces coprolithes ( qui auraient dit se décomposer s’ils avaient été exposés pendant quelque temps au mouvement des eaux ou à l’influence de l’atmosphère), parle encore en faveur de cet ensevelissement subit. Ges considérations me portent naturellement à admettre que toutes les couches d’une formation ont été déposées instantanément, que même là o!i les fossiles sont moins bien conservés qu’à Lyme Regis, les couches qui les contiennent ne se sont pas formées à de longs intervalles, et que l’état particulier des fossiles de différentes localités provient de la durée de leur suspension dans l’eau et du frottement qu’ils ont dû éprouver pendant qu’ils étaient ainsi ballotés. Le nombre des fossiles qui se trouvent en place est bi.cn moins considérable qu’on ne l’admet généralement. Aujourd'hui l’on conteste même de plus en plus que les arbres debout dans la houille se trouvent réellement à la place où ils ont crû. Le fait qu’ils traversent fréquemment plusieurs assises dans la même direction me parait aussi prouver évidemment qu’ils n’ontpasélélong-tempsexposésàractiondel’eau,maisqu’ilsontétcensevclissubitement.
Vouloir attribuer à des causes locales et accidentelles la mort des êtres organisés dont les espèces ont disparu de la surface du globe, ce serait méconnaître complètement la nature des changemens qui se sont successivement manifestés dans l’ensemble des animaux et des plantes qui caractérisent chaque époque. Des accidens locaux ne sauraient avoir produit des phénomènes généraux j et comme nous voyions que les fossiles diffèrent en masse d’une formation à l'auti'c, et que dans leur succession il y a une progression appréciable, je ne puis me résoudre à envisager les catastrophes qui
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les ont ensevelis comme des cvcncmens accidentels, mais bien plutôt comme des révolutions organiques générales, quiont modifié parlont les conditions d’existence et les manifestations de la vie, après avoir anéanti les animaux et les plantes de l’époque antérieure. Le prétendu passage de certaines espèces d’une formation à une autre n’est point une objection valable j car outre que les cas que l'on en cite sont très-peu nombreux, je crois que la présence de ces espèces dans dilTérentes formations n’est qu’apparente et résulte fréquemment de ce que l’identité des espèces, ou la dilFcrence des terrains auxquels on les rapporte, n’a pas été constatée avec toutes les précautions, nécessaires.
D’un autre côté , il ne faut pas perdre de vue que notre terre , depuis qu’elle existe , a aussi subi des cliangemens (moins importons, il est vrai), durant les périodes dç repos relatif comprises entre deux grandes catastrophes. C'est, je crois, pour n’avoir pas suffisamment distingué les cliangemens occasionnés par les grandes révolutions de ceux qui se sont opérés pendant les temps de repos relatif, que les géologues sont si (icu d’accord sur les causes des dilférens phénomènes géologiques et sur leur étendue. Ceux qui attribuent tous les changemens survenus sur la terre à des causes actuellement encore agissantes, semblent méconnaître entièrement les grandes catastrophes, pour ne tenir compte que de ce qui a pu se passer dans leur intervalle. Ceux qui rapportent tous les phénomènes géologiques à des causes différentes de celles qui régissent maintenant la nature, semblent oublier que s’il y a eu de grandes révolutions sur la terre, elles ont été très-éloignées les unes des autres , et qu’il y a eu de bien longs momens de repos entr’elles. — Tenir compte des phénomènes géologiques dûs en particulier à chacune de ces différentes séries d’action , est une tâche que la Géologie n’a encore remplie que bien imparfaitement.