‹ Recherches sur les Rubiyt de 'Omar ayymChapitre 10 sur 21 · III · texte numérisé non relu

III

^ The Dinkard, by reshutan Dastnr Behramji Sanjana I. Bombay 1874, trad. angl. p. 3.

* Andarg-I Àturpât 111 (Ganjeshâyagdn etc., publ. by Peelmtan Dastur Behramji Sanjana, Bombay 1885).

5 V. Le Muséon VI (1887) p. 270.

Caractère naMomil i-t vie littéraire. 47

ligion cl (le la morale^ Dans le MainCxjî hinit, un homme (l'un bon caractère ([ui boit du viti est comparé à une coupe d'or ou d'argent qui, plus on la brûle, devient |)lus pure et resplendissante; un homme d'un mauvais caractire, au contraire, devient <iuerelleur et dissipateur en buvant. Pourtant l'auteur ajoute, (|u'il faut boire avec, modération, parce (|ue par là on facilite la digestion, anime le «feu vital», perfectionne l'intelligence, fortifie le sperme et le sang, affermit la mémoire, aiguise les sens etc., tandis que la jouissance immodérée produit l'effet contraire-.

Aux yeux des islamites, pour qui toute espèce de liqueurs spiritueuses était défendue, l'amour du vin légalisé par le parsisme se montrait dans un jour cru; aussi le mot mage (mo(/) eut dans la poésie persane la signification de tavernier. Du reste l'islamisme ne parvint guère à mettre un frein h l'ivrognerie des Persans, seulement on y mit plus de mystère. Malgré la défense de la religion et la sévérité de la loi séculière sur ce point, on boit encore aujourd'hui énormément dans toutes les classes de la société. «Les prêtres aussi bien que les princes passent les nuits à boire. Les dames de la famille royale, tout autant que les filles du bazar, tombent, vers le minuit, ivres-mortes sur leurs tapis ... Ce n'est pas le plaisir de banqueter en compagnie ni de parcourir les degrés successifs de l'excitation et de la gaieté, c'est encore moins le goût du breuvage en lui-même qui amènent ces excès. Les Asiatiques n'aiment ni la saveur du vin, ni celle des spiritueux. Quand ils boivent, ils s'arment d'un mouchoir, font, avant d'avaler, une grimace de dégoût, s'exécutent comme un patient qui s'administre une médecine, et s'essuient ensuite la bouche avec toutes sortes de démonstrations d'horreur . . . Arriver le plus promptement possible à ne plus discerner la saveur de ce qu'ils avalent et à toml)er dans la torpeur, voilà ce qui les charme. Le sommeil de

» Dâtistan-i dlnlk ch. 1 (SBE. XVIIl p. 178 sqq.).

2 Dina-i MainOgi hirat ch. XVI (SBE. XXIV p. 46 sqq.).

48 Deuxième Partie.

l'abrutissement est l'objet de leurs vœux. Je connais des hommes profondément instruits, avides de connaissances, goûtant avec délices les jouissances philosophiques les plus raffinées, et qui ne sauraient se passer d'être ivres-morts tous les soirs. »^

Les poètes exaltent le vin sans réserve. On sait combien de place la poésie bachique prend dans la littérature persane. Le vin est chanté toujours et sur tous les tons, tantôt gaiement, tantôt sérieusement, tantôt avec du ))el esprit, tantôt en allégories poétiques.

Avicenue, le médecin et philosophe, qui aima le vin jusqu'à sa dernière heure, prêche quelquefois la modération tout comme les anciens mages:

Le viu est l'ennemi de celui qui s'adonne a livresse et l'ami de celui qui en use sobrement: un peu de vin est de l'antidote pour nous, beaucoup est du poison.

Si l'on en boit beaucoup, ça ne vous fait pas peu de mal; si l'on en boit peu, ça vous fait beaucoup de bien-.

Dans un autre quatrain il soutient qu'il ne convient qu'à trois sortes de personnes de boire du vin: au roi (à qui tout est permis), à l'hoinme sage (qui sait boire dans la juste mesure) et à l'ivrogne (qui ne se soucie pas des conséquences)^.

