ART. IX. BOUDDHA ET SA MÈRE
fleurs qui ornait sa tête se fanait, ses aisselles se couvrirent de sueur, son auréole s'éteignit, ses yeux clignèrent et elle se sentit envahie par une grand désolation (1).
b) Les cinq songes. — Ces signes néfastes furent encore corroborés par cinq songes pénibles, qui se succédèrent durant son sommeil :
1° Le mont Suméru s'écroula; les océans au-delà des monts d'Or se desséchèrent.
2° Les yakchas, sabre en main, se jetèrent sur les vivants pour leur arracher les yeux; puis un violent coup de vent les rejeta dans les Montagnes Neigeuses.
3° Tous les devas des cieux virent tomber à terre leurs précieuses coiffures, dont les pendentifs furent brisés. Tristes, désolés, privés de leur lumineuse auréole, ils devinrent noirs comme de l'encre.
4° Du haut d'une tour élevée, le roi des précieuses perles jou-i jiw fs£, les jetait à profusion à une multitude avide de les saisir; soudain, quatre dragons horribles, vomissant le feu, renversèrent la tour et dévoré ent les perles merveilleuses, puis furent engloutis dans l'abîme par un vent violent.
5° Cinq lions descendus du haut des airs, mordirent le sein de Maya et pénétrèrent dans son côté gauche ; elle ressentit une blessure au cœur, comme si on l'eût ouvert avec un glaive.
Maya se réveilla effrayée et se dit: «Bien sûr que mon fils Jou-lai jm ?fç est mort. » Sans tarder, elle alla raconter aux devis, ses compagnes, les songes sinistres qui avaient traversé son imagination.
Le message envoyé à Maya. — Le Vénérable Anuruddha monta aux cieux et annonça à Maya en termes symboliques le douloureux événement : « Tout ce que les cieux contiennent de plus parfait, le plus saint de tous les êtres, vient d'être dévoré par
(1) Ce sont les cinq signes de déchéance, qui présagent la fin prochaine du bonheur des devas et des devis.
Kic-mo i% 0., le poisson de l'océan de l'impermanence (la mort). C'est dans la forêt de salas, près de Kusinagara, que le fait s'est passé. Bientôt le cortège funèbre, honoré de la présence des devas, sortira en grande pompe par la porte de l'est. »
A cette nouvelle. Maya comprit son malheur. Elle tomba à terre, comme foudroyée par la douleur, et ne revint à elle-même que longtemps après. «Hélas ! soupira-t-elle, les sinistres présages de la nuit dernière ne m'annonçaient-ils pas que Bouddha avait quitté le monde? La présence d'Anuruddha et son message ne me laissent plus de de doute; quelle poignante nouvelle! Comment la mort a-t-elle pu ravir la lumière du monde, la source du bonheur des cieux et la terre! O mort! O voleuse exécrable! Comment as-tu osé frapper mon fils l'Illuminé?»
Alors, devant l'assemblée de toutes ses compagnes, elle exhala sa douleur dans les stances suivantes:
Durant tous les kalpas, vous fûtes toujours uni à votre mère.
Déjà cette union fut rompue au jour de l'illumination;
Et voici que vous me quittez de nouveau pour entrer au nirvana!
Les oiseaux perchés sur un grand arbre, se séparent au lever du jour,
Puis se rassemblent de nouveau au coucher du soleil;
Ainsi sur l'arbre de la vie, nous étions réunis, mère et fils;
Mais désormais vous quittez la vie pour toujours:
Éternelle sera notre séparation.
Maya près du cercueil de Bouddha. — Maya et ses suivantes, en compagnie de toutes les devis de son ciel, descendit auprès du cercueil de son fils et pleura amèrement. «Dans tous les kalpas antérieurs, s'écriait-elle, jamais vous n'abandonnâtes votre mère. Pourquoi me quittez-vous aujourd'hui? Hélas! quelle angoisse! La source de tout bonheur est tarie pour tous les êtres de l'univers. Pourquoi vous éloignez-vous de ce monde aveuglé, au temps même où il a si grand besoin de vos instructions?»
Tout en se lamentant, elle couvrit le cercueil de Çakyamouni des plus belles fleurs cueillies dans les jardins du ciel, puis elle donna de nouveau libre cours à son affliction: «Aujourd'hui,
Bouddha se lève dans son cercueil pour recevoir sa mère. (p. 377)