‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 57 sur 103 · CHAPITRE ÏH · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏH

Examen Général des propriétés de l'eau simple , celles de leur température élevée à un degré varié de calorique.

On ne peut raisonnablement énumérer les vertus des eaux thermales sans tenir compte , d'abord , de celle de l'eau simple , puis élevée à la température des eaux thermales ; car si nous avons à louer ces dernières, nous répéterons , avec Bordeu , que nous avons aussi à modérer les éloges que la renommée en publie.

Comme chacun !e sait , l'eau est le plus

grand dissolvant de la nature; elle est la boisson la plus naturelle de l'homme , ou du moins elle lui paraît conseillée par l'exemple des animaux, par la profusion avec laquelle elle est répandue sur toute la terre, et par notre propre organisation qui l'exige absolument ; véhicule denos humeurs, elle les rend d'autant plus homogènes ou propres à leur destination, qu'elle est plus pure ou chargée d'éïémens qui les vivifient par des changemens conservateurs. Elle divise le sang; elle lui fournit un véhicule; lorsqu'il est plus épais qu'il ne doit être, ou qu'il pèche par quelque défaut qui le rend plus susceptible de donner naissance à des obstructions , l'eau, et sur-tout l'eau minérale, le dépouille des superfluités qui le vicient. Elles le rendent plus vital en le déchargeant des principes étrangers ou propres à former des dérangemens dans les divers systèmes ; elle entretient la flexibilité de nos organes. Seule elle empêche et retarde la rigidité qui amène la vieillesse et la mortsénile. Après l'air, elle est le second aliment de la vie. On sait que Thaïes admit cette substance comme l'unique principe de l'univers. Thaïes dicit , ex aquâ constare omnia. Cic. acad. quœst. , lib. [±. L'esprit des Phéniciens et des Juifs, qui était porté sur les eaux et qui les couvrait , n'était autre chose que Vénus ou l'Amour des Grecs

a#9 • qui les fécondait. Comme Tair ,, l'eau est une grande portion de la matière universelle qui anime les êtres. Répandue dans toute la nature, il est beaucoup de corps qui en renferment une plus ou moins grande quantité. Les animaux en contiennent une plus grande dose que les végétaux.

S'il faut en croire aux histoires des fameuses jeûneuses de Tulbury et d'Eve-Fleigen , Hollandaises , qui ont passé des années à ne boire que de l'eau , comme nous n'avons aucune raison suffisante d'affirmer que l'estomac humain soit absolument incapable de décomposer ce fluide et d'en tirer quelques parties nutritives , ce n'est pas trop, je crois, s'avancer, que de les considérer comme un composé renfermant des principes propres à la nutrition animale, comme ilsert éminemment à celle des végétaux.

Quoique l'eau paraisse aussi , parfois, entrer dans le système sans changer dénature, et qu'elle agisse comme un dissolvant général, cette action ne nous paraîtrait pas détruire son principe nutritif. Ainsi voit-on chaque jour, dans les temps humides, une quantité plus ou moins grande d'eau répandue dans l'atmosphère être absorbée, s'animaliser à la faveur des poumons et par la peau.

Considérée comme remède , beaucoup l'ont regardée comme un médicament unique dans le plus grand nombre des maladies : tels furent Hoffmann, qui lui a consacré un article fort étendu ; Geoffroi , et une foule d'autres savans. Sans vouloir indiquer ici le grand nombre de maladies aiguës ou chroniques dans lesquelles ou peut l'employer utilement, nous dirons, comme vérité démontrée, que l'eau commune est le remède le plus assuré contre la plu part des dérangemens de l'économie animale. Elle est d'un prix inestimable. Prise en certaine quantité, elle porte son action salutaire sur tout le système digestif, et augmente parfois utilement la sécrétion des urines.

Est-elle prise dans son état le plus ordinaire, froide, elle tempère la chaleur animale; elle occasione la constriction des solides, et dèslors elle donne du ton aux viscères et aux muscles. Suivant son degré de chaleur, introduite dans l'estomac, elle cause des effets différens sur les solides et sur l'action des organes. Or, les eaux minérales sont considérées par tous les chimistes et par les naturalistes comme des eaux communes qui tiennent en dissolution une quantitédonnée de minéraux qu'elles détachent et charrientpendant leur circulation ou pendant leur évaporation dans les entrailles de la terre.

Ce n'est donc que par accident qu'elles acquièrent telles ou telles propriétés.

Sous ce point de vue , ou ne peut certainement pas refuser aux eaux minérales thermales, d'abord les vertus de l'eau commune, mais encore celles que possèdent les minéraux qu'elles renferment.

Des propriétés intrinsèques si nombreuses sont encore augmentées , dans certaines circonstances , par la présence du calorique qu'elles renferment. Agent universel , la nature l'emploie pour accomplir ses secrets éternels en les modifiant à l'infini. Il est l'élément spécial qui active les propriétés médicales des substances qui entrent dans la composition des eaux thermales. Plus elles sont chaudes, de manière à pouvoir être supportées, plus elles rendent la fibre flexible. Dans cet état, elles parcourent plus rapidement les vaisseaux ; c'est sur-tout alors qu'elles augmentent la transpiration insensible.

Quelle que soit la nature du calorique que renferment les eaux minérales , il est toutefois constant que sa présence comm unique à l'eau des vertus qu'elle n'aurait pas sans lui (d) . Personne n'ignore qu'il se développe au-dedans de nous par les opérations qui commencent et qui entretiennent la vie. Le calorique que nous respirons , celui qui nous environne , a une influence

puissante sur notre existence et sur notre conservation. Transmis par les boissons à l'intérieur, et appliqué à l'extérieur en bains, en douches , en lotions , en étuves , il opère sur l'économie vivante une foule de combinaisons chimiques et de décompositions salutaires. Il a la force de changer l'état du corps et de déterminer, entre les élémens qui le composent, des actions mutuelles et des combinaisons nouvelles et salutaires. Quand il est habilement appliqué , il devient , entre les mains du médecin , un moyen efficace pour la guérison des maladies , comme pour l'entretien de la santé. D'où il suit que les effets de la chaleur des eaux thermales sur les corps vivans sont relatifs , d'une part, à la physiologie de l'homme sain, et de l'autre, à celle de l'homme malade. L'hygiène et la thérapeutique en retirent chaque jour les plus grands avantages. Considéré sous ce double rapport, le calorique des eaux minérales agit soit en modifiant les combinaisons qui existent entre nos organes et les températures environnantes , soit en excitant au-dedans de nous des actions dont le propre est de développer au sein de nos organes une augmentation de sécrétion , et même de calorique, Dans l'étude physique des effets des eaux thermales , sous le rapport du calorique , leur emploi à l'intérieur comme

à l'extérieur doit être modifié selon les différences d'âge, de sexe, de sen&ibilité individuelle et de maladies.

Puisqu'il existe une combinaison fort intime des élémens constituons des eaux minérales, il doit, sans doute , être bien permis de préjuger, en général , de leurs propriétés médicinales par celui des élémens que l'on trouve en plus grande abondance dans chacune des sources ; mais ceux qui le sont en moins , mais leur combinaison , mais une foule de circonstances d'affinité, que l'on ne peut apprécier que sur le malade . forcent le plus ordinairement à en appeler à l'autorité des faits.

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