‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 135 sur 180 · CLASSES DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

CLASSES DE LA SOCIÉTÉ

Les pêcheurs. — Vers le sud-est de Sravasti, le Gange est large et profond. Sur ses bords vivaient de nombreuses familles de pêcheurs, qui n'avaient point encore entendu prêcher la doctrine du salut. Ces hommes, tout occupés de leur pêche, âpres au gain, d'un caractère violent, étaient difficiles à convertir.

Cependant, Bouddha savait que, pour eux, l'heure du salut avait sonné. Il alla donc s'asseoir au pied d'un arbre, sur les bords du fleuve. Tous les voisins, attirés par Téclat merveilleux qui s'échappait de sa personne, vinrent le saluer respectueusement. Bouddha les fit asseoir et commença à les instruire; mais ces gens n'ajoutèrent point foi à ses paroles.

Alors Bouddha, par un acte de sa puissance, détermina un homme de la rive sud à traverser le fleuve : il marcha sur les eaux sans enfoncer au-dessus de la cheville du pied, puis vint trouver le Très Honoré et s'inclina devant lui avec respect. Tous les gens, émerveillés de ce prodige, demandèrent au nouveau venu qui il était, et de quel charme magique il avait usé.

«Depuis que nous habitons sur les bords de ce fleuve, ajoutèrent-ils, nous n'avons encore jamais vu quelqu'un marcher sur les eaux sans s'y enfoncer. — Je suis un pauvre simplet de la rive méridionale du Gange, répondit le passager; j'ai appris que Bouddha était ici, et comme je n'avais guère espoir de le voir passer le fleuve pour m'instruire, je suis venu le trouver de ce côté. J'ai demandé là-bas aux riverains du fleuve, si l'eau était profonde; ils m'ont répondu qu'elle pouvait monter jusqu'à la cheville du pied (1), je les ai crus et j'ai passé le lit du fleuve:

(1) Les riverains du fleuve lui parlèrent ainsi pour se moquer de sa simplicité — si, toutefois, c'était un habitant de la contrée et non un fantôme.

voilà tout le charme dont j'ai usé. — Bien ! Bien ! lui dit Bouddha ; quiconque a une foi profonde, peut franchir l'abîme de la naissance et de la mort. » Les habitants du village se laissèrent convaincre ; tous embrassèrent le bouddhisme.

Le bouche)-. — -Les fauteurs des sectes dissidentes cherchaient toutes les occasions de vilipender Bouddha et sa doctrine. Ils se concertèrent. D'un commun accord, il fut décidé qu'on le ferait inviter à dîner chez un boucher, dont le métier est de tuer les êtres vivants. « Sûrement il acceptera, se disaient-ils, et même il complimentera le boucher; alors nous nous trouverons là, et nous aurons beau jeu pour tourner en ridicule les inconséquences de notre adversaire.» De fait, Bouddha accepta l'invitation du boucher et lui dit : « Tout fruit arrivé à maturité tombe de l'arbre; de même, quand la somme de bonheur est complète, le salut arrive.» Au jour fixé. Bouddha et ses bonzes se rendirent chez le boucher. Tous les adversaires jubilaient: «Aujourd'hui, se disaient-ils, il est pris au piège! S'il loue le boucher, dont la profession est de tuer les animaux, nous crierons à l'inconséquence de sa conduite ; s'il le blâme, pourquoi accepte-t-il son invitation? Quoi qu'il dise, nous le tenons!»

Bouddha, après les cérémonies d'usage, s'assit à table et prit son repas. Son omniscience, qui lui permet de lire au fond des cœurs, connut que l'heure du salut avait sonné pour un grand nombre de ces hommes. Il tira de sa bouche son énorme langue et s'en couvrit tout le visage. (Ce signe est le symbole de l'éloquence et de la force de persuasion des bouddhas.) Il parut ensuite illuminé d'une lumière intense, qui éclaira toute la ville; et d'une voix puissante il prononça les paroles suivantes:

La nourriture du juste, c'est la vraie doctrine.

Insensés, jaloux, pourquoi pensez-vous à mal?

