‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 132 sur 180 · LE CHIEN BLANC · texte numérisé non relu

LE CHIEN BLANC

Bouddha passait devant la demeure d'un jeune homme Dhûti (Tou-fri %f> $§), dans le pays de Sravasti. Le jeune homme était absent. Un chien blanc, qui mangeait dans une écuelle placée sur

(I) F. es prodiges ci-dessus racontés, et celui que fit Bouddha pour dompter les élépha tits furieux (ci-dessus, pp. 274 seq ), sont quelquefois représentés sur les sculptures des grandes pagodes chinoises. On en trouve un joli modèle dans la pagode Koang-fnu-se Jl? jjijf ^, à T'ai-hing hien ^ ËQ $£. De chaque côté de Çakyamouni, on voit un éléphant blanc portant sur son dos un buffle noir à l'aspect furieux ; sur le dos du buffle est perché un perroquet: triple monument attestant le pouvoir de Bouddha.

Cette légende se trouve aussi dans le Avadàna-çatara traduit par Feer: Annales du Musée Guimet, t. XVIII. p. 224.

un divan (1), aperçut Bouddha, sauta à terre et se mit à aboyer. Bouddha lui dit: «Chien blanc, c'est pour garder ton trésor, que tu es revenu ici !» Le chien, d'un air courroucé et triste, alla se coucher. Le jeune homme, rentré à la maison, voyant le chien couché et n'osant plus se lever, demanda qui avait pu l'effrayer ainsi. «C'est le Très Honoré», lui répondit-on. Le jeune homme, mécontent, alla trouver Bouddha, qui lui dit: «Ce chien, c'est ton propre père. Si tu en doutes, rentre à la maison et demande-lui de te montrer sa cachette.» Dhûti courut à la maison et dit au chien : « Si vraiment, dans ta vie précédente, tu fus mou père, retourne manger et indique-moi où tu as caché tes richesses.» Le chien alla sous le divan, flaira le sol, gratta avec ses pattes et déterra un trésor. On crut en Bouddha, et on l'invita à passer la nuit dans la famille pour y expliquer la doctrine de la rétribution.

Bouddha expliqua que cet homme, en punition de son trop grand attachement aux richesses, avait été changé en chien et condamné à garder le trésor qu'il avait enfoui' pendant sa dernière existence. Continuant son instruction, il ajouta : «Hommes et femmes abrègent leur vie en tuant des êtres vivants ; quiconque veut parvenir à une haute vieillesse, doit se garder de les tuer ou de les maltraiter. La pauvreté et la douleur sont la punition de la convoitise et du vol. Si vous êtes riches, faites d'abondantes aumônes. Éloignez-vous du commerce des méchants, aimez à fréquenter les gens de bien : voilà la vraie sagesse.

«Dhûti, mon enfant, sache bien que tu seras riche, que tu vivras longtemps et que tu seras savant, si tu pratiques les œuvres qui t'y disposent, c'est-à-dire: l'aumône, la miséricorde et l'étude. Toute action bonne ou mauvaise reçoit toujours sa récompense ou sa punition; telle cause, tel effet: voilà la loi.»

(1) Le divnn chinois ressemble plutôt à un Ht; une petite table rectangulaire est placée au milieu: le maître de maison et son visiteur s'asseoient de chaque c '>té.

Fig. 30.

Le chien blanc (p. 286)

ART. vr. BOUDDHA MANIFESTE SA PUISSANCE. 287

ARTICLE VI

L'enfant retiré du feu. — Dans une ville du royaume de Tchampâ (Tchan-p'ouo |}|f ^) (1), un riche seigneur s'adonnait à toutes les pratiques superstitieuses des hérétiques, pour obtenir un héritier. Sa femme étant devenue enceinte, il demanda aux six maîtres hérésiarques, si c'était un garçon ou une hlle que son épouse devait mettre au monde. Tous répondirent que c'était une fille. Bien grande était la peine de cet homme. Des amis intelligents lui conseillèrent de s'adresser à Bouddha et de lui demander son opinion. « C'est sûrement un garçon», répondit Bouddha. Les sectaires, mus par la jalousie et le dépit, préparèrent une mangue empoisonnée qu'ils remirent au seigneur, lui recommandant de la donner à son épouse, au moment des couches, afin de faciliter la délivrance. A peine la malheureuse mère eut-elle absorbé le poison, qu'elle expira. Son mari lui fit donner la sépulture. La cérémonie crématoire devait avoir lieu hors de la ville. Bouddha dit alors à Ananda :

