ART. VIII MORT DE BOUDDHA
« Quand, après votre mort, les bonzesses viendront dans nos monastères, comment devrons-nous nous comporter avec elles? — N'ayez aucune conversation avec elles. — Mais cependant, si elles nous adressent la parole? — Ne leur répondez pas. — Si toutefois il devenait nécessaire de leur parler? — Affermissez votre cœur. »
Çakyamouni, détournant la conversation, dit au disciple: « Ananda, tu dis qu'après ma mort mon ordre n'aura plus d'appui : c'est à tort que tu parles ainsi. Tu seras chargé cle maintenir ma doctrine et mes règles.» S'adressant ensuite aux bonzes, Bouddha leur dit: « Si quelqu'un d'entre vous a un doute à éclaircir, une question à poser sur quelque point de doctrine, qu'il ne craigne pas de profiter de ces derniers instants pour me demander conseil; plus tard, il se repentirait de ne pas l'avoir fait.» Tous gardèrent le silence. Ananda assura Çakyamouni que pas un seul d'entre eux ne doutait cle la vérité de ses enseignements et des articles de la loi bouddhique. « J'en étais déjà convaicu, reprit Bouddha ; je sais que tous mes disciples ont renoncé aux doctrines erronées.»
Ces paroles achevées, Çakyamouni se coucha sur le côté droit, entre huit salas (1), la tête tournée vers le nord, les pieds vers le sud, le visage regardant l'ouest. Après avoir lutté quelque temps entre la vie et la mort, à minuit précis, il exhala le dernier soupir.
Il avait quatre-vingts ans, suivant l'opinion commune; c'était le 15 de la IIe lune (477 av. J.-C? ci-dessus, p. 32).
Il est à noter que les statues du « Bouddha couché », appelées vulgairement wo-fou-siang & # ft. qu'on rencontre assez fréquemment dans les pagodes, représentent Çakyamouni à ses derniers moments. Les artistes se sont inspirés des circonstances de sa mort ci-dessus racontées (2).
(1) Shorea robusta: ci-dessus, art. VI, p. 360.
(2) Tch'ang-ngo-han-king £W#fê, Hv. IV, pp 8-10.- Tsong-men-nienkou-hoei-tsi m H tt # * A [Che-kia-pien #&.£>.- T'ai-p'ing-yu-kien * 2p ffll 1, liv. DCLII1, p ?i.-Pli-p'ouo-cha-luen it 31 fl> $fo.-Sing-che-mi-pien BUft&IB. J:#, P- S.-Soei-chou-king-kié-tche P^#«S#*, !>▼■ XXXV, p. 21.
Dès que Çakyamouni eut cessé de vivre, tous les bonzes se jetèrent à terre, éperdus; on n'entendit plus qu'un bruit confus de gémissements et de lamentations. « Hélas ! Hélas ! Jou-lai jm ?fe est mort, qui nous guidera? Où trouverons-nous désormais un consolateur dans nos maux? Qui prêchera au monde la loi bouddhique? Notre maître, notre roi est mort, l'œil du monde s'est fermé à la lumière. Après avoir coupé la racine du grand arbre, on ne tardera pas à couper les branches ! »
Telles étaient les plaintes qui s'échappaient de la bouche des disciples de Bouddha, impuissants à dominer leur désolation.
Anuruddha dit à Ananda : «Allez avertir les sages de la ville de Kusinagara (1) ; dites-leur que Çakyamouni a rendu le dernier soupir. » Ananda et son compagnon prirent tous deux en pleurant le chemin de la ville. «Pourquoi venez-vous dès l'aube? leur dit-on. Quelle nouvelle nous annoncez-vous? — Bien triste est la nouvelle que je vous apporte, reprit Ananda ; cette nuit même, Jou-lai j^\ ?j$ est entré dans son repos suprême. »
À ces paroles, tous fondirent en larmes et commencèrent à se lamenter. Ananda leur dit quelques mots de consolation:
« La mort est une conséquence nécessaire de la vie. Bouddha lui-même nous l'a souvent répété: tout être vivant doit mourir, toute union amène une séparation, pas d'amitié qui ne se brise, ici-bas c'est le règne de l'impermanence. » Les habitants de Kusinagara se portèrent vers le bois de salas pour vénérer les précieux restes du Bouddha (2).
Prodiges à la mort de Bouddha. — À la mort de Bouddha, les huit grands arbres au milieu desquels il mourut, joignirent leurs branches deux à deux et formèrent au-dessus de son corps un dôme de verdure. Peu après, leur feuillage prit une couleur blanche comme le plumage de la grue ; les menues branches, les feuilles, les fleurs, les fruits tombèrent et se desséchèrent en signe de deuil. Tout l'univers, tous les mondes des bouddhas furent
1 ) Lt-s mallas.
2) Tch'ang-ngo-han-king g |înj ^ #?, liv. IV, pp. 11-16.