‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 92 sur 103 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Quelques espèces d'hémorrhoïdes.

Quoiqu'il soit assez souvent impossible de reconnaître les causes qui ont donné naissance aux hémorrhoïdes , il est néanmoins quelques

4^9 notions utiles, même nécessaires, clans le détail desquelles nous devons entrer pour fixer la thérapeutique médicale sur l'emploi des oaux minérales pour leur traitement.

Considérant d'abord les hémorrhoides comme une fluxion sanguine établie à l'extrémité du rectum , nous observerons que cet écoulement se conciliant parfois , fort bien , avec l'état de santé , lui étant même , parfois nécessaire , il ne peut dès-lors pas être ici question de ces dernières sortes d 'hémorrhoides.

Mais pour parvenir à reconnaître les causes de la marche que suivent ces fluxions, pour les savoir bien apprécier sous leurs divers traitemens; pour bien comprendre l'influence qu'elles peuvent avoir sur la totalité des fonctions , et spécialement sur certains organes ou sur tel ou tel systèmes, il ne faudrait rien moins qu'un traité entier pour développer ces divers objets importans. La fluxion hémorrhoïdale est, dans son état de simplicité, un acte vital auquel ne saurait convenir lenom de maladie : car nonseulement il n'empêche , ni ne gêne l'exercice d'aucune fonction , mais au contraire , sans causer ni douleur 3 ni incommodité notable, il assure en quelque sorte la conservation de la santé. Cet acte vital est alors comparable, sous ce rapport, à l'écoulement périodique du sang (kk) ;

il n'acquiert le nom d'affeclionou de maladie que dans les cas où il se trouve aggravé par des complications. L'altération que sa périodicité porte aux parties dont l'organisation n'était ni destinée , ni disposée favorablement à cet acte , en contribuant à le rappeler, augmente à chaque récidive le mal-aise des vaisseaux qui le subissent, et devientainsi une cause progressive d'intensité dans les symptômes. Tant que ces derniers sont modérés, on s'en aperçoit à peine; s'ils acquièrent de l'intensité, de la gravité, c'est alors que d'une affection bénigne , même salutaire et compatible avec la meilleure santé, naît une maladie plus ou moins fâcheuse; c'est alors que l'art devient utile, même nécessaire ; c'est alors enfin qu'il peut être avantageux d'avoir recours aux eaux minérales. Le flux hémorrhoïdal est actif ou passif. Le premier n'a lieu, en général , qu'au moment des efforts que l'on fait pour aller à la garde-robe ou pour satisfaire au sentiment d'un faux besoin excité par le flux du sang dans les environs du fondement. Nous observerons, toutefois, que dans cet état, qui est une des crises les plus communes et les plus salutaires des fluxions hémorrhoïdalcs , il arrive, parfois, que le sang afflue avec une telle abondance de toute la surface de l'intestin, que la perle s'élève , dans quelques mi-

iiutes, à plusieurs livres. Devenue tout-à-coup dangereuse , elle prend le caractère actif. Si les ressources de la nature ou les efforts de l'art ne venaient alors interrompre la perte , le malade pourrait périr en peu d'heures. Ces sortes de cas n'invoquent pas encore les vertus des eaux minérales. Comme ce flux hémorrhoïdal actif sert aussi quelquefois de crise à des maladies aiguës , il ne peut donc pas non plus être question de ce genre d'hémorrhoïdespour nos eaux minérales. Avantde quitter cet article, qu'il nous soit permis d'observer que, parmi les phénomènes accessoires ou complications de l'affection hémorrhoïdale , phénomènes que l'on ne peut ni ne doit jamais confondre avec l'affection elle-même , il en est de deux sortes: les uns sont immédiats , les autres sont consécutifs.

Les premiers résultent immédiatement des récidives ou de l'intensité des rnouvemens fluxionnaires; ce sont les hémorrhagies telles que celle que nous venons «le citer , les tubercules , les tumeurs et marisques , l'inflammation et la douleur qu'elle produit ; la leucorrhée ou écoulement blanchâtre par l'anus.

