‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 86 sur 103 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Des Engorgemens et des Obstructions du foie par la bile et par les calculs biliaires.

Comme le sang , la bile peut être aussi ramassée en trop grande quantité dans les organes sécrétoires et excrétoires du foie , de manière à y former des engorgemens, des obstructions, et après y avoir acquis un certain degré de densité , il peut en résulter dus concrétions pierreuses et des maux divers.

La bile peut occasioner les plus grands maux par son extrême acrimonie , comme lorsqu'elle ne réunit pas les qualités naturelles pour remplir dans l'économie animale les (onctions importantes auxquelles la nature l'a destinée.

Sans considérer ici les derniers termes de l'altération de la bile , ne peut-on pas dire qu'elle est altérée dans la plupart des fièvres continues, rémittentes et intermittentes ? Venenum perse in corporibus gigni posse observatione confirmatur. Morgagni , epist. lix , art 1 8.

Nous ne pouvons nous empêcher de dii> que les anciens ont trouvé dans les vices de la bile la cause principale des affections convulsives et mentales. Us ont cru, et if paraît que

c'est avec raison, que, retenue dans le sang, elle donnait au cerveau et aux nerfs un degré de stimulation nuisible quiles excitait et troublait leurs fonctions ; d'où survenaient des délires mélancoliques , la manie, etc. Nosti enim, disait Hippocrale , dans une de ses épîtres à Damage , quod hœc bilis favoris hominum causa est ubinimiùm redundaret. Episl. HippocratisDamagesio , de Democritis morbo. Foësius, sect. vin. 11 faut , disait ce grand maître de l'art, pour la bonne santé , non-seulement que la bile ait toules ses qualités naturelles, mais aussi qu'elle soit en quantité convenable. Inomnibus 3 dit-il, à naturâ inest bilis , sed in quibusdam minus et in quibusdam amptiùs ; immoderatio ipsius ^ morbi sunt; ipsavelut mater ia aliquandb bona, aliquandb mata, Ibid.

Or, toutes les fois que la bile ne conserve pas toutes ses qualités naturelles et que sa sécrétion dans le foie et son excrétion dans le duodénum sont viciées ou irrégulières, toules les fois qu'elle séjourne dans ses couloirs, qu'elle s y accumule., il se forme nécessairement des engorgemens , des obstructions , des concrétions de nature calculeuse , soit par sa stagnation , soit par son épaississement, ou encore parce qu'elle serait viciée dans les organes , ou même qu'il s'y serait joint quelque autre substance qui l'aurait

3S7 altérée et disposée à former des concrétions. De ces divers dérangemens dans la nature de la bile peuvent naître la jaunisse, la colique hépatique, l'inflammation du foie, celle des intestins, diverses éruptions cutanées, etc.

Mais pour faire ressortir plus particulièrement encore l'action, l'effet des eaux minérales thermales , je ne crois pas inutile de faire l'énumération des causes les plus ordinaires des obstructions du foie par les vices de la bile et par celui des calculs biliaires.

Indépendamment des altérations particulières des pores , des tissus , des conduits biliaires, qui peuvent survenir, soit dans le foie ou hors de ce viscère , comme dans les canaux hépatique, cystique, cholédoque, la cavité de ces vaisseaux peut encore être rétrécie par l'excication et la rétraction de leurs parois, ou par une augmentation de leur épaisseur. C'est ce qui est souvent l'effet des congestions sanguines, des difFérens vices, tels que le scrophuleux , le syphilitique, l'arthritique , etc. La compression du foie par les parties qui l'entourent, les affections de l'âme sur-tout, comme le prouvent chaque jour de si nombreuses observations, et des douleurs générales ou particulières du foie, peuvent produire le même effet.

Une cause bien différente donne aussi par-

fois naissance aux obstructions bilieuses, c'est la diminution de sensibilité et d'irritabilité, des canaux excréteurs de la bile , ce qui survient à la suite de quelques affections paralytiques de plusieurs parties du corps , et particulièrement de celles du foie.

