VERS KLS1NAGARA, LE LIEU DU TRÉPAS
Bouddha passa dans le village de Welouva, où il réunit ses bonzes pour leur faire des conférences. Cette année de prédication devait être la dernière. Vu la difficulté de se procurer des vivres pour une si nombreuse communauté, il commanda bientôt à ses bonzes de se disperser dans les pays voisins, où ils avaient des établissements, et resta seul avec Ananda.
Maladie de Çakyamouni. — Pendant l'été, il fut atteint d'un mal très douloureux; il en fit la confidence à son compagnon: «Je souffre cruellement, lui dit-il; j'ai tout le corps endolori. Maintenant, tous mes disciples sont dispersés, ma mort dans ces circonstances serait un malheur; il me faut donc surmonter énergiquement mon mal et prolonger mon existence.» Ananda, constatant les progrès du mal, lui exprima son profond chagrin: «Votre état me remplit d'une si poignante tristesse, que je suis tout bouleversé. J'avais toujours entretenu l'espoir que vous n'entreriez pas si tôt dans votre repos, et que vos disciples auraient encore la consolation de vous posséder longtemps. — Pourquoi tant vous préoccuper de ma personne? reprit Çakyamouni. Je suis très vieux, j'ai quatre-vingts ans, mon corps ressemble assez à un vieux chariot, qui exige de continuelles réparations pour ne pas tomber en morceaux. Seule la force de l'excuse retarde la dissolution de mon enveloppe corporelle. Ananda, que désirable est la délivrance de toutes les misères de ce monde ! Quelle paix nous procurera le nirvana! La loi est le seul refuge pour tous mes disciples. Ceux-là seront mes vrais enfants, qui éloigneront de leur cœur et de leur vie, la paresse, la médisance, la concupiscence, et s'appliqueront à l'observation de leur règle.»
Bouddha, après cette instruction, fit quelques pas et alla s'asseoir au pied d'un arbre. Il se plaignit d'une violent»'
douleur dans la région de l'épine dorsale. Ce fut dans cet état de- fatigue qu'ii continua son voyage vers Kusinagara.
A environ 60 lis nord-ouest de Vaisali, un grand stupa rappelait le lieu où les habitants de cette dermière ville prirent congé de Bouddha. Sachant qu'ils ne devaient plus le revoir, ils éclataient en sanglots et ne pouvaient se résigner à cette cruelle séparation. Çakyamouni creusa entre eux et lui le lit profond d'une rivière; puis, comme dernier souvenir, il leur légua son bol.
Conversion de Poukata. — Après une assez longue étape sur le chemin de Kusinagara, le Très Honoré dit à Ananda : «Je souffre beaucoup du dos ; prépare-moi un siège sous cet arbre : je veux m'y reposer. » Ananda obéit. Ce fut alors que le prince Poukata (Fou-l'oei fg j|"), ancien disciple d'Alara, vint à passer; son cortège était composé de 500 chars. Il aperçut Bouddha assis, en contemplation au pied d'un arbre; il s'approcha de lui et vint lui offrir son respect. «Tout ce vacarme, ce roulement de chars, vous auront troublé sans doute? lui demanda le prince. — Non, répondit Bouddha, je ne les ai pas même remarqués. — Cela me rappelle, poursuivit le prince, que mon maître, pendant un de ses voyages, s'était, lui aussi, assis à l'ombre d'un arbre au bord de la route ; sur ces entrefaites, un marchand passa avec 500 chars de marchandises. Un voyageur attardé par cet encombrant convoi, alla trouver Alara et lui exposa ce contretemps. Comme il ne paraissait pas comprendre, il lui demanda s'il n'avait point vu passer cette multitude de véhicules. «Non ! répondit Alara. — Étiez-vous ici? — Oui. — Etiez-vous éveillé? — Oui; voilà l'abstraction où peuvent atteindre les ermites!» Bouddha répondit à son interlocuteur: «D'après votre manière de voir, vous considérez comme un prodige de trouver un homme éveillé, en possession de ses sens et ne remarquant pas le roulement de nombreux chariots. Trouveriez-vous moins extraordinaire, qu'un homme, pendant la veille, en pleine possession de ses facultés, n'entende pas les roulements du tonnerre