CHAPITRE XVIII
Rhumatisme chronique.
En parcourant le cadre nosologique des affections rhumatismales, ou mieux leur histoire, sous le rapport qui nous intéresse, nous sommes déterminé à admettre, avec tous ceux qui en
ont écrit , que beaucoup de douleurs de ce genre sont causées par des embarras gastriques, soit bilieux , soit muqueux. Stoll , qui est un des médecins qui a le mieux fait connaître ce genre de maladie, nous apprend que lorsqu'il exerçait en Hongrie , il a souvent observé , sur la fin de l'été ou au commencement de l'automne, pendant le règne des maladies bilieuses, que les rhumatismes bilieux étaient très-fréquens , sur-tout parmi les individus qui avaient eu une maladie bilieuse dans laquelle on n'avait point évacué par le vomissement et par les selles la saburre bilieuse , ou si on l'avait fait incomplètement. Il dit, aussi, avoir observé des douleurs rhumatismales opiniâtres et sans pyrexie, après des fièvres d'automne, étouffées par l'usage prématuré du quinquina, et sur-tout lorsqu'en provoquant mal à propos les sueurs, on avait déterminé la matière morbifique à se porter vers la superficie du corps. Au rapport de Grimaud , la fièvre mésentérique pituiteuse détermine des douleurs rhumatismales qui occupent le plus souvent les articulations. A cette occasion , il fait observer que beaucoup de fails établissent la corrélation entre l'estomac et les articulations. La conversion de la dysenterie en rhumatisme est encore un phénomène assez commun. Nul doute que les affections
Dog cutanées de diverses natures, qui ont un caractère chronique, répercutées, ne produisent par leurs métastases des douleurs rhumatismales. La suppression de l'écoulement leucorrhéen peut aussi donner lieu à la maladie dont il est maintenant question.
La suppression de quelques hémorrhagies, et sur-tout celle d'un flux hémorrhoïdal , est encore une des causes de rhumatisme. A l'appui des observations de Stoll et de Fr. Hoffmann constatant ce phénomène , il est important pour la thèse que nous avons à soutenir, il est important, dis-je, d'observer., avec James , qu'un flux hémorrhoïdal qui survient à propos suffit pour guérir du rhumatisme. La suppression d'un flux hémorrhoïdal blanc ou muqueux peut encore déterminer la même maladie. Si , conformément aux assertions de plusieurs savans médecins, tels que Macbride^ Sauvage, Bosquillon , etc. , il existe un rhumatisme nerveux , hystérique , convulsif , nul doute qu'il puisse être guéri par les eaux thermales comme les précédens.
Nous en dirons autant des rhumatismes qui sont , parfois , une sorte de crises de quelques maladies aiguës , qui se manifestent vers le déclin des maladies ou vers la convalescence ; de ceux qui surviennent à la suite de quelques ma-
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ladies chirurgicales , telles que des fractures, des luxations , des contusions , des amputations. Nous rangerons aussi dans cette classe des rhumatismes qui peuvent être guéris par les eaux thermales ceux qui se manifestent à la suite d'anciennes cicatrices formées par la guérison des grandes plaies , et principalement par celles produites par des armes à feu. Et puisque nous sommes obligé d'admettre, avec de savans médecins , que le rhumatisme peut être la cause detraitemens erronés, de moyens thérapeutiques mal administrés, ou celle d'un traitement perturbateur ; en convenant encore qu'il survient quelquefois, lorsqu'on cesse de se soumettre à certains remèdes dont on a contracté l'habitude; ainsi l'omission des saignées habituelles,ainsi celle des ventouses scarifiées, comme Sthal en rapporte des exemples; ainsi, comme le remarquent Ponsart et Pierre Desault, la suppression des lochies par une cause quelconque , celle des exutoires, tels que sétons, cautères , vésicatoires, etc., entretenus depuis plusieurs années; nous convenons , par-là même , qu'on doit considérer les eaux thermales comme un des plus puissans moyens de guérison. Les excrétions naturelles peuvent être dérangées, soit par défaut, soit par excès, et, dans ces deux cas, donner naissance au rhumatisme. Mais de toutes
les excrétions dont le dérangement ou la suppression sont le plus souvent suivis de l'apparition du rhumatisme, la transpiration est celle que tous les auteurs, d'accord avec les faits, placent en première ligne. La suppresion de la sueur proprement dite est aussi une de ses causes très-fréquentes. Combien n'en estil pas d'autres qui ont attribué le rhumatisme chronique «à cette dernière cause ! Maintenant , que les diverses espèces de rhumatisme chronique dont nous venons de présenter le tableau soient dues à la faiblesse des parties lésées, à leur sympathie avec les organes primitivement affectés , ou à une modification spéciale de la sensibilité, peu importe à notre cause. L'usage intérieur et extérieur des eaux minérales contribue chaque jour ou au retour de la sensibilité j ou à ramener la force et l'énergie des parties affaiblies.
Sans entrer dans aucun détail relatif aux circonstances qui peuvent favoriser , modifier ou déterminer le développement du rhumatisme, circonstances qui se tirent de l'âge , du sexe , du tempérament , de la constitution atmosphérique, de l'idiosyncrasie, de la disposition héréditaire, des habitudes, des professions, de celle des agens extérieurs sur notre économie, et celle de toutes les choses dites si im-
proprement non naturelles , nous nous contenterons d'observer que toutes ces puissantes considérations doivent être appréciées dans tout traitement, et dès-lors dans celui des eaux minérales. Leur influence est telle , que les accès de rhumatisme aigu ou chronique surviennent d'autant plus facilement, que l'on se trouve placé sous l'une d'elles.
