‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 94 sur 103 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Quelques paralysies.

Dans le traitement des paralysies pratiqué à la faveur des eaux minérales de Bagnères , comme dans celui qui a lieu par tout autre moyen, il est bien essentiel d'avoir égard aux divers degrés qui affectent la sensibilité des organes moteurs , à l'âge , à la constitution et aux causes qui ont amené la maladie que l'on a à combattre. Un événement subit peut

donner naissance à une paralysie générale ou partielle chez un individu bien constitué d'ailleurs ; comme aussi cette maladie peut se manifester à la suite d'une attaque d'apoplexie. — Une motilité primitive suffît, clans les deux cas, pour produire ces désordres dans les nerfs qui servent au mouvement. La guérison , lorsqu'elle est possible, est soumise à bien des circonstances multipliées, mais sur -tout au degré de conservation du sentiment dans les parties affectées. Sans nous permettre d'entrer dans aucun développement des causes multipliées qui frappent l'action motrice de tel ou tel organe, il est certain que plus elles sont légères, plus elles sont susceptibles d'être détruites , plus le sujet malade a de force et de vigueur ou est dans un âge moins avancé, plus aussi la guérison est présumable. — Nous serons , sans doute , d'accord avec tous les praticiens, lorsque nous dirons que les paralysies qui sont dues à la suppression de quelque évacuation , à la répercussion de quelque éruption cutanée, à certaines congestions sanguines, à des chutes , à des rhumatismes, etc. , sont susceptibles d'être guéries, comme le prouvent les observations que nous allons présenter.

1". Observation. — Le nommé Jean B,..\.,

49o matelot, âgé de vingt-deux ans, d'un tempérament bilieux, fut blessé dans la rade de INaples par la vergue d'un bâtiment. Les lombes du côté droit jusqu'à la fesse et le bras du même côté subirent de fortes contusions. La paralysie des deux extrémités droites en fut le résultat. Après avoir subi divers lraitemens,il vint à Bagnères, environ dix-huit mois après son accident. La jambe était traînante , le mouvement du bras presque nul : trente bains et dix-huit douches à Bellevue suffirent pour lui rendre l'usage des membres affligés. A peine en eut-il pris vingt qu'il commença à mieux aller; il se relira après avoir complètement récupéré sa santé.

IIe. Observation. — M. le comte de R... , âgé de trente-cinq ans , d'un tempérament nerveux sanguin, et d'une susceptibilité extrême, devint tout-à-coup hémiplégique, à la suite d'excès de boissons spiritueuses prises dans un repas. Envoyé d'abord à Barrèges, il y prit quelques bains, et malgré l'avis contraire de MM. Dassieu et Delpit , il prit aussi des douches. Les eaux de cette contrée étant excitantes , le malade ne tarda pas à éprouver une pesanteur considérable,, un assoupissement , qui jetèrent quelque inquiétude sur son état. Le calme sur-

venu, mes honorables confrères dirigèrent le malade vers Bagnères. La jambe paralysée était maigre ; la marche était difficile , même à l'aide d'une béquille; les digestions languissaient; le ventre était resserré. Après deux jours de repos le malade fut mis à l'usage de l'eau de Lasserre , à des doses variées. La liberté du ventre s'établit dès le quatrième jour ; les selles devinrent régulières. Nous passâmes à l'emploi des bains de Salut , qui furent continués quelque temps. Pendant les repas , le malade buvait son vin coupé avec l'eau d'Angoulême. Ce traitement, qui dura sept semaines, améliora seusiblement l'action des mouvemens musculaires affaiblis. Suspendus parfois durant un jour ou deux, les mêmes moyens, avec delà persévérance, finirent par rétablir enfin l'harmonie des fonctions digestives, et rendirent à M. le Comte l'usage de ses membres, de manière à pouvoir s'en servir assez facilement à la faveur d'une canne.