Cette continuelle glorification du vin a fait naître assez tôt, pour l'usage des poètes, une série d'expressions stéréotypes, dont les plus fréquemment employées sont celles-ci:

Le vin ( ^ — «jL — \^5..i; — j^xi), caractérisé comme

«le vin couleur de rose» (e>vi^Jb' ^ ^), «le vin de rubis» (:t^ Joti), «le vin pur, clair» (lj'j <Ji^ s^ ^), «le vin vieux >»

La coupe {^,^ — ^ckï — J^.J) et la bouteille {Jy^ —

La taverne (\iL.^"yys — «j^Xa^a).

' Gobineau; Les Religions et les Thiloeophies p. 69—70. 2 Gôtt. Nachr. 1875 p. .557.

» ibid. p. 560.

CîiratttTC national i-t vie litt(!'raiiP. 49

L'rrliiinson (i-~) clmit la heniiU' est céK-bivc en expressions î»mouivu?('«.

L'ivresse (^i:>«<^). Le suprême honlieur, c'est d'être «ivre-nii-rt» (wJÎ-i> cj.^— ^). de dormir ivre-- ( .yXàs> ^i:,^.^.

On comjirendra aisément ([ue lamour se forme autrement en Orient (|ue dans le monde euroj)éeii où le commerce entre les deux sexes est plus libre. Aussi trouve-t-on, dans la poésie persaue, peu de traces d'une telle intimité entre l'homme et la femme, où la sympatie, la familiarité et la confidence mutuelle ont ajouté un élément ])lus durable à l'amour sensuel. C'est dans le Sâhuâmc qu'il faut chercher l'amour sim}»le, j)ur et vrai; ainsi la i»ctite idylle de Bëzan et Manêze est une des meilleures hi.stoires d'amour qu'on trouve dans toute la littérature ])ersane. La romance de Vis et Râraïn, qui dérive, comme le Sâhnâme, directement de sources pehlevies, nous montre encore un amour sinon pur, au moins vrai et humain. Il est évident (jue les rapports entre l'honmie et la femme ont été plus sains, plus conformes à la nature pendant les siècles où régnait le parsisme, que l)lus tard. Encore à la première période de l'islamisme le commerce entre les sexes avait ({ueUiue chose de son ancienne liberté, ce «qui ressort, par exemple, de beaucoup des Cf>ntes des Mille et une Nuits. Car ces tableaux, d'une teinte quelquefois presque moderne, de la vie de Bagdad au temps d'Harim ar-RasTd, nous montrent, en réalité, aussi la vie des grandes villes de l'Iran, Bagdad étant situé près de la frontière de la Perse, ayant une grande ])opulation persane, et florissant à un temps où les Persans donnaient le ton dans tous les domaines de la civilisation.

Le lyrisme erotique des Persans est la glorification de la volupté, ou bien il a un caractère plus platoni<|ue, se contentant de décrire la l)eauté de la bien-aimée et la douleur de l'amour sans retour. La poésie voluptueuse a un rei)résentant, avant même qu'une littérature en langue persane eût commencé, dans cet Abu Nuvâs, demi-Persan d'origine

Christenscn, recherches. 4

50 Deuxième Partie.

et entièrement Persan de nature, qui chante l'amour sensuel aussi bien <iue le vin. Rûdagî fit i)asser en revue, dans sa vieillesse, les jours heureux, «où il achetait et i»ayait de dirhems sans nombre tous les seins doux qui étaient dans la ville (e.-à-d. Boukhara)»^ Les i)oésies de Minïicihrï, poésies de débauche, sont souvent remarcablement vigoureuses, d'une couleur crue et intense. 'Unsurï et Farruhî ont chanté l'amour dans des quatrains piquants et élégamment tournés comme ceux-ci:

A.5 \__Xâi ..\ /i>.X.*ÀJ {^y^ *.Xài /^/^ c.i^^^ jj' ^-^^J -.♦.àao ,«JiAi

*.ju ^^>^:> ^•ÎO \A«âj •. î i^ *.Xà:) ^ô c>.2^ i^à ^ww*j ,»,^>o -wlÀi I -^' -^ ' j .^ ' \ I ^— ^ • \j • \.

Je dis: Ô ma bien-aimée, [quelle est] ta coutume? — Elle dit: «C'est la tyrannie». — Je dis: «Ne regardes-tu pas [avec bonté] les affligés?» — Elle dit: «Rarement».