Nul doute que la connaissance des causes qui développent le rhumatisme chronique, soit souvent en opposition avec celles qui donnent naissance à celui qui est aigu. Or, des causes de nature entièrement différentes doivent produire des phénomènes, sinon opposés, au moins fort divers : tels sont l'âge viril et la vieillesse , le tempérament sanguin et la constitution nerveuse, la suppression et la diminution de certains flux sanguins ; l'omission de saignées habituelles et les hémorrhagies, ou les émissions sanguines trop abondantes ; les exercices violens et l'oisiveté , etc. C'est cette même opposition qui établit les deux sortes de rhumatisme ; c'est elle qui non-seulement fait ressortir les prédispositions et les causes de chacune de ses affections , mais qui signale les accidens qui accompagnent le rhumatisme aigu et celui qui est chronique ; distinctions si remarquables . si utiles , si nécessaires dans le traite-
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ment que chacun d'eux exige. Ces deux étals diffèrent si fort entre eux , que beaucoup de médecins les ont considérés comme formant deux caractères pathologiques fort distincts. Ajoutons à cela que, dans beaucoup de circonstances, la nature produit des résultats identiques par des moyens qui nous paraissent opposés. Ainsi, par exemple , le sujet robuste et l'individu affaibli se trouvent également prédisposés au rhumatisme, l'un par son développement des forces vitales, qui l'expose aux maladies inflammatoires, ou au rhumatisme aigu, et l'autre à cause du peu d'activité de ces mêmes forces, ce qui le rend plus impressionnable par tous les agens extérieurs. Les exercices violens et l'oisiveté deviennent aussi causes dû rhumatisme : ces deux oppositions de circonstances, qui seraient susceptibles de beaucoup de développemens, suffisent sans doute pour justifier sur-tout la diversité de traitement.
Si nous avions à établir l'existence du rhumatisme , celle de toutes ses variétés , celle de ses causes, etc., il est une foule de questions relatives à son histoire que nous croirions devoir présenter et chercher à résoudre. Ainsi , nous chercherions à discuter quelles sont les proportions dans lesquelles le froid et l'hu-
5i/+ midilé ont besoin d'exister pour produire le rhumatisme; quelle doit être la durée de leur impression et celle de leur intensité sur l'économie animale; pourquoi les causes du rhumatisme qui agissent sur tout le corps , telles que l'impression générale d'un froid humide , ne déterminent pas toujours cette affection dans toutes les parties de l'économie qui en sont susceptibles ? Souvent il n'en résulte qu'un rhumatisme partiel , tandis que , mais rarement à la vérité , la même cause , agissant sur une seule partie , produit un rhumatisme général, etc. Nous ne chercherons pas non plus à expliquer avec Gianini , avec Marie Saint Ursin , comment s'effectue la répercussion de la transpiration ou celle de la sueur, si c'est par un effet mécanique ou par les lois de la vitalité, et ce que l'on doit penser de l'opinion de Brown , qui établit que le froid n'agit point ici comme astringent; sur quelle partie se porte l'humeur transpiratoire, si ce transport a lieu ou s'opère par les artères, les vaissaux hymphatiques , etc. Toutes ces connaissances intéressantes, sans doute, dont la solution serait si difficile, ainsi que celle de tant d'autres, importent fort peu à notre sujet principal, qui est de déterminer , de préciser les maladies qui peuvent être guéries par les eaux de Bagnères.
Ainsi , sous tous les rapports qui précèdent , comme sous tant d'autres , pour lesquels ceux qui les ont traités n'ont pas toujours donné des explications bien satisfaisantes, trop pénétré de la faiblesse de nos moyens, nous ne nous hasarderons ni à remplir les lacunes , ni à rectifier ce qui nous a paru fautif. En parcourant ces considérations générales sur les causes du rhumatisme , nous finirons par avouer que toutes ces choses sont encore si peu éclaircies, qu'il est des circonstances dans lesquelles le rhumatisme survient sans causes connues, comme il en est aussi d'autres en revanche où. toutes les causes capables de le produire échouent contre certaines constitutions.
Toutefois, la théorie des causes prochaines du rhumatisme chronique pouvant encore nous éclairer sur l'indication du traitement par les eaux minérales , nous croyons devoir en dire un mot. Selon les solidistes et les mécaniciens , toute maladie est fondée sur un état de relâchement et d'atonie, de rigidité ou de resserrement des solides ; sur un obstacle à la circulation du sang et à son retour par les veines; sur un état de siccité ou d'inflammation des esprits. Les humoristes fondent leur théorie sur l'épaississement du sang et de la lymphe , sur un excès de sérosité , ou sur une
sérosité viciée, sur un état d'acrimonie. Il est des médecins qui ont établi un état mixte , c'est-à-dire dans lequel ils ont fait jouer un rôle commun à un certain nombre de ces circonstances dont ils supposent la réunion. 11 en est qui ne pouvant expliquer la formation du rhumatisme par la seule action du froid, pensent qu'on explique mieux la formation de celte maladie en admettant l'existence d'un spasme, ce qu'on croit plus conforme aux altérations plus connues du principe vital.