Les phénomènes consécutifs sont eux-mêmes la suite des précédens ; ce soiii les fissures, les rhagades ou crevasses , les douleurs fixes et

nerveuses , la conslriction et le rétrécissement de l'anus ; les ulcérations , abcès et fistules , le ténesme, le relâchement ou la chute du rectum ; l'endurcissement du tissu cellulaire, le squirrhe et le cancer , l'irritation et l'inflammation de la vessie et des organes environnans.Or, de tous ces phénomènes, soit primitifs , soit secondaires, il n'en est qu'un petit nombre, comme nous le verrons bientôt , qui puisse être traité par les eaux minérales. Nos lecteurs jugeront si, en traitant des espèces d'hémorrhoïdes qui peuvent être guéries par ces dernières, je n'ai pas dû exposer, au moins, les principaux accidens qui se lient plus ou moins aux affections hémorrhoïdales portées à l'excès , puisque , d'ailleurs, nous avons admis pour principe général que les eaux minérales n'étaient employées que pour la guérison des affections chroniques. N'avons-nous pas du éviter la confusion qu'emporte encore avec lui Je mot d'hémorrhoïde, comme le présente aussi celui d'obstruction ? Au surplus, nous sommes si loin de vouloir donner de l'étendue aux propriétés des eaux minérales de quelque nature qu'elles soient, qu'il est au contraire dans nos vues les plus impérieuses , de la borner , de la restreindre au développement de leur simple usage journalier. Mais encore , pour ne pas être accusé de trop

d'exagération dans nos assertions sur la diversité de leur vertu, sommes-nous, ici, obligé, comme nous l'avons été et le serons encore ailleurs , de {"aire ressortir, dans chaque genre de maladie, celles qui peuvent être spécialement traitées et guéries par les eaux de Bagnères. Eh ! comment pourrions-nous être taxés de vouloir donner trop d'extension à nos prétentions, sous le rapport de la guérison des hémorrhoïdes? Ne savons-nous pas que s'il fallait indiquer toutes les maladies qui peuvent en naître immédiatement , nous serions obligé de récapituler le plus grand nombre des infirmités humaines ; ce qui justifierait cette espèce de jeu de mots employé par l'illustre Stahl , qui disait , en considérant la veine porte comme l'origine , la source des hémorrhoïdes: V e?w portes, porta malorum. D'ailleurs, pour bien constater les espèces d'hémorrhoïdes auxquelles nous restreignons l'efficacité de nos eaux , nous avons dû les présenter d'abord avec le plus grand nombre de complications dont elles peuvent être accompagnées. C'était le seul moyen de faire la part des eaux minérales. C'est dans le même but qu'il doit aussi nous être permis de les considérer comme périodiques et régulières , et comme anomales et irrégulières. C'est en établissant nos distinctions , que nous pouvons resserrer de plus en plus le tableau ou la

sphère à laquelle nous sommes forcé par devoir de nous borner. En effet, en établissant ces deux derniers ordres d'affections hémorrhoïdales , nous déclarons, encore une, fois que nous n'entendons nullement parler des hémorrhoïdes périodiques, si ce n'est pour faire ressortir la nécessité de leur rappel ; encore moins entendons-nous parler de celles qui sont accidentelles ou passagères. On sait qu'elles sont, en général, constitutionnelles, et qu'on ne peut tenter de les guérir qu'avec beaucoup de réserve, de prudence ou de circonspection. Reste maintenant à trouver notre lot principal dans l'ordre des hémorrhoïdes anomales ou irrégulières, qui en reconnaît plusieurs espèces, présentant presque toutes quelques variétés. Sans prétendre les énumérer, nous croyons encore nécessaire d'observer que ce serait en vain qu'on viendrait chercher à Bagnères la guérison des hémorrhoïdes liées à la constitution toute entière. Ne sait - on pas que les hémorrhoïdes périodiques préviennent souvent un grand nombre de maladies funestes , notamment la phthisie pulmonaire ? Et combien plus souvent encore cette dernière maladie ne serait -elle pas écartée, si les hémorrhoïdes ne paraissaient pas postérieurement à son invasion ! C'est ici que se placent les propriétés

des eaux minérales, sur-tout de celles qui sont thermales salines. Elles peuvent souvent rappeler les hémorrhoïdes supprimées, comme nous le prouverons par nos observations. Mais, avant même de le tenter, on doit prendre les moyens de faire cesser l'influence des causes prédisposantes , telles que , par exemple, le genre de vie et les habitudes , etc. ; car tant que cette influence agit, on doit regarder les hémorrhoïdes moins comme une maladie, que comme une ressource de la nature contre de plus graves accidens. Il est aussi des causes occasionelles ou déterminantes, telles que la nature des alimens, les travaux de cabinet, l'abus des purgatifs , les îavemens et irritations intestinales, la constipation , l'orgasme vénérien , l'usage d'un siège percé , etc. , auxquels il faut renoncer.