«Je veux me rendre au lieu de la crémation, pour confondre les sectaires et exterminer leurs erreurs.» Dès que le seigneur eut aperçu Bouddha, il lui dit: «Tout espoir est perdu pour l'enfant et pour la mère. À quoi bon avoir engendré un fils?» Bouddha reprit : « Vous ne m'avez point demandé si la mère mourrait ou non, mais vous m'avez interrogé seulement pour savoir si c'était un garçon ou une fille qu'elle portait dans son sein. Pour vous donner la preuve que c'est bien un garçon, que cette vieille femme aille le prendre au milieu des flammes.» Le feu dévorait le corps de la défunte et son ventre venait de s'ouvrir sous l'action de la chaleur. Une vieille femme entra dans le brasier, prit l'enfant, l'apporta à Bouddha, qui le remit vivant entre les bras de son père en disant : « La vie de l'homme

(1) Sui la rive méridionale du Gange.

est aussi instable que les bulles d'air à la surface de l'eau, mais l'homme vraiment favori du bonheur (grâce à ses antécédents) ne craint ni le feu ni le poison.»

Le seigneur tomba aux genoux de Bouddha et lui dit: «Pardonnez-moi, je vous prie. J'ai été un insensé d'ajouter foi à ces secte hétérodoxes. Dorénavant, je veux être un de vos fervents adhérents.» On appela l'enfant Jyotiska, «le Flamboyant» ou «le Retiré des flammes» (jyotis) (1).

Bouddha met une armée en déroute. — Adjâtaçatrou, roi du Magadha, puissant et redoutable, toujours en guerre avec les Etats voisins (avant sa conversion), était la terreur des honnêtes gens. Tout le peuple eut recours à Bouddha. Celui-ci résolut de le convertir. Dès que le roi eut connu son dessein, il rassembla son armée, se posta sur le chemin avec ses fils et résolut de s'opposer par la force des armes au passage de Bouddha.

Aussitôt qu'il parut à l'horizon, tous les assaillants virent des vagues de lumière et des gerbes de feu s'échapper de son corps; il s'approcha ensuite, pénétra hardiment dans leurs rangs et traversa leurs bataillons. Les tambours restèrent muets, aucun arc ne se banda, personne ne dégaina; éléphants et chevaux s'enfuirent pêle-mêle, les fantassins rebroussèrent chemin ; l'armée tout entière, frappée de terreur, se débanda, et les ténèbres épaisses qui se répandirent sur la terre, achevèrent la confusion et la déroute.

Çakyamouni se dirigea vers la capitale, dont les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes; il entra au palais, s'assit dans la salle du trône, où tous les habitants des cieux vinrent lui former une garde d'honneur. Le roi et ses fils, apprenant que Bouddha était entré au palais, vinrent l'y rejoindre. Le monarque lui présenta ses respects en disant: «Pardonnez-moi ma stupidité, mon manque de courtoisie et mes procédés désobligeants. J'ai

(1) Cf. bas reliefs du musée de Calcutta (1895); du musée de Lahore, ,n° 70G, et fîg. 260: Foucher, t. I, p. 527.

manqué d'égards envers un homme du ciel, un saint, en m 'opposant, moi et mes ministres, à votre entrée dans mon royaume et à la prédication de votre doctrine pour le bien de mon peuple.»

Apparition de Bouddha au roi de Nan-kouo JH g}. — Le roi de Nan-kouo députa un de ses officiers à Sravasti, dans le but de demander en mariage Samadhika (San-i).o-kic EE }$\ t%) (1), la fille de Sudatta, pour son fils, le prince héritier. Sudatta, désagréablement impressionné par le teint noir de l'envoyé royal, hésita et voulut prendre conseil auprès de Bouddha. «Accordezlui votre fille», dit Çakyamouni. Après l'arrivée de la jeune fiancée au palais, le roi fit introduire dans la salle du festin les chefs de sa religion et leurs disciples. Ces hommes appartenaient à la secte des nirgranthas ou ascètes nus (2). Le roi se présenta ensuite avec la reine, le prince héritier et sa nouvelle épouse.