M. le Comte étant revenu à Bagnères l'année suivante, prit successivement, dans l'espace de trois mois de séjour, douze bains à Salut, vingt-trois à laGutière, les douches à Cazaux, et par intervalle quelques verres d'eau de Lasserre. Le résultat de ce traitement fut si favorable, que M. le Comte en obtint l'embonpoint naturel de l'extrémité inférieure qui avait été

paralysée, et la forée nécessaire pour s'en servir comme de l'autre ; quant au bras, il acquit plus promptement encore son volume.

IIIe. Observation. — M. P***5 ancien pharmacien aux armées , était depuis plusieurs années retiré à la campagne, lorsqu'après avoir éprouvé quelque temps une violente migraine et quelques autres accidens, il se sentit tout-à-coup frappé de mutité, de surdité et d'une hémiplégie complète du côté droit. Perte de mémoire au point de ne plus se rappeler le nom de ses en fans. Divers moyens curatifs furent employés. Le seul avantage qu'il en retira fut de récupérer un peu l'usage de la parole , ce dont il se servit pour apprendre de nouveau à lire. L'embarras de la langue, la surdité, l'oubli du passé, subsistaient encore lorsqu'il arriva à Bagnères en 1821. La face étant animée, les digestions difficiles, accompagnées d'aigreurs , le ventre paresseux et douloureux , je lui fis appliquer des sangsues au fondement. Les eaux de Lasserre avec addition de trois gros de sulfate de magnésie lui furent administrées. Dès le lendemain de la saignée locale, des selles abondantes survinrent. La même dose d'eau minérale ayant été continuée plusieurs jours , nous obtînmes les mêmes résultats. Les bains de la source Cazaux . qu'il

commença à prendre, cinq ou six jours après son arrivée, le soulagèrent, le consolèrent beaucoup. Il se sentait mieux à leur sortie. Guidé par ce premier succès, les douches de la même source furent dirigées pendant vingt-huit jours sur la partie paralysée. Dès les premières impressions de ce remède, dont je fis varier le degré de température et de pression, le malade éprouva de jour en jour une amélioration dans son état. D'abord le bras , puis l'extrémité inférieure récupérèrent peu -à- peu leur mouvement naturel. Deux mois de traitement dissipèrent tous les accidens qu'il avait éprouvés ; il ne lui restait, en partant deBagnères, qu'une légère difficulté de prononcer certains mots.

IVe. Observation. — M. M , capitaine

d'infanterie, âgé de trente-trois ans, ayant une constitution éminemment sanguine, et des dispositions paralytiques , fut envoyé à Bagnères Se i5 août 1824, par le docteur Delpit. A son arrivée , la tête était lourde , embarrassée , la figure animée; les extrémités droites éprouvaient des difficultés à se mouvoir. Le malade eut une saignée du bras. Le lendemain, il fut mis à l'usage de l'eau de Lasserre et prit aussi un bain tempéré à Théas. Le régime diététique fut léger. Ce traitement continué duraut cinq

semaines, relâcha le ventre, qui depuis longtemps était très-resserré et paresseux. La pléthore sanguine parut beaucoup diminuée , et quoique M. le capitaine ne se soit pas retiré de Bagnères parfaitement guéri, il est constant que l'hémiplégie avait beaucoup diminué, que les membres paralysés exécutaient beaucoup plus facilement leurs fonctions, et que les forces du malade étant augmentées , il eut tout lieu d'espérer une guérison prochaine.

Ve. Observation. M. D... , lieutenant des gardes-du-corps du roi, eut une attaque d'apoplexie à l'âge de quarante-cinq ans, à la suite de laquelle il lui survint, huit mois après, une hémiplégie, dont les effets se manifestèrent sur la face du côté affecté. Le bras atteint était entièrement pendant et sans mouvement ; la difficulté de parler était extrême, et la bouche un peu ouverte du côté paralysé. Les vésicatoires , le Uniment volatil , différentes autres frictions sèches ou autres, le vin decochléaria, l'arnica , la noix vomique tant préconisée -, furent employés tour-à-lour , sans succès , durant trois mois. Le malade ayant été d'abord envoyé à Barèges , et y ayant consulté MM. Dassieu et Delpit , ces habiles praticiens furent d'avis que MI)... ne pouvait pas faire usage