Nous n'ignorons pas non plus que dans le traitement des hémorrhoïdes, qui peut être fort différent, suivant que l'on considère l'affection elle-même , ou au contraire lorsqu'on n'a égard qu'aux seuls accidens, il doit importer beaucoup d'établir de nombreuses distinctions entre ces deux sources d'indications différentes. Nous avons vu, dans plusieurs de nos observations relatives aux obstructions , plusieurs guérisons opérées par le retour des hémorrhoïdes ; si , dans ces sortes de cas, nous

avons reconnu, avec tous les médecins praticiens, que leur apparition était, parfois, nécessaire, qu'il était, parfois, rationnel de chercher à les rétablir , de les pallier, de les entretenir ; si , par nos observations , nous avons déjà prouvé que les eaux minérales salines remplissaient cette dernière indication , nous allons démontrer aussi, que les eaux minérales ferrugineuses sont un moyen précieux que l'art peut employer pour guérir les hémorrhoïdes dans d'autres circonstances.

Avant de nous occuper des espèces d'hémorrhoïdes passives , qui sont presque les seules pour lesquelles on peut avoir recours aux eaux minérales ferrugineuses , thermales ou froides, nous ne croyons pas inutile de faire observer, en passant, que lorsque les hémorrhoïdes sont dues à la constipation , il est rationnel de penser que l'usage des eaux thermales salines, en détruisant cette disposition , peut aussi faire cesser la fluxion hémorrhoïdale : elles ne disparaîtront pas moins lorsqu'elles seront dues à des alimens de haut goût, à l'abus des purgatifs, à la grossesse,, etc. , et que les causes prédisposantes seront anéanties.

Tout écoulement sanguin passif étant le produit d'une maladie générale ou locale qui tend à s'aggraver, il est urgent d'y porter remède.

Dans le premier cas , il est caractérisé par la débilité , qu'il augmente encore, par la faiblesse du pouls, la langueur de toutes les fonctions. Qu'il résulte d'une débilité générale ou locale, il a toujours lieu sans inflammation préliminaire, et par conséquent sans la tension, la chaleur, les démangeaisons, et les autres symptômes qui précèdent ce flux lorsqu'il est actif. De plus, le flux passif est continu et ne s'arrête que par l'action des moyens appropriés.

Les causes locales qui le produisent sont l'affaissement qui succède à la distension violente, à des engorgemens répétés, ou qui suit une hémorrhagie abondante, la laxité des vaisseaux exhalans , trop souvent traversés par le sang auquel ils ne donneront pas naturellement passage ; ou enfin la rupture des vaisseaux qui pouvaient former quelque tumeur intérieure, ou se trouver compris dans une ulcération.

Les causes générales sont la débilité universelle qui résulte d'une maladie aiguë ou chronique, ou qui succède à des fièvres interraittentes, ou à de grandes déperditions de toutes espèces. Or , les moyens généraux pour combattre ces dispositions sont : i°. les toniques, dont l'action d'abord momentanée , peu marquée , d'abord ménagée , se porte , en se pro-

longeant, sur le tissu des parties, les vivifie, les fortifie, et finit par y rétablir l'énergie vitale nécessaire à l'harmonie des fonctions ; 2°. les excitans , dont l'effet plus marqué est passager.

Au nombre des ressources de l'art pour remplir ces diverses indications, les médecins savent que si les préparations martiales sont contre-indiquées dans les hémorrhagies , dans les hémorrhoïdes actives , elles conviennent parfaitement contre celles qui ont un caractère passif. La vertu des eaux ferrugineuses , et il en est, comme l'on sait , un assez grand nombre en France, est alors d'une efficacité reconnue. Si les eaux de Spa , de Forges , de Bressany, de Gontrexeville , sont indiquées , nous pouvons ranger parmi elles les eaux ferrugineuses de Bagnères.

Ici viennent encore , dans des circonstances données, se placer les propriétés des eaux sulfureuses, même froides , comme celles d'Enghien, de la Roche-Poray, ou thermales, comme celles d'Aix en Savoie , d'Aix-la-Chapelle , de Barèges, de Cauterets, de Plombières , etc.

