‹ Recherches sur les rapports des chansons de geste et de l'épopéeChapitre 26 sur 29 · V.789.-.«C. XXI · texte numérisé non relu

V.789.-.«C. XXI

Roger ^ Sans doute en Italie les réminiscences classiques sont chose ordinaire, et Penthésilée, Camille, Tlppolita de la 7Vsetde, sont sûrement les personnages auxquels les poètes de la Renaissance songeaient le plus, quand ils jetaient leurs héroïnes dans la mêlée des batailles ; mais le moyen âge italien avait eu aussi des amazones, telles que Meridiana et Antea. Dans une des suites d'Aye d'Avignon, dans le long roman de Tristan de ISanteuil, nous voyons Aye, déguisée en chevalier sous le nom de Gaudion, combattre longtemps dans les rangs des païens*.

M. Rajna n'accepte pas Fidée émise par P. Paris', qu'Aye déguisée en chevalier pourrait bien être le premier exemple de la femme guerrière dans la poésie romanesque. Il distingue la femme guerrière et la géante *. L'origine de ce type ne me semble devoir être rapportée à aucun personnage déterminé. La chanson de geste tournant de plus en plus au roman, et les guerres perdant leur gravité primitive pour ressembler à de simples tournois, les dames, qui sont l'occasion de la plupart des querelles, devaient finir par descendre dans Tarène ou bien se risquer, elles aussi, en quête d'aventures. L'héroïne du roman est une forme gracieuse du chevalier errant. Les armures des vieux seigneurs féodaux étaient trop lourdes pour des châtelaines, et la femme de Beuves d'Aigrement, comme la femme de Renaud, ne parlent de la guerre qu'avec effroi.

Je voudrais résumer en quelques mots la pensée qui me paraît se dégager de ces recherches. De l'épopée française à l'épopée italienne, il n'y a pas de solution de continuité; le genre se modifie suivant le talent des auteurs et en perdant insensiblement de sa variété primitive; mais, jusqu'au seuil de la Renaissance, le roman populaire italien s^applique encore à rester fidèle à ses origines françaises et ne s'en sépare qu'à son insu. Au fur et à mesure qu'augmente le nombre des compositions, il devient plus malaisé d'y démêler la part de l'an-

* OrL innam., 1. II, c. i, ott. 70-73 ;1. III, c. v, ott. 24 s* Cf. Rjynar Fonti delV 0,F.,p. 44-45, 447-453.

^ M. P. Meyer, préface de Gui de Nanteuil, p. xix. 3 Histoire littéraire, xxvi, p. 268.

* Fonti deW OrL Fur., p. 41-43.

cien et du nouveau, parce que chacune d'elles est à son tour Tobjet de remaniements et le point de départ d'imitations plus ou moins originales, et un fait semblable s'était produit en France dès la seconde époque de notre poésie narrative. Mais, tout compte fait, il est peu de données générales, ou même de détails intéressants, dont Ton ne puisse retrouver Torigine ou des exemples dans des œuvres françaises.

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