Au moment de faire le salut d'usage à ces maîtres de religion, Samadhika fut écœurée par la vue de ces hommes au corps nu, au visage grotesque rappelant plutôt le grouin du porc et le museau du chien, qu'une face humaine; elle courut s'enfermer dans sa chambre et ne voulut plus en sortir.

Les chefs de religion prièrent le roi de demander à la jeune femme qui était son guide religieux. «Je suis la doctrine de Bouddha, reprit-elle. — Peut-on le voir? demanda le roi. — Bouddha est très puissant, répondit la jeune femme ; il suffit de brider de l'encens en son honneur et de l'inviter, même de loin, pour qu'il se présente. — Très bien! repartit le monarque, invitez-le.»

Samadhika monta sur un autel élevé, alluma de l'encens, fit ses révérences et dit : « Le roi de Nan-kouo ne connaît pas Bouddha, il désire le voir; je vous prie donc de daigner lui apparaître demain matin avec vos disciples.» Bouddha et ses disciples, par la vertu de leur puissance surhumaine, se transformèrent, montèrent sur des animaux transcendants : dragons, phénix, tigres, léopards, bœufs, chevaux, paons etc., prirent leur essor à travers

(I , Aliàs Sumagadha. —Sudatta. surnommé Anàthapindada, le donateur de la Jetavana, ci-dessus, pp. 242 seq. — (2) Ci-dessus, p. 251.

l'espace et se présentèrent devant le roi et sa cour. Le souverain et tous les nirgranthas entendirent les instructions du Très Honoré et rentrèrent dans la voie du salut.

La vieille servante. — Le ministre Sudatta avait une vieille servante nommée Bhritidhara (P'i-ti-lo % fj£ $1). C'était une femme très soigneuse, qui s'occupait de tout le matériel, et à qui l'on confiait même les choses les plus précieuses. Sudatta invitait fréquemment Bouddha et sa communauté, faisait de larges aumônes aux bonzes, prenait soin d'eux pendant leurs maladies, alors même qu'ils se montraient exigeants. La vieille servante, qui s'entendait à l'épargne, se fâcha contre tous ces hôtes importuns. «Notre maître est donc bien peu clairvoyant? répétait-elle. Comment s'est-il laissé endoctriner par tous ces bonzes charlatans, toujours en quête d'aumônes, sans rime ni raison?» Elle prit le parti de ne plus s'occuper de Bouddha, de sa loi et de ses bonzes. La reine Mallika {Mo-li ^ ^lj) apprit les propos tenus par cette vieille servante. «Comment se fait-il, pensa-t-elie, que Sudatta, si affectionné au bouddhisme, garde quand même toute son estime pour cette esclave, malgré tant de propos inconvenants?» La reine manda l'épouse de Sudatta.

Dès que celle-ci se fut rendue au palais, la reine lui dit : «Votre vieille servante parle d'une façon fort désavantageuse de Bouddha, de sa religion et des moines; pourquoi ne lui donnezvous pas son congé? — Bah! reprit cette femme, Bouddha est la miséricorde même; comment douter qu'il ne pardonne à cette brave femme, comme il l'a fait à tant d'autres?» La reine goûta fort cette réponse. «Précisément, j'invite Bouddha demain, reprit-elle ; je vous prie de bien vouloir m 'envoyer la servante en question.» Le lendemain matin, avant l'arrivée de Bouddha au palais, le ministre Sudatta remit à sa servante une somme d'or et d'argent, en lui recommandant de la porter au roi, pour couvrir une part des dépenses occasionnées par la réception.

La vieille obéit, mais de mauvaise humeur; dès qu'elle vit venir Bouddha, elle se disposa à lui tourner le dos et à se

Fig. 31.

Guérison du petit aveugle (p. 291)

retirer. Bouddha étendit ses deux mains, et de ses dix doigts sortirent dix bouddhas. Il exposa ensuite sa merveilleuse doctrine. Rien n'y fit; la vieille servante sortit du palais et continua à se tenir sur la réserve. « Décidément, dit Bouddha, je ne lui suis pas sympathique ; affaire d'inimitié ancienne. Rahula réussira mieux.» 11 commanda à Rahula de monter dans les airs et d'aller trouver la vieille servante. Dès qu'elle eut entendu les instructions de Rahula, elle mit sa confiance dans les Trois Précieux (1), accepta les cinq préceptes (2) et fut associée à la catégorie des pieuses laïques.