Loin de nous l'idée qu'il n'y a que les eaux minérales pour obtenir la guérison du flux hémorrhoïdal passif : nous savons qu'il existe d'autres remèdes, tels que le quinquina, l'o-

•V»9 pium, dilïerens sucs d'herbes, etc. ; mais toits ces objets n'étant pas de notre ressort , nous terminerons ici cet article.

Quels que soient , au surplus , les remèdes que l'on emploie dans les cas d'hémorrhoïdes, ils auraient peu d'efficacité , ou du moins leur effet ne serait que passager, si l'on n'y joignait un régime convenable, une nourriture adaptée cà l'état des organes de la digestion et des boissons non moins propices. Cette règle générale est toujours observée dans toute espèce de traitement.

Quant aux moyens locaux , nous pensons que presque tous ceux dont il vient d'être question, notamment les eaux minérales, thermales ou froides , conviennent en application , en injections et en douches. Les deux observations que nous allons rapporter suffiront , sans doute , pour établir les espèces d'hémorrhoïdes passives dans lesquelles on peut employer avec succès les eaux de Bagnères intérieurement et extérieurement.

lre. Observation. — Mademoiselle G. était, âgée de vingt-huit ans et avait été fort bien réglée jusques alors , lorsqu'il lui survint tout-à-coup une diarrhée qui la tourmenta plusieurs semaines. Elle avait joui, jusques à cette époque

de sa vie, d'une fort bonne santé. On combattit d'abord cette maladie assez faiblement; un flux de sang s'étant manifesté, on eut recours à un traitement curatif un peu plus actif, qui soulagea la malade , mais qui n'empêcha pas l'écoulement sanguin de se reproduire plusieurs fois dans le cours de l'année. Les toniques , les adoucissans, lesmucilagineux , lesastringens, furent tour-à-tour mis en usage et sans succès. La malade ayant beaucoup maigri , et ses digestions s'étant souvent dérangées, un état de langueur s'était emparé d'elle. Après plus de deux ans de souffrance on l'envoya à Bagnères. A son arrivée, je m'assurai que des hémorrhoicies internes étaient cause de tous les accidens qui avaient paru depuis plusieurs années. Je fus convaincu que le relâchement des parties, que celui du rectum, qui sortait parfois, produisaient seuls le flux presque habituel qui tourmentait la malade, opinion qu'elle-même me déclara être conforme à celle des médecins qui l'avaient soignée. Après lui avoir fait prendre un bain tempéré à la source de Versailles , je la mis à l'usage intérieur de l'eau ferrugineuse, à la dose, d'abord , de quatre verres par jour , à jeun. Dès le cinquième , l'écoulement sanguin , qui durait depuis plus de quinze jours, commença à se calmer. Encouragé par ce premier

45i succès , nous crûmes pouvoir ordonner de prendre la même boisson dans les repas : les bains furent continués tous les deux jours. A peine deux mois de ce traitement se furent-ils écoulés, que les digestions commencèrent à aller mieux ; l'appétit , qui souvent avait été dérangé , se rétablit peu-à-peu ; le flux sanguinolent diminua sensiblement , et finit par disparaître ; la maigreur se dissipa de jour en jour, la malade reprit ses forces. Au bout de six semaines , nous lui fîmes administrer, tous les trois jours , et durant quatre minutes, des douches ascendantes dans le rectum. Son séjour penchant trois mois à Bagnères nous ayant permis de les lui faire continuer trois semaines , elle en éprouva un mieux sensible. Les règles , qui depuis quelque temps n'étaient plus si abondantes , se régularisèrent ; les digestions continuèrent à s'améliorer et les selles devinrent, journalières. Alors, en environnant cette intéressante malade de toutes les ressources hygiéniques qui étaient en notre pouvoir , nous la vîmes , après trois mois et demi de séjour , se retirer de nos contrées avec une santé presque égale à celle dont elle jouissait il y a trois ans : nous crûmes néanmoins nécessaire de lui prescrire un régime à suivre dans son éloignemênt.