Des auteurs qui habitent des climats différens, l'un est Scudamorc , qui exerce en Angleterre , l'autre est Gianini , qui habite le beau ciel de l'Italie, attribuent celte maladie à la débilité. L'un et l'autre en donnent des explications différentes qu'on peut voir dans leurs écrits. M. George établit aussi que la faiblesse forme le caractère essentiel de celte maladie, en se fondant sur la difficulté et même l'impossibilité que les muscles éprouvent à entrer eu action , lorsque ces organes sont atteints de douleurs rhumatismales ; secondement, sur les causes dé la maladie, qui sont, dit-il, toutes débilitantes, sur-tout des organes musculaires.
M. Broussais pense que quand l'action ou les fonctions de la peau diminuent, elles se
portent ailleurs; ici c'est aux capsules, aux ligamens articulaires, aux tissus qui entourent les articulations, que se fixe l'irritation rhuma tismale.
Le précis de ces diverses opinions hypothétiques sur la cause prochaine du rhumatisme est loin de nous convaincre de ce qui a lieu en réalité dans le développement de cette affection. INous sommes porté, malgré toutes ces idées plus ou moins ingénieuses, qui auront sans doute le sort de toutes les hypothèses en matière de science; nous sommes porté à penser avec Grimaud , que le rhumatisme paraît dépendre d'une cause matérielle peu connue. Une opinion n'est pas un fait. La langue du médecin n'est que le produit de l'expérience et de l'observation, multiplié par le temps.
Si nous avions à nous occuper du rhumatisme aigu , nous passerions rapidement en revue les diverses opinions des médecins sur la nature et le caractère de cette maladie qui, sous ces rapports, a été considérée diversement par les auteurs qui s'en sont occupés ; comme il ne peut être ici question que du rhumatisme chronique, nous dirons avec Barlhez , qui est presque le seul auteur qui ait donné quelques conjectures , quelques notions sur sa nature , que cette affection paraît être de nature lente et
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accompagnée d'un effort de situation fixe des fibres affectées.
Maintenant, existe-t-il une humeur rhumatismale ? Quel est son mode d'apparition et d'existence? Le rhumatisme est-il épidémique, sporadique , endémique? Sous quelle influence de vente se manifeste- t-il plus communément? Est-il idiopathique , parfois symptomatique , parfois critique? S'il nous est permis de répondre par l'affirmative, à ces trois dernières questions , il ne peut pas en être de même de celles qui précèdent, qui exigeraient un grand développement dont le résultat serait à-peuprès nul, ou au moins de peu d'importance pour la nature du traitement par les eaux minérales. Il ne peut pas en être de même relativement à la connaissance du siège qu'il occupe, parce qu'il peut contribuer pour beaucoup a faire juger de linfluence et de l'action des eaux thermales sur ce mal.
Selon Boerrhave et son savant commentateur , tous les tissus , tous les systèmes qui composent l'économie animale , peuvent devenir primitivement ou secondairement le siège du rhumatisme, soit aigu, soit chronique.
Néanmoins, la plus grande partie des médecins s'accordent à reconnaître que le système fibreux, si répandu sous des formes diverses
5i9 dans notre organisation , est le siège principal , et selon quelques-uns , le siège unique de la maladie. Quoique le rhumatisme chronique soit ordinairement une maladie plutôt incommode que dangereuse, néanmoins, comme chez les sujets délicats et faibles , il peut entraîner des dérangemens graves dans les fonctions digestives et nutritives , et que selon la disposition des sujets, ou par suite de quelque erreur dans le traitement, le marasme, l'atrophie, i'ankilose , la luxation des membres peuvent en être le résultat immédiat, il doit toujours être important de chercher à s'en guérir.
Sans entrer non plus, ici, dans le détail des diverses terminaisons du rhumatisme chronique, on ne peut pas contester que celles que l'on peut obtenir par les eaux thermales soient les plus avantageuses. Or, ces sortes de terminaisons ont lieu, soit par les sueurs, soit en rappelant un écoulement supprimé. S'il existe une métastase du rhumatisme chronique sur les organes intérieurs, l'usage des eaux thermales est, sans contredit, plus avantageux que tout autre remède pour obtenir la crise la plus favorable.
Eviste-t-il une complication de diverses névroses avec le rhumatisme, telle que la paralysie, ou celte dernière affection est-elle occasio-
née par la première , ce qui a quelquefois lieu, les eaux thermales ne peuvent être alors que fort utiles pour la guérison de l'une et de l'autre de ces maladies.
La généralité des médecins est d'accord que les bains d'eaux thermales sont les plus efficaces pour les rhumatismes chroniques. Or, il en est un grand nombre qui, comme ceux de Bagnèrcs, peuvent remplir cetle indication suivant l'espèce de rhumatisme à combattre. Rien n'est plus propre que ce remède, dit Barthez, pour changer l'action des forces vitales , principalement lorsque celte affection est accompagnée de roideur et de contraction. Lorsqu'il existe une débilité de l'appareil gastrique , on peut trouver dans leur usage intérieur un secours efficace pour combattre et détruire cette disposition, etc. Les bains de vapeurs, les fumigations d'eaux thermales, guérissent aussi fort souvent, ou du moins soulagent beaucoup dans un grand nombre de rhumatismes invétérés. Personne n'ignore qu'on peut y ajouter une grande variété de substances diverses qui ajoutent souvent à l'efficacité des eaux thermales en vapeurs ou en fumigations.
