‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 112 sur 180 · ART. I. CHAMP D'ACTION DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

ART. I. CHAMP D'ACTION DE BOUDDHA

toujours dans l'éternelle quiétude du nirvana.

Le mot sanscrit bouddha (de budh, connaître), souvent traduit en chinois par kio J| (savoir, connaître), et translittéré fou-Vouo {$ [/£ ou fou fjjj, désigne un Illuminé, descendu sur terre pour la dernière période de son existence humaine. Après avoir accumulé des mérites incalculahles pendant la série des kalpas antérieurs, il atteint enfin l'apogée de la science suprême et de la perfection au jour de son illumination finale, puis passe les dernières années de sa vie en ce monde, à communiquer sa science à tous les êtres des trente-deux cieux (pp. 262 seq.), yakchas, devas etc.; aux dammés et aux prêtas; à tous les êtres de tous les mondes, hommes, animaux, oiseaux..., qu'il achemine sur la voie du nirvana et retire du fatal engrenage de la métempsycose.

Le bouddha monte à son gré dans toutes les sphères des cieux, descend dans les enfers, au fond des mers dans les palais des rois-dragons, parcourt tous les mondes, voit en esprit toutes les séries indéfinies d'existences par où ont passé tous les êtres; il connaît clairement les mérites et les démérites de chacun d'eux en particulier, pendant leurs innombrables vies successives; bref, il est omniscient.

Le bouddha est encore tout-puissant: tout plie à sa volonté aux cieux et sur terre; cependant il n'est qu'un homme pur, car le bouddhisme ne connaît pas de Dieu, dans la vraie acception du terme.

Le bouddha est donc un homme pur qui, par ses propres mérites passés, par le libre sacrifice de soi-même pour le salut des êtres, par son dévouement sans limites et même insensé, s'élève à la dignité de Sauveur de l'univers, et acquiert, de lui-même, au jour glorieux de son illumination suprême, le pouvoir sans bornes de commander à tous les démons à tous les devas des cieux, à tous les habitants de la terre. Il peut déroger même, suivant son bon plaisir, à la loi tyrannique et fatale de la rétribution, de manière à sauver d'une façon arbitraire tel ou tel

être, en lui accordant la grâce du pardon et une faveur sur laquelle il n'avait pas droit de compter d'après son «karma».

En définitive, le bouddha est un homme qui, par ses propres forces, se fait Sauveur, se donne à lui-même son propre pouvoir et s'élève au rôle d'un Dieu omniscient, tout-puissant, tout en restant homme pur ; c'est l'orgueil à sa plus haute puissance, sous la forme la plus spécieuse qui fut jamais : la charité.

Puisque nous allons suivre notre Bouddha dans ses courses apostoliques par la terre et les deux, il est bon de rappeler ici brièvement la constitution d'un monde au sens bouddhique.

Au centre de la terre, s'élève le mont Suméru, entouré des sept chaînes des monts d'Or, qui lui servent comme de remparts. Au delà des monts d'Or, s'étend la grande Mer Salée et se dessinent les quatre continents, encerclés par la chaîne des monts de Diamant (ou de Fer, suivant d'autres textes), qui forment la limite extrême du monde.

Dans cet immense océan, d'où émergent les continents, les Chinois bouddhistes logent aussi les dragons et les rois-dragons (les nagas et les nagarâjas hindous) : leurs palais se trouvent au fond des mers. Là encore habitent les géants marins nommés asuras, génies qui livrent parfois de si terribles combats aux devas et tentent d'escalader leurs cieux.

Au-dessus de la surface de la mer et au-dessous des astres, se roulent en volutes autour du mont Suméru les trois sphères habitées par les génies yakchas, ogres féroces qui se délectent de chair humaine; par les nagas, garudas etc.. La quatrième volute, qui contourne le mont Suméru, à peu près à mi-hauteur, comprend les palais des dieux stellaires, ou devas des vingt-huit constellations (1). Au-dessus de la sphère des astres, commencent, à proprement parler, les cieux bouddhiques, qui s'élèvent en formant vingt-huit orbes superposés (2).

(1) Cf. Recherches , t. XII. pp 1181 s<>q. : divinités stellaires.

(2) Quelques auteurs comptent au nombre des orbes célestes les quatre régions inférieures, et arrivent ainsi au total de trente-deux.

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