P> RECHERCHES
» roi et pour poursuivre dans les formes l'affaire des » Templiers. » Il est hors de doute que le roi convoqua un nombre considérable de membres du tiers état, car bien que Boulainvilliers et à sa suite M. Rathery aient prétendu qu'il ne subsiste que vingt- deux procurations de cet Ordre, nous en avons rencontré plus de deux cent soixante et dix émanées du peuple des villes et des campagnes , et, encore ce nombre est-il fort incomplet car* nous ne possédons pas les délégations de villes telles que Paris, Tours, Nîmes* Rouen, Tournay , Troyes , Montpellier , qui furent évidemment ajournées; nous avons, d'ailleurs, acquis la certitude , que Paris fut représenté à cette assemblée (1).
Il n'y a pas à s'étonner que le tiers état ait été convoqué en si grand nombre; Jean de Saint- Victor nous apprend que le roi voulait avoir l'avis et l'assentiment de tous ses sujets de quelque condition qu'ils fussent (2). Le même auteur nous apprend quels furent les alliés de Philippe le Bel aux Etats de 1308 : ce furent les nobles, les légistes et le tiers état qui, à la presque unanimité, votèrent la mort des Templiers. L'université de Paris fut aussi appelée, les maîties en théologie particulièrement, pour formuler son opinion. Les Etats levés, Philippe se rendit à Poitiers où se trouvait Clément V. Après une discussion où des arguments contradictoires furent échangés de part et d'autre, en présence des cardinaux, il fut décidé que
(2) o Intendebat, enim, rex, sapienter agere et ideô volebat homi- » num cujuslibet conditionis regni sui habere judicium vel assensum » ne posset in aliquo reprehendi , etc. » Hist. de France , t. XXI , p. 650.
le roi détiendrait les Templiers aux frais mêmes de l'Ordre, mais qu'il ne serait procédé à aucune mesure plus rigoureuse, à l'égard de ces religieux et. de leurs biens, avant la décision d'un futur concile général 1 .
Avant de quitter Tannée 1308 signalons qu'au commencement de cette année, au mois de janvier (2 , le roi manda devant lui, à Paris, deux ou trois Prud'hommes de plusieurs bonnes villes se connaissant le mieux au fait des monnaies, sous, le prétexte de remettre les monnaies dans l'état où elles étaient du temps de saint Louis ; il les rappela de nouveau au mois d'avril, pour délibérer sur le même sujet, ainsi qu'il résulte d'une lettre adressée au duc de Bretagne (3;.
Dès l'année 1308, le roi voulut faire participer la nation au paiement de l'aide pour le mariage de sa fille Isabelle avec le roi d'Angleterre ; la nation, lassée de financer sans cesse, ne se montra pas de bonne composition et, en 1309, un grand nombre de villes envoyèrent des députés auprès de Philippe le Bel pour protester de leur dévouement à la personne du roi, mais pour déclarer en même temps qu'elles doutaient fort si elles devaient participer à l'aide. On possède les procurations des villes du Quercy et du Périgord, celles de : Martel, Gahors, Luzech, Belaygue, Puy-1'Evêque, Castelfranc, Allias, Gaylus, Moiitauban, La Qaus'sade, Gastelnau-Montratier, Montalzat, La Française, Molières, Septfonds, Mirabel, Monlclar, Négrepelisse, Le Picat, Lauserte, Montcuq, Sauveterre, Montdenard,
1 Historiens de France, t. XXI , p. 650.
2 Mémoriaux (!<• la Chambre des comptes. P. 2289. (3) Ordonnances, t. [, p. 449.
Figeac , Anglars , Gourdon , Payrac , liocamadour , Brethenoux, Gajarc, Fons, Gamboulit, Brive, Belle- Ghassaigne, Saint-Médard; Lagarinie, Beaulieu (i) ; celles des abbayes d'Aurillac , de Tulle , de Beaulieu, de Figeac et de Saint-Ferréol ;
Enfin quelques procurations de seigneurs de cette région.
Toutes les procurations des villes sont rédigées dans la forme de celles des Etats généraux, bien qu'il n'y en ait pas eu cette année-là, comme on pourrait le supposer, si on s'en rapportait au catalogue imprimé des archives nationales.
Ce ne furent pas seulement les populations du Midi qui récriminèrent. En Normandie, nobles comme roturiers et comme ecclésiastiques n'avaient pas attendu la protestation des méridionaux. Dès 1308 (2), ils avaient fait une opposition énergique et s'étaient rendus en présence du roi, lui discutant son droit de lever l'aide ; Philippe le Bel, après avoir consulté les registres des coutumes de Normandie, écrivit aux gens de l'échiquier qu'il avait acquis la certitude que l'aide lui était bien dû ; Loutefois, il en prorogea le paiement jusqu'au carême de l'an 1309 (3).
On a dit (4) que les villes du Périgord et duthiercy qui se présentèrent en 1309 devant le roi avaient été mandées par lui; tel n'est pas notre sentiment. Nous avons pour cela plusieurs raisons : d'abord il était de droit féodal que le vassal acquittât envers son sei-
(2) Ordonnances , t. I, p. 453.
(3) E. Boutaric , La France sous Philippe le Bel , p. 272 et suiv.
(4) E. Boutaric. Bibliothèque de l'Ecole des chartes , 5e série , tome !"'.
gneur les aides dans quatre cas, au nombre desquels était celui du mariage de la fille du roi ; or, comme ces aides étaient dus sans discussion par le vassal , on ne voit pas pourquoi le roi aurait appelé les délégués de la nation à les discuter. Une seconde raison c'est que si le roi avait convoqué les députés du Périgord etdu Quercy, il aurait aussi convoqué Ceux de la Normandie. Or, pour ce qui est de ces derniers, nous sommes surs que le roi ne les manda pas, car dans sa lettre à l'échiquier nous trouvons les termes suivants : « Nonnulli de partibus » Soi-mannlx nobiles et innobiles nostrarn adiere pre- » sentlam, indabium revotantes uirum nobis liceret... » levare dictum subsidium, » Cette phrase est fort claire : ce sont les Normands qui vinrent d'eux-mêmes révoquer en doute les droits du roi au sujet de la levée de l'aide ; enfin, en troisième lieu, on ne possède pas de lettres de convocation qui puissent faire croire que ces députés aient été appelés par la royauté elle-même. Si nous avons insisté aussi longuement sur la question de savoir si ces députés des différents ordres de certaines provinces furent oui ou non convoqués par le roi, c'est qu'il y a là une conclusion importante à tirer et un progrès considérable à signaler dans l'émancipation du peuple ; en eifet, nous enregistrerons que des nobles, des abbayes et des membres du tiers état principalement, osèrent, en 1309, douter de la Légalité d'un des loyaux aides. et protester devantle roi lui-même contre son imposition.
Revenons maintenant à la question des Templiers. Nous avons laissé Philippe le Bel , après les Etals de Tours, attendant les décisions du concile, que Clément V avait convoqué pour deux ans plus lard à Vienne. Ce concile s'ouvrit le 12 octobre 1311: il