‹ Recherches sur les Rubiyt de 'Omar ayymChapitre 14 sur 21 · I.ntivr»' intitult'f <:Kul>a'iy;it <U' Omar Ilayyâra · texte numérisé non relu

I.ntivr»' intitult'f <:Kul>a'iy;it <U' Omar Ilayyâra

1>) Le m'rtn . Tiindis (|ue les (jasidas, les (jazuls, etc. peuvent être composi'S indifieremment dans tous les mètres arabo-persans, le riihai possède un système métrique à lui. La tradition daprès hujuelle ce système serait dérivé de la mesure hc::c<), est certainement erronée. Le mètre du rul)a'i qui a i>lus de variations qu'aucun autre mètre persan, peut être représenté ainsi :^

Il est possible que le rubâ'ï remonte à une époque antérieure à l'introduction de l'islamisme. S'il en est ainsi, il aura été, probablement, i>lus ou moins moditié sous l'influence de la prosodie arabe. La question sera difficile à résoudre comme nous n'avons pas pour notre guide une seule indication directe ou indirecte. Dans leur grammaire persane, MM. Saleraann et Shukovski mentionnent des rubâ'ïs po- }>ulaires qui seraient mesurés selon le nombre des syllabes (4 -f- 7 comme la strophe avestique appelée sprntamdini/u), mais des deux exem}>les qu'ils donnent, le second est en hrzcij régulier, et le premier de même, si l'on change la forme gidha, aj»partenant à la langue parlée, en gulân^ qui aurait été la forme régulière-.

Le rubri'î est merveilleusement propre à exprimer une pensée s})irituelle sous une forme éi)igrammatique. Dans le rubâ'i cet esi)rit i)ersan tantôt gai et railleur, tantôt sceptique et blasé, tantôt déchiré de doutes, triste, plein d'angoisses, tantôt plongé dans des contemplations mystiques, a trouvé

• Je dois ce sclième, réformé sur celui qu'a donné feu M. Riickert dune Ha traduction des Ilaft i[olzuin (v. Riickert-Pertsch, Poetik) aux recherches érudites de M. M. Hartmann (v. pour le.s détails l'article susmentionné du WZKM. XVII. p. 372—74). Ce qui caractérise le

rubâ'i, c'est le premier pied ww-. En rappelant ce fait que les

Arabes, dans leur imitation du rul)a'i, n'ont employé que cette forme, M. Hartmann a démontré qu'elle est la forme originale, et que la variation n'est que secondaire.

■^ Cette observation e.st le résultat d'un examen des deux vers que j'ai fait conjointement avec M. Hartmann.

94 Troi,si('mo l'artie.

son expression juste. Ici, encore, la brièveté de la stro])bc force le i)oète à être économe des mots, à renoncer à cette emphase diffuse, sous laquelle les idées se perdent souvent complètement.

II. Essai d'un groupement des quatrains des Rubâ'iyât d'après les idées qu'ils contiennent, accompagné de parallèles tirés des littératures arabe et persane et de quelques notes explicatives.

Eu considérant les Rubâ'ij'ât comme étant écrites en partie par 'Omar Hayj'âm et comme étant, en général, une expression de sa personualité, en même temps qu'elles nous montrent les diversités et les contradictions propres au caractère national des Persans, nous ne pouvons pas, nous le réi^étons, les prendre pour base d'un examen psychologique de 'Omar. Nous devons nous borner à en exposer schématiquement les idées principales, en recueillant dans des notes les parallèles tirés des littératures persane et arabe. Nous citons les quatrains d'après l'édition de Whinfield (qui contient la plupart de celle de Nicolas avec un choix des quatrains les plus caractéristiques des autres éditions et manuscrits) et celle de Heron-Allen (le ms. Bodl.), quelquefois d'après celle de Bomba3^ Dans les cas où la lecture diffère, j'ai suivi généralement celle de Whinfield.

A. Appréciation des hommes.

La présomption et la supériorité du philosophe en comparaison du vulgaire sont exprimées souvent dans les Rubâ'iyât^ «La compagnie des sots est un enfer sur la terre» (W.' 232).

^ C'est un trait commun dans la poésie philosophique des Persans. Bien souvent cette supériorité prend des formes encore plus fières et plus arrogantes que dans les Rubâ'iyât de 'Omar Hayyâm. Ainsi Bâbâ Tâhir:

Je suis cette mer qui est entrée dans un vase, je suis ce point qui est entré dans une lettre.

L'œuvre intitult'e *UnbiV'iyiit ilv 'Omar IJayyâin». O.*)

Il y a deux choses qui constituent la somme du savoir t-t ijui remportent sur toutes les traditions non-écrites:

Mieux vaut ne rien manger que de manjrer quoi que ce soit, et mieux vaut ôtro seul (juc d'être en comi)agnie avec qui que ce soit. (W. 461.)

Fréquente les honmies généreux et sages, et éloigne-toi de mille farsangs des sots.

