CHAPITRE XIX
Catarrhe pulmonaire.
Si à tout âge on peut être atteint par un catarrhe aigu, on peut aussi , a tout âge, avoir un catarrhe chronique : or , ce n'est que de cette dernière espèce dont il peut être ici question. N'ignorant pas que les confins de cette maladie et de la péripneurnonie se touchent, nous serons aussi fort réservé sur les cas rares qui peuvent trouver quelque soulagement , et parfois guérisou, par les eaux de Bagnères. On ne peut se refuser d'admettre que lorsque les symptômes de l'affection inflammatoire catarrhale pulmonaire ont cessé, la toux, l'expecto-
ralion muqueuse, la faiblesse des poumons peuvent encore subsister long-temps et devenir chroniques. Ne voit-on pas tous les jours des personnes délicates et d'un tempérament lymphatique sujets à des catarrhes pulmonaires fréquens, sur-tout dans les saisons où cette maladie règne le plus communément , perdre de jour en jour leurs forces vitales , celles spécialement des poumons, par l'habitude d'une expectoration ou excrétion catar rhale surabondante? Dans ces circonstances la structure des parties change , les membranes muqueuses et même le tissu des poumons peuvent finir par s'altérer sans suppuration prononcée. Le marasme peut alors s'emparer des malades, et une sorte de phthisie fatale en être la suite.
Tout catarrhe aigu qui attaque certains tempéramens délicats, et sur-tout les personnes du sexe qui sont sur le retour d âge et celles qui sont caduques, peut devenir chronique , dégénérer en une toux opiniâtre , et acquérir cette disposition précise , qui peut être combattue avec succès par certaines eaux minérales et par celles de Bagnères. C'est donc uniquement lorsqu'il ne doit plus être question de diathèse inflammatoire qu'il est possible d'aller chercher au loin des moyens pour dissiper les
approches de plus grands dérangemens. Comme loutes les autres maladies pour lesquelles on a recours aux eaux minérales , de quelque nature qu'elles soient, il convient donc de les analyser , de les considérer dans leur état de simplicité, comme dans celui où elles présentent des complications. Si de pareilles distinctions sont faites pour donner une idée précise de la maladie dont il s'agit, pour la bien connaître, elles le sont bien autant pour déterminer les principes du traitement. La toux habituelle étant un symptôme qui accompagne toujours le type principal du catarrhe, c'est-à-dire l'excrétion augmentée des glandes bronchiques, ce n'est que comme appartenant, dans l'état de faiblesse des parties , aux organes malades , que nous conviendrons qu'elle est susceptible d'être traitée par le régime de certaines eaux minérales.
Plus on cherche à approfondir les causes prédisposantes du catarrhe, plus on se convainc que dans ses deux états d'aigu ou de chronique, il existe le plus souvent une faiblesse originelle ou acquise qui dispose à son invasion. Une augmentation de mucosités ou de fluides de la membrane muqueuse des bronches et de leurs ramifications dans les poumons, constitue sa cause prochaine ou in>
médiate. Plus l'expectoration muqueuse cle-^ vient abondante, plus la faiblesse des poumons et du sujet augmente, au point qu'elle peut être suivie d'hydropisie , de diarrhée et d'atrophie.
C'est donc lorsque le catarrhe aigu a parcouru sa marche ordinaire, ses périodes; c'est lorsque ceux qui en ont été frappés continuent à éprouver un mal-aise de la poitrine , qu'ils se plaignent d'un état de langueur, de défaut d'appétit, de défaut habituel de sommeil , qui même, lorsqu'il a lieu, n'est jamais réparateur; c'est, dis-je , dans ces circonstances bien caractérisées , que le changement d'air, que les voyages , que l'exercice à cheval et plusieurs natures d'eaux thermales, ou simplement minérales, peuvent convenir. Ces moyens, qui sont si puissans pour obtenir la guérison des catarrhes anciens chez les personnes affaiblies, deviennent bien plus utiles et même nécessaires lorsqu'on veut empêcher les récidives. Tout doit alors tendre à fortifier le système. Pour préciser de plus en plus , pour borner de plus en plus , sous le rapport du traitement du catarrhe , l'efficacité des eaux de Bagnères, je vais citer deux observations de guérisons heureuses dans ce genre.
