‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 143 sur 180 · ART. X. BOUDDHA PROTÈGE SFS DÉVOTS · texte numérisé non relu

ART. X. BOUDDHA PROTÈGE SFS DÉVOTS

ARTICLE X

BOUDDHA IMtOlfCi: SIS DÉVOTS.

Offrande de fleurs à Bouddha. — Pendant un de ses voyages, Çakyamouni passa par la ville de Radjagriha. Le prince avait commandé aux employés de son palais d'aller lui cueillir de belles rieurs. Une foule d'hommes, de femmes et d'enfants étaient donc sortis pour faire la cueillette ; le soir, au moment de rentrer, ils aperçurent Bouddha qui s'avançait avec majesté, précédé et suivi de ses disciples, au milieu desquels il apparaissait comme le soleil montant glorieux dans sa carrière, comme la pleine lune au milieu des étoiles.

Tous coururent à sa rencontre, s'inclinèrent devant lui et le saluèrent en disant : « La vie humaine est instable ; c'est un rare bonheur de rencontrer un bouddha et d'entendre ses intruc, tions. Aujourd'hui, il nous est donné de voir le Saint; n'est-ce pas vraiment comme le malade qui reçoit la visite du médecin?

«Nous sommes de pauvres employés, soumis à nos maîtres' et n'ayant pas la liberté d'agir suivant nos goûts. Le roi nous a commandé d'aller lui cueillir des fleurs, et nous devons, sous peine de mort, les lui présenter à la fin du jour. Cependant, comme la rencontre de Bouddha est une chose des plus rares, dussions-nous être punis de mort, nous venons vous offrir nos fleurs. Depuis d'innombrables kalpas, nous roulons de vie en vie ; nous avons été abreuvés de souffrances, et personne ne nous a encore enseigné la doctrine qui nous délivrera de la renaissance ; c'est pourquoi nous venons aujourd'hui vous faire hommasre de ces fleurs, à vous et aux «Trois Précieux». Dût-il nous en coûter la vie, nous vous prions de les accepter, de nous épargner de pénibles renaissances dans les voies de l'expiatio.i et de nous donner une nouvelle vie dans un lieu de paix. »

Bouddha vit la sincérité de leur cœur. Pi les instruisit de la loi et des préceptes bouddhiques et les mit sur le chemin

de la stabilité perpétuelle. Ces braves gens profitèrent si bien des instructions reçues, que Çakyamouni leur assura qu'ils deviendraient des bouddhas sous le nom de Miao-hoa f$ fâ, «Fleurs merveilleuses».

L'étendard offert à Bouddha. — Pendant le séjour de Çakyamouni à Kapilavastu, un noble personnage, jouissant d'une fortune énorme, se maria à une femme de haute noblesse. Celle-ci voulut confectionner un étendard, qu'elle offrit à Bouddha. Après dix mois révolus, elle mit au monde un fils d'une remarquable beauté; le jour de sa naissance, on vit apparaître dans les cieux, au-dessus de la ville, un grand et superbe étendard: en mémoire de ce prodige, on donna au nouveau-né le nom de Bhadraka (Pouo-touo-kia f^ ^> j$n). Quand ce jeune homme fut devenu grand, il fit un jour la rencontre de Çakyamouni, pendant une de ses promenades hors la ville. Il le vit resplendissant comme 100 soleils. Il courut, tout joyeux, lui présenter ses hommages et écouter ses exhortations. Dès son retour, il demanda à ses parents la permission de revêtir l'habit des bonzes : on ne voulut pas le contrister, et la permission lui fut accordée. Le jeune homme revint aussitôt trouver Çakyamouni et prit l'habit des moines. Sa ferveur à observer les préceptes lui valut de bonne heure des facultés supranaturelles ; il devint un objet d'admiration pour la terre et les cieux.

Bouddha conta alors à ses bonzes la légende d'une de ses vies antérieures: «Jadis vécut un roi nommé P'an-t'eou ^ Jjjf, qui bâtit sept tours, où les reliques qu'il s'était procurées furent exposées à la vénération publique. Vers ce même temps, un homme de bien arbora un grand drapeau au sommet de ces tours.

« En récompense de cette bonne action, pendant 91 kalpas il ne tomba jamais en enfer, ne fut pas une seule fois changé en bête et ne fit pas même une fois partie de la troupe des esprits faméliques; toujours il reprit naissance parmi les hommes ou dans le rang des devas, dans les délices des cieux, et toujours

on vit flotter un étendard au-dessus de sa tête. Aujourd'hui enfin, il a fait ma rencontre, il est bonze, il a atteint la sagesse. Cet homme, c'est Bhadraka, ici présent.»

