ART. 1. BOUDDHA DÉSIGNE SON SUCCESSEUR
disciples gardèrent un profond silence. Seul, Mahâ Kâsyapa, le Vénérable, esquissa un sourire. Bouddha lui adressa la parole en ces termes: «Je ne laisse aucun écrit pour transmettre à la postérité ma merveilleuse doctrine et ses insondables mystères; c'est à toi, vénérable Kâsyapa. que je confie ma loi.»
Le Très Honoré s'avança alors jusqu'au pied de la tour des «Nombreux enfants», fit asseoir Kâsyapa à ses côtés, se dépouilla de sa chape et l'en revêtit en disant: «Je te confie ma mystérieuse doctrine ; à toi de la défendre. Je commande à Ananda de t'aider dans l'accomplissement de cette tâche.»
Bouddha prononça alors une formule . incantatoire, par laquelle il lui conféra l'investiture de sa nouvelle dignité. L'incantation achevée. Bouddha s'adressa de nouveau à Kâsyapa et lui dit: «Je te lègue ma chape au tissu d'or; tu la transmettras à ton successeur, et ainsi de génération en génération, jusqu'au bouddha Maitreya. Prends garde qu'elle ne se détériore.» Kâsyapa se prosterna et dit: «Je le promets. L'obéissance à vos ordres est pour moi un devoir de respect. »
Tel est le récit de cette scène de. succession, où Çakyamouni passa le gouvernement de son ordre à son disciple Mahâ Kâsyapa. Ananda fut nommé vice-président avec succession future. C'est pour ce motif principalement que, presque toujours, dans les pagodes chinoises, Bouddha paraît accompagné de ces deux premiers patriarches du bouddhisme.
Bouddha prêche sa mère Maya. — Bouddha monta au ciel d'Indra (1), s'assit, les jambes croisées, au pied d'un arbre appelé pouo-li-tche-touo-lo •/# flj ft ^ ||, et y demeura en paix pendant trois mois. Des milliers de. fleurs de lotus, des milliers de figures de Bouddha, apparaissaient dans la gloire éclatante qui environnait sa personne ; si brillante était cette lumière qu'elle éclipsait celle de tous les astres et du soleil lui-même (2).
(1) Le ciel des trente-trois dieux, les Trayastrimças.
(2) Cette légende explique facilement tous les détails du bas-relief de gikri, no 5 (musée de Lahore). Cf. Foucher, fig. 243.
Bouddha se présenta, plein de respect, à sa mère, et lui dit: «La douleur et la joie viennent tour à tour impressionner notre corps; l'important est de couper court à toutes ces vicissitudes.» Ces paroles dissipèrent les derniers nuages qui, dans l'esprit de Maya, voilaient encore la splendeur de la vérité, Llle se prosterna aux pieds de Bouddha et lui dit: «Dans toutes les conditions de la vie, nous recevons la visite de la douleur et de l'adversité. Je crois que les passions sont la vraie cause de cet esclavage ; je désire donc arriver à la parfaite sagesse dans ma vie future, afin de trancher définitivement la racine de toute souffrance. »
Bouddha reprit: «Les êtres de l'univers ne parviennent point à la parfaite abstraction, parce qu'ils n'éteignent point en eux l'amour, la haine et l'ignorance. Pour cette triple raison, ils restent toujours soumis à la loi de la renaissance et de la mort. Dans ces conditions, il est déjà fort difficile de renaître dans les les cieux; que dire de la délivrance de la métempsycose? De ces trois sources empoisonnées sortent tous les maux de la vie présente, comme la perte de la réputation, le mépris et l'abandon des parents et des amis ; puis, quand vient l'heure du trépas, quelles terreurs ! quelles peines de conscience ! quels amers regrets! Il faut donc se faire violence pour arrivera la parfaite abstraction, il faut arracher les vraies racines de tous ces maux. Pourtant, disons-le avec douleur, presque tous les hommes prennent une route diamétralement opposée.»
Ceux qui furent témoins de cette exhortation de Bouddha à sa mère ne purent retenir leurs larmes et regrettèrent leur conduite passée.
Bouddha recommande les damnés à Ti-tsang-wang ffe ^ 3E- — Ce fut pendant son long séjour dans le ciel d'Indra que Bouddha recommanda les âmes damnées au poussah Ti-tsangwang jfo H ^ (1), le roi des entrailles de la terre. Çakyamouni
(1) Kshitigarbha, disent certains auteurs. Plusieurs poussahs ont porté ce nom