4g5 des eaux minérales thermales sulfureuses, dont ils dirigent l'administration avec un talent si distingué. Ils lui conseillèrent de se rendre à Bagnères , où il arriva le 8 juin 1825. Lorsque je le vis pour la première fois, aux accidens décrits ci-dessus s'étaient joints un dégoût total pour toute sorte d'alimens, une constipation opiniâtre. La figure était fortement animée. Une propension continuelle au sommeil affligeait le malade. Mis à une diète convenable et à l'usage des eaux de Lasserre, il ne tarda pas à sentir son ventre se relâcher ; l'appétit revint peu-à-peu. La figure, moins colorée, annonçait que le cerveau se débarrassait. Le sommeil commença à revenir et les selles se régularisèrent. Ce fut alors que je crus pouvoir lui prescrire les bains tempérés. Peu de jours après leur usage journalier, qui le soulagea beaucoup , je prescrivis, graduellement, les douches d'aspersion sur les membres paralysés. Ce traitement , que nous interrompions parfois pour accorder quelques jours de repos 3 dura trois mois. Vers le milieu de la sixième semaine le malade commença à marcher avec moins de difficulté. A peine arrivé à la fin du second mois , les forces musculaires de l'extrémité malade lui permirent de monter à cheval plusieurs heures par jour. Cet exercice améliora

4g6 sensiblement son état. Le rétablissement devint dès cet instant plus rapide. Pour ne pas trop fatiguer le malade, nous ne permîmes d'abord la promenade à cheval que tous les deux jours. L'appétit s'étant régularisé, ainsi que les fonctions alvines , les membres paralysés se fortifièrent de jour en jour et finirent par permettre la marche sa*is le secours de personne.

VIe. Observation. — M. B., capitaine au 29e régiment d'infanterie de ligne, atteint pour la seconde fois d'hémiplégie, fut envoyé à l'hôpilal militaire de Barèges peur la seconde fois. Les bons effets qu'il avait retirés l'année précédente des eaux de Bagnères furent un motif de plus pour déterminer les médecins du premier établissement à le renvoyer à Bagnères. L'hémiplégie dont il était atteint avait été précédée d'une attaque d'apoplexie. 11 fut beaucoup soulagé par les eaux de Bagnères, et en partit éprouvant une amélioration sensible dans son état. Les forces musculaires des membres paralysés s'étaient tellement accrues, qu'il ne douta pas qu'avec le temps sa guérison deviendrait radicale.

VIIe. Observation. — M. le colonel C, âgé

49} d'environ soixante-cinq ans, ayant un tempérament sanguin et hémorrhoïdaire , fut atteint, dans le courant de mars 1821 , d'une attaque d'apoplexie qui, heureusement combattue à temps , n'eut pas les suites qu'on pouvait craindre. Seulement il lui resta une paralysie d'une extrémité supérieure et une faiblesse de l'inférieure du même côté. Arrivé à Bagnères au mois de mai de la même année , il fut mis à l'usage de l'eau de Lasserre , dont il prit progressivement six verres par jour. Les bains delà source Cazaux furent ajoutés à ce traitement , qui dura pendant près de deux mois. Les douches pratiquées avec les eaux de la même source furent administrées alternativement avec les bains , tous les deux jours. Le malade récupéra beaucoup la force musculaire du bras paralysé; l'engourdissement de l'extrémité inférieure fut complètement dissipé. Quoiqu'il ne fût pas radicalement rétabli, M. le Colonel quitta Bagnères dans une amélioration de santé assez satisfaisante.

VIII'. Observation. — M. deB. , âgé de vingtsix ans, jouissait d'une fort bonne santé. Marié depuis dix-huitmois, il s'était livré aux jouissances de son nouvel état avec un tel excès, qu'il lui survînt une si grande faiblesse dans les parties

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de la génération, qu'il se vit enfin frappé d'une impuissance absolue.