Offrande d'une pièce d'étoffe. — Bouddha entra un jour dans une ville pour mendier. Un brahme remarqua que son habit était un peu usé et déchiré; aussitôt, il rentra chez lui, prit une pièce de tissu de laine blanche et la lui donna pour rapiécer son vieil habit. Çakyamouni accepta et prédit au donateur, qu'après 100 kalpas, il deviendrait bouddha.

«Comment, lui demande-t-on, une si petite aumône peutelle mériter à ce brahme une pareille récompense?» Bouddha explique: «Dans les siècles passés, un grand dignitaire invita un bouddha à venir passer trois mois chez lui ; sa demande fut favorablement accueillie. Peu de temps après, le roi P'an-t'eou ^ H le pria aussi de bien vouloir séjourner trois mois dans son palais, avant d'aller chez son ministre. Le bouddha s'excusa en disant que sa parole était engagée. Le roi pria son ministre de lui céder la priorité. «Volontiers, reprit le ministre, pourvu «que Votre Majesté me promette les trois choses suivantes: «1° de répondre de ma vie; 2° de m'assurer que le bouddha «restera toujours ici; 3° de se porter garant de la tranquillité « du royaume. »

«Le roi proposa un moyen de conciliation : «Vous l'inviterez «un jour, et moi l'autre.» Le ministre y consentit, et tous deux furent satisfaits. Le ministre renouvela aussi les habits du bouddha et de tous ses disciples. Vous devez savez savoir que ce grand ministre qui se montra si généreux pour ce bouddha et ses suivants, c'était alors le même brahme que vous voyez ici. Depuis cette époque, de génération en génération, il a toujours été comblé de bonheur, et voilà pourquoi, après l'offrande d'une pièce d'étoffe qu'il vient de me faire aujourd'hui, il reçoit une si belle récompense (1).»

(1) La même légende se trouve dans le Eien-yu-king f£ M. Mi 'iy- XII, p. 311.

Offrande d'une poignée de terre (1). — Ananda et Çakyamourii parcouraient les rues d'une viile pour demander l'aumône. Ils rencontrèrent une troupe d'enfants qui s'amusaient à élever une maison en terre et y apportaient de la poussière. C'était, disaient-ils, un grenier public, et la poussière figurait les céréales.

Un de ces petits, voyant venir Bouddha, voulut lui faire l'aumône ; il prit donc Une poignée de poussière, qu'il appelait du grain, et vint l'offrir à Bouddha. Celui-ci inclina la tête, accepta l'offrande de l'enfant, puis la donna à Ananda en disant: «Prends cette terre et dépose-la sur le sol de ma cellule.» Ananda obéit: à son retour, il jeta la terre dans la chambre de Çakyamouni.

« Cent ans après mon entrée au nirvana, continua Bouddha, cet enfant qui vient de me donner généreusement une poignée de terre, deviendra roi sous le nom de A-chou-kia pnTijî^jto, Açoka (cidessus, pp. 31, 32) ; ces autres enfants seront ses ministres. Tout le territoire de son vaste royaume sera ouvert à la propagande de ma doctrine, le bouddhisme y sera en grand honneur, et il fera de riches aumônes à mon ordre. Il partagera aussi mes reliques et bâtira pour elles une infinité de tours dans le royaume de Yen-feou-t'i f£f] ffi Jj| et dans tous les pays voisins. » Ananda reprit: « Comment cette poignée de terre peut-elle bien lui valoir l'honneur d'élever tant de monuments à votre gloire? — Dans les temps passés, répondit Çakyamouni, quand parut le bouddha Pushya (2), le roi Pouo-aai-h'i f$ |g ^j- et ses ministres lui donnèrent une gracieuse hospitalité. Ce roi, venant à réfléchir que tous les petits Etats voisins n'avaient point, comme le sien, l'avantage de voir le bouddha et d'entendre ses exhortations, résolut de leur envoyer ses images. Il manda des artistes qui firent 84.000 images du bouddha, et toutes furent distribuées

(1) L'aumône d'une poignée de poussière est figurée sur le n° G. 36 de Calcutta. Jaya donne de la «farine», c'est-à-dire deux poignées de poussière, au moine mendiant. Son compagnon, Vijaya, joint les mains.

(2) Le dix-huitième des 21 bouddhas du précédent kalpa.

dans les pays voisins. Ce mérite n'est pas inférieur à celui de la construction de 84.000 stupas. Ce roi, c'était l'enfant que tu viens de voir, le futur Açoka (1).»

