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roi cachait tout simplement une expédition fiscale : «... Et encore avoit-il requis du pape la dîme des re- » venus ecclésiastiques sous couleur d'aller à In croi- » sade outre-mer , et le pape la lui avoit accordée » pourvu que les prélats y consentissent ; mais les » prélats répondirent que le passage d'outre-mer « n'étoit pas prêt, pour lequel il eût convenu donner » dîmes, mais que quand il seroit prêt, ils baille- » roient volontiers la dîme ou iroient eux-mêmes en » terre sainte (1). » On le voit, le clergé ne se laissa pas duper. Quant aux deux autres ordres, nous ignorons s'ils furent aussi adroits ; il serait possible que non, car Philippe , en diplomate habile , ne manqua pas de tourner à son profit les rébellions flamandes, et de répondre à ceux qui s'impatientaient du retard de la croisade que les Flamands seuls en étaient cause. Le pape, en offrant sa médiation entre Philippe et les Flamands révoltés, ne traitait-il pas ces derniers « (ïimpe dit ores passagii transmarini (2). »
Avant de quitter l'année 1317, il convient de remarquer que Philippe le Long fit saisir les monnaies des barons, des prélats et de tous ceux qui frappaient monnaie , qu'il fit prendre les boîtes aux essais , et ordonna qu'on les lui apportât pour étudier et connaître plus à fond ce que les monnaies baronales présentaient de défectueux (3). Cette mesure n'avait certainement que le but immédiat de fortifier et d'agrandir le pouvoir royal , en attaquant la puissance seigneuriale clans une de ses prérogatives réga-
(1) Henri Martin, t. IV, p. 549, d'après les Ch/ltàwiqués de Saint-Denys et le cont. de G. de Natigis.
(2) Jean de Saint-Victor, Hist. de France , t. XXI , p. 667.
(3) J. J. 55, f" 22 recto.
lieunes les plus essentielles; mais les effets qui «levaient nécessairement en découler étaient de nature à augmenter le bien-être public, en favorisant les transactions et en diminuant les occasions de fraudes et d'erreurs ; car enlever le droit de frapper monnaie à ceux qui le possédaient et à ceux qui l'usurpaient, c'était proclamer l'unité monétaire , c'était obvier aux inconvénients nombreux, présentés par des pièces de natures diverses et de poids et de titres différents ; c'était, en un mot, provoquer une mesure éminemment utile, mais tellement hardie, tellement audacieuse même, que Philippe V comprit que, sans auxiliaires, il échouerait infailliblement dans cette grande œuvre. Oue faire dans cette occurrence ? Prendre conseil du clergé et de la noblesse pour délibérer sur la question et rendre une ordonnance, fort de leurs décisions. Mais Philippe savait fort bien qu'il ne rencontrerait qu'opposition au sein de ces deux ordres. Il ne lui restait donc qu'un parti à prendre : ce parti, il le prit. Par lettres, en date du 15 décembre 1317 (1), il convoqua à Paris pour le premier dimanche, après les Brandons de l'an 1318, les bonnes ville du Nord et du Midi, en leur recommandant d'envoyer chacune trois ou quatre députés qui se connussent le mieux au fait des monnaies et munis de pleins pouvoirs. Il les prévenait qu'il aurait à s'entre- Iriiir avec eux do^ réformes monétaires ci-dessus signalées, et de l'intention où il était de rendre aux monnaies L'aloi et V poids qu'elles avaient eus au temps de sainl Louis en apportant les remèdes 1rs plus prompts à la crise financière actuelle , qui
(1) .1. J. 55 . r 22 recto <'t vei
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avait sa cause dans la diversité et l'infériorité des monnaies ayant cours, car, disait le roi, «... par le » cours de tels diverses et mauvaises monnoies , » nostre pueple aest si grevez et domaigiez que ceux » qui soloient habonder en richèces sont pour ce » cheuz en si grant povreté , de quoi nous avons grant » compassion. »
Voilà donc une assemblée des bonnes villes bien et dûment convoquée; mais il est hors de doute que si elle se tint, ce qui est peu probable, les villes du Midi qui y avaient été appelées n'y assistèrent pas. Nous possédons, en effet, une lettre du mois de février 1318 (1), adressée aux sénéchaux de Toulouse , de Beaucaire, de Périgord et Qnercy, de Carcassonne, de Poitou, de Saintonge, de Lyon, de Mâcon, de Rouergue, dans laquelle le roi déclare que comme il serait peut-être très-onéreux pour ces villes de se rendre à Paris , il s'est décidé à leur épargner la peine et le travail qu'il voulait leur imposer au sujet de la question monétaire, et qu'il a pris la résolution de ne pas les déranger. En revanche, le roi envoie aux sénéchaux un rouleau contenant le nom des bonnes villes précédemment convoquées, en leur intimant de mander à ces villes , ainsi qu'à celles qui auraient été omises dans le rouleau, d'altendre jusqu'à ce que l'on eût ultérieurement indiqué un lieu et un jour de réunion, ou qu'on leur eût envoyé des commissaires députés sur le fait des monnaies pour délibérer avec elles. Quoique cette lettre n'ait été adressée qu'aux sénéchaux et non pas aux baillis, il est bien évident que les villes du Nord ne se rendirent
(1) J. J. 25, f<>2-2 verso.