Quant à l'usage des douches qui peuvent être employées dans Ions les cas où les bains le sont, leur action est beaucoup plus active ,
plus efficace, lorsqu'il s'agit d'un rhumatisme local qui a résisté à beaucoup d'autres moyens. Ou peut, à Bagnèrcs comme ailleurs , les composer d'eaux chargées de toutes les substances susceptibles de se volatiliser par le calorique , comme aussi on peut les unir aux divers principes médicamenteux qui peuvent ajouter à leurs effets. On sait que les douches peuvent être élevées à un tel degré d'intensité , qu'il serait facile de produire, à l'aide de ce moyen, une escarre sur la partie qui le reçoit.
Nous ne dirons rien des moyens hygiéniques ou prophylactiques , dont on peut faire usage dans cette maladie, parce qu'ils appartiennent à tous les pays. Il nous reste à présenter quelques faits, des observations, qui, plus que tout raisonnement, prouveront les circonstances dans lesquelles les eaux de Bagnères ont guéri des rhumatismes.
Ira. Observation. M. F., âgé de cinquante-six ans, d'un tempérament bilioso-sanguin , étaij atteint d'un rhumatisme articulaire depuis dix ans. Une éruption miliaire, durant l'été, survenue environ deux ans après la première invasion du rhumatisme , parut avoir dissipé cette dernière maladie. L'hiver suivant, les douleurs s'étant renouvelées , elles se reproduisis
rent, durant douze jours consécutifs, principalement le long des muscles des deux cuisses. Des hémorrhoïdes non fluentes s'étaient aussi manifestées et tourmentaient beaucoup le malade. S'élant rendu à Bagnères dans le mois de juillet de 1816 , l'eau de la source du Grand Pré , prise intérieurement et en bains , les douches pratiquées avec l'eau de Bellevue , dirigées sur les parties douloureuses durant l'espace de six semaines , furent employées. Le rhumatisme en fut d'abord calmé et finit par se dissiper. Les hémorrhoïdes Allèrent, et M. F. se relira satisfait de son séjour. Les mêmes accidens s'étant renouvelés, deux ans après, M. F. revint à Bagnères. Le même traitement lui fut administré comme par le passé : les hémorrhoïdes fluèrent abondamment, et les douleurs rhumatismales disparurent. Etant revenu à Bagnères une troisième année , pour y consolider les bons effets qu'il avait éprouvé les années antérieures, il nous déclara n'avoir rien ressenti l'hiver précédent , seulement les hémorrhoïdes reparaissaient parfois à des intervalles plus ou moins éloignés , ce qui le maintenait dans un état de santé.
IIe. Observation. M. P. D. , âgé de quarantedeux ans, avait eu, dans l'espace de cinq ans^
trois attaques de rhumatisme chronique, dont la durée de chaque s'était prolongée plusieurs mois. A la suite de la dernière, qui datait de trois mois , il lui était resté un gonflement considérable aux articulations des deux genoux. Le ventre était fort paresseux. Les urines étaient rares et très - colorées. L'eau de la fontaine Lasserre, prise à l'intérieur, les bains et les douches à la Gutière , dont l'usage fut continué pendant un mois , rendirent la liberté du ventre, rétablirent le cours ordinaire des urines, et dissipèrent les douleurs et le gonflement articulaire.
IIIe. Observation. Le nommé P. , âgé de quarante et un ans , fut atteint de douleurs rhumatismales générales, d'abord aiguës , puis fémorales , et qui finirent par se fixer autour des articulations tibio-tarsiennes et le long des muscles des deux jambes. Un empâtement douloureux dans toutes ses parties gênait beaucoup la marche du malade. Tourmenté depuis plus d'un an par cette affection , M. P. arriva à Bagnèrcs, ayant en outre un dérangement des voies digcstives. Plus d'appétit, le ventre resserré et un état de langueur générale. Dès les premiers jours, l'eau de Lasserre, prise en boisson à îa dose de deux verres, tous les matins à
jeun, suffirent pour rétablir l'estomac et l'énergie des intestins. Les bains tempérés, pris au Petit Prieur , alternativement , avec les douches dirigées sur les parties engorgées, pendant trois mois , et l'eau de Lasserre à la dose de quatre verres dans le cours de la matinée, le guérirent radicalement et des douleurs et du gonflement des extrémités inférieures.
