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OBSERVATIONS
OBSERVATION XX
Fièvres intermittentes antérieures. - Traitement par le sulfate de quinine. Toux nerveuse opiniâtre. - Traitement par le seigle ergoté.
La malade qui fait le sujet de cette observation, est une jeune fille, aujourd'hui âgée de 19 ans, à laquelle j'avais donné des soins, à diverses reprises, notamment il v a deu.x ans (< pour des fièvres tierces parfaitement caractérisées et des plus sunples. Le traitement par le sulfate de quinine avait promptement fait justice de ces fièvres, et cette jeune fille a toujours joui, depuis cette époque, d'une santé excellente.
Le 29 novembre 1872, on me fait appeler, près d'elle et 1 on m'apprend qu'elle tousse, depuis trois semaines environ. Des le début, la toux avait un timbre de raucité toute particulière qui avait déjà frappé les parents de cette jeune fille; mais, depuis huit ou dix jours, elle était devenue encore plus stridente et plus forte, avait acquis une sorte de resonnance caverneuse. Cette toux, dont j'ai observé aajourdhui un grand nombre d'exemples, et que j'ai déjà décrite, dans mon travail sur ÏImpaludisme (page 1641 est tellement caractéristique, elle s'associe d'ailleurs' si souvent aux fièvres palustres et se modifie si bien, sous l'influence de la quinine, que je la regardais presque comme caractènsuque d'une fièvre larvée, et que je l'appelais, pour cette raison, toux à quinine.
Or, dans le cas spécial qui nous occupe, les antécédents si nets de fièvre palustre, chez notre jeune fille, ne pouvaient me laisser aucun doute, sur la nature de cette toux d ailleurs si caractéristique, et l'expérience déjà acquise" par de nombreux cas semblables, m'autorisait à regarder comme certaine l'efficacité du sulfate de quinine, dans ce cas. L auscultation et la percussion ne me révèlent, d'ailleurs, rien d'anormal dans la poitrine.
Or, partant de cette donnée et voulant essayer, par com-
OBSERVATIONS
paraison, le seigle ergoté, je prescris 6 grammes de ce médicament, en huit paquets. A prendre deux paquets, matin et soir, dans du pain azyme.
Le 1 er décembre, je revois notre jeune malade, qui a pris six paquets de poudre et se trouve déjà mieux. La toux qui conserve encore un peu de sa raucité caractéristique' est infiniment moins stridente qu'il y a deux jours. Le sommeil, qui était, il y a quelques jours à peine, interrompu fréquemment par des rêves pénibles, a été plus calme et plus prolonge, les deux dernières nuits. La santé générale est d'ailleurs bonne, et je dois ajouter qu'elle n'était, pour ainsi dire, pa^ troublée, pendant toute la durée de cette toux nerveuse. Je prescris encore 6 grammes de seigle ergoté en huit paquets; à prendre, comme précédemment, deux paquets matin et soir. '
Le 3, c'est à peine si je reconnais ce timbre particulier de la toux qui m'en avait fait reconnaître la nature, lors de ma première visite; mais, je n'oserais certainement pas me prononcer, sur l'existence de ces caractères de la toux, si je ne ne l'avais entendue, pour la première fois, qu'aujourd Inn. Notre malade ne tousse plus d'ailleurs spontanément, et il faut la provoquera tousser fortement, pour distinguer une stridence très légère de la toux. Sommeil entièrement calme, les deux nuits précédentes; mêmes caractères stéthoscopiques négatifs, du côté de la poitrine. Je me borne à ïexpectation pure et simple.
Le 6, la toux n'offre plus la moindre raucité, et dès avanthier déjà, d'après les parents et la malade elle-même, il n'aurait plus été possible d'y rien distinguer d'anormal'. Il ■a donc suffi, de cinq jours et de quatre doses d'ergot de seigle, pour obtenir la disparition d'un symptôme que la quinine seule aurait pu nous procurer aussi rapidement.