Qui fait le mal moissonne le mal,

Car il sème une semence de douleur.

Tout mal appelle le châtiment;

Tout bien appelle le bonheur.

Chacun est traité selon ses œuvres:

Il n'y a pas la moindre erreur.

Celui qui fait le bien moissonne le bien,

Car il sème une semence de joie (1).

Les sectaires, éclairés par ces instructions si nettes, et, plus encore, frappés par le prodige qu'ils avaient vu, se prosternèrent aux pieds de Bouddha et lui demandèrent en grâce d'être admis comme bonzes postulants. Leur désir fut exaucé. Le boucher, lui aussi, fut converti avec toute sa famille ; tous devinrent adeptes de Bouddha.

Les chasseurs. — Dans le pays montagneux aux alentours de Radjagriha, les habitants étaient chasseurs de profession. Bouddha alla les visiter et s'assit au pied d'un arbre. De tout son corps jaillirent des projections d'une lumière éblouissante; les rochers et la forêt étincelaient de clarté. Les hommes étaient partis pour la chasse; il ne restait que les femmes, qui gardaient la maison. Toutes accoururent pour voir Bouddha et le saluer.

Bouddha commença par leur exposer les avantages de la mansuétude à l'égard des êtres vivants, et la grande faute que l'on commet en leur enlevant la vie. Ce discours ne parut point du goût des auditrices, car bon nombre s'en allèrent. Les autres lui dirent: «Dans ces montagnes, le peuple ne vit que de gibier ; accepteriez-vous quelques-uns de ces aliments, si nous vous en préparions?» Çakyamouni leur répondit: «Tous les bouddhas ont défendu de manger la chair des animaux. Je ne tiendrai pas un langage différent. » Il ajouta encore :

«L'homme peut manger une multitude d'autres mets; pourquoi s'obstine-t-il à détruire les êtres vivants pour conserver sa propre vie? N'est-ce pas une coutume pernicieuse, qui ne lui profite en rien? En se nourrissant de céréales, il conserve son existence et vit jusqu'à un âge avancé; au contraire, s'il se nourrit de ia chair des animaux, il contracte une foule de

(1) Le boucher a mal fait de tuer les animaux, il en sera puni; it. ia fait une bonne œuvre en m 'invitant, il en recevra la récompense. <■

maladies, meurt prématurément et retombe dans les voies d'expiation. N'est-ce pas un crime de tuer les autres pour conserver sa propre vie?»

Sur ces entrefaites, les chasseurs, revenant au logis, aperçurent leurs femmes assises autour de Bouddha. Dans un premier mouvement de colère, ils bandent leurs arcs et s'apprêtent à lui faire un mauvais parti. Toutes les femmes leur crièrent: «Arrêtez! C'est un saint, qui n'a aucune mauvaise intention.» Les chasseurs se repentirent de leur conduite inconsidérée et vinrent saluer Bouddha.

Le Très Honoré leur exposa d'une façon saisissante les avantages attachés à la miséricorde à l'égard des êtres vivants, leur peignit sous de vives couleurs le crime qu'il commettaient en les privant de la vie, enfin les assura que cette mansuétude est une source de bonheur en ce monde et le gage du ciel de Brahma dans l'autre. Les chasseurs se convertirent à la loi bouddhique.

L'homme difforme. — Un homme riche du royaume de Sravasti

eut un fils si laid, qu'il ressemblait plutôt à un diable qu'à un

homme. Dès qu'il eut grandi, ses parents l'éloignèrent du pays.

Les oiseaux et les animaux eux-mêmes fuyaient, épouvantés,

quand il l'apercevaient dans les bois, où il allait cueillir des

fruits sauvages pour se nourrir. Bouddha s'apitoya sur son sort

et résolut de le sauver. Il partit donc avec ses disciples et se

dirigea vers la forêt. Dès que le jeune homme l'aperçut, il prit

la fuite. Bouddha, par un prodige, l'immobilisa; puis, pendant que

tous les bonzes étaient en méditation, les jambes croisées, assis

sous les arbres de la forêt, prit l'apparence d'un homme au

visage disgracieux, couvert d'habits en lambeaux. Tenant dans

la main un bol plein d'aliments, il s'avança doucement vers le

fugitif, en lui montrant cette nourriture. «Voilà un homme de

ma condition», pensa le vagabond. Il vint donc le trouver et

partagea avec lui les aliments contenus dans le bol. Pendant

qu'ils mangeaient ensemble, le nouveau venu changea de visage

Le vidangeur (p. 303)

et se transforma en un fort bel homme. Le vagabond s'en étonna et lui demanda la raison de cette transformation subite.

