‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 133 sur 180 · ART. VII. — INSTRUCTIONS DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

ART. VII. — INSTRUCTIONS DE BOUDDHA

constituer son esclave.» Kéiu alla aussitôt emprunter les 100 pièces d'argent ; il les porta au collecteur, en lui demandant de bien vouloir l'admettre à la réunion. Le collecteur répondit que tout était préparé, qu'on n'avait plus besoin de son argent. Kétu rentra chez lui ; puis son épouse et lui allèrent respectueusement offrir leur aumône à Bouddha. Celui-ci dit au pauvre brahme : «Invite-moi chez toi avec tous mes disciples.» Kétu obéit.

Indra commanda à Vaisramana de prêter son concours pour le festin ; le deva Viçvakarman fut chargé de construire la salle de la loi. où Bouddha devait exposer sa doctrine : ainsi fut fait. Le Très Honoré commanda au brahme d'inviter de sa part le roi et sa Cour à assister à la réunion.

Le roi s'y rendit avec tous ses ministres. Bouddha, entouré du cortège royal et honoré par la présence des dragons des cieux, entra dans la salle de prédication, où il fit un merveilleux exposé de sa doctrine. Le roi et tous ses officiers furent charmés de cette réunion.

En quoi consiste le vrai bonheurî — Un jour de printemps, quatre bonzes novices, en promenade dans le parc de la bonzerie de la Jetavana, s'assirent sous des pruniers en fleurs et se mirent à philosopher sur le bonheur. « En quoi consiste le bonheur parfait ici-bas?» se demandaient-ils.

Le premier dit: «Le vrai bonheur? Mais n'est-ce pas de pouvoir se promener en liberté à travers les campagnes verdoyantes, d'admirer les splendeurs de la nature aux plus beaux jours du printemps, alors que les arbres sont en fleurs et que l'air est embaumé des plus suaves senteurs?»

« Pour moi, reprit le second, il me semble que le plus grand bonheur que puisse goûter l'homme ici-bas, se trouve dans les fêtes de famille, où tous, parents et alliés, se réunissent au même banquet, agrémenté de chants et de concerts de musique.»

Un autre dit: «Moi, je préférerais une grande fortune, qui me permit de vivre dans l'abondance, le luxe et la liberté,

ayant à mon service chevaux et voitures, tout le confort et toute la magnificence que le cœur humain peut rêver.»

« Mais, reprit le quatrième, ces hommes favorisés de tous les avantages de la fortune, qui ont épouse et concubines d'une remarquable beauté, richement vêtues, ruisselantes de pierreries, ces favoris du sort ne jouissent-ils donc pas de toute la somme de bonheur auquel peut prétendre un cœur mortel?»

Bouddha connut le sujet de leur conversation et vint les trouver pour les instruire. «Tout ce que vous venez d'énumérer, leur dit-il en les abordant, n'engendre que le mécompte, la crainte et la sollicitude. Là n'est point le véritable bonheur. Les splendeurs de la nature printanière périssent en automne et en hiver. Les joies des réunions de famille sont attristées par la séparation. Vos héritiers se partagent vos trésors et vos attelages. Cette beauté enivrante d'une épouse et des concubines, n'engendre à la longue que satiété, ennui et dégoût.

Le désir produit la crainte. Celui qui se lance à la poursuite des jouissances attiie des dangers sur sa personne et sur sa famille, s'expose à mille chagrins. Donc, qui veut trouver le bonheur doit éteindre en soi toute volition, tout désir: voilà la vraie sagesse et le parfait bonheur.» Les novices crurent aux paroles de Bouddha, suivirent ses conseils et devinrent tous arhats.

Quel est le plus grand des maux? — «Quel est le plus pénible de tous nos maux?» se demandaient un jour quatre bonzes en conférence dans le jardin du monastère.

«C'est la passion de la luxure», dit l'un. «C'est la faim et la soif», dit l'autre. «Non; c'est la colère», ajouta le troisième. Le dernier pensait que c'était la crainte. Pendant qu'ils discutaient sans pouvoir tomber d'accord, Bouddha, qui connaissait leurs propos, alla les trouver et leur dit: «Vous n'avez point trouvé la vraie source de tous nos maux. La racine de toutes nos douleur, c'est le corps. La faim, la soif, le froid, le chaud, la colère, la luxure, la crainte .. tout cela vient de ce que nous

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