D'habiles praticiens, après avoir épuisé longtemps les ressources de l'art, lui conseillèrent de se rendre à Bagnères pour s'y livrer à l'innocence des distractions et des plaisirs qui , dans la belle saison, font les délices des étrangers, et pour y prendre sur-tout les bains de la source de Pinac. Trois semaines étaient à peine achevées, que M. B. sentit peu-à-peu les forces viriles se reproduire. L'ensemble des moyens diététiques et hygiéniques, qu'on lui prescrivit, conjointement avec l'usage des eaux thermales , eurent un si heureux effet , que son aimable et jolie épouse devint enceinte. Il s'était si bien trouvé des bains, qu'il voulut, dans les derniers temps de son séjour, en prendre deux dans l'intervalle de vingt-quatre heures.

IXe. Observation. — M. F. , lieutenant au 29e. régiment de ligne, atteint de paralysie de l'extrémité inférieure droite, pour laquelle il avait subi plusieurs traitemens sans succès, fut dirigé l'an dernier, 1826, à Bagnères , par MM. les docteurs Duco et Delpit. Ce malade avait éprouvé fort peu de soulagement des eaux thermales de Barèges. A son arrivée, une atonie des fonctions digestives, la constipation et une

tristesse absolue accablaient les forces <îu malade. L'usage des eaux salines durant environ cinq semaines, celui des douches et des bains, celui des eaux ferrugineuses, dès le second mois, suffirent pour dissiper peu-à-peu la faiblesse des fonctions digestives et celle de l'extrémité inférieure. Il quitta Bagnères en usant de la marche , à peu de chose près , comme il le faisait avant de tomber malade.

Xe. Observation. — Mme. L. , âgée de quarante-deux ans , mère de plusieurs enfans, avait toujours joui d'une bonne constitution. — Ses règles n'avaient point encore cessé. Après sa dernière couche, qui avait eu lieu deux ans auparavant, elle avaitéprouvé long-temps unedouleur sourde dans la région lombaire et sacrée D'abord un engourdissement, puis une paralysie des extrémités abdominales, succédèrent à la douleur des lombes, qui perdirent leur sensibilité au point que la malade rendait ses excrémens, sans en sentir le besoin. Quoique conservant assez d'appétit, elle maigrissait beaucoup depuis quelque temps. Envoyée à Bagnères le sixième mois après l'invasion de la paralysie, je prescrivis, dès les premiers jours, la douche de la source de Cazaux , que je fis diriger sur le rachis. Des bains toutes les vingt-quatre

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heures et deux verres d'eau de la Bassère améliorèrent sa situation , fortifièrent l'économie entière, et rétablirent le ton et l'énergie du tube intestinal : la présence des selles et des urines se faisait sentir; la malade exécutait ses fonctions par le seul acte de sa volonté. Ce premier succès obtenu fut le précurseur d'un plus grand encore. La malade ressentit parfois des mal-aises, des douleurs aux mollets, qui étaient encore restés paralysés. La sensibilité motrice se fit enfin sentir dans toute l'étendue de la jambe ; l'action musculaire finit par se réveiller presque totalement; la maigreur se dissipa; l'embonpoint et la fraîcheur reparurent. Mme . L. revint à Bagnères l'année suivante , espérant cette fois y achever sa guérison ; l'appétit s'était toujours bien soutenu. Un traitement analogue à celui de l'année précédente lui fut encore administré. Les douches dirigées sur les lombes et dans le trajet des nerfs sciatiques, et l'usage des bains et des eaux ferrugineuses., achevèrent de faire reconquérir une plus grande portion de force que Mme. L. n'en avait en arrivant. Les extrémités inférieures acquirent assez de vigueur pour permettre à la malade de marcher assez facilement à la faveur de béquilles.