Ire. Observation. — M. C. , âgé de trente-six ans, d'un tempérament pituiteux et sanguin , avait eu, dans sa vie, plusieurs rhumes, lorsqu'au commencement de l'hiver de 1824 il fut atteint d'un catarrhe pulmonaire qui , par degrés insensibles, augmenta beaucoup la difficulté de respirer. La toux fut souvent aggravée par des quintes violentes. La perte d'appétit , une légère douleur de côté et quelques stries sanguinolentes s'étant manifestées dans les crachats 3 qui chaque jour devenaient plus épais , muqueux , abondans et blanchâtres, on fit appliquer douze sangsues à l'anus , parce que le malade avait eu plusieurs fois les hémorrhoïdes. Les phénomènes d'oppression disparurent bientôt; la facilité de se coucher latéralement., et celle de goûter plus facilement quelques heures de sommeil, eurent lieu. La toux devint plus calme, mais néanmoins continua à des intervalles plus éloignés. Des sueurs générales ajoutèrent, durant quelques nuits , au soulagement du malade, qui se crut presque guéri. Aux boissons adoucissantes , calmantes , légèrement diaphoniques , succéda l'usage de quelques sucs de plantes chicoracées , du lait d anesse , des bouillons de colimaçons, qui rétablirent la santé du malade. A peine l'automne fut-elle arrivée, que le catarrhe reparut avec autant d'intensité
qu'auparavant. 11 fut encore apaisé, à-peuprès , par les mêmes moyens que l'année précédente. Mais la toux , mais l'expectoration , mais la faiblesse générale persistant , l'œdème des extrémités inférieures s'étant manifesté , on l'envoya à Bagnères. A son arrivée, le catarrhe pulmonaire continuait à tourmenter le malade, peut-être avec plus d'intensité qu'autrefois , à cause de la fatigue occasionée par le voyage. La poitrine n'était cependant pas douloureuse. La bouche était pâteuse et l'appétit à-peu-près nul. La constipation existait. L'œdème des extrémités inférieures , permanent le jour, se dissipait néanmoins la nuit. Après deux jours de repos, nous fîmes prendre, le matin à jeun , deux verres d'eau de Salut, qui procurèrent une selle. Le lendemain , le même moyen en produisit deux autres , le troisième autant. L'appétit parut renaître, et la bouche devint meilleure. L'oppression continuant , un vésicatoire fut appliqué au bras gauche et dix sangsues à l'anus. Dès le douzième jour , nous passâmes à l'usage des eaux de Labassère , coupées tantôt avec le lait , tantôt avec l'eau de gomme. L'appétit se soutint plus que jamais , et de jour en jour on s'aperçut de la diminution delà toux. L'expectoration devenait aussi moins abondante. Des hemorrhoïdes se manifestèrent.
Ce Tut alors que la poitrine en parut beaucoup plus soulagée. Comme elles n'étaient point fluentes , nous fîmes encore appliquer quelques sangsues. La boisson d'eau sulfureuse ayant été continuée durant près de deux mois , et pendant le troisième le malade les ayant bues pures, l'œdème des extrémités se dissipa. Les poumons se fortifièrent au point que le catarrhe disparut totalement. Le traitement des eaux , secondé puissamment par les moyens hygiéniques dont le malade fit un usage raisonné durant trois mois de séjour à Bagnères , acheva de consolider si bien sa santé, que nous avons appris que l'hiver suivant , il n'avait plus eu de récidive.
II8. Observation. — Mademoiselle D. M ,
âgée de douze ans, ayant une constitution délicate et un peu lymphatique, avait été sujette à des rhumes dans les saisons où celte affection se développe plus communément. L'hiver de 1820, elle fut plus tourmentée par un catarrhe pulmonaire , qu'elle ne l'avait été les années précédentes. La toux persistant , l'expectoration étant toujours abondante , muqueuse, épaisse et blanchâtre , l'appétit finit par diminuer de jour en jour. Une faiblesse générale suivit le mal-aise chronique des poumons. A ces phénomènes s'en joignait encore
un , qui aggravait beaucoup l'inquiétude de la malade et celle de son intéressante famille. Elle avait un ganglion lymphatique de la grosseur d'une noix, à l'articulation huméro-cubitale gauche, qui gênait si fort les mouvemens , que, depuis plusieurs mois, l'avant-bras en était habituellement à demi -fléchi. Son extension était devenue impossible.
Arrivée à Bagnères dans l'état que nous venons de décrire, elle prit d'abord, à jeun, deux verres de l'eau de Labassère , coupée avec un tiers d'eau de gomme ^ la nourriture fut fort légère. L'appétit s'étant manifesté, nous prescrivîmes des alimens un peu plus solides, à mesure que l'estomac reprenait des forces, soit à la faveur des eaux , soit à celle des moyens diététiques et hygiéniques. La toux devenant moins fréquente, les crachats furent moins abondans. La poitrine se fortifiait de jour en jour, et tous les accidens s'apaisaient. Nous prescrivîmes, pendant quelque temps l'eau pure de la même source. Environ six semaines après ce traitement, lorsque nous eûmes acquis la certitude que les poumons avaient repris leur force et leur énergie naturelles, que le catarrhe n'existait plus, ce fut alors qu'après quelques jours de repos les forces de mademoiselle D. M... étant assez bien réparées, nous fîmes diriger, sur l'articu-
lation affligée d'un ganglion, durant douze minutes, une douche de l'eau de laGutière. A cette époque nous continuâmes encore l'eau minérale de Labassère en boisson , mais à des doses variées , conformément aux dispositions de mademoiselle D. M Vingt-quatre pintes d'eau minérale et douze douches suffirent pour faire disparaître le ganglion et le catarrhe. Mademoiselle D. M se retira dans son pays natal,
jouissant d'une meilleure santé qu'elle n'avait jamais eue auparavant.
