H8 RECHERCHES SUR LES PROPRIETES
Eau froide. -Employée par tous les chirurgiens contre certaines hémorrhagies capillaires, provenant des plaies.
Arsenic - Vanté par M. Henri Hunt en Angleterre et par M. Burns, aux Etats-Unis (1).
Seigle ergoté. - Traitement classique, dans un grand nombre d hémorrhagies internes.
7° Maladie de Graves ou de Basedow :
Trois agents qui procurent de l'améliora tion dans cette affection (2).
Sulfate de quinine
Eau froide.
Arsenic.
Seigle ergoté. - Amélioration obtenue dans deux cas, l'un de
M. Willenbrand (3), l'autre de l'auteur (obs. 24 du présent
travail,
On pourrait, sans doute, pousser plus loin l'analogie des propriétés thérapeutiques de ces quatre agents. Mais en voilà assez pour montrer l'espèce de parenté qui relie, les unes aux autres, ces diverses propriétés thérapeutiques. Il ne nous paraîtrait nullement téméraire, d'après ces considérations, de conclure à une analogie d'action physiologique. Mais cette conclusion, que nous ne donnons ici que sous toutes réserves, a plutôt pour but d'appeler l'attention des physiologistes sur ce point.
Avant de quiter ce parallèle, qui se prête, comme on le voit, à bien des rapprochements inattendus, nous signalerons une nouvelle analogie dans les accidents produits par l'abus de ces mêmes agents.
(1) Dict. encyol. des se. méd , t. IV, p. 211.
(2) Voir Tr. de pathol. int., par S. Jaccoud, p. 673. Paris, 1870. (3)Arch. gin. de méd., XIII, 5° série, p. 732.
C'est ainsi que : 1° le séjour prolongé d'un membre dans l'eau très- froide produit la gangrène de ce membre; 2' l'empoisonnement par l'arsenic, d'après M, Delioux de Savignac (1), produirait parfois la gangrène du pénis, du scrotum et des grandes lèvres; 3° Xergotisme consiste surtout dans la. gangrène des extrémités; 4° le sulfate de quinine seul, qui n'a aucun méfait de ce genre dans son dossier, doit sans doute ce privilège à l'amertume extrême dont il est doué. ,
Si les succès de la propylamine, dans le traitement du rhumatisme, viennent à se confirmer dans l'avenir, si on arrive à prouver surtout, conformément à l'opinion de Winckler, que cette substance constitue le principe actif du seigle ergoté, il y aurait toute une série d'essais à faire, avec ce nouvel agent, essais qu'il est toujours bon de contrôler les t uns par les autres. Nous nous proposons, pour notre part, de l'employer dans quelques cas de fièvres palustres types, et nous saurons, de la sorte, si c'est bien à lui que le seigle ergoté doit ses propriétés thérapeutiques.
La connaissance de ces faits récents, touchant l'emploi de la propylamine dans le rhumatisme, nous a déterminé à ne pas retarder plus longtemps la publication de nos recherches. Il serait bien sin-
(I) Article Arsenic (thérapeutique) du Dict. encyc. des sc.méd., t. VI, p. 195.
Rv
gulier, en effet, qu'une théorie fausse nous eût conduit à supposer dans Y ergot de seigle , une propriété thérapeutique anti-rhumatismale , et qu'au même moment, par une coïncidence des plus heureuses, l'expérience clinique eûtrévélé F existence de cette même propriété anti-rhumatismale, dam un principe, contenu précisément dans le seigle ergoté. Le hasard seul ne nous paraissant pas capable de donner lieu à de pareilles coïncidences, nous avons cru voir, dans ce nouveau fait thérapeutique, une confirmation indirecte des idées de pathologie générale que nous venions d'élaborer, et que nous livrons aujourd'hui à la méditation de nos confrères. Puissent-ils trouver à leur tour, sur ce terrain thérapeutique, ordinairement si aride, le même attrait irrésistible que nous y avons trouvé nous-même ! Nos efforts ne dussentils aboutir qu'à leur faire accepter avec joie la tâche qui a dû parfois leur être bien ingrate, nous croirions encore leur avoir été de quelque utilité, et cette seule pensée suffirait à combler tous nos vœux.
OBSERVATIONS
WM
OBSERVATION 1
Congestions pulmonaires fréquentes, le plus souvent suivies d'hémoptysies. Efficacité rapide du sulfate de quinine dans une de ces congestions. Développement ultérieur d'une tubor culose pulmonaire. Mort.
Cette observation, une des plus précieuses qu'il m'ait été donné de recueillir, a contribué puissamment à modifier mes impressions, sur le vrai rôle thérapeutique qu'il convient d'assigner au sulfate de quinine. C'est elle qui a été le point de départ des recherches nouvelles qui font l'objet de ce travail.
Elle se rapporte à un jeune homme de 29 ans, né à Bruxelles, où il a toujours habité, lequel est venu à Pau le 18 août 1867, à l'occasion d'un deuil de famille. Se plaignant déjà d'une légère oppressiou, depuis une huitaine de jours, quand il est parti de Bruxelles, il voit cette oppression augmenter graduellement, sous l'influence des fatigues du voyage, des émotions pénibles causées par la maladie grave d'un de ses plus proches parents et des excursions qu il a faites dans nos montagnes.
5 septembre «1867. L'oppression croissante qu'il éprouve étant pour lui lmdice assuré d'une prochaine hémoptysie, il me fait appeler. Ce jeune homme avait eu, en effet à différentes reprises, des hémoptysies fort inquiétantes, et ce genre d accident avait toujours été précédé, chez lui, d'une oppression semblable à celle qu'il accuse en ce moment La première hémoptysie remonte au mois de janvier 1802
OBSERVATIONS
les principales qui se sont montrées dans la suite, sans tenir compte de quelques crachements de sang insignifiants, ont eu lieu en mars 'ou avril 1861 et à la même époque, chacune des deux années suivantes, c'est-à-dire en mars ou avril 1865 et 1866. Or, chaque fois qu'il a été pris de ces violentes hémoptysies, il a ressenti, quelques jours auparavant une forte oppression. C'est sous la dictée de notre malade que j'ai écrit tous ces renseignements.