«Voici! reprit l'autre; en mangeant, j'ai jeté un regard d'espérance vers ces bonzes qui prient là-bas au pied de ces arbres et j'ai désiré leur ressembler; grâce à eux, je me suis trouvé tout changé.» Le vagabond, animé du même espoir et se sentant, du reste, plus confiant dans la protection de cet étranger, espéra aussi obtenir la même faveur. À ce moment, Bouddha se montra à lui sous sa vraie figure, dans toute sa beauté, et auréolé d'une brillante lumière. Le pauvre vagabond tomba à ses genoux: alors il fut, lui aussi, complètement transformé. Il crut en Bouddha et implora la grâce d'être admis au nombre des bonzes. Sa demande fut favorablement accueillie; il se rasa les cheveux, prit l'habit de bonze et devint arhat.

Le vidangeur de la caste des parias. - A Sravasti, Bouddha aperçut un vidangeur nommé Tchen-t'ouo-lo-eul ffa fâ || fâ et l'appela vers lui.

«Je porte des immondices, répliqua cet homme, je suis tout malpropre ; je n'ose pas m'approcher de vous.» Çakyamoum le prit par la main, le mena sur les bords de la rivière pour le faire se laver, et lui dit : « Je veux vous sauver. » De retour au monastère, il commanda aux bonzes de le recevoir au noviciat. Cet homme marcha d'un pas rapide dans le sentier de la perfection ; dix jours ne s'étaient pas encore écoulés qu'il était parvenu au degré d'arhat. Son pouvoir préternaturel étonnait tout le monde : il pénétrait dans un bloc de pierre carré et s'y asseyait pour réparer ses vieux habits. Le roi apprit que Bouddha venait de recevoir parmi ses disciples cet homme d'une condition abjecte. 11 ne dissimula point son étonnement. «Comment! pensa-t-il, lui qui est de noble race et entouré de disciples de familles distinguées, lui qui a accès dans les palais des rois, qui est admis aux banquets de la Cour, comment a-t-il pu admettre comme disciple ce Tchen-t'ouo-lo-eid $f |?£ ,^ %< d'infime condition? N'est-ce pas une honte?» Étant parti avec l'intention de lui reprocher

cette manière de faire, le roi aperçut un bonze entouré par les devas des cieux, et qui, dès qu'il eut vu le roi s'approcher, s'enfonça dans le rocher, d'où il ne sortit qu'après le passage du souverain.

Le roi demanda à Eouddha le nom de ce bonze doué d'un si merveilleux pouvoir. «C'est le vidangeur», répondit-il. Le Très Honoré saisit cette occasion d'instruire le roi par une comparaison : « Ces belles fleurs de lotus, si pures et si parfumées, ne poussent-elles pas dans la vase? Pourquoi Votre Majesté, dont l'œil est si perspicace, les admet-elle dans le palais? Ces fleurs de lotus forment les plus gracieux décors. Le sein d'où elles sont nées est impur, mais les fleurs qu'il produit sont admirables. — Cet homme, conclut le roi, est arrivé contre toute prévision à un très haut degré de perfection ; je veux moi-même pourvoir à tous ses besoins; je veux qu'il ne manque de rien(]).»

(h Ce passage, inséré dans la vie de Bouddha, a pour but de montrer comment il exhortait les brahmes à se montrer moins intraitables pour la distinction des castes, surtout quand il s'agissait de ses disciples

D'aucuns ont peut-être exagéré la portée de cet acte; ils en ont conclu de suite que Bouddha avait été le fervent apôtre du nivellement des castes et le réformateur de la société. Cette assertion est d'autant plus spécieuse qu'elle est en partie vraie; cependant, elle n'est pas la vérité tout entière.

