UN PRODIGE. - LES PATRONS DU BOUDDHISME
Çakyamouni déplace un rocher. — Les 300.000 habitants de la cité de Kusinagara apprirent que Bouddha allait suivre une dernière fois le chemin qui aboutit à la forêt de salas (1), d'où il entrerait au nirvana. Aussitôt, ils commencèrent les travaux d'aplanissement sur la route qu'il devait parcourir. Çakyamouni prit la figure d'un bonze, se dirigea vers les travailleurs et leur dit: «Enfants, que faites-vous là?» Les ouvriers, mécontents, ripostèrent :
«Pourquoi nous appelez-vous enfants?» Le bonze repartit: «Vous êtes ici 300.000 (2), et vous ne pouvez pas même déplacer ce rocher planté juste au milieu de la route. N'ai-je pas raison de vous appeler enfants?— Puisque vous nous donnez le nom d'enfants, pour sûr vous devez être un homme, vous?» répliquèrent ironiquement les ouvriers. Pour toute réponse, le bonze souleva le rocher avec ses deux orteils. Les travailleurs lui dirent: «Avez-vous la force de déplacer cette masse rocheuse, qui obstrue le passage?» Sans dire un mot, le bonze saisit le rocher avec la main et le jette en l'air comme une paille. A la vue de cette roche, qui demeurait suspendue dans les airs, au-dessus de leur tête, tous s'enfuirent épouvantés. « Ne craignez rien!» leur cria le bonze. «Ce rocher restera-t-il ainsi pour toujours suspendu au-dessus de nous?» reprirent ces gens. Le
[\) Ci-dessous, p. 361 .
(2) Cette expression, comme ses similaires, 500, 84.000 etc., désigne un grand nombre, une multitude.
Fig. 40.
Bouddha jette un rocher en l'air, (p. 356)