‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 126 sur 180 · ORIGINE DE L'AMIDISME.-PRODIGES OPÉRÉS · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'AMIDISME.-PRODIGES OPÉRÉS

Adjâtaçatrou, prince héritier du Magadha, sous l'influence pernicieuse de son mauvais conseiller Devadatta, retenait prisonniers au fond de leurs palais son père Bimbasara et sa mère

(1) Che-kia-pou W M If , Hv. VI, pp. 67,68. - Che-kia-che-pou W M K B, p. 80.— Che-kia-fang-tche & M ~fj tcU P- 93. — Mémoires de Hiuen-tsang -£$£, liv. VI.

ART. V. ORIGINE DE l'AMIDISME. 279

Vâidehi (Wei-t'i-hi ^ $| |fr). La reine captive, abîmée dans sa douleur, tourna sa pensée vers Bouddha et se prosterna en disant: «Très Honoré du monde, majesté suprême, il m'est impossible d'aller me présenter devant vous pour implorer votre assistance ! » Au même moment, Bouddha, accompagné de Maudgalyayana, d'Ananda et d'Indra, descendit du haut des cieux et se présenta aux yeux de la reine.

« Vénérable de l'univers, s'écria-t-elle, quelle faute ai-je donc commise pour avoir mérité de mettre au monde un si indigne fils? Dites-le moi, et mettez fin à mon anxiété; puis retirez-moi de ce siècle pervers, enseignez-moi le moyen de renaître dans un monde meilleur!» Un trait de lumière jaillit entre les sourcils du Très Honoré; celui-ci apprit alors à la reine que non loin de là, dans les pays de l'Ouest, se trouve le paradis de délices d'Amida ; qu'elle devait, en conséquence, tourner toutes ses pensées et ses désirs vers ce monde de toutes les félicités. «Qui veut renaître dans cette fortunée patrie, continua Çakyamouni, doit observer trois choses :

«1° se montrer pieux à l'égard de ses parents, respectueux pour ses maîtres et ses supérieurs, ne tuer aucun être vivant et s'appliquer aux dix bonnes œuvres;

«2° honorer les Trois Précieux (1), observer les cinq préceptes (2) et ne blesser en rien la justice;

«3o méditer les quatre vérités saintes, avoir foi dans la rétribution, réciter des prières mahâyâna, puis invoquer de tout son cœur le bouddha Amida du paradis de l'Ouest, Koan-in-p'ou-sa M m 3ÊÏ VË et le bouddha Ta-chetche ^ f£ 31, Mahâsthâma (3).

«Vous verrez alors ces trois bouddhas brillants de lumière, assis sur leur trône de lotus, inondant de clarté toutes les régions de ce royaume, et vous renaîtrez dans ces parages fortunés.»

(1) Bouddha, la Loi, la Confrérie. Cf. ci-dessus, pp. 136, 258. (2) p. 268. (3) Dans une pagode de bonzesses à Jou-kao #p Jg., près de la porte du sud, on voit une belle représentation de cette triade amidiste.

Plus tard, Çakyamouni expliqua à Ananda l'origine du bouddha Amida (1) et les moyens à prendre pour renaître dans son ciel. «Autrefois, lui dit-il, il exista un bouddha nommé Chetse-tsai -^ |j ^j> D'abord il fut roi ; renonçant à sa couronne, il se fit ascète sous ie nom de Fa-tsang fë |j|. Il émit quarantehuit grands vœux, qui concernaient la félicité de son royaume et le salut de tous les êtres: il devint bouddha; son prénom fut A-mi-Vouo-fou ]5nT ^ffi PÈ fjjî (Amida ou Amitha).

« Son royaume devint immense et surpassa en prospérité tous les royaumes du monde ; aussi tous les êtres désirèrent vivement renaître dans ce séjour de paix et de bonheur. Ceux qui méritent cette faveur renaissent d'une fleur de lotus; leur corps brille comme l'or pur et est marqué des trente-deux signes de bonheur. L'humaine raison n'arrive pas à comprendre leur mystérieux pouvoir. Leur intelligence est illuminée des plus vives clartés, et, par une faveur spéciale de ce bouddha, jamais plus ils ne seront soumis à la loi fatale des transmigrations.

« Trois classes de gens peuvent espérer renaître dans ce lieu de délices: 1° les bonzes qui ont quitté leur famille, renoncé au monde, invoqué Amida de tout leur cœur et acquis de grands mérites; 2° les hommes du monde qui, sans quitter le siècle, ont invoqué Amida de tout cœur et ont pratiqué la vertu suivant leur condition ; 3° ceux qui, trop imparfaits pour pratiquer tout le bien qu'exigeait leur état, ont cependant de bon cœur invoqué Amida, au moins de temps en temps.»

Çakyamouni s'adressa ensuite à Mi-lé-fou 5$} '$] \%, Maitreya (le futur bouddha), et lui dit: «Puisque ce royaume est la «Terre pure», ie séjour de la paix et de la joie, pourquoi tous les êtres s'attachent-il avec tant de ténacité aux bagatelles de ce misérable monde? Pourquoi ne s'efïorcent-ils pas de pratiquer la vertu, pour mériter cette éternelle félicité?

(1) Cf. Recherches, t. VI, pp. 18-84— Ce passage est tiré du Koan-ouliang-cheou-fou-king H $£ jr f| <#}» $»; cf. l'sing-t'ou-tchen-tchong fi | |, chang kiuen, pp 4, 5.

«Pour vous, efforcez-vous d'enseigner cette doctrine. Quand, dans les âges futurs, toute bonne doctrine aura disparvi de ce monde, ma miséricordieuse bonté assurera du moins la perpétuité de celle-ci, pour le salut de tous les êtres (1).» Puis Bouddha expose à Sariputra les délices de ce ciel: «Dans les régions de l'Ouest, au delà des cent milliards de mondes régis par des bouddhas, se trouve une contrée magique nommée K'i-lo ^É Hé- C'est là qu'habite le bouddha Amida, La douleur n'a plus d'accès dans ce royaume, où tous les êtres jouissent de tous les plaisirs; c'est pour ce motif qu'il se nomme: «la Joie suprême». Cet Elysée est d'une splendeur qui défie toute description et même toute conception. Quiconque a entendu parler d'Amida, doit l'invoquer pendant sept jours; alors ce bouddha lui apparaîtra au moment de la mort et viendra luimême l'introduire dans cette terre vierge, séjour de toutes les félicités (2),»

L'amidisme s'appuie sur ces discours, prêtés à Çakyamouni et consignés dans le Ou-liawg-cheou-king M jj; H* jj$ et dans le A-mi-t'ouo king |îpj $$ f>'t &?• Us ont été insérés subrepticement dans la vie du Bouddha chinois. Nous les avons réunis ici, pour donner une idée plus claire de l'amidisme, attribué à Çakyamouni par les inventeurs du système.

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