La chape de Bouddha. — Quatre rois-dragons, nommés Hi-k'i Si %, Ta-hi-k'i ± Pt M., Hiong-p'i fî% |fff et Ou-liavg-ché $£ j| '£5, vinrent se prosterner aux pieds de Çakyamouni et lui dirent: «11 y a. dans les mers, quantité de petits nagas de diverses espèces, qui sont continuellement dévorés par les oiseaux aux ailes d'or Kin-tchc-niao ^ j$ ,%, garudas (2). Ces oiseaux mangent les épouses et les petits des nagas: c'est une grande désolation dans toutes ces familles ; nous venons vous supplier de mettre un terme à leurs maux. » Bouddha quitta sa chape, la remit aux quatre rois-dragons et leur dit: « Les garudas n'ont aucun pouvoir sur ceux qui sont revêtus de la chape des bonzes et observent les cinq préceptes. Prenez donc ma chape, puis partagez-la, de manière à en donner un morceau à chacun des nagas de l'océan: tous s'en revêtiront et n'auront plus rien à craindre pour l'avenir. — Mais, pensèrent les rois-dragons, dans l'océan, c'est par milliers qu'on compte les petits dragons ; comment diviserons-nous cette chape, de façon à pouvoir en donner une part à chacun d'eux?» Bouddha n'ignora point leur pensée, aussi il ajouta: «Partagez ma chape entre les nagas des mers, elle suffirait à revêtir tous les dragons de trente millions de mondes.»

;1) Un démarquage de celle prédiction, relative au roi Asoka, a été audacieusement entrepris dans le vinaya des Mulasarvastivadins, pendant la période où les théories mahàyanistes venaient grossir les recueils primitifs.

Bouddha, y est-il dit, s'étant rendu de nouveau au village de «l'Arbre sec», il y eut un jeune garçon qui fit un stupa de terre pour s'amuser. Bouddha dit alors à Vajrapani: « Voyez-vous ce petit garçon qui s'amuse à faire un stupa de terre? Après mon nirvana, cet enfant sera le roi Kaniska, «Or pur», qui élèvera un grand stupa, qu'on appellera le stupa de Kaniska; et il étendra la religion de Bouddha.» Cf. B. E. F. E. O , 1914, p. 18.

(2) Les dragons nagas et les oiseaux aux ailes d'or garudas, font partie, d'après les bouddhistes, du règne animal. Ils se divisent en classes nombreuses, vivent en familles; les sujets des classes supérieures sont des potentats.

Les rois-dragons commencèrent le partage. Ils en tirèrent 1.000 et 10.000 morceaux ; chaque dragon reçut sa part, et la chape de Bouddha ne diminuait point de grandeur. Les dragons, au comble de la joie, vinrent présenter leurs remerciements à Çakyamouni et lui dirent: «Vos paroles se sont vérifiées à la lettre. Vous nous avez tirés d'une impasse. Puisque nous vous devons la vie, nous désirons tous observer votre loi et obéir à vos ordres. Donc, à partir d'aujourd'hui, tous nous voulons suivre et défendre la vraie doctrine. »

La lampe, brillante. — Une pauvre mendiante nommée Nant'oiw 1$ |?t:, Nanda, enviait le bonheur du roi, des ministres et des gens fortunés qui pouvaient faire l'aumône à Bouddha. «C'est pour la punition de mes péchés, se disait-elle, que je suis née dans cet état de pauvreté ; vainement je cultive le champ du bonheur, je n'ai point de semence à y jeter ! » Après avoir quêté péniblement une journée entière, elle n'avait recueilli qu'une pièce de monnaie ; elle acheta un peu d'huile, qu'elle porta respectueusement à la pagode où habitait Bouddha, ia versa dans la lampe allumée en son honneur, en le priant d'avoir égard à cette petite offrande d'une pauvre femme et de daigner lui accorder, avec l'illumination dans une vie postérieure, l'extinction de toutes les calamités attachées aux perpétuelles renaissances. Son vœu formulé, elle fit une révérence à Bouddha et partit. Le soir venu, toutes les lampes de la pagode s'éteignirent ; seule, la lampe de la pauvresse resta brillante, comme si on venait d'y ajouter de l'huile. Maudgalyayana, qui était de service ce jour-là, voyant que cette lampe continuait à brûler avec le même éclat, voulut la souffler, mais elle resta allumée. Il essaya ensuite de l'éteindre en passant rapidement la main au-dessus de la flamme, mais sans plus de succès. Alors, il prit l'extrémité de la manche de son habit et s'en servit comme d'un éventail pour éteindre la flamme : elle resta aussi brillante qu'auparavant. Bouddha, voyant Maudgalyayana s'efforcer d'éteindre cette lampe, lui dit : « Tu n'arriveras pas à éteindre cette lampe, alimentée par l'aumône d'une

Fig. 35.

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La lampe brillante, (p. 322)

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