‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 153 sur 180 · ART. 11. STATUES CÉLÈBRES DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

ART. 11. STATUES CÉLÈBRES DE BOUDDHA

Brahma descendait à sa droite par l'escalier d'argent et le ouvrait d'un parasol blanc orné de pierreries.

Indra, tenant à la main son chasse-mouches blanc, descendait à sa gauche par l'escalier de cristal.

Les airs, embaumés des plus délicieuses senteurs, retentissaient des accords divins. Les quatre grands rois des cieux s'avançaient sous une pluie de fleurs, tenant en main de riches présents, qu'ils offrirent au Très Honoré.

Ces escaliers existaient encore il y a quelques centaines d'années, dit Hiuen-tsang 3? $£; mais ils ont complètement disparu, et sur les anciennes fondations les souverains de différents royaumes firent construire en briques trois escaliers semblables aux premiers et les firent décorer de matériaux précieux. Leur hauteur atteint environ soixante-dix pieds. Ils sont dominés par un vihâra, au centre duquel s'élève une statue de Bouddha sculptée en pierre. Sur les deux escaliers de gauche et de droite, on voit les statues d'Indra et de Brahma, dans l'attitude de la descente.

Lorsque Bouddha fut arrivé au bas des degrés de l'escalier d'or, la statue en bois de santal sembla s'animer et joignit les mains pour le saluer. S'adressant à sa statue, il lui dit: «Dans l'avenir, tu joueras un grand rôle pour la propagation de ma doctrine dans le monde. Je vais entrer dans mon repos ; je te confie mes disciples (1).»

Se tournant ensuite vers le roi Oudayana, il ajouta: «Vous avez, le premier, donné l'exemple à suivre ; votre mérite est sans parallèle ; en favorisant la confiance de tous les êtres en ma loi salutaire, vous avez solidement planté la racine de tout bonheur.» Indra assura aussi le roi que Çakyamouni l'avait beaucoup loué de son acte de foi, avant même de descendre du ciel. Bouddha reprit la parole pour louer ceux qui honoreront ses statues, et ajouta ces mots dignes de remarque : « Tous ceux qui m'élèveront des statues en bois, en terre, en or, en argent, en cuivre, en

(1) Ces paroles de Çakyamouni font mieux comprendre le culte que les païens rendent à leurs statues. Pour eux, elles ne sont pas une simple représentation de Bouddha: elles sonl Bouddha en personne.

fer, ou en un métal quelconque, que mon image soit sculptée en une pierre précieuse, ou fondue, ou moulée, brodée ou dessinée, n'aurait-elle que la grandeur d'un doigt, tous ceux-là, dis-je, attireront le bonheur sur leur personne, obtiendront la rémission des plus grandes fautes, ne renaîtront jamais dans la pauvreté et l'abjection, éviteront les trois voies de punition, et reprendront toujours naissance parmi les hommes ou au nombre des devas dans les joies célestes.»

Une seconde statue, en or celle-là, fut exécutée sur le modèle de cette première, par ordre du roi Prasênadjit. Elle avait aussi cinq pieds de hauteur.

Enfin, une troisième statue, en pierre, fut plus tard sculptée par ordre du roi Açoka, après que son frère se fut retiré dans la solitude. Elle avait seize pieds de hauteur et se trouvait placée dans une grotte.

Telles sont les plus célèbres statues de Çakyamouni, élevées dans les premier temps, et fréquemment mentionnées dans les ouvrages chinois ou dans les traductions des textes bouddhiques (1).

Ces mêmes auteurs parlent aussi des quatre tours les plus célèbres élevées à la mémoire de Çakyamouni, dans les premiers siècles ; ce sont :

la tour commémorative de sa Naissance, à Kapilavastu ; la tour de l'Illumination, au Magadha, près Gaya ; la tour de la Prédication, à Bénarès, au Parc des Cerfs; la tour du Nirvana, à Kusinagara, au lieu de sa mort (2).

Plusieurs éditions de la vie de Çakyamouni décrivent la cérémonie du « Lavage des statues de Bouddha » avec des eaux parfumées, le jour anniversaire de sa naissance. Elles attribuent à Çakyamouni le passage du Koan fou fc ng $? {•)!' £«! préconisant cette cérémonie pour attirer la protection des devas:

i 1) Che-kia-f'ang-tche ^ dl ~fî $ , p. 92. — Mémo ires de Hiuen-tsang ^ ^, liv. I V : royaume de Kapitha; liv. V: royaume de Kaûçambi. — Che-kia-pou

(2) Che-kia-pou f? M ft p. 82. — Cf. ci-dessous, p. 384.

