ART. VIII. —MORT DE BOUDDHA
ébranlés par un tremblement de terre; les vagues de la mer se soulevèrent avec furie; les lacs, les fleuves, les rivières se desséchèrent et laissèrent la terre à nu; les ténèbres se répandirent dans tout l'univers, le soleil et la lune se voilèrent- un vent furieux se déchaîna dans les ténèbres, remplit les airs de terre et de poussière, brisant les arbres et renversant les plantes L air retentit des cris de douleur poussés par les devas, qui passèrent ensuite devant les restes vénérés en chantant le triomphe final.
Les devas du ciel Tusita répétaient cet hymme de victoire:
Voici le dernier corps de Bouddha,
Voici sa décisive victoire sur la mort;
Plus de pensée de tristesse ou de joie,
Adieu les angoisses de la vieillesse et du trépas!
Les cieux et la terre, ébranlés de tremblements convulsifs, prenaient part au deuil universel, et au final triomphe sur la vie (1).
Lamentations de Vajrapani.— Le grand Maharaja Vajrapani, Mi-tsi Jcin-kang fâ Jft, ^ |$ij, à la nouvelle de cette mort, se lamentait en disant :
Jou-lai #p $ m'a donc abandonné pour entrer dans le repos de l'extinction ? À qui aurai-je recours désormais? Me voici sans appui, sans consolateur, sans protecteur! Tous les malheurs à la fois s'abattent sur ma tête; un flèche empoisonnée me perce le cœur. Qui protégerai-je maintenant avec cette massue à tête de diamant? Mieux vaut la jeter! À qui offrirai-je mes services? Où trouverai-je un conseiller bienveillant et compatissant? Qui me donnera de revoir ce visage aimé?
Pendant que Vajrapani et les autres Maharajas faisaient entendre ces tristes lamentations, Indra, le roi du ciel, leur dit:
Pourquoi oubliez-vous les instructions du Vénérable des mondes? Ne vous disait-il pas que tous les êtres sont éphémères et caducs? Tous sont changeants et voués à la destruction; tout ce qui est élevé tombe, toute union se désagrège, la naissance appelle la mort. Tout être vivant peut
(1) Le niivana est bien plus, en effet, une victoire sur la vie qu'un triomphe sur la mort.
être comparé à un grand arbre planté sur l'extrême bord d'un fleuve, à une goutte de rosée suspendue à la tige d'une plante, à une bulle d'air à la surface des eaux ou à un dessin tracé sur l'eau et dont il ne reste aucun vestige. La vie passe comme une flèche; semblable à la révolution du soleil et de la lune, elle ne dure qu'un jour. La science délivre de cette imparmanence. L'accomplissement des préceptes bouddhiques a, seul, la vertu de conduire au nirvana; il n'y pas d'autre voie de salut. Quiconque enseigne cette loi aux hommes ou aux devas, tarira la source de ses douleurs et ne renaîtra jamais dans l'adversité.
Tout bouddha doit accomplir sa tâche et disparaître. Çakyamouni a retiré du cycle des renaissances tous les devas et tous les hommes, tous les êtres de la terre et des cieux pour qui l'heure du salut était arrivée: pourquoi vous attrister (1)?
Près du lieu où Subhadra entra au nirvana, il y a un stupa; ce fut en ce lieu que le grand roi Vajrapani laissa tomber sa massue de diamant (2).
ARTICLE IX
BOLI>l>HA ET SA MÈRE.
Songes de Maya. - La nuit même de la mort de Çakyamouni, sa mère Maya, pendant son sommeil dans les cieux, vit cinq présages funestes et fit cinq rêves néfastes.
a) Les cinq présages. — Il lui sembla que la couronne de
(1) Tchlang-ngo-han king |H^ jfêg, liv. IV, p 11.
(2) Che-kia-fang-tche W M ~ff !£, P 94.— Très nombreuses sont les représentations de la mort du Bouddha Çakyamouni. Les musées de Calcutta et de Lahore sont particulièrement favorisés à ce sujet. Le British Muséum possède un très beau spécimen, provenant de Kàfir-Kot. C'est un "Bouddha couché», ou représentation du Parinirvana. LTn ascète nu se tient aux pieds du défunt, à côté de Mahà Kâsyapa.
Les fig. 284, 285. 286 Foucher) sont des reproductions photographiques des bas-reliefs commémoratifs de l'ensevelissement et de la mise au tombeau,
Les images tibétaines de Hackin, planche XVIII, nous offrent un tableau détaillé de la mort, des cérémonies funèbres et du partage des reliques du Bouddha