La bile acquérant plus de viscosité, de dansité, d'épaississement , qu'elle n'en doit avoir naturellement pour circuler librement dans ses couloirs excréteurs, y séjourne, s'y ramasse, et il s'y forme alors des concrétions calculeuses d'une plus ou moins grande dureté, de volume, de figure, de structure différentes. Dans ces cas, il se forme dans la bile quelque agent qui concourt à la formation des calculs , etc. Quant aux engorgemens particuliers de la vésicule du fiel par la bile , ils peuvent provenir de la bile elle-même, qui n'est pas assez fluide pour couler du canal cholédoque dans le duodénum, ou de ce que ce canal est détourné de sa direction primitive et un peu rétréci en traversant la paroi de cet intestin , ou enfin de ce qu'il s'arr rête dans cet endroit quelque calcul biliaire , comme cela arrive fréquemment. Il survient alors une distension plus ou moins grande des parois de la vésicule du fiel, en raison de la quantité de bile qui se ramasse à l'extrémité intestinale du canal cholédoque. Les observa-

lions suivantes prouveront que lorsque ces diverses lésions sont encore légères , que les altérations sont peu considérables , les eaux de Bagnères peuvent concourir puissamment à rétablir dans tout le système hépatique, avec l'harmonie des fonctions, le bon état de la bile et celui de ses usages.

Ire. Observation. — M. G. , homme de lettres, âgé de quarante ans, d'une constitution bilioso - nerveuse , était depuis plusieurs années fort sujet à des coliques et à des dévoiemens bilieux. Ses digestions étaient souvent troublées ; aussi éprouvait-il fréquemment de l'amertume à la bouche, des rapports nidoreux. Il ressentait parfois des douleurs vers la région du foie et une tension dans tout ce système. Toutes les fois que la douleur existait, on lui avait fait l'application de quelques sangsues à l'anus, et, la doulenr apaisée, on lui avait prescrit les légers vomitifs , les savonneux , les amers , soit sous forme de tisane ou en apozème. Ces divers traitemens n'ayant pas amélioré l'état du malade , il vint à Bagnères le a3 juin 1823. A son arrivée, nous lui trouvâmes un teint jaunâtre , une inappétence bien prononcée . un dégoût absolu pour les viandes et sur-tout pour celles qui étaient trop grasses.

Ses urines étaient d'une couleur plus foncée qu'à l'ordinaire , et rares; l'intumescence du foie était manifeste au toucher.

Comme il n'existait pas de fièvre ni de douleur, nous mîmes ie malade à l'usage de l'eau de Salut, à la dose, d'abord, de deux verres durant trois jours. Dès le quatrième, nous augmentâmes jusqu'à quatre verres , tous les matins à jeun. Les urines devinrent plus abondantes et plus jaunâtres. Les selles acquirent une consistance plus louable et moins liquide. Nous prescrivîmes les bains de la Gutière toutes les vingt-quatre heures , la promenade, l'exercice à pied , parfois à cheval. Ce traitement, continué durant deux mois , suffît pour dissiper l'embarras du foie et pour régulariser les fonctions hépatiques.

II*. Observation. — Une demoiselle , âgée de trente ans, d'un tempérament bilieux, éprouvait depuis trois ans des douleurs sourdes hépatiques presque habituelles. L'ictère se manifestait depuis plusieurs mois sur différentes parties de son corps, et sur-tout dans le globe de l'œil. Elle sentait souvent un goût d'amertume dans la bouche , la langue était parfois teinte de jaune. Ses digestions étaient, en général, laborieuses , des coliques fréquen-

3g i les la tourmentaient. Après avoir fait divers tra itemen s infructueux , elle se rendit à Bagnères le 17 juillet 1822. M'étant assuré de l'état de la malade par le toucher de l'abdomen, qui me démontra l'intumescence du foie dans presque toute son étendue , je la mis, après deux jours de repos, à l'usage des eaux de Salut, dont elle prit d'abord deux verres durant trois jours. Le quatrième , nous y en ajoutâmes un de celle de Lasserre. Les urines devinrent dès-lors plus abondantes, plus jaunâtres ; les selles devinrent bilieuses , et enfin plus régulières. Le teint et les parties du corps qui étaient de couleur jaune acquirent cell^ qui leur était naturelle, et la malade fut guérie après trois mois de traitement. Les bains de la Gutière , le régime presque végétal , l'exercice journalier furent mis en usage. La malade , ayant encore éprouvé quelque mal -aise à l'occasion de la bile , revint l'année suivante et acheva de se guérir radicalement , ce dont elle nous donna l'assurance en nous écrivant pour nous témoigner sa satisfaction.