L'examen minutieux auquel je me suis livré, le 5 septembre, me permet de constater une matité considérable siégeant à la base du poumon droit, tant en avant et en arrière que sur la paroi axillaire. Je trouve également, dans les points envahis par la matité, une absence complète du murmure respiratoire, sans râles d'aucune sorte, sans brochophonie ni égophonie. En outre, le bruit vésiculaire est notablement diminué dans toute la partie moyenne du poumon correspondant. Un moment, j'ai cru à un épanchement pleurétique , mais le défaut d'ampliation du côté droit de la poitrine, ainsi que l'absence de bruit skodiquo dans les régions sus et sous-claviculaires et la marche des symptômes, entièrement semblable à celle qui avait d'autres fois précédé des hémoptysies abondantes, m'ont fait admettre l'existence d'une Congestion pulmonaire. Je prescris une application de 10 sangsues, sur la partie postéro- inférieure du côté droit de la poitrine.
Le 6. Je revois notre malade qui me dit avoir obtenu quelque soulagement passager après l'application des sangsues; mais l'oppression est redevenue aussi forte qu'auparavant. De mon côté, je trouve que la matité et l'obscurité du murmure respiratoire remontent encore plus haut que la veille. Je prescris une potion avec il) centiarummes de kermès. A prendre par cuillerée à bouche d'heure en heure.
Le 8, au matin. Je trouve l'état local dans le statu quo, peut-être même aggravé, en ce sens que le champ de la respiration me paraît encore plus limité que les jours précédents. C'est alors que le malade me dit avoir remarqué que l'oppression, accompagnée de toux, augmente tous les
OBSERVATIONS
jours, de dix heures du matin à six heures du soir. Mais il y a toujours absence de fièvre ; le pouls n'a jamais dépassé Si pulsations, et la chaleur cutanée a toujours été et reste encore normale. En raison de l'insuccès complet du traitement déjà mis on usage et de la périodicité qu'on me signale, quoique colle-ci no soit pas très-accentuée,. je prescris 5 grammes de sulfate de quinine enW pilules. A prendre, chaque jour, à partir de ce matin, cinq de ces pilules, dont les trois premières immédiatement et les <leu.v autres une heure plus tard.
Le 10. Je revois notre malade qui a déjà pris l?i pilules, et se trouve infiniment moins oppressé qu'il ne l'était avant l'administration de ce nouveau traitement. Il respire beaucoup plus librement, a pu se lever hier, ce qu'il était incapable de faire les jours précédents, et a beaucoup mieux dormi, les deux dernières nuits. Loin donc de cracher le sang, comme il s'y attendait, il se trouve très-agréablement surpris d'éprouver ce soulagement qu'il n'avait jamais eu les fois précédentes, même après l'expulsion d'une grande quantité de sang. Je pratique la percussion et l'auscultation et je suis véritablement émerveillé du changement qui s'est opéré dans l'état local. La respiration s'entend, sinon librement, du moins d'une façon très-distincte, dans les trois quarts supérieurs de la oage thoracique; c'est à peine si je trouve une matité franche, mais non très-forte, comme précédemment, tout à fuit à la base du poumon, dans une étendue de 5 à 6 centimètres. L'existence antérieure d'une périodicité, même peu franche, jointe à la rapidité d'action du sulfate de quinine, me l'ont croire à l'existence d'une congestion pulmonaire d'origine palustre, hypothèse que je n'aurais pas osé concevoir jusqu'à ce jour.
Tous ceux qui ont su mettre parfois une ardeur juvénile à poursuivre des recherches, où le piquant de la nouveauté vient sans cesse stimuler la curiosité naturelle de leur esprit, ceux-là comprendront tout l'intérêt que j'attachais à cette observation. Une forme des plus rares de l'intoxication palustre, plusieurs fuis récidivée ot de provenance exotique, venue tout expressément à Pau pour le bonheur
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d'un humble praticien : un pareil régal pathologique n'est pas donné à tout le monde. Un malade lui-même qui s'extasie d'un succès aussi inespéré et semble prendre à tâche d'entretenir l'illusion dans l'esprit de son médecin, quelle plus belle perspective ! De quelle force d'âme ou de quelle vigueur d'esprit ne faudrait-il pas être doué pour résister à un tableau si séduisant !
Pour en finir avec cette première partie de notre observation, je dirai que, déjà le 1-4 septembre, le traitement ayant été régulièrement pris tous les jours, la respiration était redevenue tout à fait normale et qu'aucun artifice de percussion ou • d'auscultation n'aurait plus permis de reconnaître 'l'énorme congestion pulmonaire qu'on pouvait constater, huit ou dix jours auparavant. Notre malade est reparti le 16 septembre, pour Bruxelles, avec toutes les apparences d'une excellente santé.
Ici se termine la phase heureuse de cette observation, suivie, hélas ! d'une phase bien triste, à tous les points de vue et à laquelle je dois cependant d'avoir pu acquérir de nouvelles connaissances.
Après avoir passé près de deux ans et demi dans un excellent état de santé, notre jeune homme est repris d'une nouvelle hémoptysie, le 5 février 1870. Son mal ne faisant qu'empirer, Il revient à Pau, le 31 mars 1870, avec une phthisie pulmonaire confirmée du côté droit, le même côté primitivement envahi par plusieurs congestions successives et il succombe, le 15 avril suivant, aux suites de cette cruelle maladie.
