‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 155 sur 180 · ART. III. VOYAGE À VA1SALI · texte numérisé non relu

ART. III. VOYAGE À VA1SALI

négativement. «Eh bien! ajouta Çakyamouni, le nombre de mes convertis peut être comparé aux grains de sable que tu vois sur mon ongle, et ceux qui restent à convertir sont aussi nombreux que tous les sables de la terre. Néanmoins, dans trois mois, j'entrerai dans mon repos suprême.» L'Homicide Mara, au reçu de cette réponse, ne se posséda plus de joie; il s'inclina aux pieds de Bouddha et rentra dans son palais.

À l'instant même où Bouddha consentit à quitter ce monde, il y eut un tremblement de terre, le soleil sembla comme voilé, les vents et les pluies dérogèrent aux lois qui les régissent; les dragons épouvantés remplirent les airs tout autour de Bouddha. Ananda lui-même, terrorisé par le tremblement de terre, en demanda la cause.

«Il y a huit causes qui produisent les tremblements de terre, répondit le Très Honoré :

« 1° la terre repose sur l'eau, l'eau est portée par le vent et le vent est au-dessus du vide: quand le vent se lève, l'eau est agitée et la terre secouée ;

« 2° quand un bonze ou une bonzesse ont pénétré le grand secret et exercent leurs pouvoirs transcendants;

« 3° quand le nouveau bouddha descend du ciel Tusita dans le sein d'une mère, pour sa dernière réincarnation terrestre;

« 4° à la naissance du bouddha, au moment où il sort du flanc gauche de sa mère ;

«5° au jour de l'illumination suprême d'un bouddha;

«6° le jour où le nouveau bouddha commence la prédication de sa sublime doctrine ;

«7° quand, arrivé à la fin de sa prédication, le bouddha consent à entrer dans son repos final ;

«8° le jour de la mort du bouddha et de son entrée au nirvana (1).»

(1) Tch'ang-ngo-han-king & M & £«<, Hv. H, chftp. 2

Ananda se jeta par trois fois aux pieds de Bouddha, pour le supplier de passer au moins un kalpa sur cette terre.

« On a coutume de dire, ajouta-t-il, que celui qui est parvenu à acquérir un pouvoir préternaturel, peut vivre pendant tout l'espace d'un kalpa, s'il le désire; pourquoi tenez-vous donc une conduite différente et mourez-vous si tôt? — Ananda, repartit Çakyamouni, crois-tu à la doctrine de Bouddha l'Illuminé? — Oui, certainement, reprit le disciple. — Si tu y crois, pourquoi viens-tu me presser à trois reprises consécutives? Les devas et les hommes, les êtres de la terre et des cieux, n'ont-ils pas à leur disposition tout ce qui leur est nécessaire pour se sauver* pendant le présent kalpa? Tes exigences sont donc inacceptables Déjà j'ai rejeté la vie, pourquoi veux-tu m'obliger à la reprendre? Pourrais-tu forcer un gentilhomme à s'ingurgiter de nouveau les aliments qu'il vient de vomir? — Non, répliqua Ananda. — Puisque je viens de vomir le moi, comment viens-tu m'exhorter à le reprendre et à manger à ma parole? Ananda, il n'y a rien de durable en ce monde!» A ces mots, Ananda ne put contenir la désolante tristesse qui l'oppressait ; il gémit, pleura, se lamenta et éclata en amers regrets (1).

Quoi qu'il en soit des interprétations tentées pour affaiblir la portée de cette conversation entre le maître et le disciple, l'idée dominante qui s'en dégage, c'est qu'un profond découragement s'empara de leur âme, quand la grande réalité de la mort vint dissiper les dernières illusions. Bien des rêves s'évanouirent.

(1) Tch'an-ngo-han-hing g M -£ #«!, liv. II, ch. 2.— Che-kia-fang-tcheW M fj U, P- 95.

ARTICLE IV

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