Si un homme sage te verse du poison, hoisle; et si un sot te présente du miel, verse-le à terre'. (W. 263.)

(Comp. W. 248.)

Le quatrain suivant est à l'adresse des snobs:

Tons ces gens sont des ânes- ridicules, ils sont pleins de splendeur et, au milieu, vides comme de.s tambours.

Si tu veux qu'ils te baisent la plante du pied, vis en homme célèbre, car ils sont les esclaves de la célébrité. (W. 227.)

Dans cba(|ue millénaire il se montre un homme à la taille droite

comme Valif: cet homme à la taille droite qui a paru dans ce siècle,

c'est moi. (Huart no. 22.)

* Corap. Nâ.sir llusrau: «Le souffle d'un sage vaut un monde;

cent ignorants ne valent pas un doigt». {Sa'âdatnàme v. 101.) P^t: «En

compagnie des sages une prison est un jardin de roses; un jardin est

une prLson pour celui qui est avec des sots». [liûsanâï-nâme v. 389.) —

'Abdallah An.sârl: «Ne fréquente pas les sots, car la fréquentation

des sots est pire que la mort» (jJo iJijA J^ ' c>»t~^ \J>^ J^-^ÎJ T^j^- O^ J»^!'j ^i^-».:^). — Sa'dl: «L'ignorant se cramponne partout à tous les hommes, tel un homme qui se noie et qui se cramponne à tout ce qu'il voit. Ne sois pas le camarade de personnes d'une mauvaise réputation, car en comi)agnie du trépied on devient noir.»

^ «Ane» (j>) est un terme injurieux souvent employé. Avicenne dit: (Gott. Nachr. 1875 no. 6, (juatr. ambulant = W. 156).

Sois un âne avec les trois ou quatre sots qui se sont imaginés, dans leur ignorance, de posséder la connaissance du monde;

car dans leur «ânerie» ils appellent infidèle quiconciue n'est pas un âne comme eux.

Nâsir Husrau (Actes du Vie congrès intern. des orient., «Geburtsqasîda V. 14): «Quand tu t'es acquis un royaume, et que tu n'y reconnais pas le bonheur, alors le sage voit que tu ne ressembles pas à un âne». — Comp. Ibn Yamïn (traduction de Schlechta Wssehrd no. 101 v. 7.)

9G 'l'ioisi(-ine Paitie.

Nous devons, autant que ]»ossible, nous rendre indéj tendants de nos semblables:

Si un homme possède un pain qui suffit pour deux jours, et une gorgi-e d'eau dans une cruche fêlée,

pourquoi faut-il alors que cet homme soit l'esclave d'un homme i|ui lui est inférieur, ou qu'il se mette au service d'un homme qui est son égaP? (W. 207.)

Et nous devons caclicr nos pensées et sentiments intimes: Il faut tenir cachés les mystères à tout le vilain vulgaire, il

faut tenir cachés les secrets à tous les sots.

Prends garde à ce que tu fais envers tes semblables: il faut

tenir caché l'espoir à tous les hommes. (W. 54, Bd. :^0.)

Les h3'pocrites surtout sont raillés. «Les clameurs des dévots hypocrites» (W. 64) sont en abomination aux débauchés: Ces gens-là qui adorent le tapis de prie-Dieu, sont des ânes, parce qu'ils portent le fardeau de l'hypocrisie.

Et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que derrière le rideau de la dévotion ils vendent la religion et sont pires que des infidèles ^ (W. 143.)

Un cheik dit à une femme prostituée: «Tu es ivre, et à chaque instant tu te laisses prendre dans les filets d'un nouvel [amant]».

Elle répondit: «() cheik, tout ce que tu dis, je le suis; mais toi, es-tu bien ce que tu as l'air d'être?» (W. 473.)

1 Niïsir Husrau: «Sois content d'un pain sec; alors tu n'as pas à te soucier de l'orgueil de la racaille». {Sa'àdatn. v. 76.) — Sa'dl: «Nous sommes contents du pain sec et du froc, car le fardeau de notre propre indigence est plus léger que le fardeau de l'obligation envers les hommes». {Gulistàn, éd. Gladwin p. 143.)

2 Abul-'Alâ al-Ma'arrI (ZDMG. XXX. p. 40):

Réveillez-vous, réveillez-vous, ô errants! car vos dogmes ne sont qu'une tromperie, transmise des anciens,

qui en voulurent amasser de viles richesses. Ils y réussirent, et ils s'en allèrent, et la loi des impies mourut.

Sa'di: «Ceux qui vendent la foi pour le monde, sont des ânes». {Gulistàn, éd. Gladwin p. 301.) — Le poète satirique 'Obeid Zâkânî qualifie ainsi les religieux, dans ses «définitions»: «Le prêtre: celui qui parle et n'agit pas selon ses paroles». «L'homme d'Eglise: celui qui vend des prières» (v. P. Horn: Gesch. d. pers. Litt. p. 138).

Page 1