Guérison de V aveugle-né, fils d'aveugle. — Dans la principauté de Bénarès vivait un homme très riche et très avare, nommé Vighna {Yué-nan $& JH). Son fils, Candana (Tchent'an jjj^- Jiî), était d'une avarice plus sordide encore.

«Ne laissez pénétrer aucun mendiant!» Telle était la consigne rigoureuse donnée au portier. Vighna mourut et reprit naissance dans le sein d'une pauvre femme aveugle. «Te voilà enceinte, lui dit son mari ; tu es aveugle, et je n'ai pas les moyens de te nourrir: va mendier ta vie.» Ce disant, il la chassa de sa demeure. La pauvre aveugle alla se réfugier dans une maison en ruines, et ce fut là qu'au bout de neuf mois elle mit un fils au monde; pour comble d'infortune, cet enfant était aveugle. Quand il eut atteint l'âge de sept ans, sa mère l'envoya mendier. Le petit aveugle arriva précisément à la maison de son fils Candana ; comme le portier était absent, le pauvre enfant pénétra dans l'intérieur de la cour et implora la charité.

Le propriétaire l'entendit et héla le portier. Cet homme, craignant d'être puni pour n'avoir pas surveillé sa porte, saisit l'aveugle, l'entraîna vivement et le poussa dehors avec tant de brutalité, qu'en tombant il se démit l'épaule et se blessa à la tête. La mère apprit ce qui s'était passé et vint se lamenter à la porte du richard. « Quel être inhumain a pu traiter ainsi mon enfant?» s'écriait-elle. Alors les Esprits gardiens de la

(1) Ci-dessus, pp. 136, 258. (2) Ci-dessus, p. 268.

porte (1) prirent la parole cet dirent à l'entant: «Ce n'est là qu'une petite partie de ta punition; l'expiation la plus pénible te reste à accomplir dans une autre existence. Pendant ta vie précédente, tu regorgeais de richesses et tu as refusé de faire l'aumône : tu reçois maintenant ce que tu mérites ; après ta mort, tu seras encore puni plus rigoureusement. » Il s'était formé un attroupement considérable, et l'on percevait de fort loin les conversations. Bouddha entendit ce tumulte et demanda à Ananda la cause de ce rassemblement. Dès qu'il l'eut apprise, il se dirigea vers le petit aveugle, lui donna quelques aliments et posa la main sur sa tête. A l'instant, les yeux de l'enfant s'ouvrirent à la lumière et ses blessures furent guéries. Il reçut aussi la connaissance infuse des actions de sa vie antérieure. Bouddha lui demanda devant la foule: «Dans ta vie précédente, tu t'appelais Vighna. n'est-ce pas? — Oui», répondit l'enfant. Tous les témoins de ce fait crurent en Bouddha.

Guérison et conversion d'un incrédule. — Un fervent disciple des hérétiques, ami de Sudatta, ne croyait ni à Bouddha, ni aux médecins, ni aux magiciens. Cet incrédule tomba gravement malade; ses amis allèrent le visiter et lui conseillèrent de s'adresser à Bouddha pour obtenir sa guérison. Il répondit sèchement: «Je vénère les esprits du ciel et de la terre: je ne changerai point mes principes jusqu'à mon dernier soupir.» Sudatta lui fit visite et l'exhorta d'une façon pressante à avoir recours à Bouddha. « Il possède un pouvoir merveilleux, lui dit-il, sa seule vue donne le bonheur. Puisque vous n'éprouvez aucun soulagement dans vos maux, pourquoi ne l 'appelez-vous pas? Essayez du moins, faites-le venir, écoutez ses enseignements, faites-lui réciter ses prières et ses incantations.»