IVe. Observation. M. R. , âgé de cinquantesix ans, d'un tempérament sanguin, avait été atteint d'un rhumatisme d'abord aigu aux extrémités inférieures , qui se termina par une éruption miliaire. Environ deux ans après , il ressentit des douleurs rhumatismales dans l'étendue des cuisses et autour de leurs articulations avec la jambe. Des hémorrhoïdes non flueutes se manifestèrent à-peu-près à la même époque. Ces acciclens s'étanl. renouvelés, durant plusieurs années, pendant iout l'hiver, M. R. se rendit à Bagnères au mois d'août 1818. L'hiver précédent, les douleurs avaient été tantôt générales , tantôt dans une ou deux extrémités, tantôt sur toutes. Il lui était resté une faiblesse, un engourdissement fatigant aux extrémités inférieures, qui se trouvaient légèrement engorgées, sans changement à la peau. Les fonctions digestivesétaient laborieuses, lentes, et le ventre
paresseux. (Jkielqus verres d'eau de Lasscrre rétablirent la liberté des selles au bout de deux jours. Dès le troisième, l'appétit commença à aller mieux et s'améliora par degrés. Les urines devinrent non -seulement plus abondantes, mais plus naturelles qu'auparavant. Les bains chauds à Théas furent administrés, demi-heure chaque jour , pendant une semaine. Alors les sueurs, qui depuis fort long-temps n'avaient pas paru , se manifestèrent avec abondance; le malade s'en sentit chaque fois soulagé. Les extrémités inférieures acquéraient peu-à-peu de nouvelles forces, une plus grande facilité dans les mouvemens. Des démangeaisons, un prurit s'éîant prononcés dans l'intérieur de l'anus , avec un sentiment de pesanteur , je fis appliquer douze sangsues. Pour rendre la perte de sang plus abondante , je fis recevoir des fumigations sur les petites blessures. L'usage de diverses eaux minérales , trente-quatre bains et vingt-huit douches dans l'espace de deux mois, rétablirent parfaitement la santé de M. R.
Etant revenu à Bagnères deux ans après, il nous déclara n'avoir eu que des boutons hémorrhoïdaux, sans autre effusion de sang que celle qu'il se procurait par l'application de quelques sangsues au fondement. Cette apparition n'ayant
eu lieu qu'à des intervalles assez éloignés, n'avait nullement altéré sa santé.
Je me contentai de lui faire prendre quelques verres d'eau de Lasserre , quinze bains tempérés, et dix douches d'aspersion sur les membres qui avaient été autrefois le siège des douleurs rhumatismales.
Ve. Observation. — Le sieur J. L...., âgé de trente-huit ans, s'étant exposé une partie de la journée à une pluie abondante qui avait percé ses vètemens, se sentit, dès le lendemain, tourmenté par des douleurs rhumatismales gênéraies. Elles parurent ensuite se fixer principalement dans tovite l'étendue des extrémités abdominales. Quoique soulagé par le traitement qui lui fut fait , il lui était d'abord resté une faiblesse des extrémités inférieures et des douleurs habituelles dans toute leur étendue. La difficulté de marcher n'ayant fait qu'augmenter, le malade arriva à Bagnères avec des béquilles. La boisson , les bains , les douches de nos eaux thermales dissipèrent tous les accidens qui n'avaient atteint que les fonctions du mouvement ; les voies digeslives n'avaient souffert aucun dérangement. Huit ou dix douches de la source de Bcllevue concoururent, avec les autres moyens curatifs et hygiéniques,
pour rétablir les forces dans les parties qui les avaient perdues.
VIe. Observation. — M. de St. S... , officier d'artillerie, âgé de vingt-huit ans, se rendit d'abord à Barèges pour s'y faire traiter d'un rhumatisme vague, qui le tourmentait depuis plusieurs années , tantôt à la tête, tantôt vers la région précordiale. Lorsque cette maladie fixait son siège au cerveau, le malade éprouvait des céphalalgies violentes et une perte absolue de l'appétit. Le thorax devenait-il le lieu d'élection, une difficulté considérable de respirer, des palpitations rendaient le mal-aise de M. de
St. S insupportable. N'ayant retiré aucun
avantage des eaux de Barèges , M. le médecin en chef de l'hôpital militaire dirigea le malade sur Bagnères, où les bains, les douches, et les eaux prises intérieurement rétablirent complètement sa santé.
VIIe. Observation. — M. CM...., capitaine d'infanterie légère, atteint depuis plusieurs années d'une affection rhumatismale irrégulière , compliquée de mouvemens convulsifs douloureux et assez fréquens, n'ayant pu supporter les bains de Barèges, fut envoyé à Bagnères le 28 juin 1824, par M. Delpit.
A l'arrivée du malade , j'appris que le rhu-
matisme chronique dont il s'était ressenti se portait tantôt à la tête, où il faisait éprouver des douleurs si aiguës qu'elles étaient alors augmentées par l'impression des sons et par celle de la lumière , tantôt aux lombes. La tête devenait libre dans cette dernière métastase, mais les digestions devenaient difficiles, le ventre paresseux, les urines crues. Mis d'abord à l'usage des bains de la source du Grand Pré, il éprouva du soulagement dès le huitième jour. Ce fut à cette époque de son traitement qu'il commença à prendre , de deux jours l'un, deux verres de l'eau de Lasserre, et tour-à-tour autant de celle de la Heine. Le ventre devint alors libre et les urines furent naturelles. Comme il existait toujours un embarras, un empâtement , une faiblesse à la région lombaire, je fis administrer sur cette partie des douches de la source Théas. Après la quatrième aspersion, les lombes furent tout-à-coup dégagées. La migraine ayant paru reprendre encore, quoiqu'avec beaucoup moins de force et beaucoup moins de douleur que les fois précédentes, nous fîmes suspendre le traitement durant trois jours. L'alternative des douleurs lombaires ayant encore succédé au mal de tête, les bains, les douches, de deux jours l'un , la boisson d'eau de Lasserre alternée tous les deux jours , et continuée durant près d'un mois, dissipèrent tous les accidens.