J'ai eu occasion, depuis cette époque, de revoir plusieurs fois cette jeune fille, qui n'a plus eu le moindre retour de cette toux uerveuse.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XXI
. Fièvre quotidienne, avec tendance à la rémittence. - Toux nerveuse stridente. Traitement par le seigle ergoté.
Le 14 novembre 187-2, je suis consulté, dans mon cabinet, par une jeune fille de 36 ans, qui offre un type de cette toux stndente, forte et caverneuse, que j'appelais autrefois toux a quinine. J'apprends en même temps qu'elle se sent souffrante, depuis six semaines environ et que la toux dont elle est atteinte, m'a commencé qu'il y a un mois Elle a aussi, depuis une dizaine de jours, uue fièvre quotidienne qui commençait, les premiers jours, vers trois heures de 1 après-midi, pour se terminer à huit heures du soir Mais depuis quatre jours, cette fièvre, qui n'est pas d'ailleurs tres-forte, se prolonge toute la nuit et même jusqu'à sept ou huit heures du matin. Je pratique l'auscultation avec le soin le plus minutieux et ne découvre absolument rien d'anormal dans la poitrine. - Gastralgie habituelle, rêves ou cauchemars ou insommies fréquentes, pendant les nuits Cette jeune fille, toujours bien nienstruée, a eu ses dernières règles, il y a quinze jours.
Bien convaincu que la quinine agirait, dans ce cas trèsfavorablement, ne voyant d'ailleurs aucun inconvénient à essayer, par comparaison, le seigle ergoté, je prescris ce der nier médicament, à la dose de 4 gr. en quatre paquets. A pren dre un paquet, matin et soir, en deux fois et à une heure d'intervalle, l'un de l'autre.
Le 16. Je revois notre malade qui a terminé son dernier paquet de seigle, ce matin, et qui m'apprend qu'elle a mieux dormi, les deux nuits dernières et qu'elle n'a pas eu de cauchemars; sa gastralgie a également disparu. La fièvre a manque hier, et je trouve aujourd'hui la toux beaucoup moins forte et moins stridente qu'avant-hier. Même prescription : 4 gr. en quatre paquets, pour deux jours.
Le 18. Etat général meilleur, pas de gastralgie, et le timbre sonore et caverneux de la toux a presque entièrement dis-
OBSERVATIONS
paru. La malade ajoute seulement qu'elle a été reprise, hier au soir, de quelques frissons suivis d'un peu de fièvre dans la nuit. Mais, elle a, depuis hier matin, une fluxion dentaire au côté gauche de la mâchoire inférieure, et il est difficile de savoir si nous avons affaire à un retour de la fièvre primitive ou à une légère fièvre symptomatique de la fluxion dentaire. Quoi qu'il en soit, me plaçant au point de vue exclusif d'un retour supposé de fièvre palustre, seul cas où je puisse être utile, je prescris encore 4 gr. de seigle ergoté, en quatre paquets. A prendre deux paquets par jour.
Le 20. Notre malade vient me revoir et m'apprend qu'hier et avant-hier, elle a encore eu un peu de fièvre, à l'entrée de la nuit et que cette fièvre s'est prolongée, durant toute la nuit. Sommeil agité et interrompu par des rêves-. En outre, notre malade, qui est domestique, se fatigue beaucoup dans la journée. La fluxion dentaire ayant notablement augmenté, je fais suspendre la médication par l'ergot de seigle, et je conseille à la malade d'appliquer, sur la joue, des cataplasmes de farine de graine de lin, et deserincer la bouche, plusieurs fois par jour, avec une décoction de têtes de pavots. Je lui conseille également de se reposer et d'aller passer quelques jours à la campagne, pour pouvoir mieux se soustraire aux occupations journalières qui la fatiguent. J'oubliais de mentionner l'absence complète de raucité de la toux.