Après ce triste dénouement, la nature et l'enchaînement des phénomènes morbides devenaient parfaitement clairs. Nous n'avions eu nullement affaire à des congestions pulmonaires d'origine palustre, mais bien à ces congé tions prémonitoires si communes, avant toute éclosion tuberculeuse des poumons. Il ressortait encore de ce fait une autre vérité générale dont il était bon de profiter, c'est que le sulfate de quinine, qui avait si merveilleusement dissipé l'une de ces congestions poussées à l'extrême, ne devait
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plus être considéré comme un agent spécifique, contre les affections palustres; ii n'était pas du moins spécifique, dans le sens qu'on attachait à ce mot.
Voilà comment cette observation, si instructive, a été le point de départ des nouvelles recherches que j'ai exposées dans ce travail.
OBSERVAVION II.
Hémoptysie grave et persistante. Traitement par le sulfate de quinine.
Un de nos honorables confrères étrangers, M. R..., c âgé de 28 à 30 ans, a contracté à la suite des fatigues de sa profession, une phthisie pulmonaire, dont le début remonte à peine à cinq ou six mois et qui a fait, en peu de temps, des progrès considérables. Au moment de son arrivée à Pau, vers le milieu de mars- 1872, notre malade avait déjà une vaste caverne, au sommet du poumon gauche.
Un mois plus tard, il est pris d'une hémoptysie (il en avait déjà eu une autre, mais moins forte, au début de sa maladie) qui continue sans interruption pendant trois semaines, lorsqu'il me fait demander pour la première fois, le 10 mai 1872. Malgré tous les traitements qu'il avait mis en usage : digitale, perchlorure de fer, ratanhia, glace, eau de LécheUe, ipéca, etc., l'hémoptysie n'avait pas cessé un seul jour de se reproduire, plus ou moins forte, depuis vingt jours. Depuis le S mai notamment, l'hémorrhagie avait revêtu un caractère véritablement inquiétant ; notre confrère évaluait à 2 kilogr. la quantité de sang perdu, du 5 au 40 mai, jour de ma première visite. Quelques heures avant mon arrivée, il venait de rejeter de S00 à 600 grammes de liquide qu'on' aurait pris pour du sang, tant la couleur en était uniformément rutilante; mais ce liquide devait nécessairement contenir une certaine quantité de crachats puriformes, provenant, de la caverne. Notre malheureux confrère, en proie à une anxiété bien légitime, ne parlait guère que par monosyllabes et portait, sur sa figure pale et ané-
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miée, les traces que laisse d'ordinaire une abondante déperdition sanguine.
Je prescris .3 grammes de sutfale.de quinine en 20 pilules. A prendre trois immédiatement ri drux pilules une heure plus lard (il était neuf heures du matinV Je recommande, en outre, de prendre trois autres pilules le soir à six heures, quelle que puisse être d'ailleurs l'amélioration obtenue. Et enfin, si, malgré ce traitement, l'hémorrhagie ne semblait pas perdre de sa violence, notre confrère devait prendre deux ou trois autres pilules dans la nuit.
■ Le lendemain matin, II mai, je revois notre malade qui m'annonce avec joie que l'hémoptysie avait notablement diminué, à tel point qu'il n'avait pas cru devoir prendre d'autres pilules dans la nuit; il avait pris les huit pilules (1 gram. 20) aux heures que j'avais indiquées. Le sang perdu depuis la veille était fort peu considérable, et la quantité expulsée ne pouvait certainement pas être évaluée à plus de 40 à 50 grammes.
Les mêmes doses sont administrées, aux mêmes heures, pendant cinq jours consécutifs, au bout desquels quelques crachats seulement étaient légèrement colorés par la présence d'un sang noir qui avait évidemment séjourné sur les parois de la caverne. Je supprime dès-lors les pilules du soir, mesure à laquelle notre malade ne se résigne qu'à grand'peine et je fais prendre par précaution cinq pilules (75 cenligr.) chaque matin pendant une semaine, puis quatre et trois pilules par jour, pendant la semaine suivante.
Ainsi cette forte hémorrhagie que j'ai traitée, pour ainsi dire, au plus fort de la crise, a considérablement diminué, dès le premier jour, pour cesser presque entièrement à la fin du troisième jour. L'hémoptysie ne s'est pas reproduite, mais notre malheureux confrère a succombé, le (i septembre suivant (1872), aux suites de sa tuberculisation pulmonaire. .
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OBSERVATION III
Fièvres intermittentes antérieures. Traitement par le sulfate de quinine. Fièvre double-tierce. — Traitement par le seigle ergoté.
La première malade à laquelle j'ai administré du seigle ergoté, pour des fièvres intermittentes, est une garde-barrière de la compagnie des chemins de fer du Midi, sur la ligne de Pau à Orthez; elle est aujourd'hui âgée de 43 ans.
Depuis le mois de juillet 1867, époque de mon entrée à M compagnie comme médecin, j'ai été appelé à lui donner des soins, à diverses reprises, tantôt pour des fièvres intermittentes, tierces ou quotidiennes, tantôt pour des bronchites rebelles qu'elle contracte très-facilement. Cette succession de bronchites m'avait fait même craindre, pendant quelque temps, le développement d'une tuberculisation pulmonaire qui ne s'est pas confirmée fort heureusement.
Comme j'ai gardé tous les livrets sur lesquels j'inscris, jour par jour, toutes les prescriptions faites à tous les employés de ma circonscription, ainsi que le diagnostic des maladies dont ils ont été atteints, j'ai pu retrouver sur ces notes un commémoratif précieux, pour le cas qui nous occupe. Je signalerai, en passant, une circonstance qui peut ne pas être entièrement dénuée d'intérêt, c'est que j'ai soigné également à diverses reprises son mari, cantonnier sur la ligne et sa fille aujourd'hui âgée de 19 ans.' Or, le mari a été plusieurs fois atteint de fièvres tierces, et la fille outre une fièvre rémittente rebelle qu'elle a eue en juillet et août 1867, a été soignée, plusieurs fois, pour des fièvres tierces et quotidiennes.
