‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 103 sur 180 · ART. XVIII. DEVADATTA ET ANANDA, COUSINS DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

ART. XVIII. DEVADATTA ET ANANDA, COUSINS DE BOUDDHA

aux avis de leur Maître (1).

Devadatta remonta sur son éléphant blanc, traversa la cité de Kapilavastu et rentra dans son palais.

Son frère Ananda (A-nan pïT HfÊ) voulut suivre l'exemple des princes admis dans la communauté de Çakyamouni ; il alla à son tour prier ses parents de le lui permettre. Sa mère, pour une question de jalousie mesquine, était plutôt indisposée contre Bouddha, aussi ne voulut-elle pas permettre à Ananda de se ranger sous son obédience.

Devadatta passa une convention avec Ananda : « Si vous parvenez, lui dit-il. à obtenir l'assentiment de vos parents, faitesle-moi savoir, et je vous accompagnerai dans la solitude.» Ananda résolut de tromper la vigilance paternelle et de se sauver dans une région voisine, où habitait un ami de son père. Il prit donc 500 roupies, et s'esquiva secrètement. Quand il fut arrivé à destination, il donna cette somme d'argent au noble personnage, le priant de pourvoir à sa subsistance.

Ces préliminaires posés, Ananda se retira dans un lieu solitaire, où il se condamna à un silence absolu. A l'heure de son repas, il partait en silence, prenait sa nourriture en silence, et revenait en silence. Quand les habitants du pays, émerveillés de tant d'abnégation, lui adressaient la parole, il ne répondait pas et se contentait de les remercier par un signe, puis il passait son chemin. Dans tout le pays on ne l'appela plus que: «le richi de P'i-t'i-yé $& $§ J$ », nom du pays qu'il habitait.

Les parents d'Ananda apprirent le lieu de sa retraite; on les informa qu'il était devenu richi. Us envoyèrent aussitôt quelqu'un lui dire : « Puisque vous avez pris le parti de nous quitter, revenez à Kapilavastu et faites-vous bonze comme les autres jeunes gens de la famille Çakya.» Ananda s'empressa de faire part de cette bonne nouvelle à Devadatta :

(1) Fou-pen-hing-tsi-l;ir,g #, /fc {7 |k $«, liv. I.VII.

«Maintenant, lui dit-il, mes parents me permettent de me faire moine. — Qui pensez-vous choisir pour maître? répondit Devadatta. — Je vais me mettre sous la conduite de Bouddha.»

Devadatta repartit: «Je suis déjà allé trouver Bouddha, je lui ai demandé d'être admis au nombre de ses disciples: il me l'a refusé. — Alors, pourquoi ne vous êtes-vous pas adressé à Sariputra? — Lui aussi n'a pas voulu m'admettre. — Avez-vous demandé à Mugalana? Oui: il m'a renvoyé; j'ai essuyé le refus de tous les principaux bonzes de la suite de Çakyamouni. — Puisqu'il en est ainsi, où voulez-vous que nous allions? — Je veux en garder le secret pour moi seul. — Je vous suivrai où vous irez, lui dit Ananda.»

Les deux jeunes gens firent cependant encore une tentative pour être admis dans la communauté bouddhique, car nous les retrouvons en compagnie de Maniruddha, de Mahanama et de Bhadraka, lors de leur entrevue avec Bouddha au village de Anumegha. Ces derniers furent reçus comme disciples, mais le Très Honoré refusa d'admettre Devadatta et Ananda. Les deux exclus se retirèrent dans le-s Montagnes Neigeuses (probablement l'Himalaya), où ils prirent pour maître un richi célèbre nommé Sangha (Seng-k'ia ff| f^j), de la secte des Paribrajikas. Sangha, qui ignorait le karma de Devadatta, accepta les deux postulants.

Ananda resta quelque temps dans cette solitude; puis l'idée lui vint de se présenter de nouveau à Bouddha. Il alla donc en demander la permission à son maitre ; celui-ci la lui accorda, et le pria même de présenter ses respects à Çakyamouni (1).