IIe. Observation. — M. B., capitaine de cavalerie , avait une constitution sanguine excellente ; seulement il avait été tourmenté, trois ou quatre fois dans sa vie, d'hémorrhoïdes qui avaient fini par disparaître depuis plus de dix ans. Il était âgé de quarante-huit ans lorsqu'il éprouva une fièvre adynamique qui le mit à deux doigts de sa perte. Cette maladie lui laissa un flux hémorrhoïdal presque habituel. Une foule d'accidens se manifestèrent durant plusieurs années que dura cet état, qui parfois se calmait des mois entiers , mais qui reparaissait aussi pour durer, chaque fois, quinze jours ou trois semaines. Quelque soin que le malade prît de sa santé, s'étant vu forcé de quitter le service, il se voyait maigrir, sans appétit habituel. Sentant ses forces s'affaiblir de jour en jour, il vint à Bagnères. Son teint était alors un peu jaune, sa maigreur extrême; le bas-ventre était souvent douloureux, les selles fréquentes, liquides et parfois coliquatives et teintes de sang. Le pouls , quoique assez régulier, était petit, dur et serré. Le malade dormait peu. L'appétit était fort capricieux. L'écoulement sanguin, qui s'était arrêté durant le voyage, reparut après six jours de repos à domicile, et cela par l'usage, dès le troisième jour, des* eaux ferrugineuses prises à Tinté-

rieur. Nous crûmes alors devoir nous assurer si l'écoulement sanguin provenait du système hémorrhoïdal. L'inspection du rectum nous fit apercevoir plusieurs vaisseaux sanguins fort relâchés , tandis que d'autres étaient déchirés ; nous en vîmes sortir le sang. Dès le dixième jour , le malade nous déclara que l'écoulement avait une teinte d'un rouge plus vermeil ou moins noirâtre qu'autrefois ; son appétit se soutenait déjà davantage ; ses selles prenaient plus de consistance. Lui ayant fait prendre alors des bains tempérés tous les deux jours, il se sentit encore aller mieux. L'espérance vint l'environner de ses charmes. L'écoulement hémorrhoïdal ne dura pas autant de temps que de coutume. A mesure que la continuité du traitement avait lieu, les forces revinrent, l'embonpoint renaissait, le mal-aise des entrailles se dissipait ; tous les accidens se calmaient de jour en jour. Parvenu au second mois , les hémorrhoïdes parurent à peine se manifester durant trois jours. Une douche ascendante d'eau très -tempérée de la Gutière fut dirigée vers le rectum durant six minutes; le malade en parut satisfait. Nous la réitérâmes tous les deux jours, jusqu'à six fois, et continuâmes l'usage des bains tempérés combinés avec l'usage intérieur de l'eau ferrugineuse.

Arrivé à la sixième semaine , nous fîmes diriger des douches froides ascendantes dans le rectum. Ce remède parut donner plus de ton à ce viscère, qui, examiné de nouveau, ne nous offrit qu'un aspect naturel : le flux sanguin avait disparu. Les mêmes douches furent administrées; mais, encore, tous les deux jours, L'exercice à cheval, durant quelques heures ? et tous les autres moyens hygiéniques indiqués , furent mis en usage pour favoriser le traitement thérapeutique minéral , qui fut diminué peu-à-peu , à mesure que la fin de la saison approchait. Moins de quatre mois employés à cette cure suffirent pour l'obtenir de la manière la plus satisfaisante. Le malade se retira dans sa patrie, en se promettant de revenir à Bagnères , pour peu que sa santé se dérangeât. TNe l'ayant pas vu revenir, nous pensons qu'il n'avait plus ressenti d'infirmité hémorrhoïdale.

Les deux observations suivantes attestent l'efficacité des eaux minérales salines, lorsqu'il s'agit d'obtenir le rappel des hémorrhoïdes, rappel nécessaire, lorsque ce flux périodique peut seul entretenir le bon élat de toutes les fonctions ; cette efficacité, que nous avons déjà prouvée à l'occasion des affections du foie , est si constante , si remarquable , que

nous croyons pouvoir avancer que l'emploi des eaux thermales salines , dans ces sortes de cas, est préférable à tout autre moyen curatif, qui, d'ailleurs, ne pourrait pas être secondé par le grand nombre d'influences hygiéniques qui accompagnent leur usage , influences dont nous ne cesserons jamais de proclamer le précieux avantage pour favoriser leur action.

