‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 134 sur 180 · ART. VII. INSTRUCTIONS DK BOUDDHA · texte numérisé non relu

ART. VII. INSTRUCTIONS DK BOUDDHA

avons un corps: c'est lui qui est la vraie source de toutes nos peines. Qui veut mettre un terme à la douleur doit donc s'appliquer à l'abstraction; puis, dans la retraite et le silence, éteindre en lui tout désir, toute volition, pour arriver ainsi à l'extinction, au nirvana, qui est, en définitive, le terme bienheureux où la douleur n'a plus de prise sur nous, parce qu'il nous délivre de la renaissance dans un corps.

«Un bonze s'était retiré jadis dans une gorge de montagnes pour y mener la vie solitaire. 11 avait pour voisins un pigeon, un corbeau, un serpent et un cerf. Pendant la journée, chacun cherchait sa pâture ; la nuit venue, ils rentraient dans leurs gîtes.

«Le solitaire entendit une nuit un de leurs dialogues, où chacun contait la cause de ses peines. Le pigeon commença: «Rien «de tyrannique comme la volupté! Quand la pasion de l'amour «s'allume en moi, le danger, la mort même, ne sauraient m'arrê- «ter. — Quand la faim me presse, reprit le corbeau, quand «mon estomac est vide, je ne vois plus clair, je ne raisonne «plus, je cours même le risque de tomber dans un filet et d'y «perdre la vie: quelle tyrannie que la faim! — Au moment où «la colère me domine, continua le serpent, je ne connais plus ni «proche ni étranger; je puis tuer un homme, quand même ce «serait m'exposer à une mort évidente. — Pour moi, dit le cerf, «la peur, voilà mon faible. Je crains sans cesse le loup, le tigre «ie chasseur; au moindre bruissement, je m'abandonne à une «course folle, franchissant rochers et précipices. — Hélas! « s'écria le solitaire, le plus grand malheur sur cette terre, c'est «d'être assujetti à un corps!»

La satire. — Un vieux brahme du Magadha. usé par l'âge, appuyé* sur un bâton, tenant en main un bol, s'en allait de maison en maison, quêtant sa nourriture. Bouddha lui demanda comment il en était arrivé à ce degré de misère. «J'avais quelque bien, répondit le vieillard: j'ai tout dépensé pour marier mon fils, je lui ai donné tout mon avoir. Maintenant, il ne me reste plus qu'à tendre la main pour vivre. Pouvez-vous retenir une poésie

satirique, que je vais vous donner, lui dit Bouddha, et la réciter à votre fils? — Oui», répondit le vieillard. Alors Bouddha fit entendre les stances suivantes :

Grande est la joie du père à la naissance d'un fils.

Pour lui il amasse des biens;

Pour lui procurer une épouse,

Il sacrifie toute sa petite fortune

Et lui donne jusqu'au dernier coin de terre.

Le fils, lui, oublie les bienfaits de son père:

Figure d'homme et cœur de diable,

Il bannit loin de lui ce vieux père;

Vieux cheval au rebut,

Il ne vaut plus la peine qu'on lui donne des pois et du foin.

Moi, je suis brillant de jeunesse,

Et mon père est cassé de vétusté,

Qu'il aille mendier sa subsistance!

Son bâton tordu me rendrait plus de service

Je pourrais m'en servir pour me défendre des bœufs,

Ou pour chasser les chiens importuns;

11 me servirait d'appui dans l'obscurité

Et m'éviterait de tomber dans une fosse ou dans un puits:

Lui, du moins, me serait de quelque utilité.

Le vieux brahme s'en fut chanter cette satire à la porte de son fils; tous les voisins vinrent l'écouter. Le fils, honteux et repentant, fit rentrer son vieux père dans sa demeure, lui prépara un bain, changea ses habits et l'établit maître de maison. Le vieux, reconnaissant du bienfait signalé qu'il devait à Bouddha, alla se prosterner à ses pieds pour lui exprimer toute sa gratidude, et voulut lui offrir un bel habit (1). Bouddha l'accepta, instruisit le vieillard et le renvoya content.

(1 ) Hommage du disciple à son maître.

Fig. 32

Un paysan marche sur les eaux du Gange (p. 299)

ARTICLE VIII

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