CHAPITRE XI
Des différentes applications que l’on peut faire de l'appareil décrit dans ce Mémoire.
Nous avons rassemblé dans ce qui précède tout ce qu'il nous a paru utile de dire relativement à la construction de l'appareil dont il s’agit , et aux précautions à prendre pour en obtenir constamment de bons résultats. Il ne nous reste plus qu’à indiquer les principales applications que l’on peut faire de cet appareil : nous allons traiter cette partie de la question avec tout le soin qu’elle nous paraît mériter.
Pour réunir en un seul exemple les usages auxquels on peut appliquer notre appareil, nous le supposerons établi à bord d’un vaisseau naviguant sur mer par le moyen de la vapeur, etnous supposerons ce bâtiment approvisionné
(1) Nous avons vu en 1814, à la suite de l’invasion des troupes étrangères, l’eau du canal de l’Ourcq tellement chargée de sels ammoniacaux , que l’on fut obligé de cesser de donner des bains de vapeur, au moyen de cette eau, dans le grand appareil de hôpital Saint-Louis.
(54) d'os enr obés de gélatine et rendus conservables par ce procédé.
Si cet appareil avait les dimensions de celui qui est établi à l'hôpital de la Charité, et qui a en tout 4 mètres carrés de surface, il est évident qu’en laissant les quatre cylindres vides , mais fermés, on pourrait, en y introduisant la vapeur provenant de la chaudière alimentée avec l’eau de la mer, obtenir des quatre cylindres, suivant qu’on y condenserait la vapeur au moyen de l’air ou de l’eau, 6litres ou 400 liires d’eau potable par heure.
En plaçant des os concassés dans les quatre cylindres, comme nous l'avons expliqué dans les chapitres précédens, on obtiendrait, au lieu d’eau distillée et potable, environ mille rations de dissolution gélatineuse par vingt-quatre heures, et on aurait ainsi le moyen d'économiser les trois quarts de la viande dans la préparation du bouillon gras, et d’animaliser les soupes maigres et tous les alimens de nature végétale que l’on fournirait à l'équipage. Il sufhirait en effet , pour cela, d'employer , comme nous l’avons déjà dit, cette dissolution gélatineuse, au lieu d’eau, dans la préparation de ces diverses substances alimentaires.
On a vu que l'appareil dont il s’agit pourrait
fournir de la dissolution de gélatine sans saveur , assez concentrée pour se prendre en gelée par refroidissement, et convenable pour la préparation des gelées aromatisées avec les sirops de rhum, de citron, d'orange, etc. On conçoit facilement tout l’avantage qui résulterait pour l’équipage de l'application de ce procédé, qui améliorerait le régime alimentaire du marin, tout en y introduisant une espèce de luxe auquel les matelots ne sont pas accoutumés.
L'appareil dont nous parlons pourrait encore étre employé pour cuiré les légumes à la vapeur (1); car il suflirait pour cela de placer des légumes au lieu des os dans les paniers de fil de fer , et de les exposer pendant trente ou quarante minutes à l’action de la vapeur dans les cylindres. Nous dirons enfin que cet appareil
(1) Nous n’avons pas voulu parler dans ce Mémoire de l'usage que l’on pourrait faire de notre appareil pour blanchir le linge à la vapeur , pour faire rouir le chanvre et Le lin, et enfin pour y obtenir, au moyen des os sales, des dissolutions gélatineuses qui pourraient servir à animaliser des résidus de betteraves èt de pommes de terre, ou les autres substances végétales dont on fait usage pour engraisser les animaux qui servent à la nourriture de l’homme :
nous nous occuperons plus tard de ces applications.
peut aussi être considéré comme un moyen de chauffage puissant et bien convenable, soit pour entretenir une température agréable dans l’intérieur du vaisseau pendant l'hiver, soit pour y établir une étuve destinée, lors des mauvais temps, à faire sécher les vètemens de l’équipage. L'appareil dont nous parlons, ayant 4 metres carrés de surface, peut en effet élever continuellement de vingt degrés centigrades Ha température d’une salle ayant 240 mètres cubes de capacité. On voit donc, en résumant ce qui vient d’être dit , que notre appareil, placé dans un bâtiment naviguant sur mer par le moyen de la vapeur, pourrait fournir à l'équipage de l’eau distillée et potable, de la dissolation gélatineuse égale en force au meilleur bouillon à la viande, de la dissolution de gélatine plus concentrée et propre à la préparation des gelées alimentaires; que cet appareil pourrait aussi ètre employé pour faire cuire les légumes à la vapeur, et servirait en outre, dans tous les cas, à échauffer soit l’intérieur du vaisseau , soit une étuve qui y serait construite pour le service de l'équipage.
C’est sans doute à bord des bâtimens naviguant sur mer par le moyen de la vapeur que l'emploi de notre appareil peut présenter le
CT plus d'avantage; mais son utilité ne sera pas beaucoup moins grande en l’établissant là où se trouve une machine à vapeur ou une chaudière à vapeur en activité. Or, il est peu de grandes manufactures qui n’aient ou un chauffage à la vapeur, ou une pompe à feu pour le service de ses ateliers. On pourra d’ailleurs le faire fonctionner sans grande dépense , en faisant usage pour cela d’une chaudière à vapeur construite exprès et ne servant qu’à cet usage , comme nous l'avons expliqué précédemment.
Nous pourrions parler ici de l'utilité qu'il y aurait à établir dans les grandes villes des chauffoirs publics servant en hiver de refuge, et citer avec avantage , à ce sujet , les facilités que notre appareil fournirait pour réaliser ce vœu de la philantropie , puisqu'il procurerait, dans ce cas, et la chaleur nécessaire et une nourriture aussi salubre qu'abondante. Nous pourrions insister aussi sur la nécessité d’animaliser les soupes économiques, et enfin sur la convenance de notre appareil pour préparer des bains gélatineux; mais nous ne nous appesantirons pas davantage sur les ayantages du procédé que nous proposons : ce que nous avons dit en parlant de la conservation des os ; la né-
cessite ou la convenance qu'il ya d’animaliser
les substances végétales servant à la nourriture de l’homme; l'amélioration évidente que l’emploi de notre appareil peut apporter dans le régime alimentaire de la marine, des hôpitaux, et, en général, de toutes les grandes réunions d'hommes; les bénéfices que l'Administration peut trouver en employant les os comme substance nutritive, tout doit nous faire espérer que le travail que nous publions ae sera pas sans influence sur l’amélioration du sort de la classe la moins fortunée et la plus nombreuse de la société ; c'est ce motif qui nous a guidé : arriver à ce but serait pour nous la plus belle des récompenses.