VIII0. Observation. — M. F. , homme de couleur, âgé de quarante -deux ans , avait été blessé de deux coups de fe,U, à la jambe droite. Dans leur trajet , les balles n'avaient intéressé que les parties molles. Quoique les cicatrices fussent parfaitement consolidées , le malade , éprouvant des douleurs insupportables tout le long de l'extrémité cicatrisée, ne pouvait marcher qu'à la faveur de béquilles : il arriva à Bagnères en 1821. Vingt bains et quinze douches pris à la source Dauphin le rétablirent au point de lui faire quitter ses béquilles et de lui rendre entièrement la liberté du membre affligé. Les piscines et les douches de la source du Dauphin étant consacrées au traitement des personnes peu fortunées, je pourrais en citer un grand nombre qui y ont trouvé leur guérison dans une foule de maladies semblables à celles dont il vient d'être question.
IXe. Observation. — M. G... , capitaine, âgé de trente-quatre ans , souffrant depuis plusieurs années d'une affection rhumatismale qui avait son siège sur toute la région abdominale , sur les viscères de cette région, et principalement sur le système urinaire , fut envoyé à Barèges. Les médecins, ayant reconnu que les eaux de cette contrée ne pouvaient pas lui convenir,
l'adressèrent àBaguères le 28 août 1826. Ce militaire trouva sa guérison, dans l'espace de six semaines , par l'usage de nos eaux , qui furent administrées avec les précautions et les variations qu'exigeait l'état journalier du malade.
Xe. Observation. — Mademoiselle L. D. M. , âgée de vingt-deux ans , eut la rougeole dans le mois d'avril 1824. Au mois d'août de la même année , après s'être exposée à une pluie aussi abondante qu'elle fut de durée, elle se sentit, bientôt après, atteinte de douleurs abdominales, de coliques , de tranchées et de mal-aise dans l'étendue des extrémités inférieures. Divers moyens thérapeutiques ayant été mis en usage , les accidens qui étaient survenus dans les viscères se dissipèrent peu -à -peu. Il lui resta néanmoins une faiblesse de la hanche gauche et de fréquentes douleurs, dans cette partie, au point qu'elle ne pouvait plus marcher sans claudication. Espérant que l'exercice pourrait dissiper le mal, elle s'y livra, sans trop de ménagement. Alors , le siège du rhumatisme s'étendit. Toute la région dorsale et lombaire devint douloureuse. Une sorte d'empâtement , d'engorgement, se manifesta dans toutes ses parties; les fesses même participèrent à cet état pathologique. Mademoiselle De. . . vint à Bagnères au commen-
cornent de la belle saison de i8a5, par le conseil de M. Fouré, médecin distingué à Nantes. Dès les premiers jours, je commençai par lui faire prendre, toutes les vingt-quatre heures, un bain à la source de la Gutière. Les douches d'aspersion, dirigées sur les lombes et sur l'articulation coxo-fémorale, furent, au bout d'une semaine , alternées avec les bains. Le succès ne tarda pas à couronner ce traitement. Mademoiselle sentait chaque jour !a faiblesse , la douleur des parties malades se dissiper. Comme à la suite d'un peu d'exercice à pied la faiblesse des parties affectées reparaissait de nouveau , je conseillai de changer la nature des douches. Celles de la source de Cazeaux furent choisies. Au sortir de cette aspersion , Mademoiselle se sentait, chaque fois, un mal de tête assez violent. Nous eûmes encore recours aux eaux de la Gutière , qui ne produisaient pas lé même effet. L'exercice à cheval disposa pendant quelques jours à celui de pied, puisa la danse, qui flattait beaucoup les goûts de la malade. Les promenades champêtres lui devinrent d'autant plus utiles qu'elle se les rendait agréables sous plus d'un rapport; car elle se fit, entre autres, un plaisir de peindre les plus beaux sites de nos montagnes. En faisant les délices de la société qui se trouvait alors a Bagnères , elle recueillit
tous les avantages que procurent la grande nouveauté et la grande variété de distractions, chez les personnes qui ont besoin de ces moyens hygiéniques , pour concourir à leur guérison.
XIe. Observation. M. B. , âgé de trente-huit ans, avait eu, dans les premières années de sa jeunesse, un rhumatisme presque universel , qui , après divers traitemens infructueux , ne céda qu'a l'usage des eaux minérales employées durant deux saisons. Déjà plusieurs années s'étaient écoulées sans récidive, lorsqu'à l'âge de vingt-quatre ans , il se sentit, presque tout-à-^coup , surpris par une nouvelle attaque rhumatismale, qui se fixa quelque temps vers la région précordiale. L'oppression, la sensibilité, la douleur des parties, étaient, avec la palpitation , les accidens qui tourmentaient alors le malade. Peine ou plaisir aggravaient beaucoup ses souffrances. Le siège du mal devint ensuite variable. Pour peu que les changemens atmosphériques prêtassent leur influence, le mal-aise se faisait sentir avec plus ou moins de violence. Fatigué d'être dans cet état depuis trop longtemps, M. B. se rendit à Bagnères en 1819, dans les premiers jours de juillet. Le rhumatisme occupait alors l'étendue de la poitrine. Il occupait aussi les lombes. Il siégeait parfois dans
Tune de ces parties et non dans l'autre. A ces phénomènes se joignaient l'anorexie ou perte d'appétit, des digestions laborieuses et une constipation opiniâtre. Après quelques jours de repos , M. B. prit, touslesmatinsà jeun, trois verresd'eau delà source de Carrère-Lanes. Cinq ou six jours après , il poussa la dose jusques à une pinte. Les bains pris à la même source , au nombre de trente-six, le soulagèrent de jour en jour, et finirent , conjointement avec le traitement intérieur , par faire disparaître tous les accidens qui avaient fait entreprendre le voyage aux Pyrénées. M. B. fut parfaitement bien guéri.