Ce que ÇaUyamouni a tenu surtout à affirmer c'est le nivellement des castes en faveur de sa doctrine: ce fut plutôt un plaidoyer pro domo suâ, qu'une tentative d'abolir les castes dans la société civile et une campagne de charité au profit de la société elle-même, car sa théorie porte sur les échappés du monde, sur ses disciples et non sur l'état de la société.

L'apparente charité du bouddhisme laisse toujours percer une pointe d'égoïsme. Ainsi en est-il pour l'aumône: le bouddhiste a « toujours le droit de recevoir et jamais le devoir de donner» Tout ce qu'on peut dire en pareille matière, c'est que la thèse générale du bouddhisme est ainsi conçue: la délivrance, qui ne peut-être atteinte que par l'adhésion à Bouddha, à sa loi et à son ordre, est proposée aux puissants et aux humbles de ce monde, à tous sans exception

Çakyamouni par sa réforme religieuse et morale, n'attaquait pas de front le système d s castes, clef de voûte de l'édifice brahmanique: mais, en appelant toutes les créatures humaines, sans distinction de rang, de naissance et de sexe, à ses prédications, à la vie ascétique, au salut enfin, il semblait s'en prendre au système lui-même.

En prêchant l'égalité des devoirs, l'égalité devant la fin supième, c'est-àdire la possibilité pour tous les hommes, quelles que fussent leur caste et leur naissance, d'échapper à la loi de la transmigration et d'arriver au nirvana, Çakyamouni faisait, d'une certaine manière, le procès des castes.

Les voleurs. - Le roi de Sravasti fit saisir une bande de 500 voleurs et les condamna à la peine capitale. Ces malheureux implorèrent l'assistance de Bouddha. Celui ci envoya Ananda dire au roi : « Vous gouvernez des hommes, vous devez aimer vos sujets comme vos enfants; comment pourriez-vous enlever la vie à 500 hommes? C'est un crime de tuer un seul homme; que dire du meurtre de 500?» Le roi répondit: «Si Bouddha veut bien m'assurer que ces malfaiteurs ne s'adonneront plus désormais au brigandage, je consens à leur pardonner. — Permettez-moi, reprit Ananda, d'aller porter cette réponse à Bouddha.» Bouddha le renvoya sans retard annoncer au roi qu'il se portait garant que ces hommes ne feraient plus le métier de voleurs. Ananda courut d'abord avertir le geôlier que Bouddha intercédait pour les condamnés; puis il rentra au palais pour assurer le roi que Çakyamouni répondait de leur conduite future. Sur cette assurance, le souverain les fit tous mener

En admettant la femme dans la vie religieuse, il préparait son émanci pation.

Aussi, de toutes parts, les populations coururent-elles au-devant du novateur et de ses doctrines, qu'il avait su adapter à l'usage de tous.

Conclure de là que Bouddha a été un champion du mouvement social, mettant sur un même pied le riche et le pauvre, le brahme et le paria, ce serait déchirer du même coup des milliers de pages des écrits bouddhiques, qui nous décrivent avec une insistance marquée, la noble origine des disciples de Çakyamouni, étalent avec complaisance les généalogies de leurs ancêtres; exagèrent à dessein la haute fortune de ses adhérents, leurs qualités de brahmes, de chefs d'écoles, de favoris des rois, de ministres d'Etat etc. etc. Çakyamouni lui-même ne se fait-il pas constamment gloire de sa naissance, du luxe de ses palais, de la noblesse et delà royauté héréditaire de sa famille? Certes, si l'humilité fut jamais bannie d'un cœur humain, on peut dire que ce fut du sien. Il entendait bien surpasser tous les hommes de la terre, tous les devas du ciel en noblesse et en vertu ; tous les ascètes du passé, du présent et de l'avenir, en pénitence et en mortification pendant ses six années de retraite; tous les êtres de l'univers en science et en sagesse Du reste, avant la délivrance finale, la renaissance dans une famille de brahmes, riche et puissante, n'est-elle pas prônée par Bouddha comme la récompense des bonnes œuvres?