IIP. Obsekvation. — M. B. , âgé de trentequatre ans, d'une forte constitution, fut sujet, même dans sa jeunesse, à un flux hémorrhoïdal périodique. Entré de bonne heure au service , il se livra à des excès de plus d'un genre , qui heureusement n'altérèrent pas la bonté de son tempérament. Ayant gagné plusieurs fois la gale , et ayant été mal traité , il lui survint une éruption considérable qui occupait le ventre , les cuisses et les jambes. Durant plusieurs années elle fut périodique , se manifestant à l'approche de l'hiver , et disparaissant à l'arrivée du printemps. A la suite d'un violent emportement , auquel il se livrait trop souvent par caractère , il eut une attaque convulsive qui menaça ses jours et qui lui laissa un mal-aise général dont les suites augmentèrent de jour en jour le dérangement de sa santé. Ce fut à cette époque que l'éruption cutanée disparut

peu-à-peu. On était dans un temps d'hiver. Alors des douleurs d'abord vagues, qui se fixèrent ensuite à la région dorsale, à celle de l'estomac, tourmentèrent le malade. Les hémorrhoïdes , qui avaient toujours coulé assez régulièrement, disparurent. Des tranchées, des borborygmes fréquens , des éructations habituelles, sur-tout après le repas, précédaient ou accompagnaient des digestions plus ou moins laborieuses. Une constipation parfois opiniâtre rendait nécessaire l'usage des lavemens. Cet état dura plusieurs mois , non sans altérer beaucoup la santé du malade. Ce fut au mois de mai 1825 qu'il lui survint un écoulement hémorrhoïdal considérable , dont les accidens furent calmés et non guéris totalement, malgré les soins éclairés du docteur Saint-Laurent. Le reste de l'été et l'hiver suivant le malade languit beaucoup. L'écoulement sanguin continuant , M. B. fut envoyé à Bagnères. Sa maigreur était extrême ; son maintien était triste et abattu ; le ventre était douloureux , la région épigastrique était plus sensible que le reste de l'abdo men ; la bouche était mauvaise ; il existait un dégoût prononcé pour les alimens; le pouls était faible et la constipation toujours opiniâtre.

Le surlendemain de son arrivée , il fut mis

dans un bain chaud. Le quatrième jour, ce remède parut consoler beaucoup les intestins; le ventre devint moins sensible. Mis ensuite à l'usage de deux verres d'eau de Lasserre, il n'en éprouva pas grand soulagement durant la première semaine. Ayant augmenté peu-à-peu la dose jusqu'à six verres , les urines commencèrent à être plus abondantes ; des selles bilieuses eurent lieu ; la langue parut plus naturellement colorée ; l'appétit se prononça ; le pouls acquit plus de développement ; les hémorrhoïdes externes augmentèrent de volume. Au lieu de six verres d'eau de Lasserre , nous n'en fîmes prendre que quatre , dès le quinzième jour ; les deux autres furent remplacés par une quantité égale de l'eau de la Reine. Peu de temps après, une selle copieuse eut lieu. Les hémorrhoïdes, devenues plus sensibles, Huèrent peu de jours après. Les bains, qui avaient été suspendus depuis plusieurs jours, furent repris. Le flux hémorrhoidal devint plus abondant; les déjections alvines commencèrent à se régulariser avec la disparition de la constipation. Ce traitement, continué plusieurs jours , fit entièrement cesser la sensibilité abdominale. Les fonctions digestives s'améliorèrent avec le bon état général du malade.

L'écoulement hémorrhoidal nous avant paru

avoir été assez abondant , nous crûmes devoir prescrire les eaux ferrugineuses de la fontaine d'Angoulême. Quoique dans les premiers momens le flux sanguin en fût augmenté, assuré que les autres fonctions acquéraient plus d'harmonie , plus d'énergie , nous persistâmes dansle même régime et dans l'emploi des mêmes moyens. Parvenu au deuxième mois , nous revînmes aux eaux thermales salines, qui furent administrées alternativement avec les eaux ferrugineuses. Deux bains chauds par semaine. Quelques jours de repos étaient parfois accordés, Les hémorrhoïdes cessèrent de couler sans que le malade en éprouvât le moindre dérangement. L'exercice à pied et à cheval acheva de consolider sa santé.

Revenu à Bagnères la saison suivante , M. B. nous déclara que les hémorrhoïdes avaient flué durant l'hiver à des intervalles de plusieurs mois , ce qui l'avait beaucoup soulagé. Aucune éruption ne s'était plus manifestée. Comme nous lui avions prescrit l'usage d'une tisane amère à laquelle il devait ajouter une demi -once de crème de tartre , il avait eu soin de se conformer à cette ordonnance aux époques fixées.

M. B. continuant à se bien porter et n'étant venu une seconde fois à Bagnères que pour

4§9 consolider , que pour raffermir sa santé , à quelques modifications près, nous jugeâmes convenable de lui prescrire un traitement analogue à celui de l'année précédente.