Je dis: «Est-ce que tu vends des baisers pour de l'argent?» — Elle dit: «Je le fais». — Je dis: «Est-ce que tu vends d'autres choses encore?» — Elle dit: «Oui». ('Unsurl.)

c>>-«^-*^ ,-,».::r" ^ <^^-**^^ ?^.)^y^y ^i><^ i,i>.Aw.Àx ..ï yi .y^SJ^ ^ *JCÂi

Je dis: «Ta joue est pour moi un printemps souriant». — Elle dit: «La tienne est aussi mon jardin et mon pai-c».

Je dis: «Ta lèvre douce comme du sucre m'appartient de droit». — Elle dit: «Elle ne te sera pas refusée, car [le baiser] c'est mon âme»^. (Farruljï.)

On trouve encore dans la poésie persane ({uantité de vers absolument obscènes. Le moraliste Sa'dî lui-même e.st l'auteur d'un recueil de «plaisanteries» (oLxjLLw) assez cyniques. A cet égard rien ne peut révolter les orientaux. Et les femmes poètes connue 'Àyesa Qarya ou ISIahsatî ne le cèdent pas en cela à leurs collègues màles^.

' Gôtt. Nacbr. 1873 p. 698.

- La forme particnlicre de ces deux quatrains, appelée «demande et réponse» (v j!yJ>-3 j!j.-w) est très en faveur chez les Persans.

■' V. la TârJhi f/uzïda (trad. de Browne JRAS. 1901 p. 30-31). Cfr. P. Horn: Gesch. d. l'ers. Litt. p. 133 sqq.

Caractère uational et vie littéraire. 51

Même la iH-dérnstio, ce vice invétéré des Persans, coniiniin déjà au tein[)s d'Hérodote, est célébrée sans honte. Abu Nu va s profère ces vers d'une hardiesse sacrilège: () Suleïiuiln; chante pour moi et verse inoi le vin. Ne vois-tu pas que le jour commence à poindre, enveloppé clans son voile?

Et (|uancl le verre circule, prends le et donne le-moi. Donne moi le verre de vin de la gaieté an lieu du cri du mûeddin.

Verse-moi le vin ouvertement et sois mon copédéra«te*.

Daiiïcii se plaint de ce (|ue son «chéri» est envoyé à la guerre-, Miniicihrï a écrit des vers amoureux à un jeune esclave turc^, etc. Les exemi)ies ne font pas défaut.

A côté de la poésie d'amour grossièrement sensuelle, nous avons une poésie d'amour élégiaque et sentimentale qui consiste en louanges de la beauté de la bien-aimée, en descriptions du trouble de l'amour, et en plaintes sur la cruauté de la dame — ou du jeune homme — insensible. On trouve des quatrains galants, gais, spirituels comme des madrigaux du temps de Louis XV:

Elle ressemblerait à la lune, ei elle n'avait pas des frisons noirs; elle ressemblerait à Vénus, si elle n'avait pas un grain de beauté musqué.

Quant à ses joues, je dirais : «elles sont comme le soleil», si le soleil n'était pas sujet à des éclipses*.

Par tes cils tu as volé mon cœur. Par tes lèvres tu agis en juge et par tes cils tu agis en voleur.

' éd. Ahlwardt no. 69.

•^ Ethé: Riulagî's Vorliiufer und Zeitgenossen (Morgenland. Forschungen 1875).

* Divan éd. Kazimir.ski no. 42. — Comme, du reste, la langue persane n'exprime pas les deux sexes par des formes différentes, on ne sait souvent jnas quand les poésies d'amour sont adressées à une femme et quand elles ont pour objet un jeune honune. Le dernier cas n'aura pas été rare: le sâqï est souvent mentionné en expressions amoureuses. Cependant, il est encore douteux, quand il faut prendre ces expressions au pied de la lettre, et quand on n'y doit voir qu'une formule esthétique consacrée par l'habitude.

* Abu 1 Mu?affar Na.sr NisâpUri (Morgenl. Forschungen 1875).

52 Deuxième Partie.

Tu réclames une récompense pour m'avoir dépouillé de mon cœur. Chose étrange, qu'un voleur s'attend à une récomi)en8e'!