Je crois inutile de donner ici un relevé, jour par jour, des indications que je trouve dans mes notes. Je me bornerai à dire qu'elle a été atteinte de bronchite en mars 1869, mars 1870, janvier, mai 'et septembre 1871 et août 1872. Quant aux fièvres de différents types, tierces, quotidiennes ou doubles-tierces, elle en a eu en janvier et juillet 1868, avril 1869, octobre 1870, avril 1871 et janvier 187-2.
OBSERVATIONS
La dernière atteinte, qui a eu lieu, vers les derniers jours de septembre 1872, a été traitée par le seigle ergoté ; c'est le 2 octobre 1872 que cette femme vient me trouver et me demande de lui coupev ses accès de fièvre double-tierce dont elle est atteinte depuis une huitaine de jours. Je crois pouvoir me dispenser d'entrer dans les détails des accès, qui n'ont rien d'ailleurs de bien saillant, si ce n'est que le frisson est ordinairement assez court et la sueur peu abondante; c'est le stade de chaleur qui est le plus prolongé. Ces accès arrivent tous les jours, dans la matinée, de neuf heures à dix heures seulement; l'accès de fièvre est plus fort tous lès deux jours.
La nature de l'affection me paraissant, dans ce cas, incontestable pour tous les médecins, je songe à lui admistrer du seigle ergoté. Mais, en cas d'insuccès, et pour ne pas exposer notre malade à traîner sa fièvre inutilement, je fais une double,prescription, l'une de seigle ergoté, l'autre de sulfate de quinine : ce dernier médicament devait être substitué au premier, au bout de trois ou quatre jours, et même plus tôt, si la fièvre ne semblait pas modifiée. Voici donc la double prescription que je fais : 1° Pr. Sulfate de quinine 5 grammes.
Extrait de gentiane, q. s. '
F. s. a., 20 pilules.
2° Seigle ergoté récemment pulvérisé, 8 grammes. Divisez en quatre paquets.
A prendre un paquet par jour, en quatre fois, les deux premiers quarts le matin, aune heure d'intervalle l'un de l'autre, et les deux autres quarts le soir, de la même manière, le dernier quart devant être administré une demi-heure ou une heure avant le repas. Chaque prise de seigle devait être délayée dans trois ou quatre cuillerées d'eau pure.
7 octobre. Notre malade vient me revoir et m'apprend qu'elle a commencé le premier paquet d'ergot de seigle, e 3 au matin de bonne heure, ce qui n'a pas empêché l'accès (c'était le jour où l'accès devait être fort) de se montrer avec son intensité habituelle. Elle a suivi ponctuellement
OBSERVATIONS
ma prescription, et hier au soir elle a fini son dernier paquet.
Or, elle m'apprend que, dès le second jour, la fièvre a été coupée, c'est-à-dire que l'accès du 4 octobre a manqué, et depuis ce jour, aucun autre accès ne s'est montré. Elle a donc conservé intactes les 20 pilules de sulfate de quinine que je lui avais prescrites, en prévision de l'insuccès de l'ergot de seigle.
En me faisant ce récit, elle manifeste son étonnement d'avoir été si vite guérie, la fièvre n'ayantjamais cédé aussi vite quand elle avait pris de la quinine. Elle me demande si elle doit continuer à prendre cette môme poudre ou faire usage des pilules qui lui restent. Je lui conseille de ne rien faire du moment où elle se trouve en si bon état, tout en lui recommandant de revenir, dès que la fièvre reparaîtra et, dans ce cas, je lui redonnerais ces mêmes poudres dont elle s'est si bien trouvée.
Or, cette employée n'est pas encore revenue, quoiqu'il se soit écoulé plus de quatre mois, depuis qu'elle a suivi ce traitement.
Je crois pouvoir ajouter, en terminant, que ce silence est pour moi l'indice assuré qu'il n'y a pas eu de rechute, car elle ne pouvait avoir gratuitement de nouveaux médicaments qu'avec une de mes ordonnances, et elle n'aurait certainement pas manqué de venir me retrouver, comme elle l'avait. fait si souvent autrefois, si son état de santé lavait réclamé (1).
Ainsi donc, une dose de8 grammes de seigle ergoté prise en quatre jours a suffi pour couper un fièvre double-tierce, chez une femme qui avait eu, à diverses reprises, des fièvres, sinon graves, du moins tenaces, et, dès le second jour du traitement, la fièvre n'a pas reparu.
Les divers traitements que j'avais fait subir à cette ma-
(1) Le 17 février dernier (1873), j'ai revu le mari de cette malade, lequel m'a appris qu'il n'y avait pas eu la moindre rechute depuis l'administration des paquets.
OBSERVATIONS
lade, dans les atteintes antérieures, pouvant donner lieu à un rapprochement instructif, je crois devoir transcrire ici les prescriptions que j'ai faites à diverses reprises et que je relève sur mes notes :
En janvier 1868, j'ai prescrit 6 gr. de sulfate de quinine.
De juillet à septembre 1 868, 9 gr. de sulfate de quinine et 25 gr. de liqueur de Fowler.
En avril 1869, 6 gr. de sulfate de quinine.
En octobre 1870, 6 gr. de sulfate de quinine et 5 centigr. d'arséniate de soude.
En avril 1871 . 3 gr. de sulfate de quinine.
En janvier 1872, 6 gr. de sulfate de quinine et 5 centigr. d'arséniate de soude.
OBSERVATION IV
Fièvres intermittentes antérieures. Traitement par le sulfate de quinine. — Fièvre tierce. Traitement par l'ergot de seigle.
P..., 42 ans, cantonnier à Lescar, employé à la compagnie des chemins de fer du Midi, vient me trouver, le 8 octobre 1872, pour des accès de fièvre tierce.
Antécédents. — En juin 1868, fièvre rémittente, 6 gr. de sulfate de quinine.
Du 16 octobre au 15 novembre 1868, fièvre tierce, 6 gr. de sulfate de quinine.