IIIe. Observation. — M. L. , livré depuis nombre d'années à l'élude des lois , avait un tempérament éminemment bilieux. Il était maigre et porté cala mélancolie 5 il avait eu du-

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rant sa vie plusieurs fièvres bilieuses, et souvent ses digestions avaient été dérangées ; l'amertume de la bouche et des rapports nidoreux fatiguaient presque habituellement le malade. Sa salive était parfois abondante ; son estomac était au surplus fort capricieux : il passait des semaines entières avec une inappétence continuelle , tandis que parfois son appétit était dévorant. Des douleurs sourdes assez fréquentes se faisaient sentir dans la région de l'estousac , dans celte partie située au-dessous du cartilage xiphoïde. C'était sur-tout après avoir pris un repas, ou lorsqu'il restait long-temps sans manger , que ce mal-aise se manifestait. Dans d'autrescirconstances, il rapportait ses douleurs, qui redoublaient parfois, à divers intervalles, du côté de l'hypocondre droit. Après avoir fait à Paris, durant l'espace de quatre ans, divers traitemens sans succès , on lui conseilla le voyage et les eaux de Bagnères. Il y arriva le 2 août 1820. Il était âgé de trente-trois ans lorsque je le vis. Son teint était légèrement jaune, sa bouche habituellement amère , et il n'éprouvait aucun goût pour les alimens de viande. Ses urines étaient peu citrines, il se plaignait d'une constipation déjà ancienne. Le toucher m'assura que la région de la vésicule du fiel et du canal cholédoque était ceile où se trouvait ie siège du

->9J mal. Après deux jours de repos, je le misa l'usage, d'abord de trois, puis de quatre verres de l'eau de Salut. Les bains tempérés furent ajoutés à ce traitement. Le malade s'étant dégoûté des eaux thermales au bout de dix à douze jours, il prit le petit-lait avec les sucs amers durant huit jours. Dès les premiers momens de l'emploi des eaux , le malade ressentit de vives douleurs vers la région de l'estomac; des espèces de coliques ie tourmentèrent dans cette partie ; les bains dont il fit usage tous les jours paraissaient calmer les souffrances. La constipation devint moins opiniâtre, les urines moins crues et plus conformes à leur nature. L'appétit devint aussi moins capricieux. Dès la cinquième semaine, le malade ayant ressenti, durant deux jours, de plus vives douleurs que de coutume, toujours au lieu ordinaire , il nous rapporta avoir éprouvé , pendant plusieurs heures , une plus forte angoisse que les jours précédens. L'ayant mis dans le bain , où il séjourna deux heures , parce qu'il s'y sentit beaucoup soulagé , toutà-coup les parties malades se détendirent ,1e malaise s'apaisa et le malade crut ne plus avoir de mal. Les selles ayant été observées , nous y trouvâmes deux calculs biliaires de la grosseur dune fève. Dès ce jour, le malade, éprouvant beaucoup de soulagement, désira plus que ja-

mais avoir recours à l'usage des eaux et à celui des bains, qu'il continua encore pendant six semaines. Les urines devinrent plus jaunes, les selles se régularisèrent, l'appétit reparut. Ce fut sur-tout dans ce second état que nous eûmes recours à l'ensemble de tous les moyens hygiéniques. Ce jurisconsulte quitta les Pyrénées avec regret , se promettant de venir encore faire usage de ses sources salutaires.

Réflexions. — Les symptômes que les malades éprouvèrent , et qui se trouvent consignés dans ces observations , ne laissent aucun doute sur l'existence des vices de la bile , sur l'embarras qui avait lieu dans le foie pour sa sécrétion et pour son excrétion dérangées. Ils avaient tous un tempérament bilieux ; l'habitude de leur corps était assez souvent jaunâtre ; ils éprouvèrent presque tous des coliques plus ou moins intenses , des rapports nidoreux et de l'amertume à la bouche , etc. Ce que les traitemens les plus sages et les mieux indiqués n'avaient pu opérer fut obtenu par les eaux et les bains de Bagnères, Le jurisconsulte fut délivré de deux calculs biliaires qui menaçaient ses jours.

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