ART. III. — VOYAGE À VAISALl. 345

« Toute aumône faite aux bonzes, dans le but de subvenir aux frais de la cérémonie, confère au donataire les mêmes faveurs qu'il eût obtenues, s'il avait eu le bonheur de voir Bouddha en personne, pendant son séjour sur terre. »

La cérémonie n'a sans doute plus le succès désiré; toujours est-il que, dans les dernières éditions, on a retranché cette adjonction (1).

La descente du ciel des Trayastrimças, et le triple escalier monumental, établi par l'architecte des dieux pour faciliter la descente de Bouddha sur la terre de l'Inde, près de Sânkâcya, sont commémorés d'une façon très pittoresque, sur les bas-reliefs du musée de Bonbay et du musée de Calcutta (cf. Fournier, fig. 264, 265) et dans les peintures tibétaines (cf. Hackin, planches VII et XIII).

ARTICLE III

VOYAGE À VAISALI.

Çakyamouni était clans sa soixante-dix neuvième année. Après avoir prêché dans les villages de Nalanda et de Patalie, il arriva sur les bords du Gange, près de la ville actuelle de Patna, dont il prédit la future prospérité. Il passa le fleuve et remonta vers la ville de Vaisali.

La courtisane convertie. L'« Amravana». — Il se reposait assis au pied d'un arbre dans un bois de manguiers, quand une courtisane fameuse, nommée Ngan-p'ouo-p'ouo-U 3jj£ ij£ ^ ^, Apapalika (2), vint le trouver. C'était une célébrité trop connue de la cité de Vaisali. Elle descendit de son char luxueux, se prosterna respectueusement aux pieds de Bouddha, et parut profondément frappée du maintien modeste du grand prédicant.

(1) Édition de 1914, Chang-hai, Presse Commerciale.

(2) Nommée ailleurs Amradàrika ou Amrapàlî, «la fille du manguier». — Deux bas-reliefs du musée de Lahore retracent l'histoire de la donation du verger de manguiers. Cf Foucher, fig. 245.

Elle écouta avec attention ses conseils et ses instructions, promit de changer de conduite et demanda même, comme une grâce, la permission d'être admise dans la communauté des bonzesses.

La courtisane pria ensuite Bouddha de lui faire l'honneur d'accepter une invitation à dîner dans sa demeure, avec tous les bonzes de sa suite.

Cette faveur lui fut accordée ; aussi retourna-t-elle au plus vite pour préparer le repas de Bouddha et de ses disciples.

Ce même jour, des princes vinrent offrir des présents à Çakyamouni et le prièrent de venir le lendemain, avec tous ses arhats, prendre place à un grand banquet, qu'ils se disposaient à lui offrir. Il leur exprima ses regrets; mais sa parole était donnée: il ne pouvait plus manquer à la promesse qu'il venait de faire à la courtisane. Tous ces princes, vêtus d'habits somptueux, accompagnés d'une suite brillante, manifestèrent leur mécontentement de se voir préférer une femme aux mœurs trop faciles; ils eurent même, à cette occasion, quelques paroles dures. Bouddha persista dans sa résolution. Il voulut leur montrer la fragilité de tous les biens terrestres :

«Ici-bas, leur dit-il, il n'y a que cinq choses précieuses: 1° l'apparition d'un bouddha sur terre ; 2° la prédication du bouddha ; 3° la foi en la parole du bouddha ; 4° la conformité de la vie aux enseignements du bouddha; 5° la délivrance finale et le salut définitif.»

Le lendemain, Çakyamouni, suivi de tous ses disciples, prit la route de Vaisali. Tous entrèrent dans la maison de Apapalika, où ils trouvèrent servi un splendide banquet. La courtisane prit en main une aiguière d'or, et versa elle-même l'eau nécessaire pour les ablutions d'usage. Le festin terminé, elle dit à Bouddha: «Je possède ici un magnifique jardin et un verger de manguiers; permettez-moi de vous les offrir.»

Sa généreuse donation fut acceptée avec reconnaissance pour la fondation d'un monastère. La courtisane prit un petit

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