Réflexions. — Un des changemens les [dus notables produit par le concours des causes que nous avons assignées pour produire le catarrhe, est celui qui, de l'aveu de tous les savans médecins , a rendu la constitution pituiteuse ou catarrhale, plus commune qu'elle ne l'était autrefois. Nous voyons, en effet, que toutes les circonstances qui peuvent la favoriser se rencontrent réunies dans le nombre des causes qui nous paraissent avoir agi sur l'espèce humaine pour la changer en l'affaiblissant. Veut-on examiner en détail les causes extérieures qui occasionent les maladies attachées à celte constitution, qu'on les cherche parmi celles qui concourent à énerver le tempérament et à introduire une débilité relative
dans le système des forces , et plus encore dans celui d'un organe originairement faible ou délicat; telles sont la fin de l'automne et le commencement de l'hiver , une température froide et humide , l'habitation des pays constamment environnés de nuages brumeux , les excès dans le régime, l'usage des alimens farineux , des substances molles , flatueuses et difficiles à digérer , etc. S'agit -il de connaître les dispositions qui y préparent , ce n'est point à la nature du tempérament des malades dont je viens de tracer les histoires catarrhales que je prétends seulement en appeler pour juger ou décider cette question , mais bien à la raison publique de tous les hommes instruits. Toutes les dispositions qui préparent à l'invasion des catarrhes pulmonaires portent l'empreinte de l'affaiblissement qui les caractérise, lorsqu'elles sont formées. Aussi, les maladies de ce genre affectent- elles plutôt les femmes que les hommes, celles qui sont délicates, élevées trop mollement, plutôt que celles qui mènent, en plein air, une vie active , frugale et laborieuse; et si elles affectent aussi trop souvent les hommes de tout âge , c'est parce qu'ils s'écartent de la vie naturelle de l'homme, et qu'ils se rapprochent, par leur faiblesse originelle ou acquise , de celle de la
femme énervée. Une autre preuve non moins forte de la prédominance de la diathèse asthmique des affections catarrhales aiguës ou chroniques , c'est qu'elles régnent plutôt parmi les enfans et les vieillards que parmi les personnes qui sont dans la vigueur de l'âge. Les constitutions fermes et robustes en sont exemptées , tandis que les tempéramens faibles et délicats en éprouvent de fréquens retours. Or, puisque l'ensemble des signes qui annoncent les affections pituiteuses catarrhales ne laisse aucun doute sur l'affaiblissement dont elles s'accompagnent , nous croyons fermement que rien n'est plus encore capable de démontrer cette même faiblesse dont nous pourrions ici accumuler un grand nombre de preuve* , que la nature des moyens qui peuvent la prévenir, avant qu'elle soit formée, ou la dissiper une fois qu'elle est établie. Ces moyens, qu'on ne croie pas que nous les bornions à l'usage des eaux minérales toniques ; ces moyens sont ceux qui sont propres à fortifier toute l'habitude du corps et à donner aux poumons en particulier l'élasticité , la force de contractilité de vie qu'ils ont perdue. Tout ce qui peut fortifier, sans charger les organes digestifs d'un poids inutile et incommode, toutce qui au moral peutdéciderà développer les force? vitales, tout ce qui au phy-
sique aide à la restauration , reconforte l'économie entière, devient utile. Sans nous permettre d'entrer, sous ce rapport , dans de plus grands détails, nous terminerons cet article en ajoutant que la raison, d'accord avec l'expérience , avec l'observation , prouve que les eaux minérales toniques , et l'ensemble de tout ce qui concourt à favoriser leur action, doit nécessairement apaiser, détruire les affections catarrhales , pulmonaires , chroniques, et empêcher leur récidive, sur-tout lorsqu 'après avoir été soulagés et instruits par les bons effets des différens moyens diététiques et hygiéniques que l'on fait mettre en usage aux buveurs d'eau , ils en profitent, dans la suite, pour continuer à se soumettre au régime salutaire qu'ils ont suivi avec tant de succès. Eu se rendant aux eaux minérales , les malades ne se soustraient-ils pas à l'empire de toutes les influences délétères qui les ont affaiblis? Pourrait-on, dès-lt>rs , s'étonner de ce que les espèces de catarrhes que nous avons désignés aient été guéries et puissent souvent être guéries par les eaux minérales ? Nous ne pouvons ignorer que si la jeunesse , si l'âge viril, ont tout espoir de guérir un catarrhe pulmonaire , nous avons trop souvent lieu de confirmer la remarque d'Hippocrate sur la difficulté extrême de pouvoir vaincre ou combattre avec
succès les catarrhes qui surviennent dans la vieillesse , et sur-tout lorsqu'un état marqué d'asthénie les rend comme interminables 3 malgré l'usage des excitans et des toniques.