Le 26. La fluxion dentaire ayant commencé à diminuer, dès le lendemain de notre entrevue, la malade n'est pas allée à la campagne et s'est trouvée notablement mieux, quoiqu'elle se soit livrée à ses occupations habituelles. Mais, hier au soir, vers quatre heures, elle a été reprise de fièvre avec frissons au début et a été reprise de toux ; celle-ci présente de nouveau, quoiqu'à un très-faible degré, le timbre strident, qu'elle avait offert précédemment. Notre malade accuse encore de l'inappétence, de l'insomnie ou des rêves pénibles, en un mot les mêmes symptômes atténués qu'elle accusait, avant toute intervention médicale. Je prescris, en conséquence, 4gr. de seigle ergoté, en quatre paquets, pour deux jours.
OBSERVATIONS
Cette jeuue fille n'est, pas revenue me voir, et elle ne devait revenir d'ailleurs qu'autant qu'elle se trouverait encore souffrante. Mais, je dois ajouter ici, que je l'ai rencontrée vers les premiers jours de décembre. Or, j'ai appris qu'elle n était plus revenue, parce qu'elle s'était trouvée très-bien portante, à la suite de l'administration des derniers paquets La fièvre n'a plus reparu, dès le second jour du traitement c'est-à-dire depuis le 27 novembre, et les forces n'ont pas tardé à revenir.
Depuis cette époque, j'ai bien des fois rencontré cette jeune fille qui continue à jouir d'une excellente santé.
OBSERVATION XXIL
Signes prémonitoires de phthisie pulmonaire. —Traitement par le seigle ergoté.
Le 9 novembre 1872 , je suis appelé près d'une jeune femme, âgée de 22 ans, qui éprouvait, depuis trois mois, des troubles fort inquiétants de la santé générale. Ces troubles devenaient d'autant plus alarmants, que les ressources les plus variées de la thérapeutique avaient été épuisées sans succès, contre cet état et que notre malade avait eu une sœur, morte phthisique, après avoir présenté toute la série des symptômes qu'elle éprouvait elle même.
Voici en quoi consistaient les principaux de ces troubles : Vers les premiers jours d'août dernier, notre malade avait perdu l'appétit, ses fonctions digestives étaient devenues languissantes, d'où était survenu un amaigrissement progressif, joint àun étatde langueur, sans lésion explicative.A cet état n'a pas tardé à se joindre une douleur à peu près permanente de la région hypogastrique, ce qui avait fait attribuer un instant l'origine de ces symptômes généraux à une affection utérine commençante. Enfin, à partir de la seconde quinzaine d'octobre, une diarrhée continuelle, quoique peu abondante, se déclare et s'accompagne bientôt de coliques intestinales, suivies de l'expulsion de quelques glaires sanguinolentes.
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Qu'on joigne à tous ces troubles un état habituel d'insomnie et l'apparition d'une petite toux sèche, coïncidant avec le début de la diarrhée à forme dysentérique, et l'on aura le tableau à peu près complet des symptômes éprouvés par cette jeune femme. D'après l'avis exprimé par un excellent médecin, mais qui n'avait pas pu examiner complètement la malade, les parents appelaient tout particulièrement mon attention, sur l'existence possible d'une affection utérine qui aurait pu provoquer, par sympathie, cet alanguissement particulier des fonctions digestives et nutritives. Il n'y avait eu, jusqu'à ce jour, aucun trouble marqué de la menstruation, si ce n'est une certaine diminution de l'écoulement sanguin.
Cette supposition pouvant être fondée, j'explore l'utérus par le spéculum et le toucher et ne parviens à découvrir, dans cet organe, aucune lésion capable d'expliquer ce bouleversement complet de la santé générale. Une légère sensibilité du col au toucher et un peu de congestion, donnant heu a une légère augmentation de volume du corps de la matrice, voilà tout ce qu'un examen minutieux me permet de découvrir. Pour moi, qui avais assisté aux phases ini- ' tiale et terminale de la maladie de sa sœur, je trouvais, dans les deux cas, une telle similitude de symptômes, à la période correspondante des deux maladies, qu'avant tout examen des organes thoraciques, je regardais déjà comme imminent, le développement d'une tuberculose pulmonaire. La percussion et l'auscultation pratiquées avec le soin le plus extrême, ne tardent pas à me confirmer dans ces tristes pressentiments. Je constate, en effet, une légère submatité dans la région sous-claviculaire droite, ainsi qu'une obscurité assez marquée du murmure respiratoire, dans la même région. Je crois trouver également un peu d'expiration prolongée, dans la fosse sus-épineuse du côté correspondant.