Du 30 septembre au 9 octobre 1870, fièvre tierce, 9 gr. de sulfate de quinine.
Du 5 juillet au i" août 1871, fièvre tierce et rémittente, 12 gr. de sulfate de quinine.
En décembre 1871, fièvre quotidienne, 3 gr. de sulfate de quinine et 10. centigr. d'arséniate de soude.
En mai 1872, fièvre quotidienne, 6gr. de sulfate de quin.
En août 1872, fièvre tierce, 3 gr. de sulfate de quinine. > Le i octobre suivant (1872;, il est repris d'un accès de fièvre avec frisson suivi de chaleur et de sueur. Le 6 octobre, nouvel accès aussi bien caractérisé, et le 8 octobre, il
OBSERVATIONS
vxent dans mon cabinet où il est pris (vers midi), en ma présence, du frisson initial de la fièvre, avec claquements de dents. Nous avons donc affaire, chez ce malade, à un cas type de fièvre tierce.
Je prescris 8 grammes de seigle ergoté, récemment pulvérisé en quatre paquets. A prendre un paquet, par jour, en quatre doses, comme dans le cas précédent. Les deux premières doses, c est-a-dire la moitié du premier paquet, seront prises ce soir.
Le 12. Ayant eu occasion de passer à proximité de sou habnatmn, je vais le voir, et je le trouve dans un champ voisin, aidant quelques ouvriers à un travail agricole peu pénible. Le malade m'apprend que l'accès du 10 a manqué et qu'il a été remplacé, à l'heure habituelle de la fièvre (midi environ), par un malaise de courte durée. Quant à l'accès d'aujourd'hui, il a également manqué, et pas le plus petit trouble n'est survenu à l'heure de la fièvre. L'appétit et le sommeil sont revenus : le dernier paquet a été fini ce matin. Je prescris une bonne alimentation et suspends tout médicament ; mais je recommande h notre malade de me prévenir, dès qu'il verra apparaître le moindre indice d'un retour fébrile.
Le U. Il vient me trouver dans l'après-midi en me disant qu'il a éprouvé un léger malaise aujourd'hui même, vers midi, et que ce malaise lui fait craindre un retour de la fièvre pour après-demain; il est donc venu, pour me demander les mêmes poudres que je lui avais données les jours précédents. Afin de mieux connaître son appréciation, sur l'effet du remède, je lui dis que ces poudres ne suffiraient sans doute pas à lui couper la fièvre et que j'allais lui donner de la quinine. Il répond à cela que, si je riy vois pas d'inconvénient, il aime mieux tes poudres, parce qu'elles lui ont fait autant de bien que la quinine et que d'ailleurs elles sont plus faciles àprendre. Je prescris donc, comme j'en avais l'intention du reste, 6 grammes de seigle ergoté en trois paquets. A prendre un demi-paquet ce soir, puis un paquet par jour. Le 18. Il revient dans l'après-midi et me dit qu'il a eu un léger accès, le 16, et que l'accès d'aujourd'hui a été beau-
OBSERVATIONS
coup plus fort : au moment où je le vois, vers trois heures, il a la peau brûlante et le pouls est à 112. J'augmente la dose de seigle ergoté et je prescris 12 gr. en quatre paquets. A prendre un paquet par jour.
Le 26. Il vient chercher son bulletin, pour reprendre son service demain, tout employé malade ne pouvant reprendre son travail qu'après s'être muni d'un certificat délivré par le médecin. Notre malade se trouve très-bien portant ; il n'a eu qu'un accès le 20, et encore cet accès a-t-il été très-léger et beaucoup plus court que ses accès habituels.
16 novembre. Il me fait savoir qu'il n'a plus eu d'accès de fièvre, mais qu'il a de temps à autre, quelques petits frissons, ce qui lui fait redouter l'imminence d'un retour de fièvre. Il me fait donc prier de lui indiquer ce qu'il doit faire pour prévenir ce retour. Je prescris de nouveau 12 gr. de seigle ergoté en quatre paquets ; à prendre un paquet tous les deux jours.
Enfin, le 20 décembre, se croyant de nouveau menacé d'un retour de fièvre, quoiqu'il n'ait eu aucun accès depuis deux mois, il me fait demander du seigle ergoté dont il se serait mieux trouvé que de la quinine qu'il prenait autrefois. Je prescris encore 12 gr. en quatre paquets ; à prendre un paquet, tous les irois jours.
Depuis cette époque, il ne m'a plus rien fait demander, et j'ai su indirectement que ses accès n'ont pas reparu et qu'Use porte à merveille.
C'était le second cas dans lequel j'administrais le seigle ergoté dans les fièvres, et je reste convaincu aujourd'hui que si j'avais administré d'emblée 3 gr. par jour au lieu de 2 gr., nous aurions évité la petite rechute qui a eu lieu du 16 au 20 octobre.
OBSERVATION V
Fièvre tierce rebelle. Traitement par le seigle ergoté.
Pierre G..., ouvrier boulanger, âgé de 17 ans, d'une apparence chétive, porte, sur ses traits, l'indice certain d'une in-
OBSERVATIONS
fection palustre déjà ancienne; la peau du visage offre, en effet, cette coloration jaunâtre particulière qui dénote l'existence d'une infection de cette nature. Ce jeune homme vient me consulter, le 12 octobre 1872, pour des accès de fièvre tierce dont il est atteint, depuis le mois de juillet dernier.
Les premiers accès se sont montrés, vers le 20 juillet, • avec le type tierce le mieux caractérisé, et n'ont été parfois interrompus, depuis cette époque jusqu'à ce jour, que sous l'influence d'un traitement au sulfate de quinine, dirigé par intervalles contre la persistance de la maladie. C'est ainsi que cet agent, dont il ne peut pas m 'indiquer les doses, est donné, pendant trois jours consécutifs, vers la fia de juillet, et que la fièvre disparait, pendant une semaine. Du 7 au 2-4 août, nouveaux accès se montrant avec le même type et à peine mitigés par des doses de cinq pilules administrées, tous les deux ou trois jours.