Devadatta demanda à Sangha le permis ion d'accompagner Ananda; tous deux descendirent des Montagnes Neigeuses, se rendirent auprès de Bouddha et le saluèrent.

Devadatta lui dit: «Très Honoré, déjà je vous ai demandé

(1) Fou-pen-hing-tsi-king $f, £ fô H $?. Hv LYIII, pp. 1-16.

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de m 'admettre à la vie religieuse; ne voyez-vous pas qu'aujourd'hui je suis devenu ascète?» Bouddha reprit: « Devadatta, pourquoi vous êtes-vous fait religieux? Est-ce donc par inimitié pour moi?» Les bonzes dirent à Bouddha: «Quelle chose étange ! Vous n'avez pas cessé d'exhorter Devadatta, pour son plus grand bien ; et vos bienfaits ne servent, dirait-on, qu'à l'indisposer contre vous. — Ce n'est pas d'aujourd'hui, reprit Çakyamouni, que Devadatta me rend le mal pour le bien.» Il expliqua ensuite à ses disciples la cause de cette inimitié personnelle.

Dans leurs existences précédentes, ils avaient déjà vécu en ennemis irréconciliables. Dans l'une de ces vies antérieures, ils furent un oiseau à deux têtes. L'une des têtes se nommait Garuda, l'autre Upagaruda ; ces deux têtes étaient constamment en opposition: quand l'une dormait, l'autre veillait; ce que faisait l'une, l'autre ne voulait pas le faire. Les choses allèrent si loin, que la tête Upagaruda avala du poison et toutes deux y trouvèrent la mort. « Upagaruda ajouta Çakyamouni, c'était Devadatta ; et moi, j'étais Garuda (I).»

Ananda, après son admission dans la communauté, se montra particulièrement attentif à toutes les instructions de Çakyamouni ; il conservait précieusement dans sa mémoire toutes les paroles sorties de sa bouche; il devint l'homme de bon conseil, toujours parfaitement averti, et d'une habileté consommée pour résoudre les doutes qu'on venait lui exposer. Bouddha proclama devant toute la communauté que, parmi les bonzes les plus remarquables de son entourage, Ananda était, sans contredit, celui qui retenait le mieux les instructions qu'il entendait.

Un jour qu'Ananda se rendait du couvent de la Jetavana (2) à la ville de Sravasti, des brahmes étaient réunis sous un gros arbre appelé «sesava». Ils se dirent les uns aux autres: «Voici venir le plus intelligent, le plus érudit des disciples de Gautama.»

(I ) Fnu-pen-hing-tsi-king $, fc \ j || $g, liv. L1X. pp 1-4 (2) Ci-dessous, pp 242 seq.

Dès qu'il fut arrivé près d'eux, il lui posèrent la question suivante : «Vénérable, voyez ce sesava. Pourriez-vous nous dire le nombre de ses feuilles?» Ananda regarda l'arbre et répondit : «Sur ses branches de l'est, il y en a tant de milliers et tant de centaines; sur toutes ses autres branches, au sud, à l'ouest et au nord, il y en a tant de milliers et tant de centaines.» Sa réponse donnée, il continua sa route. Quand il se fut éloigné, les brahmes enlevèrent une centaine de feuilles sur les branches du nord et les cachèrent tout près de l'arbre. Ananda, en rentrant au vihâra, passa encore sous l'arbre; les brahmes lui dirent de regarder l'arbre et de leur dire combien il avait de feuilles. Ananda connut, par sa science préternaturelle, que les brahmes avaient caché une centaine de feuilles arrachées aux branches du sesava; en conséquence, il leur répondit: «Il y en a tant à l'est, tant au sud, tant à l'ouest. Au nord, il n'en reste que tel nombre.» Ceci dit, il reprit sa route vers le couvent.

Les brahmes, émerveillés, se dirent: «Ce bonze est vraiment très intelligent!» Ce fut, pour eux, comme le premier pas vers la vérité; ils devinrent croyants et montèrent jusqu'au degré d'arhats (1).

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