IVe. Observation. — M. P., âgé de quarantehuit ans , avait fait plusieurs campagnes. Admis à la retraite pour cause de blessures graves , il obtint un emploi à l'administration des contributions indirectes. Ce changement trop rapide d'état ne tarda pas à déranger de jour en jour sa santé. Des pesanteurs de tête , parfois deséblouissemens, le tourmentèrent long-temps. Enfin, après avoir souffert plusieurs mois des douleurs de lombes , des hémorrhoïdes non fluentes se manifestèrent au dehors et le forcèrent de suspendre les devoirs que lui imposait sa place. Son médecin , après plusieurs tentatives, d'abord inutiles, pour établir le cours du flux hémorrhoïdaire , en ayant enfin , après plusieurs mois, obtenu l'écoulement, M. P. finit par se rétablir assez bien pour pouvoir reprendre ses occupations ordinaires. A peine huit mois se furent-ils écoulés , que M. P. ressentit de nouveau les accidens qu'il avait éprouvés l'année précédente. Envoyé à Bagnères le 2 juillet 1816, nous lui trouvâmes la figure animée ; il se plaignait de pesanteur de tête et de

fréquens éblouissemens. La douleur des lombes était presque permanente et le ventre resserré. Quoique l'appétit fût assez bon , le malade éprouvait, après le repas , une pesanteur d'estomac qu'accompagnait presque toujours un tel engourdissement général , qu'il lui était impossible de ne pas se livrer au sommeil. Les hémorrhoides s'étant manifestées sans écoulement , je fis pratiquer une saignée du bras. Mis à l'usage de l'eau de Lasserre , quelques borborygmes tracassèrent le malade sans résultat pour les selles. Deux gros de sulfate de magnésie, ajoutés à l'eau minérale, procurèrent le relâchement du ventre. Ce traitement , continué plusieurs jours, améliora sensiblement les fonctions alviues , qui , d'abord abondantes , finirent par se régulariser. L'usage des eaux salines ayant eu lieu , durant trois semaines, à des doses variées, selon l'état du malade, les hémorrhoides parurent et Allèrent au dehors dès le troisième jour de leur manifestation. Fort abondantes d'abord , elles diminuèrent bientôt à la faveur de l'action des eaux ferrugineuses, dont l'emploi fut encore alterné avec celui des eaux thermales salines en boissons et en bains. Le ventre continuant à être libre, les maux de tête ne se faisant plus ressentir, ni les douleurs aux lombes, la santé du malade se

/,6 1 rétablit de jour en jour avec le retour hémorrhoulal. Satisfait de sou séjour, qui dura deux mois, il se retira bien décidé à revenir la saison suivante , et à suivre les conseils que je lui donnai en partant. Ayant eu recours de nouveau aux eaux de Bagnères , il les prit durant un mois, conformément à son état présent. Nous observerons que M. P. nous avoua que, dans l'intervalle de son absence , les hémorrhoïdes avaient paru plusieurs fois , ce qui l'avait mis dans le cas de continuer les fonctions sédentaires qui lui étaient confiées , fonctions qui se trouvaient, toutefois, peu en harmonie avec ses goûts et le besoin d'exercice habituel qu'aurait exigé sa santé.

Réflexions. — On ne peut ici se refuser d'admettre l'efficacité des eaux thermales salines de Bagnères, qui, en relâchant le ventre, soit en boissons, soit en bains, finissent par procurer la distension des veines hémorrhoïdales, et par produire enfin l'écoulement salutaire qui ramène la santé. L'avantage signalé qu'on trouve dans le même lieu , c'est d'y pouvoir balancer les effets relâchan s des eaux thermales salines et de leurs bains, par celui des eaux ferrugineuses, qui, prises alternativement, comme nous venons do le décrire, achèvent de rétablir l'harmonie

des fonctions tligestives , réconfortent tout le système des premières voies, corroborent les veines hémorrhoïdales, les resserrent et les disposent à des régularités d'action plus favorables à la santé , si d'autre part elles n'empêchent pas la récidive (//).

Tout indique dans nos observations le trouble, les dérangemens survenus dans l'économie à l'occasion de la suppression des hémorrhoïdes ; tout indique aussi le besoin d'une crise nouvelle , celui d'une sécrétion nouvelle et le danger d'en différer le rétablissement.

Page 1