Tout ce que Ton peut dire en restant dans les limites de la vérité, c'est que la condition de naissance ne constituait pas un empêchement absolu pour l'admission; mais Çakj'amonni ne cachait point ses préférences pour les candidats de noble race et de grande fortune.

Quoi qu'il en soit de la théorie, on retrouvait, dans la pratique, l'orgueil du Çakya, habilement dissimulé sous la robe du bonze: l'égalité était, avant tout, une vertu de façade.

enchaînés devant Bouddha, qui les attendait assis dans un lieu solitaire.

À peine les voleurs l'eurent-ils entrevu, que leurs chaînes tombèrent d'elles-mêmes ; tous coururent se précipiter aux genoux de leur libérateur. Celui-ci leur fit une exhortation si touchante, qu'il les convertit tous. Bouddha leur demanda s'ils se sentaient disposés à quitter le monde. «Hélas! s'écrièrent-ils, si nous avions quitté le monde, nous ne serions point tombés dans ce misérable état !»

Les 500 voleurs rasèrent leur chevelure, reçurent le bol et l'habit et se firent moines.

Les bonzes du VIIe siècle racontent le même fait avec une variante: À trois ou quatre lis au N.-O. du vihâra de Sravasti, s'étend la forêt des « Yeux recouvrés ». Le roi Prasênadjit s'était emparé d'une bande de brigands qui terrorisaient la contrée, et leur avait fait arracher les yeux.

Ces malheureux erraient dans la forêt, en proie à la faim et à toutes les misères. Ils invoquèrent Bouddha, qui habitait la Jetavana. Le Très Honoré fit souffler une rafale de vent qui apporta des Montagnes Neigeuses des herbes médicinales. Les voleurs appliquèrent ces herbes sur leurs orbites béants et furent instantanément guéris. Tous se convertirent et jetèrent leurs bâtons, qui prirent racine (1).

Le roi Houo-mé %] H§. — Un roi, nommé Houo-mé, s'était laissé séduire par les doctrines pernicieuses des sectaires, et poussait son peuple à offrir des animaux en sacrifice aux divinités.

La mère du roi tomba gravement malade ; tout remède était inefficace ; alors, le roi demanda aux maîtres hérésiarques quelle était la cause de cette maladie? «Les étoiles ont dévié de leur orbite, répondirent-ils, les deux principes in (ï| et yang % (passif et actif) sont en désaccord: voilà pourquoi la reine est souffrante. — Comment obtenir sa guérison? poursuivit le roi. — Vous devez sacrifier au Ciel 100 victimes: bœufs, chevaux, porcs

(1) Mémoires de Hiuen-tsang i ^, liv. VI : Sravasti. — Che-kia-fangtche W M -ft 11, P- 93.

et brebis.» Le roi commanda aussitôt de conduire les victimes sur le tertre du Ciel, pour y être immolées. Bouddha, ému de compassion pour ces infortunées victimes, alla demander une audience au roi. Dès que le monarque le vit entrer, il le salua et lui annonça qu'il allait faire un sacrifice pour la guérison de la reine. Bouddha dit au roi : « Pour avoir de bonnes récoltes, il faut cultiver la terre; pour obtenir le bonheur, on doit faire l'aumône; qui veut une longue vie doit pratiquer la miséricorde, et on n'arrive à la science que par l'étude : en définitive, on récolte ce qu'on a semé. Or, tuer des êtres vivants pour demander la vie est un détestable moyen de l'obtenir; immoler des bœufs et des chèvres pendant 100 ans en l'honneur des esprits, ne vaut pas une œuvre de miséricorde.» Ce disant, Bouddha parut tout étincelant de lumière. Le roi, touché par ce prodige et par les paroles qu'il avait entendues, se repentit de sa conduite passée et n'immola point les victimes ; la reine guérit. Ce souverain devint fervent bouddhiste, aima son peuple en vrai père, pratiqua la vertu , et dans tous ses États régnèrent la joie et l'abondance.

ARTICLE IX

BOUI>l>HA PRÊCHE LES GÉNIES DES C1ELX F

DES ENFfcRS.

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