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XIe. Observation. — M. M. avait un tempérament sanguin ; il était âgé de quarante-huit ans lorsqu'il arriva à Bagnères. Des douleurs rhumatismales , dont les accès se renouvelaient trop souvent, l'avaient tourmenté durant toute une année , lors de son séjour en Amérique. Les mêmes accidens s'étant encore manifestés l'année suivante , M. M. , à la suite d'une forte contention d'esprit , éprouva une attaque de paralysie de tout le côté gauche. Il fut saigné. L'affection rhumatismale ne se fit plus du tout ressentir. Néanmoins le col resta incliné vers l'épaule gauche , il jouissait toutefois de sa motilité. Les urines devinrent rares , le ventre paresseux , l'appétit presque nul , le sommeil souvent interrompu ou presque toujours léger. La faiblesse devint si grande , que le malade, ne pouvant plus se tenir debout, avait besoin de soutien pour marcher.

Les eaux de la source de Salut lui furent d'abord prescrites à la dose de trois verres, tous les matins à jeun. Les urines furent plus abondantes. Le sixième jour , le malade prit un bain à la Gutière et trois verres d'eaux de Lasserre. Une semaine suffit pour rendre le ventre libre, tandis qu'il ne l'était pas depuis longtemps. Les urines continuèrent a être abondantes. Le traitement, interrompu durant quarant-huit heures , fut

repris et dura deux mois, pendant lesquels M. M. prit des bains thermaux tous les deux jours. Les huit derniers de son séjour à Bagnères , il se servit lui-même, dans ses repas, de l'eau ferrugineuse coupée avee du vin de Bordeaux. L'appétit s'étant fort bien rétabli, l'engorgement, l'enflure des jambes disparurent et le ventre devint libre. L'énergie musculaire s'étant beaucoup réveillée , M. M. éprouvant parfois des mouvemens, des soubresauts nerveux des extrémités qui avaient été paralysées , nous l'envoyâmes passer le reste de la saison à St.- Sauveur, pour y faire usage des eaux minérales. Nous le vîmes à son retour jouissant d'une fort bonne santé.

Réflexions. — D'après l'histoire destraitemens heureux de paralysies obtenus par les eaux minérales de Bagnères, traitcmens heureux auxquels nous aurions pu en ajouter un grand nombre d'autres tirés de notre journal d'observations, sans compter que nous eussions pu y joindre encore une série infinie de guérisons analogues tirées des auteurs qui ont écrit sur les propriétés des eaux thermales de Bagnères Adour, il doit être incontestable qu'elles guérissent, aussi, ordinairement, les anomalies nerveuses du mouvement musculaire, lorsque

les causes n'ont pas produit une trop forte lésion des organes. Plus les névroses ont un type irrégulier, plus elles sont marquées par une distribution inégale et inconstante de l'influence nerveuse erronée, plus cette influence est resserrée dans un petit nombre de parties , moins la faiblesse d'action est grande; en un mot, plus la paralysie est partielle, moins l'abolition de la sensibilité est considérable, moins aussi la guérison doit être incertaine. La rapidité plus ou moins grande avec laquelle ces sortes d'aberrations du système du mouvement arrive , peut encore servir de base à l'espoir d'un traitement heureux. Il doit en être, ce me semble, d'une paralysie comme d'une apoplexie. Plus cette dernière affection est prompte, foudroyante, moins il y a d'espoir de guérir pour celui qui en est frappé. L'expérience nous paraît être là pour attester cette assertion.

La pauvre espèce humaine estassujétic à un assez grand nombre d'infirmités, il existe assez d'ateliers où la mort vient appesantir sa faux, pour nous croire très-heureux, lorsque l'art peut lui en dérober encore quelques-uns. Les paralysies sont assez fréquentes et assez souvent réputées incurables , pour que nous nous fassions un saint devoir de proclamer, ici, que des observations plus exactes ont assuré qu'elles

5o4 sont mieux connues qu'autrefois , mieux approfondies. On sait aujourd'hui que les désordres du mouvement ont souvent un siège entièrement étranger au cerveau et que ce dernier n'est alors affecté que comme centre de réaction sympathique. Gomme nous l'avons déjà remarqué, le mal part souvent de l'estomac ou du centre phrénique. On connaît les vues iugénieuses que Van Helmont a répandues sur leur influence puissante sur les principales foncions de la vie et sur leurs altérations.

