‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 163 sur 180 · ART. VI. ADIEUX À BOUDDHA. — LE DERNIER REPAS · texte numérisé non relu

ART. VI. ADIEUX À BOUDDHA. — LE DERNIER REPAS

lors de leur voyage dans l'Inde. Là vont se dérouler les dernières scènes de la vie de Çakyamouni.

Adieux des affligés. — Arrivé dans la forêt de salas, Bouddha annonça d'une voix forte qu'il touchait aux derniers jours de son existence terrestre, et qu'il entrerait au nirvana le 15 de la IIe lune. En conséquence, tous ceux qui désiraient lui exposer leurs doutes, ou lui faire part de leurs difficultés, devaient se hâter d'accourir à lui.

De son front s'échappèrent des gerbes de lumière nuancée de toutes les couleurs ; tous les mondes habités, tous les royaumes des bouddhas furent illuminés; tous les êtres de toutes les catégories qui se trouvèrent dans le champ de ces projections lumineuses, furent déliés de tous leurs péchés et de toutes leurs infortunes.

Tous ceux qui gémissaient, accablés sous l'étreinte de la douleur et de la désolation, se levèrent en pleurant, se frappèrent la poitrine et implorèrent la miséricorde de leur père :

«Que grands sont nos malheurs! qu'amère est notre tristesse ! s'ecriaient-ils ; courons tous vers la ville de Kusinagara et supplions notre père commun, le Très Honoré, de ne pas nous quitter. Lui disparu, que deviendrons-nous? A qui aurons-nous recours?»

Bouddha écouta en silence leurs ardentes supplications, mais resta ferme clans son projet.

Adieux des devas et des génies. — Indra et ses compagnons de gloire, tous les devas du ciel Tusita et de tous les orbes célestes, pleurèrent le prochain trépas de Bouddha et se lamentèrent en répétant cette gatha :

Ne quittez pas si tôt la vie: vous êtes le père de tous les êtres: Comment, vous, si beau et si secourable, pourriez-vous mourir

Et laisser tout l'univers abîmé dans sa douleur? Vous, le chef-d'œuvre du monde, pourriez-vous si vite disparaître?

Tous les asuras et leurs rois, les chefs des yakchas et leurs sujets, les génies des cieux, de la terre et des forêts, le Mahâ-

raja Vajrapani, les esprits gardiens du parc de Lumbini, de la ville de Kapilavastu, de l'arbre de l'illumination, les huit ministres des nagas, tous répétaient d'une voix entrecoupée par les sanglots: «Bouddha, le père commun de tous les êtres, va donc disparaître! — Cessez de vous lamenter, leur dit Bouddha; ne vous laissez point troubler par l'affliction : tout être sujet à la naissance doit payer son tribut à la mort ; ici-bas, tout passe et tout meurt, même les bouddhas!» Il ajouta ensuite des paroles de consolation, et tous les habitants des cieux, tous les génies, saluèrent Bouddha et s'en retournèrent.

Les adieux de Mara. — Mara Pisuna, avec ses innombrables devas et devis, prépara un banquet et alla inviter Bouddha.

S'étant prosterné devant lui, il dit: «Je prie le Très Honoré d'accepter mon invitation à un festin et le présent que j'ai à vous offrir. Tout mahâyaniste, homme ou femme, qui récitera la formule incantatoire que je vous présente, qu'il croie ou non à son efficacité, sentira les effets de ma protection.

« Cette formule chasse toute crainte et assure la paix, elle donne une grande assurance aux plus timides. Elle assurera la victoire à vos polémistes dans toute les discussions doctrinales. C'est le glaive protecteur de votre ordre. Cette formule écrite ou récitée, est un talisman protecteur contre les bêtes féroces des déserts, contre l'incendie, l'inondation ou les autres fléaux. Veuillez agréer l'hommage de cette incantation et en approuver l'usage pour tous.»

Çakyamouni lui répondit: «Je n'accepte pas ton invitation au festin ; mais, pour le plus grand bien de tous les 'êtres, je consens à recevoir la formule d'incantation.»

Mahesvara aperçut Bouddha rayonnant de gloire et, de loin, éclairant le monde entier: il s'inclina et le loua.

Mahesvara refuse de présenter ses adieux. - Une note discordante se mêla à tout ce concert de regrets et de louanges, que tous les êtres de l'univers venaient offrir au Très Honoré avant son départ pour le nirvana: Mahesvara (Siva) ne parut point.

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