Cependant les lamentations sur l'indifférence et le dédain de la bien-aimée ou sur la sé})arati()n {i^ — vLs — y>^) due à la destinée, le dé.^ir de l'union {V*o, — }'*^*)-> «ont les matières que traitent de i)référence les jioètes d'amour. La bien-aimée, l'amie ( i^^-A*/* — Jo — o>vav,o) est infidèle (i.^:), et l'amant est malheurex (ï.'u:;^^.), désesjiéré (jy^xj), insensé (xjij-jj>); il verse «le sang de son foie» (^K> ;;jj->)' errant comme Magnûn dans le désert, son cœur devient un «rôti» (uj^) par le feu des joues de sa maîtresse, et il cherche en vain un remède (,• ,!-<,->) contre sa douleur (o .o — ,*.£ — -.J^ — \ô y^ — s*^).

Le cœur de Firdauei est en flammes (litt.: devient un rôti), quand il est loin de toi; à cause des pleurs et des flammes [de l'amour] son sein est en proie au feu et à l'eau.

En pensant à toi il regarderait le jour du jugement comme un soulagement, car il brûle déjà, comme s'il subissait la punition de l'enfer-,

«i^vA^J»* .yjAJL.^ f*-"*^ C>-à>0 *JL>J> c;.^.w.ÀX ^■jjji4S- JO wfi-O, «JOCiXlJi

Mon cœur affligé ressemble à un temple d'ignicoles, mon œil qui embrasse le monde ressemble au Tigre.

Mon lit et mon coussin sont du feu et de l'eau: d'être noyé et de brûler, voilà ma coutume^.

Plus les expressions sont outrées, i)lus elles font d'effet

sur les Persans. La limite qui sépare le sublime du ridicule

n'existe pas pour eux. On peut citer, à cet égard, deux

distiques d'un qasida composé par un certain Sirâgi ou Sakari:

La i)OUS8ière du chemin se transforme en fange par mes pleurs

[quand je me demande] pourquoi, ayant mis le feu à moi, elle me

quitte rai)ide connne le vent.

1 Al)ri Salîk (ibid.).

2 Firdausî (Ethé, Sitzungsberichte d. konigl. bayr. Akad. d. Wiss. 1872 p. 302). —

3 Mu'izzi.

Caractère national et vie littéraire. 53

Si je pousse un soupir froiil, je mits le feu :iu ciel; si je fais pleuvoir des larmes cliauiles, je fais de la poussière un parterre de tulipes".

Telle est ce genre «le ixtôsie: des coiiii)Iainte.'^ extravagantes où les nuits blanches et les larmes de sang, coulant comme l'Oxus ou le Tigre, se ré[>ètent à l'intini. KarcmenI on trouve un sentiment vrai derrière les ex])ressious violentes: toutes ces souffrances sont d'une fausseté criarde. C'est une poésie artificielle, une affaire de mode, et les modes sont, comme tout le monde sait, bien plus stal)les en Orient qu'en Europe. Pour ces poètes de la cour, frivoles, libertins, il n'aura pas été difficile de se i)rocurer, à l'exemple d'un Rudagî ou d'un 'Un.'^uri, lu faveur des femmes pour leur solde princière. La i)oésie d'amour a toujours été en vogue aux cours, et on a bien des exemples, ({u'un petit vers larmoyant a valu à fauteur une petite fortune en jùèces d'or. C'est pounjuoi on ne trouve pas chez 'Omar Hayyfim des vers de cette espèce: il n'était })as poète de profession, il ne mettait l)as sa veine poétifjue au service des cours.

Il y a plus de vérité dans le sentiment de la nature des poètes i)ersans. Mais ce sentiment est aussi superficiel et ne laisse pas de prendre un train de routine. Chez les poètes de la première période de la littérature persane, quel([ues observations fines et originales se rencontrent çà et là comme les petits vers suivants de l'émir Abû-1-Hasan 'Alï Alagâcî:

Jette un regard sur cette armée de flocons de neige qui flottent dans l'air.

Exactement comme des colombes blanches qui volètent eflfarées de peur du faucon-.

Nâsir-Husrau <jui a su mieux (lu'aucun autre poète persan donner à sa poésie une erai»reinte i>ersonnelle, a dépeint dans un qasïda magnificiue la tempête automnale ([ui

^ Turîh-i guzida (Browne, JRAS. 1900 p. 756). Notez que les quatre éléments figurent dans chaque distique: c'est une finesse très goûtée j^ar les Persans.

^ Ethé, Morgenl. Forschungen 1875.

54 Deuxième Partie.

éteint l'arcleur du soleil de juillet dans le jardin et le i)ré, réduit les rossignols au silence, écrase les fleurs et transforine les éméraudes du jardin en ambre jaune ^.