pas à cette première convocation de 1318 : leur présence aurait été sans objet, les villes du Midi n'étant pas présentes; car ce dont le roi avait le plus besoin, c'était la sanction et l'approbation du tiers état du royaume. D'ailleurs, ce qui prouve surabondamment que cette assemblée n'eut pas lieu, c'est qu'il ne fut promulgué aucune ordonnance ; or, les décisions prises dans une assemblée de cette nature, si elle eût été tenue, auraient infailliblement été rendues exécutoires. D. Vaissète, après avoir dit avec raison qu'il ne croyait pas à la tenue de cette assemblée, prétend (pie le roi se contenta de l'envoi, fait par les bonnes villes, d'un avis motivé sur la question pour laquelle il voulait les convoquer : « Nous avons , » d't-il , « les » remontrances envoyées vers ce temps-là par les » villes de Toulouse, Montpellier, Narbonne, Gar- ■» cassonne et autres de la Langue d'Oc, au sujet des » monnaies; elles représentent au roy, entr'autres, » qu'il serait à propos de fabriquer de la monnaie , » comme au temps de saint Louis, et le supplient » de faire battre une monnaie pour la Langue d'Oc, » parce que le pays ne peut se gouverner par la mon- » naie de Paris (l. » Voilà l'avis de D. Vaissè'e. Cette pièce, selon lui, doit être placée vers 1318. D'autre part, le catalogue du Musée des airbives la mentionne comme étanl de L31 i. D'une opinion différente des deux autorités qui précèdent, nous considérons cette pièce, qui est, bien entendu, sans date, comme étant de 1351, et voici les raisons qui nous donnent à penser ainsi : Nous possédons les avis 2 dos villes de la Langue
(1) Dom Vaissète, t. TV, p. 174.
J .1 Î59, pièce n" 17.
d'< Vil formulés dans une assemblée monétaire en 1321 ; or, cet avis offre beaucoup de rapprochement , dans l'ensemble, avec celui ([) que D. Vaissète place vers 1318, car il hésite beaucoup à lui donner une date fixe. Si donc on a les réponses des villes de la Langue d'Oïl pour 1321 , cela suppose les avis des villes de la Langue d'Oc pour la même année ; or, la pièce en question émane précisément des villes de cette contrée : Toulouse , Montpellier, Narbonne , Garcassonne, Gahors , Figeac , Martel , La Rochelle , Saint-Jeand'Angély et la cité de Limoges. Toutes ces villes parlèrent au nom de la Langue d'Oc , cela est écrit en toutes lettres. Gomme l'a très-bien fait remarquer D. Vaissète , elles demandèrent au roi de ne pas laisser cours aux parisis dans cette contrée, mais d'y faire frapper une monnaie spéciale (2). On pourra d'ailleurs étudier avec fruit le contenu des deux pièces dont nous venons de parler : l'une, expression des vœux de la Langue d'Oc, l'autre de ceux de la Langue d'Oïl; elles montrent, l'une et l'autre, comment les bonnes villes consultées donnaient leur avis sur les questions monétaires (3y.
Nous allons arriver maintenant aux assemblées tenues en l'année 1318, qui, comme nous le verrons plus loin , fut fertile en assemblées de tous genres et de toutes natures.
Par lettres du 13 octobre 1317, Philippe le Long convoqua pour le dimanche après la mi-carème de
(1) J. i.VJ, ii° 23 (au Musée, vitrine 54, n° 32 1 ). — Duiu Vaissète, t. IV, preuves, p. 160.
(2) Dom Vaissète, t. IV, p. 174.
(3) Nous regrettons, à cause de leur longueur, de ne pouvoir les mettre aux pièces justificatives.