Trois ans s'étaient déjà écoulés depuis sa guérison , lorsque éprouvant encore quelques douleurs , cependant beaucoup moins violentes qu'auparavant, il eut de nouveau recours à l'efficacité des eaux de Bagnères. Après avoir fait usage , pendant un mois , des bains et des douches de Bellevue , il fut prendre ensuite l'eau de la source de Lasserre ; ce qui compléta entièrement sa guérison.
XIIe. Observation. —M. B. . docteur en médecine , exerce sa profession dans un pays difficile, où la fatigue journalière est un tribut habituel que reçoit son zèle . et où la fréquente variation de l'atmosphère l'expose souvent aux
extrêmes des diverses températures. Dès les commencemens de sa pratique dans la contrée qu'il habite, il fut atteint, à des époques plus ou moins rapprochées, de divers rhumatismes dont les accidens furent plus ou moins aigus, d'une durée plus ou moins longue, et dont il finit par se délivrer à la faveur de traitemens plus ou moins variés. En 1821 , après s'être vu exposé, pendant quelques heures, à un vent du nord très-froid , il se sentit toul-à-coup saisi par une certaine difficulté de respirer, par des douleurs thorachiques qui furent suivies [tar la perte de l'appétit. La soif et une fièvre continue s'emparèrent de lui. Dès l'invasion de cette maladie, il se mit à la diète et à l'usage d'une infusion théiformede fleurs de sureau, tantôl de coquelicot , qui provoquèrent seulement quelques sueurs partielles au visage et autour de la poitrine, sans le soulager. Les urines étaient alors rougeâires , fréquentes et en petite quantité. La dyspnée resta toujours la même durant plusieurs jours. La toux n'avait lieu que de loin en loin , et le malade expectorait à peine , à des intervalles éloignés., quelques mucosités dont la sortie ne diminuait point le mal-aise thorachique. Les accidens redoublèrent, au point que le malade, qui se couchait facilement des deux côtés de la poitrine , ne put plus se tenir
que sur le dos , tant était grande l'oppression lorsqu'il essayait de se retourner latéralement. L'application d'un large vésicatoire sur le sternum rendit la liberté de respirer plus facile. La douleur parut se borner principalement au côté gauche de la poitrine. Il ne douta plus alors que le rhumatisme eût fixé son siège dans toute l'étendue du poumon gauche; et comme il éprouva, dès cet instant, des pulsations du cœur assez violentes , il pensa que cet organe participait à la nature de la maladie qui l'affligeait. Les parties qui entourent le thorax étaient sensibles au toucher ; le pouls était toujours fréquent. Cet état se prolongeant, le malade se fit encore appliquer un vésicatoire au côté gauche. N'en ayant éprouvé aucun soulagement , il commença à s'inquiéter sur son mal ; il craignit un commencement d'affection ou de lésion grave du cœur ou de ses gros vaisseaux. La perte de l'appétit ne fit qu'augmenter. L'excrétion des urines devint plus rare et le ventre paresseux. La maigreur et la faiblesse générale, et sur-tout celles des extrémités inférieures, augmentèrent les accidens.
Ce fut dans cet état pénible qu'après avoir attendu plusieurs mois pour se décider, M. B. arriva à Bagnères. Instruit sur les propriétés de ses eaux, tous les matins à jeun, il prit deux ver-
res d'eau deLabasserre chauffée au bain-marie. Les bains thermaux et les douches lui furent administrés alternativement , toutes les vingtquatre heures, durant une demi-heure. L'aspersion des douches s'exerça sur toute l'étendue de la région antérieure et latérale gauche de la poitrine. Les sueurs générales se manifestèrent., les urines devinrent plus abondantes et se chargèrent d'un sédiment rougeâtre, l'appétit reparut peu-à-peu et les selles se régularisèrent. Ce ne fut que lorsque la respiration s'opéra pi us facilement que le sommeil vint, enfin, consoler le malade de ses longues souffrances et de son anxiété physique et morale. Ce fut alors, seulement , qu'il put se coucher indistinctement des deux côtés. La fréquence des pulsations du cœur diminua â proportion de celle des autres phénomènes. A peine un mois de ce traitement fut-il écoulé, que M. B. put parcourir nos montagnes. Enfin après avoir récupéré ses forces et son appétit, après avoir vu, tour-à-tour, se dissiper toutes ses douleurs, M. B. quitta Bagnères fort satisfait du succès qu'il avait obtenu. Sa santé n'a souffert depuis aucune autre altération, ce dont j'ai été convaincu et par son propre témoignage et par la satisfaction de le revoir même dans ces derniers temps.
