CHAPITRE V
Description du procédé actuellement employé à l'hôpital de la Charité pour y extraire en grand la gélatine contenue dans les os, et pour y préparer environ mille rations gélatineuses par jour.
Le procédé dont il s’agit, et qui sert de base au brevet dont nous avons parlé à la fin du chapitre précédent, consiste à exposer les os à l'action de la vapeur ayant une faible tension, et doit le succès qu'il procure à ce que la vapeur , en se condensant jusque dans les pores des os, commence à en expulser la graisse, et en dissout ensuite successivement toule Ja gélatine : c’est la mise en fabrique d’un ancien procédé pharmaceutique, oublié dans les officines , dont on a évidemment méconnu la portée, mais qui se trouve cité à: la page 108 des -Élémens de Pharmacie de Baumé , édition de 1700. Voici comme nous avons régularisé et appliqué en grand ce procédé.
L'expérience nous ayant appris qu'il faut au moins quatre jours pour extraire, par Ce moyen, la gélatine des os lorsqu'on tient à l'avoir de bonne qualité, nous avons composé l'appareil
( 25 ) de quatre vases d’égale capacité; ces vases se voient en plan aux lettres À, B, C, D de la jfgure 1, Pl. I, et en élévation aux mêmes lettres de la Jig. 2. Cela dit, rien n’est plus facile que de bien entendre le jeu de cet appareil.
On prend des os frais ou des os conservés par un des procédés que nous avons indiqués dans le chapitre IT; on broie convenablement ces os , s'ils ne le sont pas assez, au moyen de la masse et du tas que l’on voit a,b,c,d,jfig.r, PI. I; on en remplit le panier fait en fil de fer étamé, dont on voit une élévation à la figure 6; on introduit ce panier dans le cylindre À ; on place le couvercle de ce cylindre, et on en assure la fermeture, soit au moyen d'un poids suffisant , soit en étrésillonnant ce couvercle ou en l’assujettissant au moyen d'un étrier garni d’une vis de pression ou d’un coin, - soit en se servant tout simplement de l’ustensile que les blanchisseurs nomment épingle, et qui est indiqué en b, fig. 8, ou, encore mieux , de l’ingénieuse fermeture dont on doit l'idée à M. Moulfarine, qui est représentée en a,b,c, fig. 5, et que l’on voit appliquée en 2,18 L, Poll es lIREL ie," AREIL
Cela fait, il suffit d'introduire la vapeur dans
( 24 ) le cylindre chargé d'os, pour que bientôt après on en puisse retirer, par le robinet f , la graisse et la gélatine que la vapeur extrait des os en se condensant à leur surface et jusque dans leur intérieur. Les os s'épuisant en quatre jours de travail continu , on conçoit qu’en chargeant d'os un cylindre chaque jour, et en réunissant dans un même vase, à chaque tirage, les liqueurs qui s’écouleront en ouvrant à la fois les robinets des quatre cylindres, on arrivera à établir un ordre de travail régulier, à épuiser complétement les os et à en obtenir constamment une dissolution gélatineuse de la même force ; toutes conditions qu'il fallait remplir pour rendre le service de l’appareil aussi avantageux que possible. Rien de plus facile que de placer les paniers remplis d'os dans les cylindres, et de les en retirer lorsque les os sont épuisés de gélatine : il suffit, pour les y placer, d’accrocher l’anse du panier rempli d’os au crochet d’un moufle mobile, roulant sur une tringle fixée au plafond, à l’aplomb des centres des quatre cylindres, comme on le voit en o, j£gure 2 et 3, Planche A ; d'enlever le panier de manière à Ce que son fond soit élevé à 1 ou 2 décimètres au dessus des cylindres ; de faire glisser la gorge du moufle sur la tringle pour ame-
ner le panier au dessus et à l’aplomb du cylindre vide où l’on veut le placer, et enfin de l'y descendre, en laissant filer peu à peu la corde du moufle ; la même manœuvre, faite en sens contraire, sert avec tout autant de facilité à enlever de dedans les cylindres les paniers chargés d’os épuisés, et à les descendre à droite ou à gauche de l'appareil , jusque sur le sol de l’atelier. On voit, d’après ce qui vient d’être dit, que la marche de l'appareil étant régularisée des le quatrième jour de travail, son service ne consiste plus qu’à remplir chaque jour un panier d'os concassés , qu’à ouvrir le cylindre où les os sont restés quatre jours exposés à l’action de la vapeur, qu'a en retirer le panier chargé d'os épuisés, qu’à le remplacer par le panier chargé d’os neufs, que l’on doit préparer d’avance, et enfin qu'à refermer exactement ce cylindre pour y introduire de nouveau la vapeur. Nous allons donner , dans le chapitre suivant , quelques détails qui éclairciront ce qui a été dit jusqu'ici, et qui, joints aux renseignemens contenus dans la léscende explicative des Planches de ce Mémoire, ne laisseront sans doute rien à désirer aux personnes qui voudront faire usage de l'appareil dont il s’agit.