Au milieu de l'obscurité répandue sur les diverses explications données, jusqu'à ce jour, de l'action des nerfs, sur celle de la détermination du sensoriwn commune, au milieu des lacunes immenses qui existent encore et qui vraisemblablement existeront longtemps, avant de pouvoir décider toute question qui intéresse l'action et le désordre du sentiment , la science de l'homme paraissant destinée, comme celle de l'univers, à être éternellement le jouet des hypothèses, tradldit mundum disputationibus eorum, celle de leur versatilité, celle des contradictions ou de l'opposition qui règne entre les résultats de l'expérience et de l'observation des hommes les plus habiles et les plus dignes de confiance. il sera toujours agréable pour le médecin philosophe de s'appuyer sur les idées si heureuse-

5o5 ment développées par l'école de Montpellier et par Lacaze, par Eordeu , par Robert, par Barlhez, Grimaud, par Cabanis, par Decèze , et par une foule d'autres médecins dont les écrits immortels offriront long-temps des données au moins utiles et raisonnables sur le principe des aberrations du mouvement et du sentiment qui nous anime.

Il résulte toutefois des observations recueillies à Bagnères avec loyauté , probatd fide s que les eaux minérales guérissent parfois les paralysies, au moins partielles, sur-tout celles dont la cause réside dans le dérangement des fonctions digestives , dans celui de quelque lésion de& nerfs splanchniques. Mais une réflexion plus satisfaisante encore pour l'humanité, c'est que les expériences faites par M. Serres (1) , dont l'ouvrage a été couronné si honorablement par l'Institut de France, paraîtraient aussi prouver que les paralysies produites par des ravages dans le cerveau peuvent encore être guéries par l'action vitale. En raisonnant d'après ce savant anatomiste , la plus grande partie des médecins , avant lui , considéraient comme

(i) Anaiomie comparée du Cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés, appliquée a la physiologie et à la pathologie du système nerveux.

incurable la paralysie, effet des atteintes portées dans les cavernes apoplectiques creusées le plus fréquemment dans le demi-centre ovale des hémisphères du cerveau , et cela , parce qu'ils pensaient que la matière blanche qui compose cette partie de l'encéphale , étant détruite en partie ou en totalité , ne pouvait plus se réparer, puisqu'elle était dépourvue de la matière grise, son organe nutritif supposé. Cet observateur profond croit avoir dissipé cette erreur par un grand nombre de faits qui paraîtraient prouver que la guérison de ces sortes de paralysies s'opère par la reproduction de la matière blanche, qui, indépendante de la matière grise, réunit , par une véritable cicatrice, les lèvres de solution de continuité que produisent les apoplexies. En généralisant ensuite cette vérité si importante, toujours fondée sur des recherches et des observations anatomiques, il atteste que toutes les solutions de continuité du système nerveux, de toutes les paralysies qui peuvent en dépendre , guérissent par le même mécanisme. Honneur au profond observateur qui par de nouvelles recherches contribue à augmenter la masse de nos connaissances sur la doctrine et les maladies des nerfs ! Honneur à l'homme éclairé qui console la pauvre humanité par des études si utiles ! Honneur au savant

5o7 qui recule ainsi les bornes de l'art de guérir, et qui, en lui donnant plus de moyens pour préciser le traitement d'une affection grave, lui assure plus de pouvoir pour tenter avec plus de confiance la guérison de deux maladies qui font si souvent son désespoir!

La guérison dont M. le comte R.... est le sujet, et celle de plusieurs autres malades de ce genre, m'avaient déjà, long-temps avant la publication de l'ouvrage de M. Serres , m'avaient déjà, dis-je, fait penser que les paralysies, suites d'apoplexies , étaient curables : il m'est agréable de pouvoir confirmer cette vérité d'observation en assurant que l'usage des eaux minérales de Bagnères, soit en bains, soit en boisson, peut beaucoup contribuer, avec grand nombre d'autres moyens hygiéniques et diététiques , à la guérison de cette seconde espèce de paralysies.

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