XIIIe. Observation. M. N., arpenteur géomètre , âgé de vingt-huit ans , d'un tempérament lymphatique, éprouvait, depuis trois ans, une douleur rhumatismale dont tout le siège occupa d'abord toute l'étendue du bras droit. La poitrine devint ensuite douloureuse, l'oppression se fit sentir et un catarrhe pulmonaire aggrava les premiers accidens. Divers traitemens employés apaisèrent un peu la gravité des symptômes, sans les guérir. Le malade continua à ressentir des douleurs dans la région thorachique. Des quintes de toux le fatiguaient fréquemment et sur-tout durant la nuit. Après quelques mois d'attentes vaines , M. N. vint à Bagnères en 1817. L'expectoration parut alors fort abondante , les crachats étaient épais , muqueux et blanchâtres. Deux verres d'eau de Labasserrc coupée avec un tiers d'eau d'orge, pris le matin à jeun , calmèrent, au bout de quelques jours , la toux. L'expectoration devint même plus facile. Guidé par ce premier succès, j'ordonnai quatre verres de la même boisson , toujours le matin à jeun. A mesure que la poitrine paraissait être soulagée et se calmer, la douleur au bras se manifestait de jour en jour davantage. Elle se fixa de nouveau à cette extrémité droite. Le malade m'ayant témoigné le désir de faire usage des douches pour apaiser
la douleur qu'il éprouvait, lui ayant fait entrevoir le danger qui pouvait résulter du moyen qu'il proposait , je l'invitai à préférer l'application d'un vésicatoire sur la partie affectée. Il me refusa avec opiniâtreté. Malgré mon conseil , s'étant fait administrer plusieurs douches sur le bras malade, le rhumatisme se déplaça pour se rejeter sur les poumons. L'oppression , la toux se renouvelèrent avec force. La saison était avancée: le temps étant devenu froid et humide, M. N. se retira dans son séjour ordinaire; la maladie fit des progrès et j'appris l'été suivant que M. N. avait succombé durant l'hiver aux effets de son imprudence.
Réflexions. — Les diverses histoires de maladies que nous venons de présenter, attestent qu'il existe des espèces différentes de rhumatisme chronique , et que chacune de celles que nous avons signalées peuvent être combattues victorieusement par les eaux minérales de Bagnères. Le rhumatisme chronique idiopathique, qui varie à raison du nom de la par lie qu'il occupe, demêmequecelui qui est symptomatique, seront toujours traités avec avantage par les eaux minérales, dans les cas précités. Si l'exposition au froid humide; est une des causes aussi fréquente, peut-èlre la plus fréquente de cette affliction
J09 il faut aussi en convenir avec Stoll, avec Selle, l'influence de la mauvaise disposition des entrailles , qui suppose un état de mal-aise général, est pour beaucoup dans la production ou dans la permanence de cette maladie ; ce que prouvent aussi la plupart de nos observations. Mais la diminution ou la suppression d'un écoulement périodique ou habituel est encore une de ces causes du rhumatisme, que l'expérience confirme chaque jour. Tous ces cas et quelques autres que nous avons signalés , peuvent donc être envoyés à Bagne res pour y obtenir une guérison, qui le plus ordinairement se refuse à une foule d'autres traitemens fort variés. Si les eaux minérales de Bagnères ont l'avantage de pouvoir réparer, détruire tous les accidens produits par le rhumatisme chronique, dans telle ou îclle espèce donnée , la dernière observation , qui offre la preuve d'un traitement qui fut fatal , suffît pour convaincre que soit dans l'administration des eaux à l'intérieur ou à l'extérieur , il ne peut pas être permis, sans danger, à aucun malade, de s'en rapporter à son inexpérience, ou à celles des personnes qui n'ont pas fait une étude particulière de l'emploi des eaux minérales , de quelque nature qu'elles soient.
Pour peu que l'on ait réfléchi sur les diverses
propriétés des eaux de Bagnères, on sera forcé de convenir que leur nature est bien faite pour combattre avec succès les cas de rhumatisme pour lesquels on y a recours , et pour lesquels y ont eu et y ont , chaque jour , recours les médecins les plus exercés dans leur administration. On a vu qu'aucune eau minérale irritante, ou qui pourrait exalter le système, ne peut être employée dans le rhumatisme chronique. Car il faut convenir, avec Cullen, que daus le rhumatisme aigu, de même que dans celui qui est chronique, il existe toujours une diathèse inflammatoire, plus aiguë dans le pre* mier et beaucoup plus lente dans le second. Or, dans le rhumatisme de ce dernier genre , les remèdes qui rétablissent ou qui facilitent l'action des mouvemens intérieurs à l'extérieur, et qui peuvent contribuer à débarrasser les premières voies des matières qui les surchargent, sont les seuls qui conviennent. Les eaux salines thermales et les ferrugineuses de Bagnères satisfont puissamment à cette double indication. Ceci n'exclut ni les autres secours de l'art , ni ceux tirés de la diététique,, ni d<; l'hygiène; moyens que nous ne saurions trop faire valoir , moyens employés souvent avec succès dans ces sorles d'affections, comme dans la plupart de celles qui sont soumises à
l'action des eaux minérales. Le caractère du rhumatisme chronique décide sur le choix de la nature des eaux minérales dont on devra faire usage. Si les bains chauds, si les douches seraient nuisibles au commencement de la maladie, lorsqu'elle est encore aiguë, parce qu'ils ne feraient qu'augmenter l'impétuosité du sang dans les vaisseaux, on a vu que l'un et l'autre sont fort avantageux , toutes les fois que l'atonie des parties succède à la durée du spasme ou à celle de la douleur.