Cet homme finit par consentir. Sudatta invita Bouddha, qui, à son entrée dans la demeure du malade, parut tout éclatant de lumière. Cette vive clarté dissipa les ténèbres intellectuelles

(1) Men-chen \"] f^. -Cf. Recherches, t. XI, pp. 970-981. — Manuel des Superstitions, pp. 89, 90, 115.

de l'hérétique, en même temps qu'elle adoucit ses souffrances corporelles. Bouddha lui dit: «Trois causes amènent ordinal rement la mort: 1° le malade refuse le médecin; 2° il ne suit pas exactement ses ordonnances; 3° par esprit d'orgueil et d'indépendance, il rejette tout bon conseil et veut se conduire à sa guise. Par contre, tout malade qui désire sérieusement sa guérison, doit faire choix d'un habile médecin, s'abandonner à sa conduite, prendre les médicaments qu'il prescrit, puis ne pas négliger d'éloigner les mauvaises influences et les diables malfaisants (1). Il doit, de plus, pratiquer un culte orthodoxe, s'adonner aux bonnes œuvres, se montrer bienfaisant à l'égard de tous les êtres; voilà ce qui touche le cœur des Esprits, attire le bonheur et bannit toute infortune.» En entendant ce discours, le malade se sentit pénétré d'une douce paix; son mal disparut entièrement; il lui sembla qu'un nectar merveilleux s'infusait dansson être. Lui, toute sa maison, et ceux qui furent témoins de ce fait, demeurèrent remplis de respect pour Bouddha et s'affectionnèrent à sa doctrine.

ARTICLE VIL

LNSiltLCHOVS DE BOUDDHA SLR L'AUMONE, LES JOIES, LES PEINES ET LA PIÉTÉ I IL1ALE

Le trésor. — Un grand personnage fort riche, nommé Surata (Sieou-lo-t'ouo fj> J|l |?£), fervent bouddhiste, avait coutume, chaque année, d'inviter à dîner Bouddha et ses bonzes, le 8e jour de la XIIe lune (2). Avant de mourir, il recommanda à son fils de rester fidèle à cette tradition de famille.

(1) On voit ici percer les tendances des bonzes jongleurs partisans du tantrisme.

(2) La bouillie du 8 de la XIIe lune: Manuel des Superstitions, p. 136.

Virata (Pi-lo-t'ouo J£ $| !>'£), son fils, eut des revers de fortune et finalement tomba dans la misère; il se trouva dans l'impossibilité dé subvenir aux frais de la réception. Cependant, quelque temps avant l'époque fixée. Bouddha envoya Mandgalyayana lui rappeler l'ancienne coutume de son père et lui demander s'il entendait s'y conformer. Virata répondit : «Mon père, sur son lit de mort, m'a recommandé de continuer cette tradition ; je n'oserais pas aller contre sa volonté. Je prie donc le Très Honoré de me faire l'honneur d'accepter mon invitation pour le 8 de la XIIe lune». Mandgalyayana informa Bouddha de la réponse qu'il venait de recevoir.

Virata envoya aussitôt sa femme emprunter à intérêts la somme de 200 sous d'or, pour acheter des provisions. Au jour marqué, Bouddha et ses disciples vinrent au rendez-vous et furent bien traités. Virata ne manifesta pas le moindre regret de la dépense occasionnée par cette invitation onéreuse.

La nuit suivante, des trésors cachés sortirent de terre et, le matin venu, les deux époux stupéfaits les virent étalés sous leurs yeux. Leur joie fut mêlée de crainte : ils se demandèrent si les autorités locales ne feraient point une enquête pour connaître la provenance de ces grandes richesses. Ils prirent le parti d'aller exposer leur doute à Bouddha, qui les rassura, car les biens que le respect des volontés paternelles, l'aumône et la vertu procurent, ne sauraient devenir une source de malheurs.

L'aumône du pauvre brahme. — Tous les habitants de la ville de Radjagriha s'étaient cotisés pour inviter à dîner Bouddha et ses bonzes. Chacun s'était inscrit pour 100 pièces de monnaie. Un pauvre brahme, nommé Kétu (Ki-t'eou |$£JiC), n'avait pas d'argent à donner. On lui dit sans façon : « Puisque tu ne donnes rien, sors d'ici.» Kétu s'en alla, tout triste, raconter sa mésaventure à son épouse. Celle-ci lui dit: «Va trouver le brahme Fou-ché-mi-touo-lo % %fc ^ ^ ^, et demande-lui à emprunter une somme d'argent. Si, après dix jours, capital et intérêts ne lui sont pas versés intégralement, je consens à me

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