Du 24 août au 15 septembre, cessation de la fièvre, quoique le traitement n'ait pas été continué, mais l'inappétence et la faiblesse persistent, ainsi que le teint cachectique. Le 15 septembre et jours suivants, retour d'accès violents qui ne cèdent que vers la fin du mois à l'administration du sel fébrifuge pendant trois ou quatre jours consécutifs.
Du 1 er au 10 octobre, nouvelle disparition de la fièvre avec persistance des symptômes généraux, et enfin le 10 octobre, accès plus violent que les précédents; lequel est suivi d'un second accès de la même intensité, le 12 octobre. C'est immédiatement après la terminaison de ce dernier accès qu'il vient me trouver le même jour.
La fièvre avait commencé, à dix heures du matin, par un violent frisson accompagné de claquements de dents; la chaleur avait succédé au frisson, au bout d'une demi-heure et s'était prolongée jusqu'à cinq heures du soir, sans être suivie de sueur. Ce dernier stade a fait défaut dans la plupart des accès précédents; dans quelques autres, la peau a été légèrement sudorale. Mais dans tous, les deux premiers stades ont été nettement dessinés, et pendant près de trois
OBSERVATIONS
mois, le type tierce s'est toujours maintenu, à part les interruptions fébriles que je viens de signaler.
La rate paraît légèrement augmentée de volume à la percussion et déborde de 2 centimètres environ le rebord des ausses côtes gauches; il y a eu, à diverses reprises, de la douleur spontanée dans cette région. Je vois notre malade une heure environ (à six heures), après la terminaison de la fièvre, et je prescris pour ce soir même 75 centigr. de seigle ergoté récemment pulvérisé, à prendre en deux fois, à une heure d'intervalle, dans quelques cuillerées d'eaufroid'e. Je prescris également 1 gr. 50 c. de la même substance pour chacun des deux jours suivants. Dose totale : 3 gr 75 c. en cinq paquets ; à prendre un paquet matin et soir, en deux prises et à une heure d'intervalle l'une de l'autre. ^ Le U. Je revois notre jeune homme, à deux heures de l'après-midi, et j'apprends que l'accès est revenu ce matin, à neuf heures, mais qu'il a été beaucoup moins fort que les précédents, que le frisson notamment a été plus court et moins violent. Au moment de l'examen, chaleur cutanée modérée, pouls à 100. U reste encore un paquet de 75 cent, à prendre ce soir.
J'augmente les doses du médicament, pour les jours suivants, et je prescris 6 gr. en trois paquets; à prendre un paquet par jour, comme précédemment, seulement je charge le malade lui-même de diviser chaque paquet en quatre prises.
Le 16. L'accès a complètement manqué aujourd'hui- la physionomie de notre malade est bien meilleure, le teint moins jaune, l'appétit est revenu. Il lui reste un demi-paquet pour ce soir et un paquet entier pour demain. Je lui recommande de suspendre tout traitement, dès qu'il aura terminé ce dernier paquet, et je le prie de revenir me voir immédiatement, si la fièvre revient, ou seulement dans huit jours, si elle ne revient pas.
Le 24. Notre jeune homme revient me voir et se trouve à merveille; il n'a pas eu le plus léger accès fébrile, depuis dix jours, il a repris de l'embonpoint et de la fraîcheur. Appétit et sommeil revenus. A repris son travail dont il
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s'acquitte sans fatigue, reviendra me voir, dans huit ou dix jours, ou plus tôt, si la fièvre revient.
Le 30. Un nouvel accès est survenu hier à midi et a duré jusqu'à l'entrée de la nuit, et le type fébrile a changé, car la fièvre est revenue aujourd'hui à midi et a débuté, comme celle d'hier, par de violents frissons. Au moment où j'examine le malade, à deux heures de l'après-midi, je lui trouve la peau très-chaude, le pouls est à 128. Je prescris 8 gr. de seigle ergoté, récemment pulvérisé, en quatre paquet s; à prendre un paquet par jour; il prendra un demi-paquet ce soir.
Le 9. — Je rencontre le malade dans la matinée; et je trouve que le teint est redevenu pâle et anémique, quoiqu'il ne soit plus jaune et terreux, comme au début du traitement. Notre jeune homme m'apprend que la fièvre est revenue, le 3 1 octobre, de dix à quatre heures et qu'elle a été plus forte que les jours précédents. Il avait cependant pris la veille au soir, 2 grammes de seigle ergoté , au lieu de 75 centigrammes que j'avais prescrits. Chacun des trois jours suivants, c'est-à-dire les 31 octobre,- 1 er et 2 novembre, il a pris un paquet de 2 grammes. Or, aucun nouvel accès ne s'est montré, depuis celui du 31 octobre. Il aiepris son travail depuis quatre jours, quoique l'état des forces laisse encore à désirer.
Le- 22. — Quoique j'eusse recommandé à ce jeune homme de venir me voir, le 10 novembre, pour que je pusse l'examiner à loisir, il n'est pas revenu et il a pris, de son autorité privée, 1 gr. 50 centigrammes de seigle ergoté, le 10 et une dose égale, le 11 novembre. Depuis ce dernier jour, non-seulement il n'a pas eu de nouvel accès, mais, il a repris des forces et de l'embonpoint, le sommeil et l'appétit sont revenus, le teint est clair et la physionomie excellente. Il y a longtemps, me dit-il, qu'il ne s'est pas trouvé dans d'aussi bonnes conditions de santé. Je ne lui prescris aucun traitement; mais, je lui fais promettre de venir me voir, au moindre indice de retour fébrile. Or, voici deux mois et demi d'écoulés et je ne l'ai pas revu; la confiance qu'il me paraissait avoir dans le médicament, dont ilavait fait usage
OBSERVATIONS
avec succès, me fait espérer qu'il n'y aura pas eu de nouvelle rechute.
