‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 160 sur 180 · ART. V. UN PRODIGE. — LES PATRONS DU BOUDDHISME · texte numérisé non relu

ART. V. UN PRODIGE. — LES PATRONS DU BOUDDHISME

bonze ne répondit pas; mais il souffla dessus et le rocher tomba en poussière.

Ce prodige les remplit de frayeur; ils avouèrent leurs torts: « Pourquoi sommes-nous si orgueilleux, si suffisants, toujours à la recherche de la volupté et de la richesse, si fiers de nos forces? »

Bouddha connut le sentiment de leur cœur, se manifesta à eux sous sa vraie figure, les instruisit et dissipa les ténèbres de leur intelligence: tous conçurent le désir de la délivrance.

Le récit de ce prodige a été imaginé pour laisser croire au public que Çakyamouni mourut, non par épuisement physique, mais parce qu'il le voulut bien.

Patronage des rois. — Vers les derniers temps de sa prédication, Bouddha avait mis sa loi et son ordre sous la haute protection des souverains terrestres. Un jour, il expliqua le sutra Prajnapâramita devant le roi Prasênadjit et seize autres souverains, réunis sur le Mont des Vautours. Il leur tint ce langage : « Quand les malheurs s'abattront sur vos États, appelez les docteurs de ma loi, faites-les monter sur des estrades élevées, où ils réciteront ce sutra deux fois chaque jour. Dès que les esprits et les génies auront entendu ce récitatif, ils viendront protéger vos royaumes; le bonheur et la paix renaîtront et vous verrez cesser toutes les calamités.»

Bouddha continua, en s'adressant plus directement au roi Prasênadjit : « Après ma mort, on s'acharnera contre ma doctrine. Des gens pervers lui susciteront des persécutions ; de grands malheurs s'abattront sur tous les royaumes ; les rois qui voudront protéger leur personne, le prince héritier, la reine, leurs concubines, toute leur famille, leurs sujets et leurs États, devront recourir à cette prière, et la paix leur sera rendue. C'est en vous, ô rois, que repose toute mon espérance, plus encore qu'en mes bonzes, mes bonzesses et mes novices des deux sexes, car vous seuls êtes les dépositaires de la majesté et de la puissance, indispensables pour implanter solidement la doctrine que je vous

confie, et pour protéger les Trois Précieux (Bouddha, sa loi, son église enseignante). Quand je ne serai plus, et quand la vraie doctrine, battue en brèche, tendra à disparaître, n'oubliez point que je l'ai mise sous votre sauvegarde et votre protection.

«Après cinq générations, des rois, des princes, des grands ministres, enorgueillis de leur haute situation, se coaliseront pour renverser ma religion et opprimer mes disciples, refuseront à mes bonzes le droit de bâtir des pagodes et de m'élever des statues. À partir de ce jour, protégez efficacement mes moines et mes religieuses; ne manquez point d'ériger des temples en mon honneur, de bâtir des stupas, de multiplier les livres de prières et les statues (1).»

Patronage d'Indra. — Bouddha pensa qu'il devait parcourir tous les orbes des cieux, pour recommander aux puissants habitants de ces bienheureuses régions, cette religion qu'il venait de fonder au prix de tant de labeurs et de souffrances, depuis plusieurs kalpas. Il monta donc dans les cieux. Indra, le roi du ciel, lui prépara un trône élevé et le pria de s'y asseoir; tous les devas vinrent lui rendre leurs hommages. Le Très Honore adressa la parole à Indra: «Sachez, lui dit-il, que, bientôt, je vais entrer au nirvana; je vous confie la tâche de protéger ma doctrine.» Indra, le visage inondé de larmes, répondit: «Pourquoi le Très Honoré renonce-t-il si vite à l'existence? La lumière du monde va s'éteindre! C'est mon devoir de protéger et de défendre le bouddhisme; j'accepte le patronage que vous me confiez. Quand vous descendîtes du ciel Tusita dans le sein de Maya, je vins avec tous les devas de mon ciel, vous former comme une garde du corps; je vins encore au jour de votre naissance, et c'est moi qui vous reçus dans mes mains. N'est-ce

(1) Le lecteur remarquera, dans tout ce passage, que Bouddha De compte que sur autrui, pour le maintien de sa doctrine après sa mort. Pas même une allusion à sa puissance personnelle: lui mort, tout est fini; après son entrée au nirvana, il ne s'occupe plus des choses de l'univers, il n'existe plus!

Les alinéas suivants vont encore confirmer cette vérité.

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