Tan 1318 1), les prélats et les barons du royaume pour délibérer « sus aucunes besoignes touchanz le » royaume. » Quelles étaient donc ces affaires si pressantes?» Refraindre plusieurs rebellions et déso- » béissances d'aucuns des subgiez de nostre royaume, » disait le roi dans une lettre du 15 novembre adressée au duc de Bretagne , « qui mal meu se pourporteut » de troubler la paiz dudit royaume , ainsi comme » s'il avoient envie du bien et de la transquillité de » nos autres subgiez qui voudroient vivre en paix ; » plus loin, le roi emporté par son ardeur, déclarait qu'il aimerait « miex à se mettre en touz périlz en » pourchaçant ledit bon estât que vivre plus longue- » meni en souffrant moût de tribulations où il a esté » puis aucun temps. » Le roi terminait en enjoignant au duc de Bretagne de se tenir prêt en armes et en chevaux pour après la mi-carême. Ce baron , pour le prendre comme exemple , car tous les autres furent dans une situation semblable, reçut donc, un mois après avoir été convoqué à comparaître devant le roi , un autre ordre lui intimant de se tenir prêt en armes [tour la même époque-. C'étaient certainement là deux dates bien calculées. En effet, arrivant tout armés au lieu de l'assemblée , les seigneurs ne pouvaient guère faire autrement que de voter l'argent qu'on leur demanderait pour subvenir aux frais de l'expédition contre les Flamands. Hâtons-nous de dire, toutefois, que cette première assemblée n'eut pas l'importance qu'elle paraissait devoir prendre, et qu'elle ne produisit pas les résultats qu'on attendait et qu'on espérait d'elle. C'est une lettre adressée par le roi aux archevêques
I J. J. 55 , t'° 34 recto et verso, f" ■!■">
présents à cette réunion qui nous en apprend les détails et nous fait connaître l'issue de ses délibérations. Cette lettre es! en date du 28 mai 1318 (1). Le roi y rappelle qu'après avoir fait exposer les causes des guerres et des troubles qui désolaient le pays, aux prélats et aux barons présents, il les requit de l'aider diligemment d'un subside. Les prélats ayant délibéré préalablement sur ce sujet, déclarèrent au roi qu'ils ne pourraient lui donner à cet égard de réponse favorable qu'après avoir rassemblé des synodes provinciaux. Le roi satisfit à cette demande; mais après avoir fixé le jour et le lieu de ces réunions , le roi décida qu'il n'y avait pas encore lieu de les réunir, et ordonna aux prélats d'attendre un ordre ultérieur émanant de lui. Le roi voulait sans doute connaître, avant de s'adresser d'une façon définitive au clergé , l'avis des assemblées qu'il avait l'intention de réunir, et qu'il réunit effectivement quand il jugea le moment venu de le faire.
Par lettre du 29 juillet, le roi convoqua simultanément quatre grandes assemblées : deux de la noblesse et deux des bonnes villes (2). Les nobles des sénéchaussées de Beaucaire, de Carcassonne, de Périgord et Quercy, de Rouergue, de Toulouse et des bailliages de Lyon et de Màcon, furent convoqués à Toulouse pour le jour de Noël.
Les bonnes villes des mêmes bailliages et des mêmes sénéchaussées furent mandées dans la même ville pour le 18 décembre.
Les bonnes villes des bailliages de Vermandois, de Senlis, d'Amiens, de Troyes, de Vitry, de Chaumont,
(1) J. J. 55, f- 37 verso.
(2) J. J. 55 , folios 45 recto et verso, et 46 recto et verso.
de Meaux , de Sens , d'Orléans , de Gaen , de Gaux , de Gotentin, de Gisors et de Rouen , furent appelées à Paris pour la quinzaine de la Saint-Rémy.
Les nobles de Bourges , de Nevers et d'Auvergne , reçurent ordre de se trouver, aux octaves de la Toussaint, à Bourges.
On s'étonnera peut-être de ne pas voir convoquer la noblesse du nord et du centre de la France en mêraa temps que celle du midi; mais cette surprise sera de courte durée, car nous allons rencontrer bientôt les lettres de convocation qui la réunirent. Pour le moment, disons que les quatre assemblées, convoquées plus haut, furent la continuation de la première qui avait élé composée des prélats et des barons du royaume; nous pouvons même aller plus loin et soutenir que ces quatre réunions, ne formèrent, avec celle qui les avait précédées, qu'une seule et même assemblée, coupée, il est vrai, par des intervalles de temps assez éloignés, et tenus dans des lieux fort différents. La démonstration de ce fait si singulier en lui-même, ne peut s'obtenir qu'à l'aide de preuves multiples; si nous parvenons à l'établir, nous aurons démontré, en même temps, qu'il pouvait y avoir des assemblées ne renfermant, les unes que tel ordre, les autres que tel et tel, mais que, iinaleuient, comme le sujet traité était identiquement le même dans chacune, il en résultait que les trois ordres de la nation, bien que séparés, avaient délibéré sur la même question. De là de véritables Etats généraux du royaume.
La première question qui surgit naturellement à l'esprit sous forme d'objection est la suivante : Pourquoi Philippe le Long ne convoqua-t-il pas les trois