Le rapprochement de ces divers signes, joint au souvenir de l'antécédent héréditaire déjà signalé, me fait porter un pronostic grave, dont je crois devoir faire part à quelques membres de la famille. L'insuccès avéré de la médication
OBSERVATIONS. igj
tonique ou reconstituante, sous toutes les formes, me fait songer a employer le seigle ergoté, à titre d'agent propre à décongestionner le poumon et à stimuler les fonctions digestives languissantes. Ce médicament me paraît encore indiqué, a un autre point de vue ; c'est qu'il peut exercer une action salutaire sur cette forme particulière de diarrhée dysentérique, dans laquelle je l'avais maintes fois employé avec succès d'après les indications de notre distingué collègue, le D Luton (de Reims)./, prescris, m ^Z t tgr.d ergot dessigle en deu* paquets . A prendre m paquet
ZIZ' r M l mrréS depai>l az, ' mc ^ m quatre doses, Lu deux le maton et deux Le soir, à une heure d'intervalle, l'un de
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apies les deux dernière». Ces troubles, qui ont suivi de près
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environ, après la dernière dose du matin, et ce soir, les ol
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'ion? Ï i emW ? mme " SUlVi ' ^ t0US POiUtS ' meS ***>+ mns et a pris 1 gr. par jour, pendant cinq jours consécu-
fafe, sans compter les deux grammes administrés le premier jour Chaque fois qu'elle a pris le médicament, elle a éprouvé de la gastralgie et des coliques intestinales, quoique à un degré tres-tolérable et ces douleurs se dissipaient une demi! heure environ après l'administration de la poudre d'ergot Mais, des le second jour où ce traitement a été institué je n ai plus eu a combattre les appréhensions de la malade touchant la nature et la portée des troubles qui l'avaieiU impressionnée, le premier jour. L'amélioration produite pa
OBSERVATIONS
ce médicament a été en effet si prompte et si merveilleuse que malade, parents et médecin avaient tous peine à y croire. Dès la première nuit, la toux a disparu et le sommeil est revenu, et en moins de quinze jours, tous les symptômes que j'ai minutieusement décrits ont entièrement cessé ; l'appétit, l'embonpoint et les forces ont graduellement progressé, an point que notre malade est passée, presque sans transition, d'un état fort alarmant à une santé des plus satisfaisantes. Je dois ajouter qu'après les six premiers jours de traitement, je n'ai administré la même dose que tous les deux jours, à trois reprises différentes, puis deux fois par semaine, et enfin une fois par semaine, pendant un mois environ, ce qui a porté la dose totale à 18 ou 20 gr. en deux mois. Il m'arrive même encore d'administrer, de loin en loin, une fois par mois environ, un paquet de seigle ergoté, à l'apparition du plus léger trouble, bien que cette jeune femme jouisse de toutes les apparences d'une bonne santé habituelle. A l'époque où elle était demoiselle, elle n'avait jamais été mieux portante qu'elle ne l'est aujourd'hui. J'ai vu cette jeune femme hier encore (25 février 1873), en allant visiter un de ses parents malade ; je puis donc assurer, de visu, que l'amélioration se maintient, ce qui ne m'empêche nullement d'envisager l'avenir, avec cette vive sollicitude dont la plus vulgaire prudence nous fait une loi de ne pas nous départir un seul instant.
J'oubliais de dire que les signes stéthoscopiques constatés au sommet du poumon droit ont complètement disparu.