OBSERVATION VI
Fièvre tierce. Traitement par le seigle ergoté.
Le jeune S..., âgé de 7 ans, fils d'un cantonnier d'Artix sur la ligne du chemin de fer, a eu, à diverses reprises, des fièvres tierces, pour lesquelles je n'ai pas été appelé à le traiter. Il arrive en effet, qu'un certain nombre d'employés pour ne pas venir à la consultation réglementaire qui doit avoir heu à Pau, ont recours aux médecins qui exercent à proximité de leurs stations. Ces mêmes malades cependant surtout lorsque leur maladie se prolonge, viennent consulter, de temps en temps, le médecin de la compagnie, lequel a seul mission, hors les cas d'urgence, de leur donner des soins et de leur délivrer des ordonnances pour le pharmacien delà compagnie. C'est ce qui était arrivé notamment aux parents du jeune S... et cette circonstance nous explique comment je ne suis pas eu mesure de donner ici, comme pour d'autres malades, des renseignements exacts, sur les maladies antérieures.
Les seules indications que je trouve sur mes notes, sont les suivantes :
Le 14 août 1872, j'ai prescrit 1 gr. 20 de sulfate de quinine, pour une fièvre tierce, et le 29 août suivant, j'ai prescrit une dose égale; seulement les accès tierces avaient fait place à une fièvre rémittente.
Enfin, le 28 septembre suivant, retour du type tierce et nouvelle prescription de sulfate de quinine (2 grammes eu aO pilules).
Sous l'influence de ce dernier traitement, l'état de I enfant s'est promptement amélioré et est resté satisfaisant pendant six semaines environ.
Le 25 novembre 1872, on me ramène l'enfant qui vient d avoir trois accès francs de fièvre tierce, les 19 21 et "3 novembre. Ces accès se sont montrés, chaque fois à dix
heures du matin et ont présenté les trois stades, parfaitement caractérisés. Le 25 novembre, le quatrième accès n'est pas encore arrivé, au moment où j'examine l'enfant, à huit heures du matin. - Je prescris 3 grammes de seigle . ergoté récemment pulvérisé en quatre paquets, à prendre un paquet par jour, chaque paquet devant être pris le matin, en deux fois et à une heure d'intervalle.
Le l" décembre suivant, ou me ramène l'enfant que je trouve dans d'excellentes conditions de santé. On m'apprend que le 25 novembre, l'accès est revenu à l'heure habituelle (dix heures) , tout aussi fort que les précédents. Ce n' st que le 26 au matin qu'il a pris le premier paquet d'ergot de seigle, et les trois autres paquets ont été administrés, suivant ma prescription, les 27, 28 et 29 novembre. Or^ depuis le 25 novembre, aucun nouvel accès n'est survenu ' l'enfant n'a pas tardé à recouvrer le sommeil et l'appétit, il se porte aujourd'hui à merveille.
Je fais suspendre toute médication et recommande expressément aux parents de me ramener l'enfant, dès qu'il y aurait la moindre imminence d'un retour de fièvre. J'ai tout lieu de croire qu'ils n'auraient pas manqué de tenir leur promesse; car, ils paraissaient émerveillés de la rapidité avec laquelle les accès avaient été coupés, par ces paquets de poudre, et ils avaient fait revenir l'enfant, quoique très-bien portant, par ce seul motif que je les avais priés de me le ramener, après l'administration des paquets, quel que fût son état. Or, depuis cette époque, i" décembre, je ne les ai plus revus, ce qui est pour moi la preuve certaine qu'il n'y a pas eu de rechute. — J'ai su, en effet, par diverses informations que j'ai prises tout récemment (mars 1873), que l'enfant n'a pas été repris de fièvre, depuis le i" décembre 1872.
rt
OBSERVATIONS
OBSERVATION VII
Fièvre tierce aveo épistaxis; traitement par l'ergot de seigle. Fièvre tierce antérieure avec hémoptysie ; traitement par lé sulfate de quinine.
Ce fait est un des plus intéressants que j'ai recueillis non par la gravité des symptômes observés, mais par là netteté du résultat obtenu, et par la comparaison qu'il permet d'établir, entre l'action fébrifuge du sulfate de quinine et celle de l'ergot de seigle.
Ce cas se rapporte à une dame, aujourd'hui âgée de 32 ans et que j'ai soignée, ilya environ cinqans, d'une fièvre tierce, parfaitement caractérisée, s'accompagnant d'hémoptysie. Ce' dernier symptôme, quoiqu'il se montrât plus particulièrement, au moment des accès, m'avait vivement préoccupé, me faisant craindre l'invasion d'une tuberculisation pulmonaire, et l'absence d'antécédents héréditaires ne suffisait pas à me rassurer. J'avais pratiqué l'auscultation, à diverses reprises, et chaque fois, avec le plus grand soin, et je n'avaisjamais pu constater lemoindre indice d'unelésion pulmonaire commençante.
A cette époque, je ne connaissais pas l'action du sulfate de quinine, dans les hémoptysies indépendantes de toute diathèse palustre, et il me fallait trois fois l'assurance qu'il n'y avait rien dans le poumon, pour que j'osasse administrer ce médicament. Non pas, que j'en redoutasse quelque influence nocive; mais j'étais obligé de me tenir dans une grande réserve, touchant l'emploi de ce médicament, et je ne voulais pas m'exposer à passer pour confondre une phthisie pulmonaire avec une fièvre palustre. C'est pour ce motif que, dès le début, j'avais adopté, pour base de traitement, une prudente temporisation. Mais, en voyant que -es accès se répétaient toujours, avec le type tierce et que .'hémoptysie, sans être devenue inquiétante, redoublait à chaque accès fébrile et empiétait môme sur les intervalles d'apyrexie, je me décidai à administrer le sulfate de qui-
OBSERVATIONS
nine. Toutefois, ce ne fut pas sans prendre mes précautions envers la famille, et je déclarai que je n'allais diriger le traitement que contre la fièvre intermittente qui était ici parfaitement caractérisée. J'étais d'ailleurs bien convaincu, même à cette époque, que si le sulfate de quinine devait avoir une influence sur l'hémoptysie, cette iniluence ne pouvait être que favorable.