Mais le plus souvent, c'est la splendeur du printem])S qui insi)ire les })oètcs, c'est l'éclat des fleurs de mille couleurs, le parfume des roses et des jasmins, la verdure, le ruisseau qui murmure, le vent doux et frais, bref, une nature belle, riche et voluptueuse qui cadre avec les sons harmonieux du luth et de la harpe, le vin ardent et les baisers amoureux. Aussi le naurûz, le jour de l'an à l'équinoxe du printemps, donne-t-il matière à bien des descriptions brillantes de la nature que les i)oétes insèrent dans des (jasldas panégyriques:

Depuis que la prairie î^'est couverte de soie bleue et que les montagnes se sont paréey de t<oie chinoise de sept couleurs,

la terre est grosse de musc comme le nombril de la gazelle, et le saule pousse des feuilles sans nombre semblables aux plumes du perroquet.

Hier, à minuit, le vent apporta l'odeur du printemps. Sois le bienvenu, ô vent du nord! sois béni, ô vent de printemps!

Tu vois verdure .sur verdure comme des cieux superposés, tu vois des tentes dans l'enceinte des pavillons comme des châteaux bâtis en dedans d'autres châteaux.

Partout où il y a une tente, un amant dort à côté de sa maitresse ivre [d'amour]. Partout où il y a de la verdure, un ami se réjouit de la vue de l'amie.

La verdure est remplie du son de la harpe et de \-a voix claire des chanteurs, et les tentes retentissent du bruit des coupes et des cris des échansons qui aiment le vin.

[Tu ne vois et n'entends que] les baisers et les embrassements des amants et les caresses et les reproches des belles, le cliant et la musi(iue des chanteurs et le sommeil lourd des dormeurs ivres- . . .

Dans les petits rubfi'is il n'y a })as de jilace i)our de longues descriptions pittoresques. Ici comme ailleurs, la nature ne sert cpte comme un supplément au vin et à la volupté :

1 £thé, Gôtt. Nachr. 1882 p. US.

2 Farruhi, Daulatsâh éd. Browne p. 55 sqq.

Carartrri- national et vit- littéraire. 55

Il fait beau tetiips iiujourd'liui, et l'air n'est ni ibaud ni froid. Le nunne a lave la |ioiissière de la joue du parterre aux roses.

I.e rossignol crie en langue pehlevie à la rose jaunie: Il faut boire du vin' !

Ou ctiiniiie un iii<»yeu «lo complitnentor spirituellement une (lame:

V^ -.j sXsS' vi>..**^i^ \:>\J>£- jj J>>.*.*S :w« l.>)j-L> p.-*.i jj^ .j-LT

truand les roses se parent de leurs robes nuptialen dans le jardin, elle.s minaudent d'abord, pendant une semaine, enveloppées dans» leurs boutons.

Puis, quand elle;< ouvrent les yeu.x p(jur regarder le monde, elles commencent à perdre leurs feuilles de bonté <le ta joue.

CAnvan.)

D'autre part le Persan a un ))encliant jtour les méditations rfligieuses et i)hil()S(»plii<[ues; le problème de l'existence le liante, il aime spéculer, raisonner, discuter. En général, les Orientaux (mt des rapports i>lus intimes avec leur dieu que les Européens avec le leur: Dieu n'est pas pour ceux-là une ombre vague et lointaine à <|ui l'on s'adresse quelquefois quand on est accablé de douleur ou de maladie: Dieu est une puissance terrible et mystérieuse dont nous sentons l'actiijn partout et toujours. Aussi le Persan intelligent et vif ne peutil pas se contenter de (jucliiue formule conventionelle, il lui faut demander, examiner et comparer, peser les raisons pour et contre telle et telle opinion. C est un trait c|u'on ne trouve pas seulement dans les classes instruites, mais même })armi les porte-faix du bazar et les brigands du désert.

On comprendra aisément, alors, ([ue les religions et les philosopbies se sont dévelo{t[)ées sous des formes bien différentes en Iran. Ce serait une erreur de croire ([u'il y eilt eu uniformité en matière de religion dans les empires des Perses. Sous les Achéménides et les Sasfmides, le zarathustrisme

' MuMzzî. C'est le quatrain ambulant W. 174, Bd. 67 et la forme qu'il a eliez Mu'izzi est plus conforme à Bd. qu'à W.

