ART. III. VOYAGE À VAISALI
siège, vint s'asseoir modestement aux pieds de Bouddha, et écouta ravie ses salutaires exhortations; dans son cœur s'éveilla le désir d'une vie meilleure, et sa conversion fut complète (1).
Ce récit nous fait assister à l'origine de la célèbre bonzerie de «l'Araravana», ou couvent du verger de manguiers.
Le bonze Hiuen-tsang j£ ^ put voir encore le grand vihâra, devant "equel s'élevait un stupa. Ces constructions se trouvaient à une petite distance au sud de la ville. Il vit aussi le stupa bâti sur l'antique demeure de la courtisane Apapalika. Ce fut dans ce lieu même, d'après une vieille tradition, que Pradjâpati, la mère adoptive de Bouddha, entra au nirvana. Voici le narré de cet épisode:
Mort de Pradjâpati. — Pradjâpati, la tante de Bouddha, ayant appris qu'il pensait à quitter la terre, vint le trouver avec toutes les bonzesses de sa communauté et toutes les novices, en tout 500. Elle se jeta à ses pieds, joignit les mains et lui adressa la parole en ces termes: «Il me serait trop pénible de vous voir mourir et d'être privée de vos salutaires instructions: accordez-moi la faveur de de vous précéder dans la tombe.» Bouddha garda un silence d'approbation. Pradjâpati posa ses mains sur les pieds de Çakyamouni, en disant: «Je ne vous verrai plus. Je ne jouirai plus des avantages de votre loi si parfaite. Je ne verrai plus Jou-lai jm ?fc, le promulgateur de la loi de vérité, qui gouverne les cieux et régit l'univers. Plus jamais je ne vous verrai!» Toutes les bonzesses répétèrent ces paroles d'adieu et implorèrent la même grâce que leur supérieure. Leur demande fut exaucée.
Bouddha fit alors une dernière exhortation à Pradjâpati et à ses bonzesses. Il leur représenta au vif les misères de la vie, les douleurs et les tristesses de la renaissance et de la mort.
«On ne peut éviter ce cortège de calamités ajouta-t-il, qu'en éteignant en soi tout désir, toute pensée, en se rendant semblable à un vase vide et pur.» Toutes les bonzesses l'écoutèrent avec une grande joie; elles tournèrent ensuite trois fois autour
1) Tch-ang-ngo-han-king | M ^ |, Hv II, pp 8 14.
de Bouddha, le saluèrent et se retirèrent. De retour dans leur monastère, elles s'assirent sur leurs sièges et entrèrent en contemplation. Pradjâpati fut soudain surnaturalisée, en vertu d'un pouvoir immanent; elle s'enfonça dans la terre, reparut vers le sud-est, vola dans les airs, plana à la hauteur de sept fois environ l'élévation des plus grands arbres, assise ou couchée sur l'aile des vents: de la partie supérieure de son corps jaillissaient des éclairs, des nuées se fondaient en eau sous ses pieds. Bientôt les autres bonzesses participèrent à la même puissance transcendante, et tous les deux parurent illuminés par cette pléiade de météores. Toutes moururent à la même heure. Çakyamouni commanda aussitôt qu'on leur préparât des obsèques solennelles, et qu'on les accompagnât, avec des drapeaux, au lieu marqué pour l'incinération.
Bouddha fixe l'époque de sa mort. — Les bonzes voyageurs du VIIe siècle relatent qu'un stupa se dressait à côté de l'ancien vihâra de l'Amravana : ce fut en cet endroit que Bouddha annonça sa mort et en fixa l'époque.
Mara Pisuna, le roi des diables, vint se jeter aux genoux de Bouddha et lui dit: «Je vous invitai jadis, vous vous le rappelez, à entrer au nirvana. C'était dans les jours qui suivirent votre illumination. Vous me répondîtes alors, que le nombre de vos moines et de vos bonzesses, de vos novices des deux sexes, n'était pas encore au complet, et que vous ne pouviez accéder à ma prière. Maintenant, la même raison n'existe plus, car l'organisation de vos communautés est parfaitement établie, l'œuvre du salut est achevée : je vous prie donc de ne plus retarder votre entrée dans le repos suprême. Le temps de l'extinction est venu: les êtres que vous avez sauvés sont aussi nombreux que les grains de poussière. »
À ces mots, Bouddha plaça quelques grains de sable sur son ongle et dit à Mara: «Ces quelques grains de sable posés sur mon ongle, peuvent-ils entrer en comparaison avec tous ceux qui restent sur la terre?» Le Méchant fut contraint de répondre