Or, mes prévisions ne tardèrent pas à se justifier; dès les premières doses du médicament, doses très-modérées du reste (0,60 et 0,75 centig. par jour) nou-seulement les accès fébriles diminuèrent d'intensité et finirent par disparaître, au bout de huit ou dix jours, mais encore l'hémoptysie cessa, dès l'administration de la cinquième dose, et elle ne s'est plus reproduite, depuis ce moment.
J'ai seulement persisté assez longtemps dans l'emploi du sel fébrifuge, en ayant soin d'éloigner de plus en plus les jours d'administration du remède. Je suis arrivé delà sorte à administrer 12 grammes de sulfate de quinine, dans tout le cours du traitement.
Or, depuis cette époque jusqu'à la fin de l'année dernière, cette dame s'était portée à merveille. La poitrine est toujours restée parfaitement saine, et rien de ce côté n'a été de nature à nous inspirer des craintes.
Telle a été la première phase de ce cas pathologique qui, on le voit, a été des plus simples : il s'agissait bien évidemment, dans ce cas, d'une hémoptysie liée à la diathôse palustre.
J'arrive maintenant à la seconde phase.
Le 24 octobre dernier (1872), cette même dame méfait appeler et m'apprend que, depuis trois semaines environ, elle a été atteinte d epistaxis fréquentes dont quelques-unes avaient été assez abondantes; hier et les deux jours précédents, elle a eu, chaque jour, un saignement de nez. En même temps, elle a été reprise de ses accès de fièvre tierce, ou plutôt ceux-ci n'ont apparu qu'il y a une huitaine de jours. Depuis le 17 octobre jusqu'à ce jour, vers deux ou trois heures de l'après-midi, un accès de fièvre peu intense,
mais très-Lien caractérisé, avec frisons et chaleur; à peine y a-t-il eu un peu de moiteur, sur le déclin des accès. Hier, elle a eu son dernier accès, dans la période de chaleur.
Ce cas ne me paraissant offrir aucune espèce de gravité, me semblait éminemment favorable à l'essai du seigle ergoté, dont j'avais déjà obtenu quelques résultats fort encourageants. Cette fois seulement, ce n'est plus contre mes propres appréhensions que j'ai eu à lutter, c'est contre le désir de la malade qui me demandait de la quinine, dont elle s'était si bien trouvée, il y a cinq ans.
A force de dialectique, je l'ai pourtant convaincue que la fièvre n'était ici que l'accessoire, qu'elle u'était due qu'aux saignements de nez dont elle avait été atteinte, et qu'il fallait d'abord se débarrasser de cet écoulement sanguin, que nous nous occuperions de la fièvre plus tard, s'il y avait lieu. Dans mon idée, le seigle ergoté devait suffire à tout, à couper la fièvre et à arrêter l'épistaxis, et je ne pouvais pas me promettre d'avoir souvent une occasion aussi propice, pour comparer l'action de ce remède à celle du sulfate de quinine. — Je prescris donc S gr. de sel ergoté récemment pulvérisé, en dix paquets ; à prendre deux paquets ce soir, à une heure d'intervalle l'un de l'autre, puis quatre paquets par jour, dont deux le matin et deux le soir.
Le 28. — Je revois notre malade qui m'apprend avec satisfaction que non-seulement les saignements de nez ne se sont pas reproduits, depuis ma dernière visite, mais même que la fièvre n'a paru ni le 25 ni le 27 octobre. Ce n'est pourtant que le 25 au matin, qu'elle a pu commencer les paquets ; elle les avait reçus trop tard le 24, pour pouvoir prendre les premiers le soir même. Le 25 et le 26, elle a pris deux paquets, matiu et soir. Elle ajoute qu'elle a oublié de prendre hier les deux paquets qui lui restaient, et elle attribue à cet oubli le retour de la fièvre qu'elle a constaté ce matin. Seulement, celle-ci n'a duré à peine que deux heures, au lieu de huit et dix heures qu'elle durait, aux accès précédents. Après la disparition de la fièvre, elle a pris un paquet à dix heures du matin, et se propose de
OBSERVATIONS
prendre le dernier, ce soir. Eile veut enfin savoir si elle peut continuer l'emploi du médicament, pendant ses règles qu'elle attend au premier jour. Je lui recommande d'en suspendre l'usage, vu l'amélioration notable qui s'est produite dans son état; elle me préviendra s'il y a lieu, une fois l'époque passée. En terminant cet entretien, elle paraît tout étonnée de s'être trouvée débarrassée de sa fièvre et me demande, si je lui avais administré ce médicament, dans le but de la lui couper. En médecin qui se respecte et qui ne doit pas varier dans ses opinions, j'ai maintenu ma première assertion, en ajoutant cependant que je tiendrai bonne note de ce fait.
Le 4 novembre, notre malade revient me trouver, pour savoir si elle doit reprendre le traitement. Ses règles sont venues, ces jours derniers, comme elle s'y attendait, et son état de santé est aussi satisfaisant que possible. Elle n'a pas eu le plus petit indice de fièvre et n'a pas eu une seule épistaxis. Je lui conseille, puisqu'il en est ainsi; d'attendre le retour des accidents, et de me prévenir, dès qu'il y aura soit un saignement de nez, soit un retour de fièvre.
Le -15, je rencontre par hasard notre malade qui me dit qu'aucun nouvel accident n'étant survenu, elle n'a pas dû me faire prévenir. Elle jouit d'une santé des plus parfaites.