5G Deuxième Partie.

était la religion officielle, comme le sunnisme l'était au moyen âge et comme le chiisme l'est de nos jours. Mais combien de cultes ont existé, plus ou moins secrètement, depuis les temps les i)lus reculés, sous la surface (jue les Grecs connaissaient? Avant l'avènement des Sâsânides, les habitants de la Perse i)roi)rement dite (Persis, Fars) n'ont jamais été orthodoxes. Les inscriptions de Bïsutun nous font savoir, que Darius a restitué les temples (jue les mages avaient détruits, c'est à-dire les temples des dieux i)articulicrs de la tribu des Perses. Nous savons, que les rois des Perses furent enterrés, et encore au temps de Strabon c'était la coutume des Perses d'enterrer les morts \ ce (^ui devait être considéré, au point de vue des zarathustriens orthodoxes, comme un crime capital. Les vrais Perses, qui avaient été })endant deux siècles les maîtres de l'emiiire, étaient ainsi hérétiques bien (ju'adorateurs de Mazda.

Et ai)rès la mort d'Alexandre le Grand «beaucoup de religions et différentes espèces de foi et de scepticisme et divers systèmes de lois furent répandus dans le monde »^. Le judaïsme et les anciennes -croyances araméo-babyloniennes se frayèrent des chemins vers l'ouest de la Perse, tandis ([ue le bouddhisme se répandit à l'est sous les Arsacides, qui étaient pour la plupart indifierents en matière de religion et influencés par l'hellénisme. Et l'énergie cju'employaient les Sàsànides pour maintenir le zarathustrisme comme religion d'Etat, ne suffisait pas pour arrêter tous les courants étrangers. L'astrolatrie babylonienne influen(,'ait la religion orthodoxe aussi bien que les sectes; il y avait des monastères bouddhistes à l'est, selon les relations de voyageurs chinois; des Bramanistes se trouvaient à Kerman et dans les districts de Horniûz^. Les juifs furent tantôt i)oursuivis, tantôt favorisés. Les chrétiens, orthodoxes et Nestoriens, étaient dispersés sur tout le royaume;

« Strabon livre XV. 3 J< 20.

- The Book of Arda Viraf, by Destin- Hoshangji Jama.spji Aea.

Bomb. & Londres 1872, I. 15 (pp. 143—4-4).

3 Gol.)ineau: Les Religions et Philosophies p. 56.

Caractère Dutional et vie littéraire. ■>!

ils L'taient souvent |Mtiirsuivis, i»;irct' <|iie I ascétisme et le célibat a|>|>niteiuiieut, selon l'opinion des zaï-atluièti-iens, an culte d Angfu Mainyn. Pourtant le chiistianisnie faisait des pfogivs et nous a|ipfen(ins nième, ([ue des niagis conveitis niounnvnt en iiiart\rs pour leiu' nouvelle i'eliti;ion. Et tandis (|U0 le néoj»latonisine s intioduisait dans les classes supérieuies, et (|uc la vie plus i-ailinée dans les gi-andes villes produisait des idées rationalistes et de la libre pensée, des systèmes nouveaux parurent et se répandirent malgré les persécutions.

D'un mélange d'anciennes idées chaldéenncs, de zaratbustrisme, de christianisme et de bouddhisme, Manî a bâti son système strictement dualiste, selon leiiuel la guerre entre les puissances de la lumière et de 1 obscurité din-e éternellement. La secte des daisanitcs s'occupait aussi des rapports de l'eml>ire de la lumière et de celui de l'obscurité, et une branche de ceux-ci, les tanasuhiies, firent de la doctrine indienne de la métemi)sychose leur dogme i)rincii)al\ De son côté, Mazdak a essayé d'amener, }»ar .ses théories communistes, une réformatiou religieuse et sociale.

Les manichéens furent appelés samlih. Mais ce nom avait en même tem})s une autre signification: il fut considéré comme un dérivatif du mot sand (c.-à-d. interprétation, spécialement de l'Avesta) et employé i)our désigner ceux (]ui voulaient interj)réter l'Avesta d'une façon allégoriiiue. Ceux-ci, (jui auront eu à peu près la même position vis-à-vis les orthodoxes (jue jilus tard les chiites vis-à-vis les sunnites, étaient si nombreux, t|U ils dominaient dans l'est de l'Iran (à Balkh)-.

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